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Théophile Gautier

Spirite (XV)

Nouvelle fantastique (1866)

Date de mise en ligne : jeudi 5 octobre 2006

Mots-clés :

Théophile Gautier, Spirite, Nouvelle fantastique, Éd. Charpentier, Paris, 1866.

XV

Le bateau à vapeur faisant le trajet de Marseille à Athènes était arrivé à la hauteur du cap Malia, la dernière dentelure de cette feuille de mûrier qui forme la pointe de la Grèce et lui a donné son nom moderne. On avait laissé en arrière les nuages, les brouillards et les frimas ; on allait de la nuit à la lumière, du froid à la chaleur. Aux teintes grises du ciel d’Occident avait succédé l’azur du ciel oriental, et la mer d’un bleu profond ondulait mollement sous une brise favorable dont le pyroscaphe profitait en déployant ses voiles de foc noircies par la fumée et semblables à ces voiles de couleur sombre que Thésée hissa par mégarde en revenant de l’île de Crète, où il avait vaincu le minotaure. Février touchait à sa fin, et déjà les approches du printemps, si tardif chez nous, se faisaient sentir dans ce climat heureux aimé du soleil. L’air était si tiède que la plupart des passagers, déjà aguerris contre le mal de mer, restaient sur le pont occupés à regarder la côte qu’on entrevoyait dans les vapeurs bleues du soir. Au-dessus de cette zone assombrie émergeait une montagne visible encore et retenant un rayon de jour sur son sommet lamé de neige. C’était le Taygète ; ce qui donnait l’occasion aux voyageurs bacheliers ès lettres et sachant quelques bribes de latin de citer avec une pédanterie satisfaite le vers si connu de Virgile. Un Français qui cite à propos, chose rare, un vers latin, est bien près du parfait bonheur. Quant à citer un vers grec, c’est une félicité réservée aux Allemands et aux Anglais sortant d’Iéna ou d’Oxford.

Sur les bancs à claire-voie et les pliants qui encombraient l’arrière du navire se tenaient de jeunes misses coiffées de petits chapeaux à voilettes bleues, leurs abondants cheveux roux enfermés dans un filet, leur gibecière de voyage pendue au col par une courroie, et vêtues de paletots à larges boutons. Elles contemplaient la côte embrumée par l’ombre du soir avec des jumelles assez fortes pour distinguer les satellites de Jupiter. Quelques-unes plus hardies et ayant le pied marin arpentaient le pont de ce pas gymnastique que les sergents de la garde, professeurs de marche, enseignent aux demoiselles d’outre-Manche. D’autres causaient avec des gentlemen d’une tenue irréprochable et d’une correction parfaite. Il y avait aussi des Français, des élèves de l’école d’Athènes, des peintres, des architectes prix de Rome, qui allaient se tremper aux sources du vrai beau. Ceux-là, avec tout l’entrain de la jeunesse ayant devant elle l’espérance et un petit pécule en poche, faisaient des plaisanteries, riaient bruyamment, fumaient des cigares, et se livraient à de chaudes discussions d’esthétique. Les renommées des grands maîtres anciens et modernes étaient discutées, niées, portées aux nues ; tout était admirable ou ridicule, sublime ou stupide, car les jeunes gens sont excessifs et ne connaissent pas de moyen terme. Ce ne sont pas eux qui marieraient le roi Modus et la reine Ratio : ce mariage de convenance ne se fait que plus tard.

À ce groupe animé, drapé dans son manteau comme un philosophe du Portique, était mêlé un jeune homme qui n’était ni peintre, ni sculpteur, ni architecte, et que les artistes voyageurs prenaient pour arbitre lorsque la discussion aboutissait de part et d’autre à quelque négation obstinée. C’était Guy de Malivert. Ses remarques judicieuses et fines montraient un véritable connaisseur, un critique d’art digne de ce nom, et ces jeunes gens si dédaigneux, qui flétrissent de l’épithète de bourgeois tout être n’ayant pas manié la brosse, le ciseau ou le tire-ligne, les écoutaient avec une certaine déférence, et quelquefois même les adoptaient. La conversation s’épuisa, car tout s’épuise, même une conversation sur l’idéal et le réel, et les interlocuteurs, le gosier un peu desséché, descendirent dans la cabine pour s’humecter le larynx de quelque grog ou de quelque autre breuvage chaud et cordial. Malivert resta seul sur le pont. La nuit était tout à fait tombée. Dans le ciel d’un azur noir, les étoiles brillaient avec des scintillations d’une vivacité et d’un éclat dont on ne peut se faire une idée quand on n’a pas vu le ciel de la Grèce. Leurs reflets s’allongeaient dans l’eau, y traçaient des sillages, comme l’auraient fait des lumières posées sur la rive ; l’écume brassée par les aubes des roues rejaillissait en millions de diamants qui brillaient un instant et se fondaient en bleuâtres phosphorescences. Le noir pyroscaphe semblait nager dans un bain de lumière. C’était un de ces spectacles qui exciteraient l’admiration du Philistin le plus obtus, et Malivert, qui n’était pas un Philistin, en jouissait délicieusement. Il n’eut pas même l’idée de descendre dans la salle de l’entre-pont, où règne toujours une chaleur nauséabonde, particulièrement sensible quand on vient de l’air frais, et il continua à se promener de l’arrière à l’avant du navire, contournant les Levantins installés le long du bordage sur leurs tapis ou leurs minces matelas du côté de la proue, parmi les paquets de chaînes et les rouleaux de cordages, et quelquefois faisant baisser son voile à quelque femme qui, ne se croyant pas vue, le soulevait pour aspirer la fraîcheur nocturne. Guy, comme on le voit, tenait la promesse qu’il avait faite de ne pas compromettre Mme d’Ymbercourt.

Il s’accouda sur le bastingage, et se laissa aller à une rêverie pleine de douceur. Sans doute depuis que l’amour de Spirite l’avait dégagé des curiosités terrestres, le voyage de Grèce ne lui inspirait plus le même enthousiasme qu’autrefois. C’est un autre voyage qu’il eût voulu faire, mais il ne songeait plus à avancer son départ pour ce monde où sa pensée plongeait déjà. Il savait maintenant les conséquences du suicide, et il attendait sans trop s’impatienter que l’heure de s’envoler avec l’ange qui le visitait fût venue. Assuré de son bonheur futur, il se laissait aller à la sensation présente et jouissait en poète du magnifique spectacle de la nuit. Comme lord Byron, il aimait la mer. Cette éternelle inquiétude et cette plainte qui ne se tait jamais, même aux heures les plus calmes, ces brusques révoltes et ces fureurs insensées contre l’obstacle immuable avaient toujours plu à son imagination qui voyait dans cette turbulence vaine une secrète analogie avec l’inutile effort humain. Ce qui le charmait surtout de la mer, c’était le vaste isolement, le cercle d’horizon toujours semblable et toujours déplacé, la solennelle monotonie et l’absence de tout signe de civilisation. La même houle qui soulevait le bateau à vapeur dans sa large ondulation avait lavé les flancs des vaisseaux « aux flancs creux » dont parle Homère, et il ne lui en restait aucune trace. Son eau avait précisément le ton qui la colorait lorsque la flotte des Grecs la sillonnait. Dans sa fierté, la mer ne garde pas comme la terre les cicatrices du passage de l’homme. Elle est vague, immense et profonde comme l’infini. Aussi, jamais Malivert ne se sentait plus joyeux, plus libre, plus en possession de lui-même que lorsque, debout à la proue d’un navire s’élevant, s’abaissant, il s’avançait dans l’inconnu. Mouillé par la lanière d’écume rejaillissant sur le pont, les cheveux imprégnés de la vapeur saline, il lui semblait qu’il marchait sur les eaux, et, comme un cavalier s’identifie avec la vitesse de sa monture, il s’attribuait la rapidité du vaisseau, et sa pensée bondissait au-devant des vagues.

Près de Malivert, Spirite était descendue sans bruit, comme une plume ou un flocon de neige, et sa main s’appuyait à l’épaule du jeune homme. Quoique Spirite fût invisible pour tout le monde, il est permis de se figurer le groupe charmant que formaient Malivert et son aérienne amie. La lune s’était levée, large et claire, pâlissant les étoiles, et la nuit était devenue une espèce de jour bleu, un jour de grotte d’azur, d’un ton vraiment magique. Un rayon dessinait à la proue du navire cet Amour et cette Psyché brillant dans les scintillement diamanté de l’écume comme de jeunes dieux à la proue d’une birème antique. Sur la mer, avec un perpétuel fourmillement lumineux, s’étalait une large traînée de paillettes d’argent, reflet de l’astre émergé de l’horizon et montant lentement dans le ciel. Parfois un dauphin, descendant peut-être de celui qui portait Arion, traversait de son dos noir le sillage étincelant et rentrait brusquement dans l’ombre, ou bien dans le lointain, comme un point rouge vacillant, se révélait le fanal de quelque barque. De temps à autre, comme une découpure violette, la côte d’un îlot, bientôt dépassée, apparaissait.

« C’est là, sans doute, disait Spirite, un merveilleux spectacle, un des plus beaux, sinon le plus beau, qu’un oeil humain puisse contempler ; mais qu’est-ce à côté des prodigieuses perspectives du monde que je quitte pour descendre vers vous, et où bientôt nous volerons l’un près de l’autre “comme des colombes appelées par le même désir ?” Cette mer, qui vous semble si grande, n’est qu’une goutte dans la coupe de l’infini, et cet astre pâle qui l’éclaire, imperceptible globule d’argent, se perd dans les effroyables immensités, dernier grain de la poussière sidérale. Oh ! que je l’eusse admiré près de vous, ce spectacle, lorsque j’habitais encore la terre et que je me nommais Lavinia ! Mais ne croyez pas que j’y reste insensible, j’en comprends la beauté à travers votre émotion.
- Quelle impatience vous me donnez de l’autre vie, Spirite ! répondit Malivert ; et comme avec ardeur je m’élance vers ces mondes aux splendeurs éblouissantes, au-dessus de toute imagination et de toute parole, que nous devons parcourir ensemble et où rien ne nous séparera plus !
- Oui, vous les verrez ; vous en connaîtrez les magnificences et les délices, si vous m’aimez, si vous m’êtes fidèle, si jamais votre pensée ne se détourne vers rien d’inférieur, si vous laissez, comme au fond d’une eau qui repose, tomber au fond de vous l’impur et grossier limon humain. À ce prix, il nous sera permis de savourer, unis éternellement l’un à l’autre, la tranquille ivresse de l’amour divin, de cet amour sans intermittence, sans faiblesse, sans lassitude, et dont l’ardeur ferait fondre les soleils comme des grains de myrrhe sur le feu. Nous serons l’unité dans la dualité, le moi dans le non-moi, le mouvement dans le repos, le désir dans l’accomplissement, la fraîcheur dans la flamme. Pour mériter ces félicités suprêmes, songez à Spirite qui est au ciel et ne vous souvenez pas trop de Lavinia, qui dort là-bas sous sa couronne de roses blanches sculptées.
- Ne vous aimé-je pas éperdument, dit Malivert, avec toute la pureté et l’ardeur dont une âme encore retenue sur cette terre peut être capable ?
- Mon ami, répondit Spirite, persévérez ainsi, je suis contente de vous. »

Et comme elle disait ces mots, ses yeux de saphir étoilaient pleins d’amoureuses promesses, et un sourire voluptueusement chaste entrouvait sa bouche adorable.

L’entretien se prolongea entre le vivant et l’ombre jusqu’à ce que les premières lueurs de l’aube eussent commencé à mêler leurs teintes roses aux nuances violettes de la lune, dont le disque s’effaçait peu à peu. Bientôt un segment de soleil parut au-dessus de la barre d’un bleu sombre que la mer formait à l’horizon, et le jour se répandit avec une explosion sublime. Spirite, ange de lumière, n’avait rien à redouter du soleil, et elle resta quelques minutes sur la proue, étincelante de clartés roses et les feux du matin jouant comme des papillons d’or dans sa chevelure soulevée par la brise de l’Archipel. Si elle choisissait de préférence la nuit pour faire ses apparitions, c’était parce que, le mouvement de la vie humaine vulgaire étant suspendu, Guy se trouvait plus libre, moins observé et délivré du risque de passer pour fou à cause d’actions d’une extériorité forcément bizarre.

Comme elle vit Malivert pâle et glacé dans le frisson de l’aurore, elle lui dit d’un ton doucement grondeur : « Allons, pauvre créature d’argile, ne luttez pas contre la nature ; il fait froid, la rosée marine trempe le pont et mouille les cordages. Rentrez dans la cabine, allez dormir » ; et puis elle ajouta avec une grâce toute féminine : « Le sommeil ne nous sépare pas. Je serai dans tous tes rêves, et je t’emmènerai là où tu ne peux encore venir pendant la veille. »

En effet, le sommeil de Guy fut traversé de songes azurés, radieux, surnaturels, où il volait côte à côte avec Spirite à travers des élysées et des paradis, mélange de lueurs, de végétations et d’architectures idéales, dont aucune phrase de nos pauvres langues si bornées, si imparfaites, si opaques, ne saurait éveiller l’idée même la plus lointaine.

Il est inutile de décrire avec détail les impressions de voyage de Malivert ; ce serait sortir du cadre de ce récit, et d’ailleurs Guy, occupé de son amour et distrait par un désir inexorable, faisait beaucoup moins attention qu’autrefois aux choses matérielles ; il n’apercevait plus la nature que dans un lointain vague, brumeux et splendide, servant de fond à son idée fixe. Le monde n’était pour lui que le paysage de Spirite, et encore trouvait-il les plus beaux sites peu dignes de cet emploi.

Cependant le lendemain, au lever du jour, il ne put retenir un cri d’admiration et de surprise lorsque, le bateau à vapeur entrant dans la rade du Pirée, il découvrit le merveilleux tableau qu’éclairait le matin : le Parnès, l’Hymette, formaient, avec leurs pentes couleur d’améthyste, comme les coulisses du splendide décor dont le Lycabète, bizarrement découpé, et le Pentélique occupaient le fond. Au milieu, comme un trépied d’or sur un autel de marbre, s’élevait sur l’Acropole le Parthénon illuminé par les lueurs vermeilles du matin ; les teintes bleuâtres des lointains, apparaissant à travers les interstices des colonnes écroulées, rendaient encore plus aérienne et plus idéale la noble forme du temple. Malivert eut le frémissement que donne la sensation du beau, et il comprit ce qui jusqu’alors lui avait semblé obscur. Tout l’art grec se révélait à lui, romantique, dans cette rapide vision, c’est-à-dire la parfaite proportion de l’ensemble, la pureté absolue des lignes, la suavité incomparable de la couleur faite de blancheur d’azur et de lumière.

Aussitôt débarqué, sans s’occuper de ses bagages, laissés au soin de Jack, il se jeta dans un de ces fiacres qui, à la honte de la civilisation moderne, emportent, à défaut de chars antiques, les voyageurs du Pirée vers Athènes sur une route blanche de poussière et bordée ça et là de quelques oliviers enfarinés. Le véhicule de Malivert, tout démantelé et rendant un son inquiétant de ferraille, était emporté au galop par deux petits chevaux maigres d’un gris pommelé, à la crinière relevée et coupée en brosse : on eût dit le squelette, ou plutôt la maquette en terre des chevaux de marbre qui se cabrent sur les métopes du Parthénon ; leurs aïeux, sans doute, avaient posé pour Phidias. Ils étaient fouaillés à tour de bras par un éphèbe revêtu d’un costume de Palikare, qui peut-être, conducteur d’un plus brillant attelage, eût jadis remporté le prix des chars aux courses d’Olympie.

Laissant les autres voyageurs envahir l’hôtel d’Angleterre, Guy se fit conduire au pied de la colline sacrée où le genre humain, dans sa fleur de jeunesse, de poésie et d’amour, entassa ses plus purs chefs-d’oeuvre comme pour les présenter à l’admiration des dieux. Il monta l’ancienne rue des Trépieds, enfouie sous d’informes cahutes, foulant d’un pas respectueux cette poussière faite de merveilles, et déboucha enfin sur cet escalier des Propylées dont on a soulevé des marches pour en faire des pierres tombales ; il gravit cet étrange cimetière parmi un tumulte de dalles soulevées, entre les soubassements, dont l’un porte le petit temple de la Victoire Aptère, et l’autre servait de piédestal à la statue équestre de Cimon et de terre-plein à la Pinacothèque où se conservaient les chefs-d’oeuvre de Zeuxis, d’Apelles, de Timanthe et de Protogène.

Il franchit les Propylées de Mnésiclès, chef-d’oeuvre digne de servir de porte au chef-d’oeuvre d’Ictinus et de Phidias, avec un sentiment d’admiration religieuse ; il avait presque honte, lui barbare d’Occident, de marcher avec des bottes sur ce sol sacré.

Au bout de quelques pas, il se trouva devant le Parthénon — le temple de la Vierge —, le sanctuaire de Pallas-Athénè, la plus pure conception du polythéisme.

L’édifice se déployait dans la bleue sérénité de l’air avec une placidité superbe et une majestueuse suavité. Une divine harmonie présidait à ses lignes, qui, sur un rythme secret, chantaient l’hymne de la beauté. Toutes, doucement, tendaient à un idéal inconnu, convergeaient vers un point mystérieux, mais sans effort, sans violence, et comme sûres de l’atteindre. Au-dessus du temple, on sentait planer cette pensée vers laquelle l’angle des frontons, les entablements, les colonnes aspiraient et semblaient vouloir monter, imprimant d’imperceptibles courbes à l’horizontal et au perpendiculaire. Les belles colonnes doriques, drapées dans les plis de leurs cannelures et un peu rejetées en arrière, faisaient rêver à de chastes vierges qu’alanguit un vague désir.

Une couleur blonde et chaude enveloppait la façade dans une atmosphère d’or, et, sous le baiser du temps, le marbre avait pris une nuance vermeille et comme une rougeur pudique.

Sur les marches du temple, entre les deux colonnes derrière lesquelles s’ouvre la porte du pronaos, Spirite se tenait debout dans cette pure clarté grecque si peu favorable aux apparitions, au seuil même de ce Parthénon si clair, si parfait, si lumineusement beau. Une longue robe blanche, sculptée à petits plis comme les tuniques des canéphores, descendait de ses épaules jusque sur le bout de ses petits pieds nus. Une couronne de violettes — de ces violettes dont Aristophane célèbre la fraîcheur dans une de ses parabases — ceignait ses cheveux d’or aux bandeaux ondés. Costumée ainsi, Spirite ressemblait à une vierge des Panathénées descendue de sa frise. Mais dans ses yeux de pervenche brillait une lueur attendrie qu’on ne voit pas aux yeux de marbre blanc. À cette radieuse beauté plastique, elle ajoutait la beauté de l’âme.

Malivert monta les degrés et s’approcha de Spirite, qui tendit la main vers lui. Alors, dans un éblouissement rapide, il vit le Parthénon comme il était aux jours de sa splendeur. Les colonnes tombées avaient repris leur place ; les figures du fronton arrachées par lord Elgin, ou brisées par les bombes vénitiennes, s’étaient groupées sur les frontons, pures, intactes, dans leurs attitudes humainement divines. Par la porte de la cella, Malivert entrevit, remontée sur son piédestal, la statue d’or et d’ivoire de Phidias, la céleste, la vierge, l’immaculée Pallas-Athénè ; mais à ce prodige il ne jeta qu’un regard distrait et ses yeux cherchèrent aussitôt les yeux de Spirite.

Ainsi dédaignée, la vision rétrospective s’était évanouie.

« Oh ! murmura Spirite, l’art lui-même est oublié pour l’amour. Son âme se détache de plus en plus de la terre. Il brûle, il se consume. Bientôt, chère âme, il sera accompli, ton désir ! »

Et le coeur de la jeune fille battant encore dans la poitrine de l’esprit, un soupir souleva son blanc péplos.

P.-S.

Texte établi par PSYCHANALYSE-PARIS.COM d’après la nouvelle fantastique de Théophile Gautier, Spirite, Éd. Charpentier, Paris, 1866.

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