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Que veut la femme ?

mercredi 11 octobre 2006

VANNINA MICHELI
EXPOSITION
« QUE VEUT LA FEMME ? »

Galerie Café Psycho
13, rue de Médicis - 75006 Paris

— du 01 novembre au 15 décembre 2006

À l’origine de ce projet, il y a cette formule de Freud « Que veut la femme ? » — »Was will das Weib« , comme une invitation à explorer le champ du désir féminin, aborder la question de l’identité féminine, du regard masculin et à interroger les préjugés relatifs au sexe et au genre féminin.

Les photographies sont une série de portraits de la féminité, état des lieux et variations sur la beauté, les attitudes et les demandes féminines. La femme regarde, photographie, et elle est regardée, photographiée. Il s’agit aussi de théâtre, la mise en scène en sera italienne — Venise, Naples, Rome avec ses ruines et ses rues. Invention de certaines situations qui sont autant d’amorces de récit, ces photographies ne racontent pas une histoire mais plusieurs histoires différentes, même si parfois celles-ci se recoupent. Il s’agit de se placer dans un imaginaire poétique, plastique mais aussi social, une exploration à travers ces multiplicités de fictions qui touchent à certains stéréotypes issus de l’imaginaire social que la société fabrique autour de la femme, avec plusieurs facettes, parfois drôles, parfois plus sombres, ou plus ambivalentes sombres et drôles à la fois.

Construite à partir de représentations évoluant au cours de l’histoire, l’image de la féminité trouve une expression particulièrement saisissante dans la photographie. Mais la variabilité de cette figure féminine n’est pas qu’un simple produit de l’histoire, ou du contexte social et culturel du moment. Effet de mode, sans doute, mais une mode dont on peut retracer derrière les évolutions et les mutations, telles qu’elles semblent contraindre les corps à se plier à sa seule contingence, des permanences qui justement échappent à la mode et à ses processus comme elles échappent également à ses supports ou à ses destinataires.

Car une femme qui vient représenter « la » femme en lui servant de modèle, celle qui lui offre son corps, sa silhouette et ses émotions n’est finalement là que pour mieux disparaître, s’évanouir au profit de cette autre chose qui dépasserait toutes les possibilités d’évolution du corps. Vouée à perdre sa valeur emblématique dès que l’usage collectif voudra que le modèle ne corresponde plus aux attentes du moment, l’image prototypique de la féminité un temps incarnée dans ce modèle cédera sa place à une nouvelle figure sensée enfin la saisir dans sa totalité.

Cette fixation de l’image ne parvient donc pas à saisir la complétude de la féminité. Les corps qui s’y succèdent traduisent cet impossible mais ils laissent également percevoir que derrière l’éphémère une permanence subsiste, celle là même qui s’incarnera de nouveau incomplètement. Le paradoxe photographique se situe peut-être là, fixer l’éphémère de la femme pour atteindre la permanence de la féminité.

Comment dès lors les femmes elles-mêmes, en tant qu’elles furent également prisonnières des modèles de représentation qui les entouraient, ont-elles tenté de s’extraire de ce destin pour fixer une autre figure, construire une nouvelle image de la femme et des femmes pour atteindre enfin la féminité. Une image qui, en tant qu’elle proviendrait du regard de la femme sur elle-même, même au travers d’un modèle, échapperait à la logique de la série évolutive, de la succession des représentations dont le défilement estompe nécessairement l’unicité de chacune. Mais est-ce que la féminité ne pourrait-elle donc émerger que du regard d’une femme photographe, précisément parce qu’elle, au moins, ne saurait sacrifier le support qui par ailleurs la constitue. Ce faisant, la quête de la féminité s’en trouve renforcée, dans d’autres constructions, avec d’autres attentes, d’autres objectifs, en traquant non plus seulement le fantasme masculin, mais la réalité de la condition de celles auxquelles l’artiste appartient.

C’est cette appartenance commune liant l’artiste à son modèle, car c’est d’une intériorité que le regard prétend se poser, qui accorderait l’autorité, mais également la neutralité ou la bienveillance, que l’extériorité masculine, suspecte dans ses attentes à l’égard des femmes, ne pourrait garantir. Construite par des femmes, avec des femmes, est-ce que la féminité se révèlerait alors dans toute sa réalité, dissipant enfin le mystère. Mais en fait, il n’est pas certain que l’appartenance soit si commune, il n’est pas certain que la frontière qui sépare l’artiste de son modèle disparaisse parce que toutes deux partagent ailleurs une même condition générale. Pourtant, l’argument fonctionne, la construction se présente avec la force de l’empiricité et nous permet de penser qu’une femme photographe traduirait sans doute mieux la féminité. Certes, les femmes qu’elles fixent sur leurs pellicules ne sont pas les mêmes : les corps, les émotions, les expressions, les silhouettes, sont souvent différentes et pourtant n’est-ce pas là encore une figure de l’évanouissement perpétuel du modèle, au gré des mondes dans un cas, au gré des aspirations d’appartenance dans l’autre. La féminité quant à elle ne s’y résorberait justement pas, et c’est justement dans ces images contrastées de femmes que la féminité se révèlera encore introuvable.

V.M.

- Vannina Micheli est psychanalyste, Docteur en philosophie, psychiatre de formation, elle s’interroge sur les enjeux psychanalytiques des images contemporaines dans les arts visuels.

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