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La Topologie et le Temps (VII)

L’objet petit a… o (tao)

Texte de l’intervention au Cercle Psychanalytique de Paris (29 mai 2008)

Date de mise en ligne : mercredi 2 juillet 2008

Auteur : Guy MASSAT

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Guy Massat, « L’objet petit a… o (tao) », Septième séance du séminaire sur « La Topologie et le Temps », au Cercle psychanalytique de Paris, le jeudi 29 mai 2008.

Comme nous l’avons vu, il y a le langage conscient : la langue et le langage inconscient le lalangue. L’Unbewusst parle le lalangue.

Unbewusst : C’est l’inconscient, en allemand. Lacan le traduit en français phonétiquement en ne s’appuyant que sur les sons que le mot évoque. Ce qui donne « une bévue ». C’est la traduction libre de quelqu’un qui maîtrise l’Œdipe, de quelqu’un qui est « sans dépendance à l’égard des mots et des lettres », comme le préconise le Tch’an. Qu’est-ce qu’une bévue ? C’est une bêtise, une erreur, une étourderie, une méprise, une maladresse, une distraction, une blague, c’est « mettre les pieds dans le plat », c’est une stupidité, c’est ce qui vient par inadvertance, involontairement, par irréflexion, par hasard. C’est un contre sens. Bref, traduit sans euphémisme, c’est une connerie. Unbewusst c’est une connerie. Toutefois, pour peu qu’on y réfléchisse en se cramponnant à la rigueur philosophique, à la langue, le contre sens, la connerie, n’est-ce pas ce qui, en fin de compte, caractérise la condition humaine ? La condition humaine, consciente d’elle-même, l’incarne d’autant mieux qu’elle la dénonce. Elle cherche toujours à l’éviter mais la fait renaître sans cesse. La psychanalyse, quant à elle, a le mérite de nous réconcilier avec elle au lieu de la refouler. Car refouler la connerie a inévitablement pour conséquence, par la dynamique du retour du refoulé, de l’incarner avec plus de force.

Le mot bévue est dérivé de vue. C’est une manière de voir. Il est précédé du préfixe péjoratif bes, , du latin « deux fois ». C’est une contre vue qui produit une double vue. Ce qui pour la conscience univoque désigne une méprise à éviter et où l’on tombe malgré soi. Ce qui est un procédé comique bien connu. Jusqu’à Freud l’homme occidental se définissait par la conscience. Par cette conscience qui est consciente d’avoir conscience qu’elle a conscience en se réfléchissant conscience d’elle-même. Elle s’hypnotise dans le miroir qu’elle est à elle-même. Elle s’efforce de refouler l’inconscient qui lui parle, de le forclore comme on dit, en lui opposant l’ensemble de ses résistances. Mais, comme l’inconscient fait inévitablement retour, pareil au dire du Tao, la conscience qui se croyait sans faille finit dans la peur par éclater en angoisses paniques, faute d’accepter de briser son miroir. L’homme, qui se définissait jusqu’ici par la conscience est devenu, avec Freud, un Unbewusst, une bévue, d’autant plus conne qu’il la refoule.

Pratiquement la psychanalyse propose de se réconcilier avec nos propres bêtises, nos propres erreurs, nos gaffes, nos distractions, nos bourdes, nos hasards, nos errances, c’est-à-dire, exprimé par le langage technique, « nos lapsus et nos actes manqués », nous réconcilier avec notre propre connerie pour la faire parler, car l’Unbewusst ça parle, même quand on y prête aucune attention. C’est cela le génie de Freud : donner la parole à nos conneries les plus intimes, les plus refoulées parce qu’elles font sens par delà le conscient.

Certes, m’objecterez-vous, il y a la célèbre formule de Lacan : « La psychanalyse guérit de tout mais elle est sans effet sur la connerie. » Qu’est-ce à dire ?

Si on ne sait pas distinguer le discours conscient de celui de l’inconscient on en manquera tout le sel. Car, comme tout mot, comme toute phrase, la formule peut être entendue par l’oreille du conscient ou celle de l’inconscient. Pour le discours conscient la connerie désigne l’incapacité à atteindre le bon sens, c’est un manque. Mais y a-t-il un bon sens ? L’être humain conscient d’avoir conscience qu’il a conscience se désigne naturellement lui-même comme étant le bon sens. Mais c’est « le sommet du comique », nous dit Lacan.

En revanche, pour l’inconscient, l’absence de sens, l’abîme, le sans limite, le sans appui, le contre-sens, c’est la liberté. La psychanalyse guérit de tout et développe la liberté qui, sans but ni sens ni contrainte, se réfère à la connerie, dans le sens de con et de trou, sans que cela ne soit péjoratif, bien au contraire, puisque nous sommes ici dans une dimension où le trou précède ses bords. Con vient du latin cunnus : « Vulve ». Au Moyen Âge, connil et connin désignaient le lapin par allusion à son terrier et désignaient dans la même perspective toutes sortes de conduits.

La conscience dans la langue n’est pas la science du con dans le lalangue. Pourtant tout un chacun ne fonctionne jamais que par ses trous : les yeux les oreilles, les narines, la bouche, etc. Pour nous le tore qui est creux, la bouche, le vagin, l’anus, le trou, la faille, la coupure sont des « conneries » plus importantes que le soi-disant plein, complet, substantiel qui ne relève que d’une l’hallucination de matière statique. Du même coup nous comprenons ce point décisif de la psychanalyse à savoir qu’on peut entendre un mot ou une phrase dans sa dimension consciente ou bien dans sa perspective inconsciente. Avec un peu d’entraînement chacun pourra en tirer d’innombrables richesses.

Rappelons que le langage conscient est soumis aux principes de la logique formelle : A est A : axiome d’identité. A n’est pas non A : axiome de non contradiction. Il n’existe pas de troisième terme qui soit à la fois A et non A : axiome du tiers exclu. Tandis que pour le langage du ça, pour le lalangue, le phonétisme n’a pas d’identité fixe : A est non A ou ni A ni non A, et cependant cela fait sens et surtout plus que sens, comme le prouvent le tchan, le tao, la psychanalyse et la physique quantique.

Les hommes parlent des langues et là où il y a des langues il y a des erreurs, des bévues, c’est-à-dire du langage inconscient, du contre sens, autrement dit, de la connerie. Toutes les tentatives pour créer une langue fermée sur elle-même sans attente de l’inconscient se sont inversées, non sans drôlerie, en incarnant leur contraire. Comprendre n’est autre qu’interpréter et interpréter c’est construire.

« Au lieu d’interpréter on devrait dire construire », disait Freud. Interpréter c’est construire ou déconstruire. L’inconscient est une pulsation temporelle, donc une triade : refoulement, retour du refoulé, retour du refoulement et toujours d’une manière entièrement nouvelle comme le temps.

A = A, lui, est le discours du semblant, c’est le stade du miroir qui est un leurre, nous a expliqué Lacan. Mais c’est le monde dans lequel nous vivons et nous saurons d’autant mieux y suivre correctement les règles du jeu que nous aurons la pratique du lalangue du discours inconscient.

Il y a l’ « univers » de la conscience et les « plurivers » de l’inconscient. Les monothéistes n’aiment pas ça. La vie est un chemin sinueux, dit-on, elle ressemble à un S. Mais, en réalité, il n’y a pas de chemin. « L’homme est sans chemin », dit Œdipe. Rayons donc le chemin nous aurons le S barré, séparant conscient et inconscient. Rayons le encore. Pourquoi ? Parce que le non-chemin est le véritable chemin. « Quand il est sans chemin, dit encore Œdipe, l’homme a tous les chemins ». Tel est le sujet barré : le dollar qui règne sur le monde. Sur le dollar les deux barres c’étaient avant les colonnes d’Hercule. Remarquons que, d’une certaine façon, de la banque infinie du ça, du discours du ça, c’est-à-dire en chinois du Tao, ce qui nous porte, on peut tirer tous les dollars qu’on veut et conquérir l’Amérique, en tant que symbole de triomphe. Si le cœur vous en dit… naturellement.

Pourquoi Lacan fait-il, comme on l’a vu la dernière fois, référence au Tchan ? Parce que le Tchan différencie, ainsi qu’on peut le constater facilement dans son abondante littérature, le conscient et l’inconscient. Mais il y a encore un argument supplémentaire et décisif, c’est que le Tchan, comme le Taoïsme, soutient que l’inconscient est avant le conscient : Wu-yishi, l’inconscient est antérieur à Yishi, le conscient. L’idéogramme « Wu » que l’on traduit par « non » a dans le tchan un sens dynamique que la négation occidentale ne comporte pas.

Par exemple nous avons dans le Tchan le « wu » du Maître Wen yen, (864-949) rapporté dans le « Wu Men kuân » c’est-à-dire « la passe dont la porte est le rien ». Ce qui désigne en profondeur « la passe » que Lacan essaya d’instituer pour la transformation de l’analysant en psychanalyste et qui n’a pas marché.

Le corps de Wen yen momifié, en posture de tso tchan, existe toujours. Il se trouverait dans un monastère de la province de Canton. Son célèbre « wu » n’est pas un refus de quelque chose mais au contraire l’affirmation du vide, du ni A ni non A constructeur. « Un chien a-t-il la nature de Bouddha » ? La réponse est « Wu », ce qui désigne la dynamique du ça : ni Chien ni Bouddha, ni moi ni surmoi. Wu désigne le ça sans identité, où A est non A et ni A ni non A, ni chien profane ni Bouddha sacré, où ni la matière ni les idées ne sont éternelles. Tout ne fit que passer. Le « wu » s’utilise pour exprimer le sans être, sans avoir, sans faire, sans nom, sans âge, sans lieu, sans origine, sans but, bref le ça, et Wu correspond aussi au « rien » de l’ob-jet petit a qui figure l’utilité du trou. On trouve dans l’idéogramme « wu » les sens de danse et de danser.

Donc, encore une fois Lacan nous permet de comprendre le tchan, même si ça n’intéresse personne, et le ça. Le rien dans le ça n’est pas le rien dans le moi ou le surmoi ou le rien dans la réalité. Concernant le ça, c’est quand on à rien qu’on est le plus riche, ce qui n’est évidemment pas soutenable dans notre monde conscient. Tchan vient de Tchanna qui est la transcription phonétique du pâli Djâna qui signifie absorption. Alors que dans le conscient il n’y a pas de vie sans absorption c’est-à-dire sans manger, dans l’inconscient le ça ne mange rien, il n’absorbe rien. Il s’absorbe dans le vide parfait sans espace, sans être, sans avoir, où A et ni A ni non A, où l’on fait sans faire, où l’on sait convaincre sans parler, voir sans regarder, entendre sans écouter, où l’on se nourrit sans manger, où l’on chie sans s’emmerder (c’est-à-dire où l’on travaille s’en s’ennuyer), où l’on va toujours sans s’arrêter par delà toute conscience.

Comme conclut Mallarmé dans « le coup de dé » : « Rien n’aura jamais eu lieu que le lieu », le il y a, le là, le là du dasein, le l’a de Lacan.

Dans le Wu men kuan (la passe dont la porte est le rien) nous trouvons aussi l’histoire de Houei-neng qui illustre la primauté de l’inconscient et aussi la différence inconscient et conscient.

Houei-neng (683-713) est né dans le sud de la Chine dans une famille pauvre. Son père mourut quand il était encore enfant. Il ne fit pas d’études. Il vivait avec sa mère. Il devint bûcheron pour gagner leur vie. Un jour sortant d’une maison d’où il venait de vendre son bois il entendit un moine réciter le « Discours sur le vide » qui dit « Les formes sont le vide et le vide est les formes… » Le vide est le véritable constructeur, tel le bois. Et le bois est le vide. Les Grecs utilisent pour ce concept de vide constructeur le mot hylé (bois). Par ces mots en un instant Houei-neng passa par delà le conscient dans le Wu yi shi. Comprenant qu’il était possible d’aller par delà le conscient, il décida se rendre au monastère de « la Prune Jaune » qui professait cette sagesse et dont le supérieur était le maître de Tchan Houng-jen. Houei-neng abandonna sa mère. Il voyagea durant un mois avant d’arriver au monastère. Dans ce temple Houng-jen avait réuni plus de sept cents moines, tous lettrés. C’était le premier du genre car jusque là les moines tchan étaient surtout des moines errants.
- D’où viens-tu et que désires-tu ? demanda Houg-jen à Houei-neng.
- Je suis un marchand de bois et je viens du sud. Je désire devenir Bouddha.
- Les gens du Sud sont sans culture et les bûcherons sont illettrés, dit Houg-jen, comment pourraient-ils devenir des Bouddhas ?

Houei-neng rétorqua :
- Il peut y avoir des gens du sud et des gens du nord, des lettrés et des hommes des bois mais quand il s’agit du vide, c’est-à-dire de la nature de Bouddha comment faire la différence ?

Le discours du ça n’est pas le discours universitaire.

Devant la pertinence de la réponse Houg-jen accepta Houei-neng et le plaça comme broyeur le riz pour les cuisines. Houei-neng était toujours employé à cette tâche apparemment servile quand Houg-jeng, qui était devenu faible et âgé, chercha un successeur capable de le remplacer. Il fit savoir qu’il désignerait comme héritier de la charge de la transmission du Tchan celui qui en donnerait la meilleure définition. Parmi les lettrés du temple, il y avait Chen-hsiou qui surpassait tout le monde par son savoir et son intelligence. Tous les moines le respectaient et l’admiraient. Chen-shiou écrivit donc ce poème pour définir le Tchan : « Ce corps est l’arbre de l’éveil. L’esprit est pareil à un miroir brillant. Essuyons constamment la poussière qui l’empêcherait de bien réfléchir la vérité. » Ce poème fut affiché sur le mur de la grande salle du temple. Tous les moines en admiraient le style et le sens. Quelle ne fut pas leur surprise quand le lendemain matin ils virent à côté du poème de Cheng-hsiou un autre poème qui disait : « L’éveil n’est pas un arbre. Il n’y a pas de miroir pour réfléchir la vérité. Tout est vide depuis le commencement. Où la poussière pourrait-elle tomber ? »

« Le miroir renvoie au mirage » dit Lacan. L’esprit n’est pas l’inconscient. Cela ne résonne-t-il pas avec le « il n’y a pas de miroir qui puisse réfléchir la vérité » de Houei-neng ? « L’éveil n’est pas un arbre » n’est-ce pas dire que l’inconscient est le vide du temps qui fait apparaître et disparaître les choses ? « Où la poussière pourrait-elle tomber ? » N’est-ce pas dire précisément que ce sont le moi et le surmoi qui entretiennent la peur, la culpabilité, les angoisses, et les dépressions dans le système inconscient ? En tout cas, le poème de cet illettré, broyeur de riz, (broyeur de mots ?) mettant en cause l’esprit du plus grand lettré du monastère, fit scandale. D’autant que quelques jours plus tard Houg-jen, le cinquième patriarche, annonça publiquement qu’il nommait Houei neng, le broyeur de riz, le briseur de miroir, comme son successeur dans la transmission du Tchan. C’est à lui qu’il remettrait la robe de Bodhidharma symbole de cette charge (la robe, faite de fils, figure le fil conducteur de la transmission de la lignée).

Le Tchan, comme il était dit, était bien « une transmission spéciale en dehors des écritures. » Aujourd’hui la psychanalyse, qui ne se s’enseigne que sur le divan (le dit du vent), se transmet, elle aussi, en dehors des écritures.

La protestation des sept cents moines du temple fut cependant si violente que Houg-jen et Houei-neng durent s’enfuir du monastère. Ils prirent une barque pour traverser un lac et se mettre à l’abri.

Houg jen qui, rappelons-le, était âgé et faible dit :
- C’est moi qui vous fait passer la passe donc c’est moi qui devrait ramer. Hélas, mon corps ne répond plus. Alors Houei-neng rétorqua :
- Vous m’avez déjà fait passer donc je suis un passeur donc je peux ramer.

Celui qui fait passer et celui qui passe. Ce genre de relation paradoxale se retrouve en psychanalyse avec certains analysants qui veulent devenir psychanalyste. En tout cas Houei-neng devint le sixième patriarche du tchan. Il produisit cinq écoles dont il ne restent plus que deux représentée au Japon par le Rinsai (Lin-tsi) et le Soto (Sao-toung).

Dans toute langue il y a le lalangue, un dire inconscient. Le dire énigmatique du Tao qui parle même si c’est à notre insu, quelle que soit notre langue. C’est ce discours inconscient qui produit le « moi » et le « surmoi », nous dit Freud. Ce qu’avait aussi remarqué Lao tseu : « Le dire véritablement dire est autre que le dire exprimé », « le sans nom produit la terre et le ciel » tandis que « le mot est la mère des choses. »

Puisque nous pouvons traduire le terme chinois « Tao » par « dire » et non pas simplement par « chemin » comme on nous le rabâche toujours, nous pouvons réinterpréter le Tao te king sous l’angle de la psychanalyse et lui redonner un sens plus pur, plu sûr et plus efficace. Le Tao n’est autre que le « ça parle » de Lacan. Ainsi pouvons nous mieux comprendre (comprendre c’est interpréter) et traduire ainsi le 3e poème de Lao tseu : « Le dire (du ça) ne s’arrête jamais. Abyssal, il est l’ancêtre des dix mille choses. Il abat les prétentions (du surmoi), sépare les pelures (du moi) et harmonise les pulsions. S’engendrant lui-même, de qui serait-il l’enfant ? Il se montre antérieur à toutes les fonctions du signifiant souverain. »

Les mots ne sont que des galaxies en spirales au centre desquels le pouvoir et anonyme. Le nom de l’anneau reste anonyme.

Le sinogramme Tao s’écrit en trois parties dont l’étymologie est : les cheveux, la face, le discours. Les cheveux c’est le surmoi, si vous le voulez bien, puisque c’est au-dessus de la tête qui est le moi, la face. Quant au au discours c’est le ça. Comme je dis toujours « tuez le surmoi », en paraphrasant le « tuez le Bouddha » de Li tseu.

À ce propos j’ai une vignette assez drôle à vous rapporter : J’expliquais « le ça, le moi et le surmoi » avec l’articulation du sinogramme Tao en trois parties à une jeune comédienne. Dans la semaine son agent lui proposa un rôle dans un film avec Daniel Auteuil, mais il fallait (outre le talent indispensable) se raser la tête pour avoir le rôle. Sans hésiter, en bonne tueuse du surmoi inconscient qui aurait pu tout lui interdire, elle se fit raser complètement la tête. Résultat, il semble que le succès ne cesse pour elle. Le film s’appelle « 15 ans et 1/2 ».

L’enseignement de Lacan pourrait se réduire à trois choses : le signifiant, le RSI et l’objet petit a. Le réel correspond au « ça » de Freud, l’imaginaire au « moi » et le symbolique au « surmoi ».

Maintenant, si l’on prend l’étymologie des lettres RSI (toute lettre est une missive) nous avons R, qui signifie la « tête » (dessinons donc une tête de mort, ce sera la tête à personne). S, a pour étymologie « les dents ». Dessinons les. I, les « bras », est symbole de la puissance. Résultat : Cela n’évoque-t-il pas l’emblème des pirates sur leur drapeau noir ? Skull and bones : « Tête de mort et os », c’est aussi : « La fraternité de la mort » est l’association secrète la plus secrète de l’université de Yale. Elle regroupe les présidents d’organismes industriels, politiques, financiers parmi les plus importants du monde. L’association ajoute à son appellation le chiffre 322 qui désigne la date de la mort du plus grand orateur de l’antiquité, Démosthène. RSI est donc placé sous l’égide de l’éloquence : Démosthène, c’est-à-dire Calliope la première des muses. Donc, avec le RSI du borroméen nous atteignons, certes par un autre chemin, mais aussi sûrement, les arcanes les plus puissants de la planète. Bienvenue au club, où la mort parle.

« Toute pulsion est une pulsion de mort », nous dit Lacan et « La mort est un acte de foi »… De foi ? Pourquoi « deux fois » demande le lalangue. Parce que deux fois, bévue, c’est le langage du ça qui relie ensemble l’esprit et le corps tel que le figure le nouage RSI du borroméen.

Dans les « Écrits » de Lacan nous trouvons le secret des choses : « La poussée de la pulsion est constante » (p 847). « C’est une force constante » (p. 150, Les Quatre concepts). Qu’est-ce que cela veut dire, sinon que le temps (pas celui des horloges, ni celui des idées) est une poussée en expansion infinie ?

« Le vide est une poussée » savons-nous aussi depuis la physique quantique. Le vide c’est le temps sans mesure, c’est le « wu » des taoïstes et du tchan, c’est le vide constructeur. L’étymologie de temps est tem qui signifie couper. D’où nécessairement dans la poussée continue une multitude de pulsions partielles qui se manifestent diversement. Et le fait que : « Toute pulsion est virtuellement une pulsion de mort » (Écrits, p. 848).

« La mort est au commencement » comme disaient les Gaulois, comme disent les Mexicains ou comme l’ont pensé d’autres penseurs qui plaçaient le devenir, la coupure, à l’origine des choses. A ce propos voici une anecdote : Une amie de pensée, infirmière psychiatrique qui suit mon séminaire, assistait dans son hôpital à une conférence du célèbre écrivain et psychanalyste Philippe Grimberg sur son livre éponyme intitulé Un secret. Elle posa cette question au moment des débats : « Est-ce que Un secret ne veut pas dire Un se crée ? Aussitôt, devant cette ouverture, il y eut un tonnerre d’applaudissement et bien sûr l’approbation de l’auteur. Voilà un exemple du discours inconscient qui illustre le refoulement : un secret est un secret dans le discours conscient, secret signifie ici « ce qu’on ne doit pas révéler ». Dans le conscient chaque mot est ce que tous les autres ne sont pas.

Mais lorsque on fait parler les mots, le secret de « un secret » c’est qu’on pense inconsciemment que « un se crée ». De cette autre dimension du langage, on peut explorer différents points de vue. Si « un » se crée du langage, c’est le langage qui fonde tous les fameux monothéismes pour lesquels le commandement suprême, celui donné à Moïse est : « Tu n’auras pas d’autre dieu en dehors de moi », tu n’auras que ce Un. C’est sur ce « un », cet impératif catégorique, créé du langage, que s’articulent en effet les trois monothéismes. Ce « un se crée » résume donc la belle histoire vécue de Philippe Grimberg.

Mais que le « un se crée » ne résume pas seulement les monothéismes. Il dit aussi autre chose. C’est lui encore qui fonde le principe axiomatique de la philosophie et des sciences : A est A et ne peut être non A, et, entre A et non A il ne peut rien y avoir. Tel est le secret du langage : Il permet de créer des dieux et des mondes, à plus forte raison résoudre nos problèmes. Le langage de l’inconscient, le langage du ça est le fondement du moi (la philosophie) et du surmoi (la religion). C’est seulement par le maniement du lalangue qui se manifeste par l’homophonie que la psychanalyse peut métamorphoser les problèmes intimes et compliqués qui nous hantent. J’ai donc été très heureux d’avoir été si bien entendu. Et je remercie, encore une fois l’infirmière Cathy. Elle a démontré qu’un mot se déchiffre plus par le lalangue que par la langue. Car le signifiant essentiellement ne signifie rien. C’est cela le « Y’a d’l’Un » de Lacan : « Un se crée » du langage dans le conscient comme dans l’inconscient.

L’objet a, objet de la psychanalyse ou comme dit Bodhidharma : « une fleur à cinq pétales vient de s’épanouir », l’objet petit a c’est l’objet de l’appétit (a-petit), ou on l’a ou on l’a pas, au sens propre ou au sens figuré, dans le système inconscient bien sûr. Si on ne l’aborde pas par le lalangue, il sera, pour la langue, une chimère.

C’est dans La logique du fantasme en 1966 que Lacan annonce solennellement dès le début du séminaire que son apport fondamental à la pratique et à la théorie psychanalytique est l’invention de l’objet petit a. Plus que le stade du miroir (I), plus que le nom du père (S) et même le réel (R) l’objet petit a constitue la structure de son enseignement. Au centre des trois trous du borroméen c’est là que nous trouvons le trou nommé objet petit a. C’est le nombre d’or.

Quel est l’objet de la psychanalyse ? vous demandez-vous parfois. Lacan vous répond : la psychanalyse c’est ce qui a pour objet cet objet a (1965). La psychanalyses américaine c’est-à-dire la psychanalyse d’aujourd’hui n’est donc pas concernée par cette définition puisqu’elle elle rejette le borroméen, et parle plus de la langue que de lalangue. Cependant l’objet a c’est le nombre d’or de la psychanalyse. C’est de l’or.

Le nombre d’or dont parle Lacan (La logique du fantasme) est le nombre réel, noté φ. Il est donné par la formule :

Mais au fait, qu’est-ce qu’un objet en psychanalyse ? Premièrement, il y a l’objet de la pulsion chez Freud. Ici l’objet n’est qu’un moyen, un outil. « L’objet de la pulsion, nous dit Freud, est ce par quoi la pulsion atteint son but » (métapsychologie). Les objets ne sont ici que des outils. Puis, il y a « l’objet partiel » de Mélanie Klein et d’Abraham, qui est « un manque à combler » et « l’objet transitionnel » de Winnicott, qui désigne un objet matériel que le nourrisson ne distingue pas de la réalité. C’est une chose. Dans « La chose » Heidegger montre justement que « la science n’atteint jamais que ce que son mode propre de représentation a admis d’avance comme objet possible pour lui ». Notre objet petit a, lui, c’est le vide en tant que jaillissement. C’est un ob-jet qui s’éclate en cinq éclats comme une étoile. En ce sens il est en relation avec le « Wu xing » de la plus antique pensée chinoise. Wu, ici, signifie cinq et Xing signifie marcher, mouvement. Cela évoque le mot « esquinter » don l’étymologie, du latin « exquintare », signifie éclater en cinq. L’objet a est le fait de la coupure du temps en cinq éclats. Ces cinq éclats sont : le rien, les fèces, le sein, le regard et la voix. À quoi sert cette étoile, qui n’est qu’une sorte d’absence entre visible et invisible ? Ce drôle d’ob-jet ?

« On sait à quoi il sert, explique Lacan, à s’envelopper de la pulsion (du mouvement de la pulsion) par quoi chacun se vise au cœur et n’y atteint que d’un tir qui le rate » (« Note aux Italiens », dans Autres Écrits). Lorsque Lacan l’identifie au « rien » l’objet petit a est particulièrement paradoxal pour la pensée occidentale, tel une impossible étoile. Si ce que l’on peut dire de plus précis de l’objet a, c’est qu’il désigne le rien, l’étude du caractère chinois « Wu » qui correspond à ce rien nous éclairera beaucoup plus que le concept de rien en français ne peut le faire car rien en français se réduit à n’être « aucune chose ». C’est ce « Wu » qui peut rendre compte que l’objet a est à la fois objet du manque et objet de jouissance. Pour le moi et le surmoi il est objet du manque. Pour le ça, il est objet de jouissance. Ce qui se répartit sur le borroméen. « Ce qu’il y a sous l’habit que nous appelons le corps, ce n’est peut-être que ce reste que j’appelle objet petit a » (Encore, p. 12). La réciprocité entre la fonction de la parole et l’objet a est totale D’où la formule du fantasme : S barré poinçon petit a.

Le mot rien en français ne vient pas de rire mais nous, avec le lalangue, nous pourrions phonétiquement le soutenir : Rien riant. Car l’idéogramme Wu s’apparente aussi en chinois à la danse. « Quel était votre visage avant votre naissance ? », demande-t-on dans « La passe dont la porte est le rien ». Wu, Rien, c’est-à-dire un cercle vide, telle est la réponse. Le cercle qui représente le rien fait rire, car tout se réduit à rien. Pourquoi nous faisons- nous tant de soucis ? Pour rien. Qu’avons-nous à dire ? Rien. Ce sont les Bouddhistes qui ont inventé le zéro, le cercle vide pour figurer le « nirvana » l’extinction comique du rien, puisque tout ce qui arrive ne saurait que passer.

Regardez, si l’on froisse un nœud trivial, on obtient quelque chose comme des fèces, des excréments, de la matière. La matière est faite de courbes (sein, sinus) dont on peut faire de belles choses. C’est ce que nous voyons (regard) et ce que nous sommes : ce que nous disons (voix).

Donc au centre du triple trou borroméen, réel, imaginaire et symbolique, se situe le trou de l’objet petit a qui trompe son monde car ce n’est pas un objet du monde mais du m’onde, pourrait-on dire avec une apostrophe. C’est un ob-jet, un jaillissement (jet) devant (ob). En chinois ancien le mot tch’ong se dit à la fois de l’eau jaillissante et du vide (Duyvendak). Ce sinogramme illustre la dynamique éclatante de l’objet petit a. Nous sommes manipulés par notre appétit, par notre « a petit », notre petit a. Nous verrons qu’avec les cinq éclats de son éclatement l’objet petit a possède des relations étroites avec l’antique théorie chinoise des cinq mouvements (qu’on appelle erronément les cinq éléments) : « Les cinq éléments » se nomment en chinois Wu xing. Wu, c’est ici, nous l’avons vu, le chiffre cinq, et xing est : « ce qui marche ». Ce sont cinq types de mouvements, de pulsions, pourrions-nous dire, avec leurs effets d’attraction et d’opposition, d’accélération et de ralentissement, et de blocage. Ces cinq formes dynamiques doivent être comprises à partir de leurs fonctions.

Ce sont : Le bois, la terre, l’eau, le feu, et le métal.

Le « rien » par efficacité du trou constructeur correspond au bois (la hylé en grec). La terre c’est les fèces. L’eau c’est le sein. Le feu c’est le regard et le métal la voix (en chinois c’est beaucoup plus explicite qu’en français). C’est Lao tseu qui, le premier, a fait remarquer que le trou est constructeur (XI) : « C’est le vide central des roues qui fait leur utilité. Les vases sont faits d’argile mais c’est leur vide qui permet à la fois de les remplir et de les désemplir. Les portes et les fenêtres sont les perforations qui rendent les maisons habitables. Les choses ne sont précieuses que par le rien qui les rend utile ». Nos cinq sens sont des trous. Nos failles fondamentales sont ce par quoi nous existons. Nous ne vivons, nous ne sommes construits que par nos trous. On mange on défèque, on parle, on écoute on regarde etc. tout va bien quand ça circule mais les angoisses et les dépressions surgissent dès qu’un « rien » est obstrué, bloqué, fermé, bouché. Dans le système inconscient le trou précède ses bords. Ce qui est l’inverse dans le conscient. Le trou est premier, les bords sont les productions du trou. C’est par là que cela peut coincer.

Reprenons, encore une fois l’éclatement des cinq éclats de l’objet petit a pour mieux voir leurs correspondances avec l’étoile des cinq Wu xing.

Les fèces correspondent à la terre, à la matière. La Terre, dans la mythologie grecque provient directement du Chaos, le vide. Le rond, l’anneau, représentent le vide. C’est l’anus qui produit les fèces ou la terre.

Les seins correspondent à l’eau du Wu xing. C’est le goût, la bonne nourriture au sens propre ou figuré. Le mouvement de l’eau est fait de formes sinusoïdes, comme le mot, sinus, l’implique sémantiquement.

Le regard correspond au feu du Wu xing. Nous pouvons toujours avoir un nouveau regard sur notre propre vie. Il n’y a pas de point de vue de tous les points de vue possibles. Il y a toujours d’autres manières de voir.

La voix correspond au métal du Wu xing. C’est ce qui construit fondamentalement notre vie, notre âge de fer comme le dit Hésiode. Cet âge de fer qui, tout en étant une marche vers les progrès techniques est une époque de misère, de crimes et de guerre. Mais où l’on peut aussi, disaient les Anciens, retrouver l’âge d’or. Comment ? Par l’objet petit a de Lacan ? Nous verrons… La psychanalyse c’est en chinois « tchi tao zi you ». En effet, qu’est-ce que la psychanalyse sinon la libération, zi you du « tao » à savoir le dire du ça ? Analyse, du grec analusis, peut se traduire en chinois par libération : zi you. Libération de quoi ? Libération de psyché, en grec le « souffle vital » et en chinois tchi : le « souffle-énergie-vitale » du tao, c’est-à-dire du « dire du ça ». La psychanalyse est en quelque sorte un autre aspect du tchi qong.

Ainsi, nous pouvons voir, que la puissance de lalangue peut nous faire atteindre les étoiles. En tout cas, aller, aller par delà le conscient tel est l’objet de la psychanalyse.

Prochaine séance Jeudi 26 juin 2008.
- Je vous remercie.

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