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La dynamique métapsychologique de la « Einsicht »

Léonardo da Vinci, Freud et son œuvre

Wißbegierde et structuration psychique (section IV et Conclusion)

Date de mise en ligne : samedi 29 juillet 2006

Auteur : Johannes BIEHLER

Mots-clés : , ,

Johannes Biehler, La dynamique métapsychologique de la « Einsicht » - Wißbegierde et structuration psychique, Mémoire de DESS, Université de Paris X - Nanterre, 1984.

IV
LEONARDO DA VINCI, FREUD ET SON OEUVRE

Leonardo Da Vinci dans l’œuvre de Freud

Comme nous le savons tous, Freud a été longtemps intrigué par la personnalité de Léonardo da Vinci (Lettres à Fließ du 9/10/1898). Mais ce n’est que douze ans plus tard qu’il consacre son temps au texte connu aujourd’hui.

Deux éléments sont contemporains à la période où Freud écrit le « Léonard » et qu’on peut rapprocher de la genèse de son texte.

1) Les grandes élaborations théoriques de Freud sont répartis sur les cinquante ans qu’il a consacré à l’étude de la psyché humaine. Néanmoins, on pourra en mettre certaines en relief. Le « Entwurf einer Psychologie » [1] n’a jamais été publié, beaucoup de ses éléments furent réaménagés et utilisés par la suite en particulier dans la « Traumdeutung » [2]. Il faut donc le considérer un peu à part, car si Freud reprend justement en 1900 des éléments théoriques de celui-ci dans la « Traumdeutung » ils sont étayés par un énorme travail d’observation. Le lien étroit entre l’observation et la théorie pourrait justement caractériser cette oeuvre couronnée par le chapitre VII, condensation de l’élaboration théorique. Énormément de travaux sont nés dans cet équilibre d’observation-formalisation théorique, et nous avons pu retranscrire ce mouvement, même pour les oeuvres portant sur des domaines des « Geisteswissenshaften » ou d’autres sciences

Néanmoins apparaissent à partir d’un certain moment des textes dans lesquels Freud élabore presque d’emblée des conceptions d’ordre théorique. En allemand, ils sont résumés sous le titre de « Psychologie des Unbewußten » [3]. Ceux-ci sont amenés par les « Formulierungen über die zwei Prinzipien des psychischen Geschehens » [4] qui rencontrent beaucoup de résistance et que Freud avait commencé deux mois après l’achèvement du « Léonard ». Il nous semble que cette discussion avec ce « Vorbild » d’un observateur qui n’aboutit pas à une formalisation pousse Freud à entreprendre davantage un tel travail. Insistant sur le fait que Freud n’abandonne pas l’observation pour ces élaborations mais bien au contraire, dans ces élaborations, se focalise un réaménagement de l’équilibre « observation-formalisation » (Sinnlichkeit/Geistigkeit).

2) Le 19/09/1907, Freud écrit de Rome à Jung : « Lorsque j’aurai complètement surmonté ma libido (au sens courant du terme), je m’attellerai à une vie amoureuse des hommes » [5]. Quoiqu’il en soit, Freud prépare en mai 1909 son exposé « Uber einen besonderen Typus der Objektwahl beim Manne » [6] qu’il rédigera un an après comme premier essai de « Beiträge zur Psychologie des Liebeslebens » (Contribution à la psychologie de la vie amoureuse). Freud s’y consacre en même temps qu’il élabore le « Léonard ». Disons juste encore qu’il écrit à la fin de l’introduction de cette première contribution : « Die wissenschaft ist eben die vollkommenste Lossagung vom Lustprinzip, die unserer psychischen Arbeit möglich ist » [7] ; que dans le deuxième essai [8] il fait cette distinction entre « Zärtlichkeit » et « Sinnlichkeit » dont nous avons parlé auparavant. Enfin la première marque d’intérêt que nous trouvons à l’égard de « Léonardo da Vinci » se trouve formulée dans une lettre à Fließ avec les mots suivants : « Leonardo von dem kein Liebeshandel bekannt ist, war vielleicht der berühmteste Linkshänder. Kannst du ihn brauchen » [9]. « Synthese » ou « Nebeneinander » nous demanderait Goethe [10] pour toutes ces coïncidences. Nous n’en savons rien.

La nature, Freud et Léonard

Dans ces « Brautbriefe », nous faisons connaissance d’un Freud passionnément amoureux. Nous le trouvons également en pleine lutte, cherchant à se faire une place parmi les grands scientifiques de son entourage. Parmi les lettres qui expriment ses moments de découragement et d’enthousiasme, nous rencontrons régulièrement des prises de position à l’égard de la science et son attitude de chercheur. « Liebe und Wissenschaft mögen nie verlassen Deinem Sigmund » [11]. Cette phrase pourrait en faire une synthèse, certes un peu rapide. Nous sommes en plein dans cette phase que I. Barande caractérise d’une façon encore plus osée. « Freud, comme Léonard, choisit initialement l’oeil, un instrument qui absorbe les données sans toucher les objets, une position contemplative, aiguisée, supposant un minimum d’ingérence active... La neuropathologie histologique puis clinique retient l’intérêt de Freud microscopiste pendant vingt ans (1876/1896) » [12]. Quoiqu’il en soit de cette généralisation, l’activité décrite eut lieu et son importance peut être mesurée dans les travaux de Freud sur le système nerveux. Nous ne sommes pas loin, en ce début de carrière, des activités d’observation et de dissection d’un Léonard, sauf, bien sûr, que Freud essaye de publier ce qu’il découvre malgré les difficultés qu’il rencontre (Koka, etc.). Après ces années d’observation acharnées on pourrait peut-être aussi essayer de comprendre le « Entwurf einer Psychologie » [13] comme une première catharsis, un travail de dégagement de ces vingt ans d’« observations microscopiques ». Ne caractérise-t-il pas die « Grundbedingungen der Wissenschaftlichkeit : Kritik und Gründlichkeit » [14]. « Das Temparament des Forschers braucht zwei Grundeigenschaften : sanguinisch beim Versuch kritisch bei der Arbeit » [15].

Nous savons tous que Freud s’est décidé à sa carrière de chercheur dans les « Naturwissenschaften » après la lecture du texte « die Natur » qu’on dédiait encore à Goethe à l’époque. Freud parle du « unvergleichlich, schönen Aufsatzes von Goethe, denn der Vortrag dieses Aufsatzes in einer populären Vorlesung war es der mich schwankenden Abiturienten zum Studium der Naturwissenschaft drängte » [16]. Goethe critique ce texte à la fin de sa vie : « Man sieht die Neigung zu einer Art von Pantheismus, in dem den Welterscheinungen ein unerforschliches, unbedingtes, humoristisches, sich selbst widersprechendes Wesen zum Grunde gedacht ist » [17] [18]. Ce que dirait cet auteur du « Sturm und Drang » ne peut être résumé comme une « mère nature toute puissante » [19]. « Sie lebt in lauter Kindern, und die Mutter, wo Ist sie ? (...) Ihre Kinder sind ohne Zahl ». Pour l’auteur, l’homme est entièrement livrée à cette mère nature, tout dépend d’elle, « sie ist listig, aber zu gutem Ziele, und am besten ists, ihre List nicht zu merken » [20].

Une phrase de Léonard que Freud nous fournit, pour exprimer une dernière fois le génie de cet artiste, n’est pas très loin de cette « prière » à la mère nature toute puissante : « La natura è piena d’infinite ragioni che non furono mai in isperienza » [21]. Peut-on pour autant mettre le jeune Goethe, Léonardo et Freud sur un même plan ? Tous les trois sont confrontés à cette « mère nature » et ces « infinite ragioni ». Tout dépend dans quel mouvement ils vont à sa rencontre. Léonard, Freud nous le communique, ne va pas à sa rencontre, il tombe dans ses bras, ébranlé par las péripéties de sa « Völlige Unterdrückung des realen Sexuallebens » [22]. Il risque de sombrer dans l’inhibition et la rumination, mais avant de tomber dans une régression sans fin, il trouve appui, il se ressaisi à travers son premier mécanisme de défense réussie, à travers une première sublimation, « die frühinfantil bedingte zum Forscher » [23]. L’investigation lui tombe entre les mains comme seul essor de se rattraper dans un moment d’extrême fragilité. Ainsi ce qui submerge son activité de chercheur, c’est la dynamique pulsionnelle « Unersättlichkeit, die rücksichtslose Starrheit, den Mangel an Fähigkeit, sich realen Verhältnissen anzupassen » [24]. Léonard se jette dans la nature. Certes elle lui crée l’illusion de pouvoir échapper à la réalité de son manque, la souffrance, mais face à la nature, il ne se trouve pas dans un processus d’élaboration de cette perte mais dans un moment de transition, « un holding ». C’est elle, la nature, qui lui permet d’adoucir une confrontation douloureuse. Donc la question d’une élaboration, certes structurante, ne peut pas se poser. Elle s’est peut-être faite plus tard. « Auf der Höhe seines Lebens... Noch tiefere Schichten seines seelischen Inhalts werden vcn neuem aktif ; aber diese weitere Regression kommt seiner Kunst zugute... Er malt die Mona Lisa... » [25].

Mais au moment où Léonard part à la rencontre de la nature, il est sous l’emprise de la "Bemächtigung » pour éviter toute distance ; une question de « Bewältigung » ne peut donc pas se poser. Nulle séparation existe entre lui et « sa nature ». Là le « tout puissant », c’est la nature même pour Léonard, alors, comment « le réduire au silence », si c’est elle en ce moment conflictuel qui l’empêche de tomber sous le coup d’une « Bemächtigung » (la névrose, voir la mort).

Nous avons vu que Freud maintient la dénomination « Naturwissenschaft » pour la psychanalyse jusqu’à la fin de ses jours. On pourrait dire il reste « fixé » à cette « Natur- ». dans la « -wissenschaft » jusqu’à la fin de sa vie. Effectivement, la science psychanalyse ne porte pas sur la nature mais sur une nature bien particulière à savoir celle de l’homme. Quelle est la part inconsciente dans le fait de maintenir un nom qui ne se justifie plus par la conscience ? Mais, regardons la réponse qu’il donne déjà à cette nature à travers son « Entwurf einer Psychologie » [26].

Ce que nous voyons là, c’est quelqu’un qui essaie de répondre à un défi. « Infinite ragioni », certes mais... ! Il y a un mouvement entre cette « Natur » et la « Wissenschaft ». Justement du fait que la « Wissenschaft », crée (schaffen) un « wie-sehen », l’éloigne du « sehen ». Ce n’est qu’à distance que la découverte acquiert un sens dans le fil continu, la métonymie de toutes les découvertes. C’est ce jeu avec la distance qui échappe à Léonard, dans la confrontation qu’il n’avait jamais envisagé en tant que confrontation.

Prendre cette « nature mère » comme défi, c’est ce que nous pouvons voir dans le résultat de la confrontation de Freud avec ce texte, « die Natur » qui incarne cette mère et qui le décide à « s’armer » pour partir à sa rencontre. Pourquoi Freud peut-il se saisir de ce défi et pourquoi Léonard ne peut-il pas en trouver dans ce domaine ? Une réponse se propose : c’est que ce défi a eu une connotation positive et éminemment structurante auparavant C’est que Freud a su s’inscrire très tôt et avec beaucoup d’assurance dans un tel défi. Structurant, c’est d’abord ce qui a permis d’élaborer l’inverse : le chaos, l’effroi. Mais ce qui, après, peut en surgir, c’est la structure. Envisager ainsi la discussion permet d’éviter de diminuer Léonard par rapport à Freud. Ce qu’il importe de mettre en évidence, c’est la différence dans l’élaboration des deux, génies chacun à sa façon, car tous les deux se sont inscrit dans la recherche des « infinite ragioni ». « Ursachen » dit Freud, donc les choses originaires. La recherche sur leurs origines peut être envisagé comme un premier départ de cette quête, qui a su devenir le Leitmotiv de la vie de Freud et qui a su éviter qu’un Léonard sombre dans la névrose et qu’il se retrouve à travers cette quête pour réaliser les oeuvres de la fin de sa vie. « Er malte die Mona Lisa, die Heilige Anna Selbdritt und die Reihe der geheimnisvollen, durch das rätselhafte Lächeln ausgezeichneten Bilder » [27].

Des souvenirs d’enfance

Freud a su montrer comment cette quête se matérialise pour la première fois dans ce qu’il appelle « Urszene » (scène originaire) et R. Dorey a montré comment à travers elle se développe la « Wißbegierde » pour tenter de répondre à cette première énigme qui se pose à l’enfant et qui est le désir de la mère. Donc nous sommes là devant « le désir de savoir sur le désir de la mère » [28]. « Mû par cette poussée de savoir (Wissendrang), l’enfant tente de répondre à cette question essentielle par une “construction’ qui correspond à ce que l’on désigne habituellement comme scène originaire » [29]. La double fonction que donne R. Dorey se trouve donc à un niveau différent à tout moment de la vie :

1°) « processus d’élaboration psychique donc de maîtrise de l’angoisse (...) et le prototype du travail ultérieur de la pensé » [30] Nous avons justement vu l’importance de cette maîtrise dans la formalisation et le travail de recherche et la place qu’elle prend par rapport à l’emprise menaçant sans cesse la position du chercheur. La scène originaire peut-elle matérialiser une issue à cette emprise qui pour l’enfant se passe dans la relation duelle entre lui et sa mère ?

2°) Nous avons vu aussi la valeur défensive de cette activité de structurer comme réponse au manque. Le chercheur est obligé de prendre rapidement en compte le caractère érroné de toute théorie. C’est ceci qui donne la dynamique au travail de recherche.

Freud a élaboré son « Léonard » à partir d’un souvenir qui ressemble fort à un « rejeton » d’une telle scène originaire. Dans la « Traumdeutung » [31], il nous fournit le seul rêve d’enfance que nous connaissons de Freud : « Maman chérie et personnages à bec d’oiseau » [32]. Nombreux sont les auteurs qui établissent un lien entre ce rêve et le souvenir de Léonard ; et « l’auto-analyse » [33] d’Anzieu a su nous sensibiliser à l’importance de ce rêve. Pour ce qui suit, nous supposons connu le rêve de Freud et le « souvenir d’enfance de Leonardo da Vinci » [34]. La connaissance du texte d’Anzieu [35] sera sûrement utile.

Bien qu’étant seulement l’exemple d’un rêve d’angoisse le récit de Freud réalise toute une constellation qui ressemble fort à une reprise plus tardive de la représentation d’une scène originaire. Si ce rêve et son interprétation bien plus tardive contiennent énormément d’éléments métaphoriques qui sont bien loin de l’esprit d’un enfant, ceci exprime néanmoins toute la charge affective, l’importance qu’ils ont dû prendre pour la structuration psychique ultérieure.

Voyons d’abord ce qui permet de rapprocher ces deux récits. Dans les deux cas, nous trouvons une expérience qui renvoie à un niveau très archaïque du développement psychique. Léonard se voit dans son berceau. Freud se trompe lors de l’interprétation sur son âge au moment du rêve mais cette erreur a justement permis de montrer qu’il s’agit d’un recoupement de plusieurs événements antérieurs au rêve. Les deux auteurs donnent en même temps une grande importance à leur expérience. Celle-ci prend quasiment valeur de prédiction. « Le fait d’écrire si distinctement sur le milan paraissait être mon destin » [36] écrit Léonardo. Freud rattache à ce rêve des éléments qui, comme nous allons le voir, contiennent des ébauches de ses plus grandes découvertes (l’Œdipe, pulsion de vie et de mort, etc.).

À chaque fois, il est question d’oiseaux et plus, dans les deux cas, l’action se situe du côté des oiseaux. Ceux-ci agissent sur une personne passive.

Il ne s’agit pas de n’importe quel oiseau, mais l’épervier et le milan sont des rapaces. Ceci est d’autant plus important que dans les deux récits nous trouvons une connotation sexuelle plus ou moins évidente dans l’action et que celle-ci fait intervenir le rêveur et sa mère.

Entre ces deux protagonistes de chaque récit, nous trouvons des différences significatives. En accord avec l’interprétation de Freud, c’est la mère qui agit sur l’enfant Léonard. à un premier niveau, Freud voit sa mère subir « quelque chose ». Anzieu propose une explication sur le fait que 2 (ou 3) personnes portent la mère et il envisage le père et le frère Philippe de Freud comme les protagonistes de l’action (Rappelons que Freud voyait dans sa prime enfance ce frère, de vingt ans son aîné, marié avec sa mère, et son véritable père marié avec sa bonne d’enfant). Pour Anzieu, le (ou 3) désigne le « tiers exclu de la scène primitive (...) l’enfant (Freud) est présent “entre parenthèses” dans la scène originaire ». [37]. Si nous suivons cette proposition, la position de Freud est très particulière et il n’est ni vraiment passif, ni vraiment actif. Il ne subit pas lui-même ; il est du côté de la partie active mais il est obligé de se limiter au voir. Tandis que Léonard se trouve en “collusion” avec l’action - il la subit -, Freud est limité à une participation “médiatisée”.

L’histoire des deux pères nous permet d’entrevoir le point de départ de Freud. Il place « le jeune amateur de scènes primitives que fut probablement Freud dans l’unique chambre de la maison de Freiberg » [38]. Mais aussi, dans cette période dont on lui a raconté : « Ich soll -im Alter von zwei Jahren- noch gelegentlich das Bett naß gemacht haben, und als ich dafür Vorwürfe zu hören bekam, den Vater durch das Versprechen getröstet haben, daß ich ihm (...) ein neues, schönes rotes Bett kaufen werde » [39]. L’erreur de Freud en datant ce rêve à 7-8 ans a permis à Anzieu d’illustrer les trois souvenirs d’enfance qui se superposent dans ce rêve. Se rajoute donc à ce premier souvenir raconté un deuxième semblable, à 7-8 ans, mais différent dans la réaction du père qui lui lance ce défi : « Aus dem Buben wird nichts werden » [40]. Puis vient last not least vers 9 ans, notre rêve.

Cette distance particulière que nous avons appelé participation « médiatisée » se retrouve à travers un autre élément important du rêve qui se rapporte à ces pères, limitant l’enfant à cette participation particulière : « Personen mit Vogelschnäbeln ». Ces personnages à bec d’oiseaux furent pris dans la bible de Philippson. La surdétermination de ces personnages et de leur provenance peut illustrer la distance psychique que Freud a mis entre sa mère et lui-même, mais cette référence à la bible incarne aussi toute une ambivalence à l’égard de ce qui s’interpose. D’une part, il s’agit de la bible, témoignage de la surélévation d’une loi à laquelle l’homme se soumet, mais d’autre part, la bible en question avait une visée de « vulgarisation ». Comme pour accentuer ce dernier aspect, Freud rajoute le souvenir d’un garçon dont la vulgarité lui permet d’exprimer bien des choses qu’il ne dira pas en son nom propre et ce jeune Freud tient absolument à le dénommer Philipp, du même nom que la bible : « Ich möchte sagen, der hieß Philipp » [41]. C’est bien plus que « Je tendrai à croire qu’il s’appelait Philippe ». [42]. Là, Freud « se pose en père », il nomme ce messager du vulgaire Philippe. Un souvenir d’enfance vient étayer cette attaque à la distance imposée, et là c’est justement le père lui-même qui devient l’instigateur de cette révolte. C’est lui qui donne à son fils de cinq ans un livre d’images à déchirer. Déchirer un livre, déchirer la bible, déchirer les « personnages à bec d’oiseau » donc tuer le père, c’est ceci qui permettrait d’abolir la distance qui le sépare de la mère. Comment Freud réagit à ce défi là ? D’après lui, il est devenu « Bücherwurm », « Ver de livres ». Une espèce bien particulière qui attaque « dur » mais qui se limite aux livres... Entre les deux voies de l’ambivalence, s’énonce une troisième voie et qui nous renvoit toujours aux livres : « C’est au cours de la septième année de ta vie que l’Esprit du Seigneur t’incita à étudier. Je dirai que l’Esprit du Seigneur te parle ainsi : lit dans mon livre, là s’ouvriront pour toi des sources de connaissance de l’Esprit... » [43]. La sagesse de cette dédicace pourrait presque recouvrir l’événement, le défi qui était presque contemporain à cette ouverture à l’esprit, mais elle est bien plus près de la réalité d’un Freud de 35 ans.

Cette distance que Freud a mis entre le récit, l’action du rêve et son interprétation, à travers par exemple cette bible de Philippson, n’est donc que le témoignage de la structure qui s’est réalisée après coup, mais à partir de la signification originaire. C’est sur l’interdit du père (de s’approcher de la mère) que se focalise pour le moment à la fois l’effroi et la structuration ultérieure.

C’est toujours ce père qui réoriente l’enfant de la mère vers cette bible par exemple. S’agit-il donc seulement du fait que « le désir de savoir s’est trouvé favorisé chez Freud, par l’identification symbolique au père » [44] ? Ne faut-il pas rajouter qu’à travers ce père, Freud a trouvé ce support indispensable pour la structuration ultérieure ?

Nombreuses sont les illustrations qui montrent, à partir de ce livre « du père » (la bible) la réorientation de l’agressivité de Freud sur un domaine autre que le champ de bataille de son oedipe propre. Nombreux sont aussi les auteurs qui se sont penchés au-dessus de cette bible pour retrouver des images dont Freud a pu s’inspirer. Grinstein illustre une première confrontation avec l’oedipe et le meurtre du père à travers la planche XVI de cette bible [45]. Anzieu insiste sur la menace inhérente à cette confrontation en citant un passage du Deutéronome. « Nul ne prendra la femme de son père et ne soulèvera la couverture du lit de son père. Celui dont les testicules ont été écrasées ou dont l’urètre a été coupé n’entrera pas dans l’Assemblée de Yahweh » [46].

La réponse de Freud au défi de ces lois se trouve dans l’élaboration théorique des fondements psychiques des mêmes lois. Mais avant d’élaborer, il a dû se confronter à un autre défi qui fait intervenir ce personnage auquel il a consacré un de ces derniers écrits et qu’il craignait ne jamais terminer. La figure XVII de la bible de Philippson « illustre le passage du Deutéronome (4,28) où Moïse donne sa loi au peuple juif et condamne les représentations des dieux habituels dans les autres religions » [47]. La religion, catholique au moins, connaît une loi bien complémentaire qui sanctionne déjà de penser la chose interdite. L’importance de la représentation psychique et du fantasme en psychanalyse est bien connue ; nous avons essayé de discuter l’importance de la représentation dans le travail scientifique à travers l’élaboration du savoir. Freud se trouve donc en transgression permanente avec cette loi religieuse, même, il s’y confronte et il la stigmate sous la dénomination « religiöse Denkhemmung » [48]. Freud dit de Léonard, « da er den heiligen Gestalten den letzten Rest kirchlicher Gebundenheit benahm und sie ins Menschliche zog » [49], « da Leonardo die dogmatische wie die persönliche Religion überwunden... hatte » [50]. Voilà une liberté que Freud et Léonard ont en commun : tous les deux ne se laissent pas limiter la vision et leurs limites de représentations ne sont que les leurs propres. « S’il il est légitimement défendus de faire certaines choses, il n’est aucune dont la connaissance puisse être défendue » [51].

Mais la vision et la représentation, voir le regard peuvent avoir des conséquences impressionnantes si on regarde seulement celles des deux scènes que nous sommes en train de discuter. Une différence entre ces deux scènes que nous n’avons peut-être pas encore assez souligné, c’est que dans le rêve de Freud, quasiment tout passe par la vision. Tandis que Léonard est impliqué dans l’action, Freud regarde. Ce qui attire le plus Freud, c’est ce « eigentümlich, ruhige, schlafende Gesichtsausdruck » [52] de sa mère, et qu’il s’explique fort peu. Il le rapproche de l’expression figurale de son grand père qu’il a vu mourant. Mais sinon il parle aussi de la mimique de ce Philipp qui lui a enseigné le sens sexuel du mot « vogeln ». Anzieu a bien su montrer comment s’inscrivent dans ce regard ces deux extrêmes que Freud retranscrira dans sa théorie. Sexualité (incarnation de la vie) et mort, c’est ceci la réponse que donne Freud à ce regard énigmatique. Ce « eigentümlich » n’est pas loin de « unheimlich », d’autant plus si l’on voit la réaction qu’il montre après cette confrontation. L’angoisse dans le fond lui reste inexpliquée, car il dira lui-même : « Diese sekundãre Deutung des Traums ist aber schon unter dem Einfluß der entwickelten Angst geschehen » [53]. C’est donc dans une élaboration secondaire que Freud se ressaisit, c’est en structurant la situation qu’il se défend contre cet effroi fondamental qu’éveille en lui ce regard énigmatique.

Une fois encore Freud se penchera sur un regard de femme qui reste énigmatique pour tous : il opposera « den unheimlichen und rätselhaften Charakter » [54] du sourire de Mona Lisa à la « Innigkeit und stille Seligkeit » [55] dans le regard de la Sainte Anne. Il décrit « ein merkwürdiges, berückendes und rätselhaftes Lächeln (...) ein stehendes lächeln... » [56]. Freud nous explique la menace qu’incarne, ce regard qu’il accorde à la mère de Léonard : « schrankenlose Zärtlichkeit » [57], et « unheilverkündende Drohung » [58]. N’est-ce pas là ce que Freud a rencontré dans son rêve et dont un père l’a « sauvé », n’a-t-il pas remémorisé ce regard lorsqu’il a vu les oeuvres de Leonardo da Vinci ?

Le premier témoignage des « ravages » qu’a pu faire ce sourire, Freud nous le donne en français : « Voilà quatre siècles bientôt que Mona Lisa fait perdre la tête à tous ceux qui parlent d’elle, après l’avoir longtemps regardé » [59]. Freud, loin de perdre sa tête, élabore... Mais pourquoi élaborer un texte sur un personnage dont l’importance de l’oeuvre est si loin de l’importance que Freud accorde à l’oeuvre de Goethe ? Pourquoi diriger sa Wißbegierde sur un Léonard et en laisser une trace si personnelle (de cette Begierde) par cette erreur tant discutée ? Geier et Begierde ont une racine commune « ghî » et la « Begierde » est un terme abstrait qui s’est évolué à partir de cette racine qui signifiait « das Maul aufsperren » (ouvrir toute grande la bouche) [60].

Les uns concluent « père, père, pourquoi m’as-tu abandonné ? », d’autres parlent d’un « éternel reste à conclure », certains se demandent « Y-a-t-il vraiment un hasard... ? »

Mais il n’y a qu’un seul qui, à la fin de son dernier grand écrit, renvoit le lecteur à ceci : « Die Schöpferkraft eines Autors folgt leider nicht immer seinem Willen ; das Werk gerät, wie es kann, und stellt sich dem Verfasser oft wie unabhängig, ja wie fremd gegenüber » [61].

CONCLUSION

Ce travail n’est qu’une partie des réflexions faites sur un sujet très vaste Il nous a permis de découvrir des idées de Freud auxquelles on accorde généralement fort peu d’intérêt dans l’enseignement. Pourtant, nous avons pu voir que ces idées se retrouvent tout le long de son oeuvre. Ces idées sont certes à la limite de la psychanalyse à proprement parler, mais elles sont fondamentales dans tout le sens du mot. Elles concernent le fondement de la science psychanalytique et, comme nous l’avons vu, le fondement de tout travail de pensée et d’élaboration psychique.

Notre sujet nous a renvoyé régulièrement à des problèmes du fonctionnement psychique. Si nous avons essayé de traiter du « processus » le mieux réussit (le travail de pensée), ceci nous paraissait intéressant, même si nous avons été contraint d’exclure toutes les perturbations qui interviennent dans ce processus et qu’on rencontre à des degrés, et par des défauts variables, dans toute la gamme des psychopathologies. Ce que nous avons pu voir de cette réussite de la « Wißbegierde » constitue néanmoins une trame qui permet de multiples extrapolations sur l’échec de celle-ci.

Le plus intéressant pour nous, fut de découvrir comment cette « Wißegierde » caractérise un élément de la vie psychique des plus structurant et universel, et comment elle rejoint les éléments constitutifs et constituant de l’être humain.

La « Wißbegierde » nous a permis de découvrir une trame « d’assomption jubilatoire » dans laquelle s’inscrit une part de la sublimation scientifique et dont témoigne le « Aha-Erlebnis ». Car cette jubilation pourrait être rapprochée d’une autre jubilation que certains ont caractérisé comme la marque de « l’assomption jubilatoire (...) ou le je se précipite en une forme primordiale », (4a, p.90), mais la jubilation du « Aha-Erlebnis » ne concerne pas seulement ce premier surgissement de sens, mais, du fait qu’elle marque toute reprise en compte (Bewältigung) de sens ultérieur, elle concerne aussi bien l’émergence de l’objet (grâce à l’élaboration de la perte), mais encore, tout autre résultat de l’interrogation du manque (la science).

C’est dans ce sens spécifique qu’on peut comprendre la force de la collision qui sort dans la « Einsicht » par la confrontation du « voir » au « savoir » et qui se concrétise dans une élaboration théorique dont le chercheur peut « assumer la paternité ». Nous savons maintenant que ceci échappe à Léonardo, lui qui s’est limité au « voir » et qui voyait d’une manière si précise...

« Voir » et « savoir » nous ont amené à parler de distances, d’autres ont parlé de « métaphore paternelle ». Ce sont des éléments de la constitution de cette distance et de sa perpétuation que nous avons abordé dans notre dernière partie. Là, comme dans tout notre travail, nous étions limités à l’ébauche.

Il y a du métaphorique dans la « Einsicht » et, en fait, elle est forcément une métaphore. Il y a du paternel dans le « savoir » ou, du
moins, il y a là aussi « Fortschritt in der Geistigkeit » (avancée en « Geistigkeit » [62]) par rapport au « voir » ; mais la « métaphore paternelle » c’est, de plus, le garant de la distance qu’un père a imposé à Freud et que Léonard s’est vu franchir par la malchance de la séduction, et (d’après Freud) en ayant été victime de la G-ier / Geier maternelle.

C’est sur ce point que nous avons été le plus limité, car nous n’avons pas traité explicitement cette « métaphore paternelle » dont on pourrait dire qu’elle amène la sublimation de la « infantilen Sexualforschung » (« investigation sexuelle infantile » [63]) en pulsion de savoir universel. Disons tout de même qu’elle fut présente à notre esprit pendant tout le travail.

Wer immer strebend sich bemüht,
Den können wir erlösen
 [64].

P.-S.

PLAN

I. Avant propos

II. Freud et les « Naturwissenschaften » (sciences de la nature)
- Définitions
- « Beobachtung » (observation)
- Der « Grundbegrift » (notion de base)
- « Hilfskonstruktionen » (constructions auxilliaires)
- Psychanalyse et sciences de la nature
- Les limites ’une conception mythologique de la psychanalyse
- Les limites à proprement parler
- Spéculations
- Psychanalyse et psychiatrie
- le normal et le pathologique
- Der Moses des Michelangelo

III. Métapsychologie de la Wissbegierde
- Voir et savoir
- Masochisme
- L’élaboration de la perte : « l’objet »
- Métaphore et métonymie
- Bewältigung et Bemächtigung (maîtrise et emprise)
- Sinnlichkeit et Geistigkeit

IV. Leonardo Da Vinci, Freud et son œuvre
- Leonardo Da Vinci dans l’Ouvre de Freud
- La nature, Freud et Léonard
- Des souvenirs d’enfance

V. Conclusion

Bibliographie

Lorsque vous trouvez deux numérotations de page entre la même parenthèse, la première renvoie à l’édition allemande des Gesammelte Werke, la seconde à l’édition française, toutes deux indiquées dans la bibliographie.

La lettre « f » renvoie à la page suivante - par exemple : p. 146f = p. 146 + p. 147.

Freud, Sigmund : Gesammelte Werke, Fischer Verlag, Frankfurt am Main, 1960.
- 1890a : Psychische Behandlung (Seelenbehandlung), G.W., Bd. 5, p. 287.
- 1900a : Die Traumdeutung, G.W., Bd. 2/3 - L’interpétation des rêves, Paris, PUF, 1967.
- 1905d  : Drei Abhandlungen zur Sexualtheorie, G.W., Bd. 5, p 27. - Trois essais sur la théorie de la sexualité, Paris, Gallimard, Idées, 1962.
- 1960c : Eine Kindheitserinnerung des Leonardo da Vinci, G.W., Bd. 8, p. 127 - Un souvenir d’enfance de Leonard de Vinci, Paris, Gallimard, 1927. (épuisé)
- 1910e : Über den Gegensinn der Urworte, G.W., Bd. 8, p. 213 - Des sens opposés dans les mots primitifs, in Essais de psychanalyse appliquée, Paris, Gallimard, Idées, 1933, p. 59.
- 1910h : Über einen besonderen Typus der Objektwahl beim Manne, in : Beiträge zur Psychologie des Liebeslebens, G.W., Bd. 8, p. 67. - in : La vie sexuelle, p. 48, Paris, PUF, 1969.
- 1911b : Formulierungen über die zwei Prinzipien des psychischen Geschehens, G.W., Bd. 8, p. 229.
- 1912d : Über die allgemeinste Erniedrigung des Liebeslebens, Beiträge zur Psychologie des Liebeslebens II, G.W, 8, p. 78 - in : La vie sexuelle, p. 55.
- 1912/13 : Totem und Tabu, G.W., Bd. 9.
- 1913i : Die Disposition zur Zwangsneurose, G.W., Bd. 8, p. 441 - in : Névrose, Psychose et Perversion, Paris, PUF, p. 189.
- 1914b : Der Moses des Michelangelo G.W., Bd. 10, p. 171 - in : Essais de psychanalyse appliquée, p. 9.
1914c : Zur Einführung des Narzißmus, G.W., Bd. 1O, p. 137 - in : La vie sexuelle, p. 81.
- 1914d : Zur Geschichte der psychoanalytischen Bewegung, G.W. Bd. 10, p. 43 - in : Cinq leçons sur la psychanalyse, Paris, PB Payot, p. 69.
- 1915c : Triebe und Triebschicksale, G.W., Bd. 10, p. 209 - in : Métapsychologie.
- 1916/17 : Voriesunen zur Einführung in die Psychoanalyse, G.W., Bd. 11 - Introduction à la psychanalyse, Paris, PB Payot.
- 1920b : Zur Vorgeschichte der analytischen Technik, G.W., Bd. 12, p. 307 - in : Résultats, idées, problèmes, I, Paris, PUF, p. 255.
- 1920g : Jenseits des Lustprinzips, G.W., Bd. 13, p. 1 - in : Essais de psychanalyse, Paris, PB Payot, p. 43.
- 1923a (1922) : « Psychoanalyse » und « Libidotheorie », G.W., Bd. 13, p. 209.
- 1923b : Das Ich und das Es, G.W., Bd. 13, p. 235 - in : Essais de psychanalyse.
- 1924c : Das ökonomische Problem des Masochismus, G.W., Bd. 13, p. 369 - in : Névrose, Psychose et Perversion, p. 287.
- 1925d : Selbstdarstellung, G.W., Bd. 14, p. 31 - in : Ma vie et la psychanalyse, Paris, Gallirnard, 1949.
- 1925e : Die Niderstände gegen die Psychoanalyse, G.W. Bd. 14, p. 97.
1925h : Die Verneinung, G.W., Bd. 14, p. 11 - in : Perspectives psychiatriques.
- 1926d (1925) : Hemmung, Symptom und Angst, G.W., Bd.14, p. 111.
- 1926f : Article dans Encyclopaedia Britannica (« Psycho-Analysis ; Freudian school »), G., Bd. 14, p. 297 - in : La psychanalyse, par Gérard Lauzun, Paris, Éd. Seghers, 1962, p. 163-171.
- 1930a : Das Unbehagen in der Kultur, G.W., Bd. 14, p. 419 - Malaise dans la civilisation, Paris, PUF, 1971.
- 1933a : Feue Folge der Vorlesungen zur Einführung in die Psychoanalyse, G.W., Bd. 15, Nouvelles conférences d’introduction la psychanalyse, Paris, Gallimard, NRF.
- 1939a : Der Mann Moses und die monotheistische Religion, G.W., Bd. 16, p. 101 - Moïse et le monothéisme, Paris, Gallimard, Idées, 1948.
- 1940a : Abriß der Psychoanalyse, G.W., Bd. l7, p. 63 - Abrégé de psychanalyse, Paris, PUF, 1950.
- 1940b : Some Elementary Lessons in Psycho-Analysis, G.W., Bd 17, p. 139.
- 1950a (1887-1902) : Aus den Anfänen der Psychoanalyse, Fischer Verlag, Frankfurt, 1975 - La naissance de la psychanalyse, Paris, PUF.
- 1960a : Briefe 1873-1939, éd. E.+L. Freud, Frankfurt, 1968. - Brautbriefe Fischer Taschenbuch Verlag, Frankfurt, 11/71.

1. Anzieu, Didier  : « L’auto-analyse », PUF, 1975.

2. Barande, Ilse : « Le maternel singulier », Aubier-Montaigne, 1977.

3. Dorey, Roger :
- a) « La relation d’emprise », NRP n° 24, Automne 1981 : « L’emprise ».
- b) « Le lien d’engendrement », NRP n° 28, Automne 1983 : « Liens ».
- c) « Réalité de la perte, réalité de la mort en psychanalyse », in : « Les psychanalystes parlent de la mort ».
- d) « L’interdit et la transression », Paris, Bordas, 1983.

4. Lacan, Jacques :
- a) Écrits, I et II, Paris, Seuil, 1966.
- b) « Le séminaire Livre I : Les écrits techniques de Freud », Paris, Seuil, 1975.

5. Mijola, Alain de : « Les visiteurs du Moi », Paris, Les belles lettres, 1981.

6. Piaget, Jean : « Problèmes de psychologie génétique », Paris, Denoël, 1972.

7. Rosenberg, benno : « Masochisme mortifère et masochisme gardien de la vie », in : « Les cahiers du centre de psychanalyse et de psychothérapie », n° 5, Paris, Automne 1982.

8. Rosenfeld, Eva m. : « Traum und Vision : zum Traum von den “Personen mît Vogelschnäbeln” », Internat. G. Psycho-anal ; 37, n° 1, 97-105.

9. Rosolato, Guy :
- a) « Essai sur le symbolique », Paris, Gallimard, TEL, 1969.
- b) « Éléments de l’interprétation », Paris, Gallimard, NRF, 1965.

10. Goethe, Johann Wolfgang :
- a) « Naturwissenschaftliche Schriften », Hamburger Ausgabe, Bd 13 : Die Natur (p. 45) / Erläuterungen zu dem aphoristischen Aufsatz « Die Natur » / Analyse und Synthese.
- b) « Faust » (I, II), Reclam, Stuttgart, 1971.

11A. Klage, Friedrin : « Etymologisches Wörterbuch der deutschen Sprache », ISBN : 3-11-005709-3, 1975.

11B. Hermann, Paul : « Deutsches Wörterbuch », M. Niemeyer Verlag, Tübingen, 1966.

11C. Wasserzieher, Dr. E. : « Woher ? Ableitendes Wörterbuch der deut. Sprache », Dümmlers Verlag, Bonn, 1963.

Notes

[1In 1950a.

[21900a.

[3Cf. : 1911b, 1912-13, 1914c, 1915c, d et e, 1916-17, 1917d, c, 1920g, 1923b, 1924b, c, e, 1933a, 1940a et e.

[41911b.

[5Cf. 5, p. 127

[61910h.

[71910h (p. 65 / p. 48) : « la science ne constitue-t-elle pas le plus parfait renoncement au principe de plaisir dont notre travail psychique soit capable ».

[81912d.

[91950a (Lettre 98, fr. : p. 238) : « Leonardo, à propos de qui aucune histoire d’amour n’est connue, a peut-être été le plus célèbre des gauchers. Peux-tu te servir (de ce renseignement) [Kannst du ihn brauchen ? = peux-tu te servir de lui] ? »

[1010a (p. 49).

[11Brautbriefe : « Qu’amour et science ne quittent jamais ton Sigmund » (lettre du 18/12/1885, p.115).

[122, p.17.

[131950a.

[14Ibid.

[15Ibid.

[161900a : « ... l’exposé incomparablement beau de Goethe car ce fut la récitation de cet exposé dans une séance de lecture populaire qui me poussa, bachelier hésitant, aux études des sciences de la nature. »

[1710a (lettre de Goethe du 24/05/1828 - All. p. 48) : « On voit là une tendance au panthéisme dans lequel un être inexplorable, absolu, humoristique et contradictoire est à l’origine des manifestations du monde. »

[18D’après Pestalozzi (1956) ce texte provient en réalité de l’auteur suisse G. C. Tobler. Finalement son origine est très contestée, et il est peu probable qu’il soit de Goethe.

[19Nous vous proposons une traduction de ce texte dans l’annexe.

[2010a (Voir aussi le supplément de l’annexe) : « Elle ne vit qu’en ses enfants ; mais la mère, où est-elle ? »
- « Ses enfants sont sans nombre. »
- « Elle est rusée, mais à bonne fin, et le mieux est de ne pas s’apercevoir de sa ruse. »

[211910c (p. 211 / p. 152) : La nature... « est pleine d’infinies raisons qui ne furent jamais dans l’expérience. »

[22Ibid. (p. 206 / p. 144) : « Répression presque totale de la vie sexuelle réelle. »

[23Ibid. : « L’investigateur de sa première enfance » - mieux celle à laquelle sa prime enfance l’avait « conditionné » : au chercheur.

[24Ibid. (fr. : p. 145) : « L’insatiabilité, l’opiniâtreté que rien n’arrête, l’impossibilité de s’adapter aux circonstances réelles. »

[25Ibid. : « Parvenu à l’apogée de sa vie (...) des couches encore plus profonde de son âme se raniment, mais cette régression nouvelle favorise son art, (...). Il peint la Joconde... »
- weitere a deux sens : 1) à nouveau dans le sens de la répétition, 2) plus loin dans le sens temporel ou spatial. Nous pensons qu’ici, Freud parle plutôt de ce deuxième sens.

[26In 1950a.

[27Ibid. (p. 207 / p. 146) : « Il peint la Joconde, la Ste Anne et cette série de tableaux caractérisés par l’énigme de leurs sourires. » Traduction misérablement aplatie : geheimnisvolle Bilder = des images pleines de secrets.

[283b, p. 216.

[29Ibid, p. 217.

[30Ibidem.

[311900a.

[321900a, p. 589.

[33Cf. Bibliographie : 1.

[341910c, p. 150.

[351, p. 389 à 407.

[361910c, p. 150.

[371, p. 394.

[385, p.126.

[391900a (p. 221 / p. 190) : « Il parait que vers deux ans, je mouillais encore mon lit de temps à autre. - Un jour où l’on me faisait des reproches à ce sujet, j’avais voulu rassurer mon père en lui promettant que je lui achèterai, un beau lit neuf rouge... »

[40Ibid. (fr. : p. 191) : « On ne fera rien de ce garçon. » L’expression est idiomatique. Mot à mot : « ce garçon ne deviendra jamais rien. »

[41Ibid. (p. 589 / p. 496) : « Je crois bien qu’il s’appelait Philippe » (Commentaire dans le texte).

[421, p. 402.

[431, p. 142.

[441, p. 397.

[451, p. 400.

[46Ibid., p. 401.

[471, p. 398.

[481910c (p. 147 / p. 34) : « Coercition religieuse de la pensée. »

[49Ibid. (p. 196 / p. 126f) : « Qu’il avait dépouillé les images religieuses de leur dernier reste de raideur sacerdotale, les humanisant... » « Leonardo avait surmonté une religion dogmatique et la religion personnelle » Là, il ne s’agit pas d’image mais de personne.

[50Ibid.

[511, p. 402.

[521909a (p. 589 / p. 495) : « Une expression de visage particulièrement tranquille et endormie. »
- eigentümlich = bizarre, étrange, curieux.

[53Ibid. (p. 590 / p. 496) : « Mais cette seconde interprétation a eu lieu sous l’influence d’une angoisse déjà développée. »

[541910c (p. 184 / p. 106) : Le « caractère énigmatique et inquiétant ». La difficulté de traduction de unheimlich est bien connue, ce mot trouve ici toute l’ampleur de sa signification.

[55Ibid. : « Tendresse et félicité paisibles. » Innigkeit = chaleur, cordialité, tendresse ; Seligkeit = grand bonheur, béatitude, félicité.

[56Ibid. (p. 178 / p. 98) : « Le sourire singulier, ensorcelant et énigmatique (...) un sourire immobile. »

[57Ibid. (p. 187 / p. 1O8) : « Promesse d’une tendresse sans borne (...) menaçant présage de malheur. »

[58Ibid.

[591910c, p. 179.

[6011a, b et c.

[611939a (p. 210 / p. 141) : « Mais hélas la puissance créatrice d’un écrivain ne correspond par toujours à sa bonne volonté. L’oeuvre vient comme elle peut, et, bien souvent, l’auteur n’y retrouve plus qu’une création indépendante de lui, étrangère en quelque sorte. »

[621939a.

[631910c, p.146.

[6412b (All. p. 217) : « Celui qui s’efforce toujours et cherche dans la peine, nous pouvons le sauver. »

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