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J.-A. Dulaure

Usages indécents : ceinture de chasteté, braguette, etc.

Les divinités génératrices (Chapitre XIV)

Date de mise en ligne : mercredi 6 février 2008

Mots-clés :

Jacques-Antoine Dulaure, Des Divinités génératrices, ou du Culte du Phallus chez les anciens et les modernes, Éd. Dentu, Paris, 1805.

CHAPITRE XIV
DE QUELQUES USAGES ET INSTITUTIONS CIVILES ET RELIGIEUSES DES SIÈCLES PASSÉS, DONT L’INDÉCENCE ÉGALE OU SURPASSE CELLE DU CULTE DU PHALLUS

Le culte de Phallus ou de Priape, chez les Chrétiens de l’Europe, dans les siècles qui ont précédé le nôtre, nous paraît aujourd’hui si étrange, si invraisemblable, si incohérent avec nos moeurs, qu’on est tenté de révoquer en doute les témoignages nombreux qui prouvent son existence. Il est donc nécessaire, pour faire disparaître ces doutes, d’examiner si les moeurs du temps et des pays où ce culte se maintint, lui étaient aussi contraires qu’on le pense vulgairement ; si ce culte tranchait trop fortement avec l’esprit et les usages, et si son indécence égalait ou surpassait celle de certaines pratiques, de certaines institutions civiles et religieuses qui existaient à la même époque.

Je ne ferai point ici l’histoire complète des moeurs absurdes et barbares qui ont souillé l’Europe entière pendant plusieurs siècles. La matière, très abondante, excéderait le cercle où mon sujet est circonscrit. Je ne m’occuperait pas même sommairement de tous les usages, de toutes les institutions ni de tout ce qui peut caractériser les moeurs en général. Le tableau en serait hideux, et deviendrait aussi humiliant pour l’espèce humaine qu’instructif pour elle. Je dois me borner à peindre, dans un cadre très étroit, quelques-uns seulement de ces usages, de ces institutions qui ont des rapports bien directs avec la chasteté et la pudeur, par conséquent avec le culte du Phallus ; encore ne ferais-je qu’effleurer cette partie délicate, qu’esquisser rapidement les masses du tableau, et rassembler les traits les plus saillants qui caractérisent les moeurs presque ignorées des XIIIe, XIVe et XVe siècles.

Mais ce que j’exposerai suffira pour convaincre d’impéritie ces déclamateurs perpétuels qui, obligés par faiblesse ou par esprit de parti, de se traîner servilement dans les vieilles et profondes ornières de la routine, ressemblant au vieillard dont parle Horace, vantent, sans les connaître, les siècles passés aux dépens du présent [1]. On y verra que les indécences pratiquées par nos bons aïeux ne le cèdent guère à celles des anciens Grecs et Romains.

Je parlerai d’abord des usages qui tiennent à la vie civile, et passerai ensuite à ceux qui ont rapport à la religion.

La foi conjugale était jadis si facilement violée, la conduite des femmes inspirait une telle méfiance, que les époux étaient obligés d’emprisonner leurs épouses et leurs filles, de les assujettir à une surveillance continuelle, et de faire pis encore, d’imaginer une clôture mécanique qui conservait malgré elles leur honneur intact, et fermait tout accès à la volupté. On attribue à François de Carrara, viguier impérial de Padoue, qui vivait vers la fin du XIVe siècle, l’invention des ceintures de chasteté. Il avait ainsi cadenassé toutes les femmes qui composaient son sérail. Ses actes de cruauté l’amenèrent sur l’échafaud, et il fut étranglé l’an 1405 par arrêt du Sénat de Venise. Un des chefs d’accusation contre lui était l’emploi des ceintures de chasteté pour ses maîtresses ; et l’on conserva longtemps à Venise dans le palais de Saint-Marc, suivant Misson, un coffre rempli de ces ceintures et de ces cadenas, comme pièces à conviction dans le procès fait à ce monstre [2] ; mais je crois cet usage beaucoup plus ancien.

Depuis ce temps, dit-on, la mode en fut adoptée en Italie. Voici comment Voltaire exprime les suites de ce mauvais exemple :

Depuis ce temps, dans Venise et dans Rome,
Il n’est pédant, bourgeois ni gentilhomme,
Qui, pour garder l’honneur de sa maison,
De cadenas n’ait sa provision ;
Là, tout jaloux, sans craindre qu’on le blâme,
Tient sous la clef la vertu de sa femme.

Cette mode faillit s’introduire en France sous le règne de Henri II. Brantôme dit qu’un marchand italien étala de ces ceintures de fer à la foire Saint-Germain ; mais, menacé d’être jeté dans la Seine, il cacha sa marchandise et prit la fuite [3].

Dans les premiers temps du christianisme, les filles, les religieuses accusées d’impudicité étaient soumises à une visite scrupuleuse d’où devait résulter la preuve de l’innocence de l’accusée ou celle du délit. Siagrius, évêque de Vérone, et qui vivait vers la fin du IVe siècle de l’ère vulgaire, condamna une religieuse à subir cet outrageant examen. Saint Ambroise, son métropolitain, désapprouve la sentence de l’évêque, traite cet examen d’indécent, et atteste par-là son existence. Le sentiment manifesté de ce prélat et de quelques autres n’empêcha point l’usage de se maintenir très longtemps. Les tribunaux ecclésiastiques et civils ordonnèrent souvent cette preuve ; et Venète rapporte le procès-verbal d’une pareille visite faite par l’ordonnance du prévôt de Paris de l’an 1672, sur une femme qui se plaignait d’avoir éprouvé la violence d’un libertin [4].

Le congrès, qui faisait partie de notre jurisprudence ancienne, dont les formalités sont encore plus indécentes, n’est qu’une extension de cet usage. Voici quelle en était la procédure.

Lorsque les deux époux demandaient leur séparation ou la déclaration de la nullité de leur mariage, pour cause d’impuissance ou de quelque imperfection corporelle, l’official ou le juge de l’église (car c’étaient toujours des prêtres qui se mêlaient de pareilles affaires), commençait par ordonner la visite complète du corps des deux parties plaidantes. Des médecins, des chirurgiens, des matrones procédaient à cette visite ; et d’après leur rapport, qui n’était jamais décisif, l’official ordonnait le congrès.

On nommait de nouveau des experts : eux et les parties se réunissaient dans une chambre. Là, les deux époux étaient encore très scrupuleusement visités nus depuis le sommet de la tête jusqu’à la plante des pieds, dit un jurisconsulte dont j’emprunte ces détails. « Cela fait, ajoute-t-il, et après que la femme a pris un demi-bain, l’homme et la femme se couchent en plein jour en un lit, les experts présents, qui demeurent en la chambre ou se retirent (si les parties le requièrent ou l’une d’elles) en quelque garde-robe ou galerie prochaine, la porte entrouverte néanmoins ; et quant aux matrones, elles se tiennent proches du lit. Les rideaux étant tirés, c’est à l’homme à se mettre en devoir de faire preuve de sa puissance, où souvent adviennent des disputes et altercations ridicules [5]. »

On se doute de la nature des altercations qui doivent s’élever entre deux époux ennemis, forcés d’agir en amants. Je les épargne aux lecteurs, ainsi que plusieurs autres détails licencieux, et d’autant moins attrayants qu’ils ont les tristes effets de l’inimitié et de la contrainte. Je t’ajouterai que cette particularité, qui offre un nouveau trait de l’indécence de ces procédures. « Ce qui est encore plus honteux, dit un écrivain du XVIIe siècle, c’est qu’en quelques procès, les hommes ont visité la femme et, au contraire, les femmes ont été admises à visiter l’homme ; qui a été cause d’une si grande irrision et moquerie, que telles procédures ont servi de contes joyeux et plaisants discours en beaucoup d’endroits [6]. »

Je ne parlerai pas non plus du rapport plein d’obscénités d’après lequel le juge d’église prononçait sa sentence. Je dirai seulement que la description des objets litigieux en était la matière principale ; que l’épreuve du congrès était répétée jusqu’à trois fois, et que cette procédure ne fut abolie, par arrêt du parlement de Paris, que le 18 février 1677.

L’indécence des peines portées contre les adultères n’était pas moindre. Les coupables des deux sexes étaient condamnés à faire une promenade, par les rues de la ville, entièrement nus, ou bien à suivre, dans ce même état, les processions les plus solennelles. Des femmes convaincues d’avoir dit des injures à d’autres femmes subissaient une peine semblable. Quelquefois, on leur permettait de garder une chemise ; mais la femme coupable était forcée de la relever très haut, afin d’y contenir de grosses pierres qu’on l’obligeait de porter pendant le cours de la procession ou de la promenade par les rues de la ville.

On ajoutait même, en quelques pays, une circonstance qui rendait la cérémonie plus indécente encore. Les deux adultères étaient également promenés tout nus par la ville. La femme marchait devant et tenait d’une main le bout d’une corde, dont l’autre bout était attaché aux parties sexuelles de l’homme. Ce dernier usage existait en France dans la petite ville de Martel en Limousin, dans celle de Clermont-Soubiran en Languedoc, dans plusieurs autres lieux, et notamment en Suède [7].

Tous ces usages, attestés par les chartes des communes, monuments les plus authentiques et les plus curieux de l’histoire des moeurs de nos aïeux, paraissent avoir été généralement admis en France, ainsi que dans quelques autres pays de l’Europe.

On punissait tout aussi indécemment les femmes publiques dont la débauche était trop éclatante. On les condamnait à parcourir les rues de la ville toutes nues et montées sur un âne, le visage tourné du côté de la queue de cet animal. C’est à cette punition que le duc d’Orléans, frère de Louis XIII, fit condamner la Neveu, après avoir fait plusieurs fois la débauche chez elle. Cette courtisane fameuse et immortalisée par deux vers de Boileau, parcourut les rues de Paris, montée toute nue sur un ânes [8].

Il faut parler de ce droit odieux qui, pendant plusieurs siècles, a subsisté en France et dans d’autres États, par lequel les seigneurs séculiers et ecclésiastiques enlevaient aux époux les prémices du mariage, et venaient, par leur présence impure, souiller la couche nuptiale. Ce droit était connu en Écosse, en Angleterre, sous les noms de marchette et de prélibation ; en Piémont, sous celui de cazzagio ; et en France, sous ceux de cullage, culliage ou de jus cunni [9].

Les moines de Saint-Théodard jouissaient de ce droit sur les habitants de Mont-Auriol, bourg qui avoisinait leur monastère. « Dans les droits féodaux, dit l’historien du Quercy, ils avaient le jus cunni, reste de l’ancienne barbarie, droit aussi déshonorant pour ceux qui l’exigeaient que pour ceux qui y étaient assujettis [10]. »

Les habitants, si vivement outragés, s’adressèrent au seigneur suzerain, le comte de Toulouse, qui leur permit de s’établir près d’un de ses châteaux, situé dans le voisinage de l’abbaye. Ils s’y portèrent avec empressement. Plus libres et à l’abri de la tyrannie monacale, ils prospérèrent, et leur nouvelle habitation reçut le nom de Montauban. Tel fut l’événement qui donna naissance à cette ville considérable du Quercy.

Ce droit perçu par les rois d’Écosse, y avait excité plusieurs soulèvements. Les seigneurs de Persanni et de Presly en Piémont s’étant refusés à le remplacer par une contribution, leurs sujets secouèrent leur joug et se donnèrent à Amédée IV, comte de Savoie.

Les chanoines de la cathédrale de Lyon prétendaient aussi avoir le droit de coucher, la première nuit de noces, avec les épousées de leurs serfs ou hommes de corps [11].

Les évêques d’Amiens, les religieux de Saint-Étienne de Nevers avaient le même droit, et le percevaient effrontément.

« J’ai vu, dit à ce sujet Boërius, à la cour de Bourges, un procès porté, par appel, devant le métropolitain, par lequel un curé de paroisse prétendait avoir le droit de coucher, la première nuit des noces, avec la nouvelle mariée. La cour abolit le prétendu droit, et condamna le curé à l’amende [12]. »

Il ajoute que plusieurs seigneurs de la Gascogne ont le même droit, mais qu’ils se sont réduits à introduire seulement, dans le lit de la nouvelle épouse, une jambe ou une cuisse ; à moins que les vassaux n’entrent en composition avec leur seigneur, et ne payent ce qu’il leur demande. Ce droit est nommé cuissage ou droit de cuisse.

« Un seigneur, qui possédait une terre considérable dans le Vexin normand, assemblait, dit Saint-Foy, au mois de juin, tous ses serfs de l’un et de l’autre sexe en âge d’être mariés, et leur faisait donner la bénédiction nuptiale ; ensuite, on leur servait du vin et des viandes. Il se mettait à table, buvait, mangeait et se réjouissait avec eux ; mais il ne manquait jamais d’imposer aux couples qui lui paraissaient les plus amoureux, quelques conditions qu’il trouvait plaisantes. Il prescrivait aux uns de passer la nuit de leurs noces au haut d’un arbre, et d’y consommer leur mariage ; à d’autres, de le consommer dans la rivière d’Andelle où ils se baignaient pendant deux heures nus en chemise, etc. [13] »

Rapportons quelques traits de l’ancien état de la prostitution dans les villes ; mais avant, arrêtons-nous un peu sur ses causes.

Dans les États civilisés, la cause première de la corruption des moeurs consiste en une trop grande réunion d’habitants dans un même lieu. Les causes secondaires qui donnent une activité funeste aux miasmes moraux sont le défaut de police, la disproportion des fortunes, et un trop grand nombre de célibataires. Une police qui ne réprime point, convertit les vices particuliers en habitudes générales, les autorise, les fortifie. La trop grande disproportion de fortune divise la population en deux classes ; l’une, oisive, pour se soulager du poids de l’ennui, concevant des goûts successifs et toujours plus irritants, des jouissances factices ou raffinées, a besoin de corrompre ; l’autre, tourmentée par des besoins réels, a besoin d’être corrompue. Les célibataires, quelle que soit la loi qui leur commande cet état, ne peuvent longtemps résister au voeu de la nature, parce que les lois qui la contrarient sont toujours impuissantes. Ils sont donc réduits à les transgresser et à augmenter le nombre des agents de la corruption publique. Ainsi, ce n’est point le manque de prêtres célibataires, comme on le pense vulgairement, mais c’est leurs passions et leur multitude qui contribuent à amener la dépravation des moeurs. Il est constant que le pays de l’Europe où les moeurs sont le plus dépravées est celui où les prêtres sont le plus abondants. C’est un fait avéré devant lequel viennent se briser tous les sophismes contraires.

Or, dans les siècles dont j’esquisse les moeurs, cette grande population des villes, cette cause première de leur corruption, n’existait pas aussi éminemment qu’elle existe aujourd’hui. Les villes capitales de provinces étaient bien moins habitées que le sont certains villages, et Paris moins peuplé que certaines villes de provinces ; et cependant, quoique les cérémonies religieuses et la crédulité ne manquassent point, la corruption était dans les XIIIe, XIVe et XVe siècles, par le défaut de police et l’abondance de célibataires, beaucoup plus grande qu’elle ne l’est maintenant. Je vais en fournir quelques preuves.

On trouve que, dès le commencement du XIIe siècle, Guillaume VII, duc d’Aquitaine et comte de Poitou, fit construire dans la ville de Niort un bâtiment, semblable à un monastère, où il recueillit toutes les prostituées. Il voulut en faire une abbaye de femmes débauchées, dit Guillaume, moine de Malmesbury. Il y créa des dignités d’abbesse, de prieure, et autres dont il gratifia les plus distinguées dans leur commerce infâme [14].

Depuis longtemps, il existait à Toulouse un lieu de débauche très célèbre, auquel plusieurs de nos rois donnèrent des privilèges. Il portait de même le nom d’abbaye. Charles VI donna en sa faveur des lettres dont voici quelques passages. Il débute ainsi : « Oye la supplication qui faite nous a été de la partie des filles de joye du bordel de Toulouse, dit grant abbaye, etc. » Puis il ordonne au sénéchal et viguier de Toulouse et autres officiers de faire « lesdites suppliantes et celles qui au tems à venir seront ou demeureront en l’abbaye susdite, jouir et user paisiblement et perpétuellement, sans les molester ou souffrir être molestées, ores ne pour le temps à venir. » Ces lettres sont du mois de décembre 1389 [15].

Charles VII, en 1425, accorda aussi des lettres de sauvegarde en faveur de la même maison de la grant abbaye occupée par les femmes publiques, à la demande des capitouls et du syndic de la ville. « On voit par ces lettres, disent les historiens du Languedoc, que la ville de Toulouse retirait quelque profit de ce lieu de prostitution, tant on était, en ce temps-là, peu réservé à garder du moins les bienséances [16]. »

Dans plusieurs autres villes de France, les lieux de débauche étaient qualifiés d’abbaye, et celles qui y présidaient portaient le titre d’abbesse [17].

À Paris, les femmes prostituées formèrent un corps de profession. « Elles furent, dit Saint-Foy, imposées aux taxes, eurent leurs juges, leurs statuts. On les appelait femmes amoureuses, filles folles de leur corps ; Tous les ans, elles faisaient une procession solennelle le jour de la Madeleine. On leur désigna, pour leur commerce, les rues Froimentel, Pavée, Glatigny, Tiron, Chapon, Tire-Boudin, Brise-Miche, du Renard, du Hurleur, de la Vieille-Boucherie, l’Abreuvoir, Macon et Champ-Fleuri. Elles avaient dans ces rues un clapier qu’elles tâchaient de rendre propre et commode. Elles étaient obligées de s’y rendre à dix heures du matin, et d’en sortir dès qu’on sonnait le couvre-feu, c’est-à-dire à six heures du soir en hiver, et entre huit et neuf en été. Il leur était absolument défendu d’exercer ailleurs, même chez elles. Celles qui suivaient la cour, disent du Tillet et Pasquier, étaient tenues, tant que le mois de mai durait, de faire le lit du roi des ribauds [18]. »

C’était dans le même siècle que les rois Charles VI et Charles VII accordaient des privilèges aux maisons de débauche de Toulouse, faisaient des règlements pour assurer l’état de celles de Paris ; que Jeanne Ire, reine de Naples et comtesse de Provence, organisait un lieu de prostitution à Avignon. Elle voulut que la supérieure, qualifiée d’abbesse, fût renouvelée chaque année par le conseil de la ville ; qu’elle prononçât sur les démêlés qui s’élèveraient entre les femmes de son couvent.

L’esprit de la religion, ou plutôt du fanatisme, se montre dans cette institution honteuse. La reine Jeanne veut que ce lieu de prostitution soit ouvert tous les jours, excepté le samedi et le vendredi saint, ainsi que le jour de Pâques. Elle prescrit à l’abbesse de n’y laisser entrer aucun Juif. Si quelqu’un d’eux parvenait à s’y introduire à la dérobée, et qu’il eût commerce avec une des filles, il devait être emprisonné et fouetté publiquement [19].

Cette maison était établie à Avignon, rue du Pont-Troué, près du couvent des Augustins.

Le pape Jules II, pour éviter de plus grands maux, donna, le 2 juillet 1519, une bulle qui autorisait l’établissement d’une pareille maison dans un quartier désigné. Les papes Léon X et Clément VII confirmèrent cet établissement, à condition que le quart des biens meubles et immeubles des courtisanes qui l’habitaient appartiendrait, après leur mort, au couvent des religieuses de Sainte-Marie-Madeleine.

La charte de franchise de la petite ville de Villefranche, en Beaujolais, accordée en 1373 par Edouard II, sire de Beaujeu, offre des traits trop remarquables pour ne pas les rapporter ici. Je ne parlerai point de l’article où l’on permet aux maris de battre leurs femmes, ni de celui par lequel les adultères sont condamnés à faire, tout nus, une course par la ville ; ces circonstances se trouvent spécifiées dans la plupart des chartes de commune des villes de France. Mais je m’arrêterai à celui qui porte « que si un homme et une femme, tous deux ministres de la débauche publique ; que si un garçon dévoué à la prostitution, ou si une fille dévouée à la prostitution, viennent à dire des injures à un bourgeois de Villefranche ou à un de ses amis, il peut les frapper par un soufflet, par un coup de poing ou par un coup de pied, sans encourir l’amende [20]. »

Ainsi une ville, à peine peuplée de trois ou quatre cents âmes, contenait, dans son enceinte, des lieux de prostitution pour les deux sexes. Nos moeurs offrent-elles ces exemples ?

Les fêtes, les cérémonies particulières et publiques servent aussi à caractériser les moeurs. Je vais parler de quelques-unes.

Le célèbre Castruccio de Castracani, général des Lucquois, après la bataille de Seravalle, qu’il gagna sur les Florentins, donna des fêtes éclatantes sous les yeux de ses ennemis. Il fit jouer à la course du palio des femmes prostituées toutes nues. Le prix de cette course était une riche pièce d’étoffe, d’où cet exercice tire son nom [21].

Sous le règne d’Henri III, on vit en France des fêtes accompagnées de pareilles circonstances. « Le mercredi 15 mai (1577), le roi, au Plessis-le-Tours, fit un festin à monsieur le duc son frère et aux seigneurs et capitaines qui l’avaient accompagné au siège et à la prise de La Charité ; auquel les dames vêtues de vert, en habit d’homme et à moitié nues et ayant leurs cheveux épars comme épousées, furent employées à faire le service. La reine mère fit son banquet à Chenonceaux [22]. »

Les entrées des rois ou des princes, dans diverses villes, étaient souvent accompagnées de spectacles qui blesseraient aujourd’hui les yeux les moins chastes.

Lorsque Louis XI fit, en 1461, son entrée à Paris, on plaça devant la fontaine du Ponceau, dit Malingre, « plusieurs belles filles en sirènes, toutes nues, lesquelles, en faisant voir leur beau sein, chantaient de petits motets et bergerettes [23]. »

Dans l’entrée du roi François Ier et de la reine Claude, fille de Louis XII, à Angers, qui se fit en 1516, on représenta, sur la cime d’un cep de vigne, un Bacchus, ayant dans chaque main une grappe de raisin qu’il pressait. De l’une sortait du vin blanc en grande quantité, et de l’autre du vin rouge. Au pied de ce cep de vigne « était représenté, dit Bourdigné, le patriarche Noé endormi, et montrant ses parties honteuses. »

Près de lui étaient écrits ces vers :

Malgré Bacchus, à tout son chef cornu,
Or son verjus me sembla si nouveau,
Que le fumet m’en monta au cerveau,
Et m’endormis, les c... tout à nu [24].

Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, fit, en 1468, son entrée à Lille. Parmi les fêtes que les habitants lui donnèrent, on remarquait la représentation du Jugement de Pâris. Trois Flamandes se chargèrent du rôle des trois déesses. Celle qui figurait Vénus était d’une taille élevée et d’un embonpoint qui caractérise les beautés du pays. La Junon, tout aussi grande, offrait un corps maigre et décharné. Pallas était représentée par une femme petite, ventrue, bossue par-devant et par-derrière, dont le corps était supporté par des jambes grêles et sèches.

Ces trois déesses parurent devant Pâris, leur juge, et devant le public, nues comme la main. D’après la description de leurs formes et de leurs attraits différents, on présume que le Pâris flamand n’hésita point à donner la pomme à Vénus [25].

Avec de telles moeurs, de telles pratiques, on doit penser que la décence ne se trouvait ni dans les vêtements, ni dans les paroles, ni même dans les écrits.

Dante parle de l’impudicité des femmes de Florence, qui se montraient en public la gorge entièrement découverte [26]. Ce poète vivait au XIIIe siècle.

Pétrarque nous peint l’extrême corruption et la débauche effrontée qui régnaient à Avignon, pendant que les papes y faisaient leur séjour.

Philelphe, qui vivait au XVe siècle, parle avec une liberté vraiment cynique des débauches excessives et invraisemblables dont il a été témoin dans la ville de Gênes, et se plaint du peu d’égard qu’on a dans cette ville pour la pudeur publique [27].

Les prédicateurs déclamèrent encore plus vivement que les poètes, contre la nudité des gorges ; mais les déclamations des uns et des autres ont été, comme on sait, presque toujours sans effet.

Écoutons un prédicateur du XVe siècle, dont le nom est inconnu. « Qu’elle est rare, cette pudeur parmi les hommes du siècle, dit-il ; ils ne rougissent pas, en public, de blasphémer, de jouer, de voler, de prêter à usure, de se parjurer, de proférer des paroles déshonnêtes, mais même de les chanter ; et les femmes laissent à découvert leurs bras, leur cou, leur poitrine, et se montrent ainsi devant les hommes, afin de les exciter aux crimes horribles de l’adultère, de la fornication, du viol, du sacrilège et de la sodomie [28]. »

On nommait, au XVe siècle, les courtisanes élégantes, Gores, Gaures ou Gaurières, et les robes décolletées, les robes à la grant Gore : c’est pourquoi un autre prédicateur, célèbre par la grossièreté de ses paroles et par ses bouffonneries, frère Maillard, se récrie souvent contre mesdames les bourgeoises qui portent des robes à la grant Gore [29]. Il dit ailleurs : « Et vous, femmes, qui montrez votre belle poitrine, votre cou, votre gorge, voudriez-vous mourir en cet état [30] ? »

« Dites-moi, femmes imbéciles, n’avez-vous pas des amants qui vous donnent des bouquets, et ne placez-vous pas, par amour pour eux, ces bouquets au milieu de votre sein ? Eh bien, vous êtes inscrites dans le livre du diable [31]. »

Michel Menot, autre prédicateur du même temps, se récrie également contre la nudité du sein des femmes. Il parle de celles qui, non contentes de porter des habits au-dessus de leur état, se couvrent d’ornements mondains, suivent la mode des grandes manches, prennent un air effronté, et découvrent leur poitrine jusqu’au ventre, afin d’attirer les regards des amateurs [32].

« C’est à vous que je m’adresse, mesdames, dit le même prédicateur : quand vous venez à l’église, il me semble, à voir vos habits pompeux, indécents et desbrallés, que vous êtes au bal. Lorsque vous allez à la danse, dans des festins ou aux bains, habillez-vous comme il vous plaira ; mais, quand vous vous rendez à l’église, je vous en prie, mettez quelque différence entre la maison de Dieu et celle du Diable [33]. »

Un autre prédicateur cite un exemple de la punition qu’éprouvaient, dans l’autre monde, les dames qui montraient leur sein. « Un certain prêtre, dit-il, pleurant sa mère morte, et désirant connaître l’état de son âme, fit des prières que Dieu exauça. Étant près de l’autel, il vit sa mère liée dans un sac, entre deux démons. Sa chevelure, qu’elle avait pris soin d’orner pendant sa vie, était alors formée de serpents enflammés ; sa poitrine, son cou et sa gorge, qu’elle laissait ordinairement à découvert, étaient occupés par un crapaud qui vomissait des torrents de feu [34]. »

Ces prédications, cet exemple épouvantable, ne changèrent rien aux habitudes des dames, et le désir si naturel de plaire aux hommes et de leur causer des émotions, triompha autrefois, comme il triomphe aujourd’hui, de la peur des châtiments éternels et du crapaud vomissant du feu.

Les femmes, du temps de Montaigne, avaient les mêmes habitudes. Après avoir parlé des hommes qui, avant lui, portaient l’estomac découvert, il ajoute : « Et nos dames, aussi molles et délicates qu’elles sont, elles s’en vont tantost entre-ouvertes jusqu’au nombril [35]. »

Des très bons chrétiens ont, dans des temps plus récents, déclamé, hélas toujours en vain, contre les nudités des gorges ; je ne dois pas m’en occuper davantage, mais, pour l’édification des lecteurs, je vais indiquer leurs ouvrages [36].

Les hommes, outre l’usage de découvrir leur estomac, en suivaient dans le même temps un autre bien plus indécent. Ce qu’on appelait la braguette, au XVIe siècle, était une espèce de vêtement qui, en les couvrant, montrait les formes secrètes de la virilité, aussi exactement qu’un gant montre celles de la main. Les vieux portraits en pied nous offrent des exemples de cette mode singulière. Il paraît qu’elle commençait à tomber du temps de Montaigne. « Que voulait dire cette ridicule pièce de la chaussure de nos pères, qui se voit encore en nos suisses ? dit-il. À quoy faire la monstre que nous faisons à cette heure de nos pièces en forme sur nos gregues ; et souvent, qui pis est, outre leur grandeur naturelle, par fausseté et imposture [37] ? »

Les indécences, dans les manières de parler ou d’écrire, n’étaient pas moindres que celles qui existaient dans les vêtements.

Les sermonnaires nous fournissent des exemples nombreux, que je puiserai, non dans les livres dirigés contre eux, mais dans leurs propres ouvrages. Les partisans des prédicateurs doivent me savoir gré de cette modération, qui prive ce chapitre de plusieurs traits singuliers et piquants.

« Pauvres pécheurs, s’écrie Maillard, le bienheureux Anselme, qui était moine, ne vivait pas comme vous ; il ne mangeait point de la chair ; il n’avait point, comme vous, des filles de joie dans sa chambre, à pain et à pot [38].

« Nous avons plusieurs mères qui vendent leurs filles, qui les prostituent elles-mêmes ; elles leur font gagner leur mariage à la peine et à la sueur de leur corps [39].

« Est-il beau de voir la femme d’un avocat, qui a acheté un office, et qui n’a pas dix francs de revenus, vêtue comme une princesse ? Sa tête, son cou, sa ceinture, sont couverts d’or. Et vous dites qu’elle est vêtue suivant son état ! À tous les diables l’état, vous, la femme, et vous aussi, monsieur Jacques, qui leur donnez si légèrement l’absolution. Elles disent, sans doute : “Nos maris ne nous donnent point de tels habits ; mais nous les gagnons à la peine de notre corps. » À trente mille diables une telle peine [40] ! »

Il fait tenir le propos suivant à une femme en colère : « Va, put… infâme, tu tiens bord… en ta maison [41] ! »

Il s’adresse ainsi aux femmes de Paris : « Vous êtes des p… qui tenez des lieux de débauche ; vous avez fait vos filles p… comme vous, et vos fils macquer [42] »

Encore quelques citations de ce grossier prédicateur, et de son étrange éloquence ; elles nous offrent le tableau fidèle des moeurs du XVe siècle.

Voici ce qu’il dit des femmes de Paris qui vont aux bains : « Sainte Suzanne, lorsqu’elle lavait ses pieds dans son jardin, fit éloigner ses suivantes, de peur d’être vue par elles ; et vous, au contraire, vous restez toutes nues dans les bains, et vous montrez aux autres ce que vous devez cacher [43]. »

Le prédicateur Menot fait aussi, à ce sujet, de plus graves reproches aux femmes de Paris. « Dieu sait, dit-il, lorsque vous êtes découvertes dans les bains, depuis les mamelles jusqu’à la plante des pieds, quels sont vos regards impudiques, vos attouchements criminels, vos paroles indécentes, et, ce qui est pis encore, vous ne rougissez pas d’y conduire vos propres filles qui sont toujours avec vous [44]. »

« Et vous, femmes, dit Maillard, qui faites des signes amoureux à vos amants, en disant vos heures ; et vous, madame la bourgeoise, qui êtes remplie de luxure, mais qui avez un extérieur de dévotion lorsque quelqu’un vous parle, vous dites : “Ne parlons point de cela”, et vous crachez par terre, et dites : “Fi, fi taisons-nous” ; je dis que c’est un péché mortel, etc. [45]. »

Il reproche ailleurs aux époux de se livrer aux plaisirs du mariage en présence de leurs domestiques et de leurs enfants [46].

Je n’en finirais pas, si je voulais rapporter tous les traits caractéristiques de l’impudeur et de la débauche du XVe siècle que présentent les sermons de Maillard et autres prédicateurs. Ils répètent sans cesse les mêmes reproches, et surtout ceux qu’ils adressent aux mères qui prostituent leurs filles pour leur faire gagner leur mariage à la sueur de leur corps, ce qui ferait croire que l’usage alors en était assez général.

Il répète également ceux dirigés contre la débauche des prélats, des chanoines et des moines, qui ont, dit-il, publiquement des concubines avec lesquelles ils vivent à pot et à cuiller, et les présentent toujours comme les principaux corrupteurs de la jeunesse.

Il va même jusqu’à dire que les filles de douze ans sont déjà dressées au métier de courtisanes, et en vont à la moutarde.

Le prédicateur Menot, qui, comme Maillard, a prêché longtemps à Paris, peint les mêmes moeurs avec les mêmes couleurs, les mêmes talents, avec des expressions aussi triviales, aussi peu ménagées.

Barlette, autre prédicateur, n’est pas moins indécent. Je ne rapporterai, de ses sermons, qu’un seul passage où, à propos de l’amour charnel, il introduit une jeune fille qui lui adresse ces paroles, que je suis forcé de paraphraser. « Ô mon père, mon amant m’aime beaucoup ; il m’a donné de très belles manches rouges, m’a fait plusieurs autres présents. Il m’aime d’un véritable amour ; je le vois bien, par l’ardeur apparente qu’il éprouve près de moi [47]. »

Si les prédicateurs étaient aussi licencieux, on doit juger que les poètes, les conteurs et autres écrivains devaient l’être davantage. Les fabliaux, et surtout ceux qui sont contenus dans le troisième volume qu’en a publié Barbazan ; les Contes de Boccace, ceux de la reine de Navarre, les Cent Nouvelles racontées à la cour du duc de Bourgogne, le Pantagruel de Rabelais, et mille autres ouvrages de ce genre, en offrent la preuve.

Les historiens n’ont pas été exempts de cette indécence dans la manière de décrire certains objets. Froissart, historiographe et chanoine, à propos du supplice de messire Hugues le Despencier le fils, en rapporte une circonstance, avec des expressions de la plus grossière débauche [48].

Jean d’Auton, prêtre et historiographe de Louis XII, en parlant, dans l’histoire de ce monarque, d’une naissance monstrueuse, emploie, au grand étonnement des lecteurs actuels, les mêmes expressions que Froissart ; il les répète sans répugnance, et elles se trouvent, en toutes lettres, dans l’édition qu’en a donnée Théodore Godefroy [49].

Le moine Gaguin, aussi historiographe de France, a composé un poème sur l’Immaculée Conception de la Vierge. « On y trouve, dit un moderne, les idées les plus sales et même les plus libertines ; elles sont telles, qu’on ne peut les rendre en français, sans offenser la chasteté de notre langue. »

Le même écrivain nous apprend qu’à son poème de l’Immaculée Conception, Gaguin joignit l’éloge d’une de ses maîtresses, cabaretière de Vernon. Dans cette pièce, il vante les gentillesses de cette belle, ses bons mots, la commodité de ses chaises, la bonté de son vin et des lits, et surtout les beautés cachées de la nymphe, que notre bon moine paraît connaître à fond [50].

Dans plusieurs écrits de ce temps, ce n’était pas seulement l’expression, mais la matière qui était indécente, et cette indécence est bien plus choquante lorsqu’elle est alliée à des sujets de religion. En voici encore un exemple, dans une fable donnée comme un événement véritable, par le prêtre qui la raconte pour l’édification publique. Elle est telle que, par respect pour certains lecteurs, je me garderai bien de la traduire littéralement.

Un prêtre, véhémentement soupçonné d’avoir forniqué avec une très grande dame d’une ville, craignant d’être arrêté, prit la fuite. Arrivé dans une forêt, il rencontre un homme dont l’extérieur était celui d’un saint religieux. « Vous êtes triste, lui dit-il ; quelle en est la cause ? contez-moi votre peine. » Le prêtre avoua tout. « Si vous étiez privé entièrement de ce qui, en vous, a été le plus coupable, lui ajouta le moine, vous pourriez retourner avec sécurité à la ville, et convaincre de calomnie ceux qui vous accusent. Voyons. » Il voit, il touche, et le plus coupable disparaît. Il faut le dire : cet homme, sous l’apparence d’un saint moine, était le Diable en personne. Le prêtre, joyeux, retourne à la ville, pour offrir à ses accusateurs cette preuve irréfragable de son innocence. Il arrive dans son église, fait sonner les cloches, convoque le peuple. Là, en présence de la multitude, et monté sur un lieu éminent, il veut, avec confiance, produire sa preuve. Mais, ô miracle ! ô déception du diable il produit aux yeux des assistants une preuve toute contraire, et cette preuve est monstrueusement évidente [51].

Si, en obscénité, ce conte n’égale pas les ouvrages impudiques de Pierre l’Arétin, ni le Capitolo del Forno, composé par Jean Casa, archevêque de Bénévent, il peut aller de niveau avec ceux de l’Arioste, de Boccace, de Coquillart, official de Reims, de Beroalde de Verville, chanoine de Tours, de Rabelais, curé de Meudon, de l’abbé Grécourt, et de plusieurs autres conteurs de cet espèce, tous ouvrages dont la matière indécente doit entrer pour quelque chose dans la composition d’une histoire morale des siècles passés.

Dois-je oublier ici le tableau des moeurs dissolues du XVIe siècle que nous a laissé Brantôme dans son volume des Dames galantes, etc. ? Quelle corruption, et quelle couleur grossière emploie cet auteur pour nous la peindre, pour la préconiser, pour la rendre aimable ! On y trouve tout ce que le génie de la luxure, favorisé par l’opulence, l’oisiveté et l’exemple, peut imaginer de plus recherché. Les personnes dont il décrit les déportements, étaient, par leur rang et leur fortune, à l’abri des vices qu’entraîne ordinairement le défaut d’éducation et l’indigence ; ainsi, leur conduite en est moins excusable. C’étaient des rois, des princes, de grands seigneurs, des reines, de grande dames, auxquelles il donne constamment la qualification d’honnêtes, lors même qu’il prouve qu’elles ne l’étaient pas ; c’étaient des personnes d’une classe dont les actions servent le plus communément de modèle à celles des autres classes de la société.

Les supercheries, employées par les épouses pour tromper leurs maris, par les filles pour tromper leurs mères, leurs surveillantes, afin de satisfaire des goûts défendus sont exaltées comme des actions vertueuses. L’assurance avec laquelle il fait l’éloge de ces désordres, frappe d’étonnement les lecteurs actuels, et donne la mesure de l’opinion et de la moralité de ses contemporains. C’est ainsi que Machiavel conseillait publiquement les crimes politiques, que le cardinal de Retz se vantait de ceux qu’il avait commis, que le vieux et sanguinaire Montluc se glorifie de ses actes de cruauté, et que, longtemps avant eux Pierre, abbé de Vaux-Cerney, faisait l’apologie des trahisons et perfidies dont son héros, le dévot et sanguinaire Simon de Montfort, se rendit coupable [52].

Tout se ressentait de cette grossièreté, de cette licence de moeurs. Les peintures, les tapisseries qui décoraient les maisons des riches, reçurent l’empreinte du siècle. J’invoque encore sur cet objet le témoignage d’un prédicateur du XVe siècle.

« Souvent, les peintures et les tapisseries, dit-il, représentent des sujets abominables et pleins de dissolutions, capables d’émouvoir et d’enflammer les désirs des cœurs les plus insensibles. On en voit communément dans les palais, dans les chambres des princes, et plût à Dieu qu’il ne s’en trouvât point dans celles des prélats et des ecclésiastiques !

« J’ai vu, ajoute-t-il, et je ne mens point, des peintures aussi ordurières, dans l’intérieur d’une église très célèbre, et qu’on avait décorée pour la solennité de Pâques. J’en eus horreur en les voyant ; je les fis enlever et porter ailleurs [53]. »

Le château de Fontainebleau, construit et décoré par des artistes italiens, que François Ier avait attirés en France, présentait, suivant la coutume du temps, un grand nombre de peintures obscènes. « On voyait, dit Sauval, des dieux, des hommes, des femmes et des déesses qui outrageaient la nature, et se plongeaient dans les dissolutions les plus monstrueuses. »

En 1643, la reine, parvenue à la régence, fit détruire de ces peintures, dit le même écrivain, pour plus de cent mille écus [54].

Les livres manuscrits destinés à la prière, qu’on appelle des Heures, étaient autrefois ornés de miniatures. Les curieux en conservent, où ces miniatures offrent des scènes très scandaleuses [55].

Combien de nudités et de demi-nudités ornaient autrefois et ornent encore les églises, et surtout leurs portails extérieurs ? Que de saints et de saintes, en statues ou en tableaux, laissent à découvert ce qu’on ferait un crime aux gens du siècle de ne pas cacher ?

J’ai vu un Ecce Homo, nu comme la Vénus de Médicis, et qui, comme elle, et presque aussi maladroitement qu’elle, employait ses mains pour couvrir ce qu’il ne faut pas montrer. J’ai vu des saintes, nues comme les trois Grâces de Germain Pilon, et qui, comme elles, étaient placées dans une église [56].

Le Jugement dernier, peint par Michel-Ange, dans la chapelle du Vatican, à Rome ; le même sujet, traité par Jean Cousin, dans le tableau qu’on voyait autrefois aux Minimes du bois de Vincennes, outre les nudités complètes, offrent des scènes, sinon luxurieuses, au moins qui prouvent l’intention licencieuse ou la gaieté déplacée de leur auteur.

Dans les XIIIe et XIVe siècles, et par suite dans le XVIe siècle, les arts d’imitation, appropriés aux moeurs, produisaient souvent, pour les monuments civils et religieux, plusieurs ouvrages qui nous paraissent aujourd’hui indécents ou ridicules.

On voyait encore, en 1660, dans la chapelle de sainte Marie l’Égyptienne, un côté de vitrage qui y était depuis plus de trois siècles, et que le curé de Saint-Germain-l’Auxerrois fit enlever à cette époque. Il représentait la sainte, sur le pont d’un bateau, troussée jusqu’aux genoux devant le batelier, avec ces mots au-dessous : Comment la sainte offrit son corps au batelier pour son passage [57].

Ceci n’est qu’une naïveté, conforme à l’usage du temps et à l’indifférence générale où l’on était pour les nudités ; mais ce que je vais raconter offre des intentions bien caractérisées.

Un abbé du couvent de Saint-Géraud d’Aurillac avait fait peindre au XVIe siècle, dans un cabinet de jardin, destiné à ses débauches, des figures nues, représentant les deux sexes dans les postures les plus indécentes. Ce cabinet portait un nom obscène, qui caractérisait sa destination [58]. Les désordres qui régnaient dans cette abbaye étaient si excessifs que, d’après la plainte des habitants de la ville, elle fut sécularisée.

P.-S.

Texte établi par PSYCHANALYSE-PARIS.COM d’après l’ouvrage de Jacques-Antoine Dulaure, Des Divinités génératrices, ou du Culte du Phallus chez les anciens et les modernes, Éd. Dentu, Paris, 1805.

Notes

[1Laudator temporis acti. Art poétique, vers. 173.

[2Misson, Voyage d’Italie, t. I, p. 217.

[3Brantôme, Dames galantes. Rabelais parle de ces ceintures qu’il nomme à la Bergamasque : Le diantre… m’emporte… si je ne boucle ma femme à la bergamasque, quand je partirai hors de mon sérail. » (Pantagruel, 1. III, chap. XXXV.)

[4Tableau de l’Amour considéré dans l’état du mariage, part. II, chap. II, art. 3.

[5Discours sur l’impuissance de l’homme ou de la femme, etc., par Vincent Tagereau, Angevin, chap. VI.

[6Traité premier de la Dissolution du Mariage pour l’impuissance et
froideur de l’homme ou de la femme
, par Antoine Hotman, p. 63. On peut consulter, sur le même sujet, le Traité de la dissolution du mariage pour cause d’impuissance, avec quelques pièces curieuses ; le Dictionnaire de Bayle, article Quellenec ; Le Congrès de Cythère, du marquis de Maffei, etc.

[7Voyez, pour ces différents usages, le Glossaire de Ducange, aux mots Processiones publica, Villania Lapides catenatos ferre, Putagium ; le supplément au dit Glossaire, par Carpentier, aux mots Approbatus, Forus ; Les Coutumes et établissements du château de Clermont-Soubiran, imprimés à Agen en 1596. On y voit une gravure en bois qui représente ce châtiment. Voyez aussi Olaus Magnus, de ritu Gentium septent., 1, IV, chap. VI.

[8Fureteriana, p. 224.

[9Voyez le Glossaire de Ducange, au mot Marcheta.

[10Hist., du Quercy, par de Cathala-Coture, t. I, chap. X, pp. 134 et suiv.
Je ne puis partager l’opinion de l’historien du Quercy. Le déshonneur est que pour celui qui fait le mal, et non pour celui qui est forcé de le souffrir. C’est l’assassin et non la victime qui est déshonoré. Il faut péter ce principe qui, quoique très évident, n’est pas encore entré dans lutes les têtes, comme on le voit ici.

[11Camillus Borellus, Bibliotheca Germ., t. I ; Essais sur Paris, par Saint-Foy, t. II, p. 172.

[12Boerius Decïs, 297, n° 17 ; Ducange, Glossaire, au mot Marcheta.

[13Essais hist. de Saint-Foy, t. V, pp. 157 et 158.
Ce serait un tableau assez curieux que celui qui offrirait les droits absurdes, ridicules et indécents auxquels les seigneurs du bon vieux temps assujettissaient leurs serfs ou vassaux. J’en rapporterai ici un seul exemple, que l’on trouve consigné dans les registres de la Chambre des Comptes (liasse 22 des Aveux du Bourbonnais, aveu de la terre de Breuil, rendu par Marguerite de Montluçon le 27 septembre 1398). Après avoir établi le droit qu’avaient ces seigneurs sur les femmes qui battaient leurs maris, l’acte porte : « Item et insuper qualibet fila communis, sexus videlicet viriles quoscumque cognoscente, de novo in villa Montislucii eveniente, quatuor denarios semel, aut unom bombum sive vulgariter UN PET, super pontem de castro Montislucii solvendum. »
En outre, chaque fille publique qui se livre à quelque homme que ce soit, lorsqu’elle entre pour la première fois dans la ville de Montluçon, doit payer, sur le pont de cette ville, quatre deniers, ou y faire un pet. » (traité de la Police, par Delamare, t. I, p. 493 ; Glossaire de Ducange, au mot Bombum, etc.)

[14De Gestis rerun Anglorum, Willelmi Malmerburiensi, 1, V, p. 170.

[15Histoire générale du Languedoc, t. IV ; Preuves, p. 379.

[16Idem, t. XIV, p. 465.

[17Glossaire de Ducange, au mot Abatissæ, et son Supplément, par Carpentier, au même mot.

[18Essais historiques sur Paris, t. I, pp. 97 et 98.

[19Histoire générale de Provence, par l’abbé Papon, t. III, pp. 180 et 181 ; Description des principaux lieux de France, t. I, p. 187 ; le Pornographe, p. 350.

[20Libertas et Franchesia Villœfranch, Description des principaux lieux de France, t. VI, p. 170.

[21Pornographe, p. 354 ; Machiavel, Vie de Castriuccio Castracani.

[22Journal de l’Estoïle, t. I, p. 205.

[23Annales de Paris, par Malingre, p. 208.

[24Récréations historiques, par Dreux du Radier, t. I, pp. 270 et 271. Monstrelet, en décrivant une fête que donna en 1453 le duc de Bourgogne, dit qu’on y voyait : « Une pucelle qui, de sa mamelle, versait hypocras en grande largesse à côté de la pucelle était un jeune enfant qui de sa broquette rendait eau rose. » (Chroniq., vol. III, fol. 55, v.)

[25Pontus Heuterus, in car. Pugnace, 1, V, p. 385 ; Récréations historiques de Dreux du Radier, t. 1, p. 272.

[26Purgatoire, chant 23.

[27Philelphe, 9e décade, Satire 10.

[28Sermo communis de tempore predicabilis, sermo 3 de poenitentia, sine paginatione.

[29Sermon 4, mardi avant l’Avent, f. 13.

[30Sermon 29, 3e dimanche de l’Avent, f. 79, v. Voyez aussi les mêmes reproches dans le sermon 38, f. 98, sermon 41, f. 106, v.

[31Idem. Sermon du premier dimanche de Carême, part. 2, f. 41.

[32« Pectus discoopertum usque ad ventrem. » Menot, sermon, férie seconde, après le deuxième dimanche de Carême, f. 25.

[33Idem, férie 30, après le 1er dimanche de Carême, f. 94, v°. J’observe que les mots soulignés sont ainsi en français dans le texte latin de l’auteur.

[34Sermones discipuli de tempore et sanctis, sermo 84, ad « finem ».

[35Essais de Montaigne, t. II, liv. II, chap. XII, p. 220.

[36De l’état honnête des Chrétiens en leur accoutrement, par un ministre du saint évangile, in-8°.
- De l’Abus des nudités de gorge, in-12°. À la suite de cet ouvrage, on trouve une ordonnance des vicaires généraux de l’archevêché de Toulouse, de l’an 1670, contre la nudité des bras, des épaules et de la gorge, et de l’indécence des habits des femmes et des filles.

[37Essais de Montaigne, I. II, chap. V.
J’ai vu en Suisse, dans l’église de l’abbaye de Muri, un tableau qui représentait une procession nombreuse, dessiné à la plume. Les hommes y avaient leurs braguettes très apparentes. Une main récente a cherché à faire disparaître cette incongruité de costume que les progrès de la décence rendaient trop sensible.

[38Maillard, t. I, sermon 6e du Ier dimanche de l’Avent, fol. 32, V°.

[39Maillard, t. I, sermon 6e du premier dimanche de l’Avent. fol. 48, v°.

[40Carême prêché à Saint-Jean-en-Grève, par Olivier Maillard, en 1498. sermon 26e du 2e dimanche de Carême, fol. 60.

[41Id. ib., fol. 74. « Vade meretrix infamis, tu tenes bordellum in domo tua. »

[42« Estis meretrices quae tenuistis lupanaria… et fecistis filas vestras meretrices sicut vos, et filios vestros lenones, macqueraulx, gallicé. »
Sermon 38e du quatrième dimanche de l’Avent, fol. 98.

[43« Et ostenditis verenda vestra aliis », sermon 23e du samedi du 2e dimanche de l’Avent, fol. 73, v°. Dans le sermon 36e du 3e dimanche de Carême, fol. 88, il dit que Suzanne n’osait pas seulement montrer ses jambes ; « et vous, ajoute-t-il, vous n’avez pas honte de paraître toutes nues devant les autres, et de vous livrer à vos dissolutions. »

[44« Sermo 40, die sabbato post 3 dominicam », fol. 45.

[45Serm. 17e, série 6 du Ier dimanche de l’Avent, fol. 51.

[46Serm. 3e du 3e dimanche après la Pentecôte, fol. 14.

[47On ne peut, sans blesser toutes les règles de la pudeur, rendre autrement ce que le moine effronté ose, sans nécessité, exprimer dans un sermon : « Vidimus cum turgescet virgultus », fait-il dire à cette jeune fille. Voyez « fructuosissimi atque amenissimi sermones fratris Gabrieli BARLETTE, dominica prima adventus Domini », fol. 266, v°.

[48Chroniques de Froissart, vol. I, chap. XIV, p. 11.

[49Histoire de Louis XII, par Jean d’Auton, chap. LIX, p. 221.

[50Voici sa description :

Risus, verba, jocos, fulcra, cubile, merum,
Albentes coxas, inguina, crura, nates.
Et veneris, etc.

Voyez Récréations historiques, t. II, pp. 185, 186.

[51« Et religiosus, inquit leva vestimenta tua et tangam illud. Prout tetigit, illud membrum penilus illico disparuit. De quo sacerdos multum gavisus, in villam est reversus, et pulsatis campanis innocentiæ suæ sinceritatem ostenturus : et congregatis parochianis continuo spe plenus, stans in cancellis, et confidenter elevatis vestimentis, mox membrum suum abondantius quam prius apparuit ; et sic ipsum dæmon in humana forma decepit. (Tractatus 3 De credulitate dæmonibus adhybendœ : doctoris Felicis Hemmerlein. Malleus maleficarum, t. II, p. 311.)

[52Qu’on lise, si on le peut sans indignation, les volumineux Commentaires de Blaise de Montluc, et l’on verra presque à chaque page les traits de sa cruauté. Ce n’est pas un ennemi qui l’en accuse, c’est lui-même qui s’en vante. Voici quelques-uns de ses titres de gloire.
Malgré les traités qui permettaient aux protestants de Cahors de s’assembler pour faire le prêche, le clergé et les catholiques de cette ville mirent le feu au bâtiment où ceux de cette religion étaient réunis : et à mesure qu’ils échappaient aux flammes, ils étaient massacrés. La cour, à la nouvelle d’un pareil attentat, nomma une commission pour juger les coupables. Plusieurs chanoines, et même l’évêque de Cahors, furent convaincus d’être les auteurs de l’incendie et des meurtres. Montluc, lieutenant du roi en Guyenne, arriva lorsqu’un chanoine nommé Viole, que dans son idiome gascon il appelle Bieule, allait être condamné à mort. Il s’adresse au président, et lui dit que s’il prononce la sentence, il le tuera. Dès le premier mot, dit-il, qu’il ouvrira la bouche, je le tuerai. Puis il lui dit : « Tu déclareras ici devant moi ce que je te demande ou JE TE PENDRAI MOI-MÊME DE MES MAINS, CAR J’EN AI PENDU UNE VINGTAINE PLUS GENS DE SIEN QUE TOI ni que ceux qui ont assisté à la séance. Après ce discours, digne d’un bourreau en colère, Montluc mit en fuite le tribunal et sauva les criminels. Il était toujours accompagné de deux bourreaux qu’on appelait ses valets de chambre. Lui-même s’en fait honneur. « Je recouvrai secrètement, dit-il, deux bourreaux, lesquels on appela mes laquais, parce qu’ils étaient souvent après moi. » Ayant saisi un protestant nommé Verdier, il nous apprend qu’il avait deux bourreaux derrière lui, bien équipés, et qu’il aida lui-même à l’exécution de ce malheureux. Un ministre protestant se hasarda de venir implorer un jour sa protection. « Je commence à jurer, dit Montluc, et l’empoignai au collet, lui disant : Je ne sais qui me tient que JE NE TE PENDE MOI-MÊME à cette fenêtre, paillard : car J’EN AI ÉTRANGLÉ DE MES MAINS UNE VINGTAINE de plus gens de bien que toi… je peux dire avec vérité qu’il n’y a lieutenant du roi en France qui ait plus fait passer de huguenots par le couteau et par la corde que moi... ; et si je n’en ai pas fait assez ni tarit que j’ai voulu, il n’a pas tenu à moi. »
On ferait un volume, si l’on voulait rapporter tous les traits d’injustice, de perfidie, d’inhumanité dont ce vieux militaire s’honore dans les longs mémoires qu’il a écrits pendant sa vieillesse. Je n’ai jamais fait de lecture plus pénible.
Les trahisons, les perfidies, les cruautés de Simon de Montfort surpassent peut-être celles de Biaise de Montluc. Je n’en citerai qu’un exemple. Simon de Montfort faisait, par ordre du pape, la guerre à Raimond VI, comte de Toulouse. Pour s’emparer des terres de ce comte, pour le dépouiller de ses biens. Simon de Montfort avait besoin de faire passer des troupes dans le Quercy : cela n’était pas facile par la force ; il eut recours à la trahison. Le légat du pape se chargea de trahir. Il fit des propositions de paix au comte de Toulouse, l’invita à venir dans l’église de Narbonne, afin d’y cimenter la paix aux pieds des autels. Le comte crut à la sincérité du prélat, suspendit les hostilités et se rendit avec ses principaux officiers dans l’église de Narbonne. La cérémonie eut lieu avec les solennités ordinaires ; la religion sembla cautionner la sincérité des serments réciproques. Ces serments et l’appareil religieux qui devait les rendre plus sacrés, n’étaient qu’une comédie sacrilège que faisait jouer le légat, afin de faciliter le passage des troupes de Simon de Montfort dans le Quercy. Ce trait de scélératesse de la part de ce guerrier, qui en a bien fait d’autres, est moins étonnant que l’immoralité et l’effronterie de l’écrivain contemporain qui le raconte. « Pendant que le légat, dit-il, amusait, enjôlait, par une fraude pieuse, les ennemis de la foi assemblés à Narbonne, le comte de Montfort put s’avancer dans le Quercy et dans l’Agénois, y recevoir des renforts qui venaient de France, et combattre avec avantage les ennemis du Christ. Ô fraude pieuse ! ô piété frauduleuse du légat ! »
Voici le texte : « Egit ergo miséricordia divina dispositio, ut, dum legatus hostes fidei, qui Narbonnae erant congregati, alliceret et compesceret, FRAUDE PIA, comes Montisfortis, et peregrini qui venerant a Francia, possent transire ad partes Caturcenses et Aginenses, et suos imo Christi impugnare inimicos. O LEGATI PRAU PIA O PIETAS FRAUDULENTA ! » Petrus Val. 5, chap. LXX VIII.
Je ne ferai point ici d’observation particulière, le texte en dit assez ; mais j’observerai qu’en général, nos anciens nobles, après avoir, pendant le cours de leur vie, commis toutes sortes de violences, voyant s’en approcher le terme, commençaient à avoir peur de l’enfer, et croyaient en esquiver les tourments et s’absoudre de leurs crimes nombreux en donnant des biens aux monastères. C’est ainsi que le polichinelle des joueurs de marionnettes frappe ou tue sans raison tous ceux qui se présentent à lui, et finit par trembler devant le diable lorsqu’il apparaît.
Simon de Montfort et Blaise de Montiuc, ainsi que Catherine de Médicis et le cardinal de Richelieu, ont été placés dans l’ancienne galerie du Palais-Royal, au rang des hommes illustres de France.

[53« Sermonum dominicalium totius annifratris GUILELLMI PEPIN, sermo 2, dominica 23, post Trinitat., fol. 251. »

[54Amours des rois de France, par Sauval.

[55J’ai vu à la Bibliothèque nationale, au dépôt des manuscrits, des Heures écrites au XVe siècle, ornées de belles miniatures dont quelques-unes, placées au commencement du volume, représentaient les quatre saisons. L’hiver était figuré par une chambre où l’on voyait assis aux deux cotés d’une cheminée un homme et une femme dans le costume du temps. La dame était représentée relevant ses vêtements autant qu’il lui était possible de le faire étant assise. Les miniatures des livres d’église, manuscrits, offrent souvent des indécences plus révoltantes encore.

[56Le groupe des trois Grâces de Germain Pilon était placé dans une chapelle de la ci-devant église des Célestins à Paris. On le voit aujourd’hui dans le Muséum des Antiquités nationales.

[57Essais historiques sur Paris, par Saint-Foix, t. 1. p. 218.

[58Une enquête manuscrite, composée de plus de quatre-vingts témoins, et dont j’ai une copie, contient les faits les plus étranges, les plus scandaleux. L’abbé était Charles de Saint-Nectaire ; il mourut en 1560. Le cabinet où étaient peintes des nudités portait le nom de f…toir de monsieur. Les généalogistes et les auteurs du Gallia Christiana nous disent que cet abbé, qui autorisait toutes sortes de crimes et débauches dans son couvent, était aussi illustre par sa noblesse que par sa piété. Chercher la vérité dans certaines histoires, c’est comme si on la cherchait dans les formules de compliments que s’adressent, chez les nations civilisées, des hommes peu familiers qui se visitent.

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