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Richard von Krafft-Ebing

Mélancolie masturbatoire

Traité clinique de psychiatrie (1897)

Date de mise en ligne : lundi 3 mars 2008

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Richard von Krafft-Ebing, « Mélancolie masturbatoire », Traité clinique de psychiatrie, traduit sur la 5e édition allemande par le Dr Émile Laurent, Éd. A. Maloine, Paris, 1897, pp. 437-540.

Psychonévroses à base neurasthénique
- Formes psycho-névrotiques durables.

À cette catégorie appartiennent la stupidité (démence aiguë) et la vésanie, du moins en majorité, états qui, au point de vue de la classification, suivent de près les états d’épuisement transitoire du cerveau neurasthénique. Les manies à base neurasthénique par épuisement cérébral sont très rares. Évidemment la quantité minime des forces de tension qui existe dans ce cas n’est pas suffisante pour produire des états maniaques. Les mélancolies à base neurasthénique sont plus fréquentes. Comme exemple de ces mélancolies qui sont caractérisées plutôt par l’entrave que par la douleur psychique, on peut citer la mélancolie masturbatoire.

Mélancolie masturbatoire.

Elle se développe sur la base d’une mélancolie cérébro-spinale provoquée par la neurasthénie sexuelle. Le stade d’incubation répond au type de cette neuro-psychose dysthymique dans laquelle ne manque jamais l’explication nosophobique de la pression de la tête et de l’entrave des pensées (menace de folie) ou aussi de l’irritation spinale (tabes) ou du trouble des fonctions sexuelles (impuissance incurable). La maladie se développe lentement pour arriver à l’acmé de la psychose, ou d’une manière aiguë par suite d’un choc psychique, etc. (surtout la peur ; le fait d’être instruit sur les suites du vice). Le sentiment de soi-même est très abaissé. Le malade croit qu’on lit sur sa figure son onanisme et que pour cette raison il est méprisé de tous ; il se sent d’une manière très pénible l’objet de l’attention générale. Par suite d’hallucinations olfactives, il croit que son corps pue et qu’on l’évite pour ce motif. La douleur psychique est moins un symptôme spontané qu’une réaction aux phénomènes d’entrave intellectuelle. Le malade est pathétique, théâtral dans la façon dont il exprime ses souffrances et la conscience de sa culpabilité. Il se pose moins en pécheur repentant, qu’en martyr victime de la fatalité, souvent avec des velléités religieuses. Dans ses explosions de désespoir souvent on remarque une grande irritation qui peut l’entraîner même à des actes agressifs contre son entourage.

Comme phénomènes dignes d’être notés il faut citer les accès d’angoisse épisodique surtout la nuit (par suite de neurasthénie cardiaque, angine de poitrine vaso-motrice) accès qui peuvent aller jusqu’au raptus mélancolique. Les tentatives de suicide sont tout à fait ordinaires chez ces malades. Il faut toujours s’y attendre. Souvent il arrive que soit par pénitence, soit par le vif désir de se sauver, le malade va jusqu’à se mutiler les parties génitales. L’incapacité de résister à l’impulsion enracinée et pourtant si redoutée de la masturbation, l’arrêt pénible de la volonté et des pensées sont souvent interprétés dans le sens qu’on est possédé par le diable, et dégénère en véritable démonomanie avec délire et hallucinations correspondantes.

Avec une tare plus profonde il y a souvent de la malpropreté, impulsion aux choses répugnantes (manger des excréments, des asticots, avaler le contenu des crachoirs, etc.), raptus impulsifs, représentations obsédantes, délits primordiaux, ayant pour la plupart un sujet religieux (messie).

Des transitions épisodiques vers la vésanie (hallucinatoire) ne sont pas rares dans la fouine neurasthénique de ces états. Les traits communs qui indiquent la cause spéciale de la maladie résultent de l’attitude molle, brisée au physique comme au point de vue intellectuel, du caractère insipide, du sentimentalisme qu’on rencontre souvent chez ces malades, de leur penchant à la religion et au mysticisme ; somatiquement des malaises neurasthéniques, surtout pression à la tète, irritation spinale, ainsi que des hallucinations olfactives qui ne manque guère. Le pronostic n’est pas défavorable. Toniques avec opium qui dans ce cas produit la plupart du temps un excellent effet, traitement hydriatique, surveillance du malade en ce qui concerne la masturbation : telles sont les principales indications de la thérapeutique. Je n’ai pas pu observer de différences tranchées dans le tableau pathologique suivant qu’il s’agissait d’hommes ou de femmes.

OBSERVATION LV. Mélancolie masturbatoire. — Mlle S…, vingt-trois ans, née d’une mère névropathe, dont le frère est mort à l’asile d’aliénés. Une sœur est morte dans les convulsions. La malade, dit-on, se serait développée d’une manière normale, sauf une tendance aux colères violentes ; dans son caractère elle n’offrait rien d’anormal. La puberté apparaît à l’âge de quatorze ans, sans malaises. La malade avait du talent, surtout pour la musique ; a reçu une éducation brillante ; n’a pas eu de maladies graves jusqu’en 1852. À cette époque, débuta la neurasthénie (facilité à se fatiguer le corps et l’esprit, plaintes de pression à la tète, d’irritation spinale, de sommeil mauvais et non réparateur). La malade perdit sa gaieté ordinaire, maigrit, fut atteinte de malaises dyspeptiques, devint triste, irritable, rêvassait souvent, manifestait un pessimisme général allant jusqu’au dégoût de la vie, négligeait sa mise, montrait du dégoût pour le travail, même pour la musique qu’elle aimait autrefois passionnément. Au cours du printemps de 1883, la malade devint de plus en plus aboulique, indifférente, anémiée, dominée par un grand nombre de sensations paralgiques, hypocondriaque, déprimée ; elle ne voulait pas manger, parce que rien ne pouvait passer dans son intestin, exprimait la crainte d’être atteinte d’un cancer et d’infecter les autres, raison pour laquelle elle évitait de plus en plus tout contact avec les gens de sa famille.

En même temps la nutrition diminuait d’une manière surprenante : il y avait anémie profonde.

Au mois de mai 1883 se déclarèrent des accès d’angoisse ayant les allures d’un raptus : dans un de ces accès, elle fait une tentative de suicide en se jetant à l’eau. Quand elle fut sauvée, elle manifesta un profond repentir et fit remarquer que son péché ne saurait lui être pardonné ; elle-même serait la cause de son malheur ; elle sent que sa raison s’en va de plus en plus, elle ne peut plus penser (pression à la tête). Elle perdra la raison, elle périra par suite d’une maladie cancéreuse dont elle sent déjà la mauvaise odeur. Elle se lamentait d’une manière sentimentale et insipide sur sa vie brisée, sa mort précoce, demandant qu’on ait pitié d’elle, qu’on veuille bien l’assommer, car elle ne méritait pas mieux. Comme au physique elle dépérissait de plus eu plus, qu’elle refusait souvent toute nourriture et que les accès d’angoisse sous forme de raptus revenaient, la malade fut reçue à la clinique au mois d’août 1883.

Lors le sa réception, elle est pâle, anémique, amaigrie, avec des yeux cernés, teint terreux, nombreuses égratignures sur la figure et aux mains. Crâne régulier ; pas de stigmates de dégénérescence. Organes végétatifs sains. Lasse, épuisée, farouche ; attitude molle et courbée. La malade a des sensations en foule et éprouve des sensations physiques désagréables. Elle a senti un jour comment son esprit disparaissait et dans sa peur de ne pouvoir plus vivre ainsi, elle s’est jetée à l’eau. Elle sent son corps comme une pierre, tout à fait bourré d’aliments. Son corps est complètement détruit ; elle ne peut plus penser, elle se sent comme un zéro, pleine de poux : la gardienne l’a nourrie avec des parasites ; elle est lourde comme du plomb, elle s’est abîmée elle-même, elle a commis quelque chose de terrible (masturbation), c’est elle qui est cause de tout. En même temps elle se lamente et dit qu’elle voudrait bien avoir un mari ; qu’on lui coupe la gorge. Elle pue déjà, elle est morte depuis longtemps. Elle ne comprend pas comment on veut la forcer à manger puisqu’elle est morte et déjà en putréfaction. Elle est une grande pécheresse. Il ne lui reste plus qu’à se livrer à l’enfer. Le train avec lequel elle est arrivée périra à cause d’elle ainsi que toute la ville de Gratz. Elle a des visions de diables, prend les gens de son entourage pour des diables, a des émotions d’attente anxieuse pour sa descente en enfer. Épisodiquement elle est prise d’une humeur sentimentale douloureuse, très compliquée, et se raccroche alors à la religion, prend le médecin pour le Christ et une de ses compagnes de maladie pour la Mère de Dieu.

La malade est tenue au lit, on la nourrit bien, on lui donne du fer et du quinquina. Le sommeil très défectueux est soutenu par de la paraldéhyde.

Le tableau neurasthénique hypocondriaque et mélancolique se rapproche épisodiquement de celui de la vésanie : délire incohérent, état d’épuisement, visions de diables, illusions sur les gens de l’entourage qu’elle prend pour des personnages divins, voix persécutrices, accusatrices, consolatrices, hallucinations olfactives de putréfaction, d’oeufs pourris, etc.

Au bout de quelques semaines, sous l’influence d’une nutrition meilleure, le premier tableau de la mélancolie réapparaît ; il y a là prédominance des phénomènes d’entrave avec explications allégoriques. La malade se plaint qu’elle est toute bête, qu’elle ne sait plus ce qu’elle doit faire. Tout est mort. Elle aussi aimerait mieux être enterrée et mangée par les souris. Elle sent déjà comment elle est rongée par les vers (paralgies). Est-ce qu’elle ne sera pas bientôt égorgée et coupée en morceaux, puisque c’est elle qui est la cause de tout ?

Au cours du mois d’octobre, amélioration décisive. La malade reprend au point de vue physique, a de nouveau du turgor, des couleurs, reprend intérêt au monde extérieur, demande des nouvelles de la maison paternelle. Épisodiquement elle est de nouveau une grande pécheresse, son sort est encore meilleur qu’elle ne le mérite, on la soigne trop bien et cependant sa place serait en enfer.

L’amélioration progresse avec les frictions avec le drap mouillé, le régime fortifiant et la médication tonique.

Au milieu du mois de novembre les accusations contre elle-même disparaissent et sont remplacées par un état d’esprit sentimental et même pessimiste. La malade rentre dans la première phase d’une névrose hypocondriaque neurasthénique ; elle se plaint du manque de clarté intellectuelle : pensées troubles, tête lourde et abrutie, idées hypocondriaques de cancer et le fièvre putride provenant des hallucinations olfactives et des paralgies, notamment de l’irritation spinale, qui se produisent encore de temps en temps ; pression à la tête avec plaintes que le cerveau a disparu. Peu à peu la malade arrive à reconnaître son état et elle reprend ses anciens penchants et ses anciennes occupations. Les exacerbations de l’état d’entrave, la tristesse et les malaises paralgiques neurasthéniques ainsi que les nouvelles hallucinations olfactives qui se produisent encore de temps en temps, peuvent toujours se ramener à des rechutes masturbatoires. À l’aide de l’hydrothérapie, du fer, d’une surveillance continuelle, la guérison s’établit peu à peu.

Le 3 janvier 1884 la malade est renvoyée guérie.

En automne 1886 je l’ai revue à l’occasion d’une visite. Mlle S… est une jeune fille florissante et fraîche au physique et à l’esprit.

P.-S.

Texte établi par PSYCHANALYSE-PARIS.COM d’après l’exposé de Richard von Krafft-Ebing, « Mélancolie masturbatoire », Traité clinique de psychiatrie, traduit sur la 5e édition allemande par le Dr Émile Laurent, Éd. A. Maloine, Paris, 1897, pp. 437-540.

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