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Psychanalyse et Mythologie (VIII)

Oreste et le meurtre de la mère

Texte de l’intervention au Cercle Psychanalytique de Paris (31 mai 2007)

Date de mise en ligne : samedi 2 juin 2007

Auteur : Guy MASSAT

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Guy Massat, « Oreste et le meurtre de la mère », huitième séance du séminaire « Psychanalyse et Mythologie » au Cercle psychanalytique de Paris, le jeudi 31 mai 2007.

Oreste et le meurtre de la mère
« Je suis dans le travail de l’inconscient. » (Lacan).

Vous avez lu, comme je vous l’ai recommandé, le texte éclairant de notre collègue Michel Borsotto, psychanalyste à Nice, intitulé « Oreste ou la question de la mère… donc du père ». Ce texte est sur le site vous pouvez vous y référer.

C’est indispensable pour suivre ce que j’ai à vous dire sur Oreste que je compare à Lacan sous l’angle psychanalytique du meurtre de la mère.

Oreste, quelle que soit la version que l’on prenne, c’est le meurtre de la mère. Le meurtre de la mère c’est ce qu’il y a de plus intéressant dans ce monde. C’est ce qu’il y a de mieux à faire. C’est, selon l’expression orientale, « notre grande affaire » dans cette vie.

Évidemment, ce que je dis là, semble bien déplaisant. Ce sont même des paroles qui pourraient s’avérer dangereuses. J’en conviens. Il faut toujours faire attention avec les mots qu’on prononce, car on ne peut jamais savoir qui nous écoute ou nous lit. Quand on dit que notre grande affaire en cette vie c’est de tuer sa mère, on ne sait jamais si un malade mental ne va pas prendre le propos à la lettre. Confondant le sens propre, le sens figuré et surtout le sens inconscient, quelque borderline, quelque pervers, dans une exigence à vouloir faire le bien, pourrait s’en trouver justifier pour bousiller la sienne. Mais je le dis quand même, avec Oreste Athéna et Apollon… Oreste, on le sait a eu pour avocats : Athéna et Apollon.

Athéna représente la sagesse, la sagesse de l’inconscient, et Apollon la lumière, la lumière de l’inconscient. Oreste fut acquitté. Ce qui signifie, dans la dimension de l’inconscient, bien sûr, qu’il est sage et lumineux de tuer sa mère. Vous voyez aussi par là quelque chose qui modifie toute la mythologie telle que les chrétiens et les marxistes nous la rapportent, à savoir que la sagesse sereine d’Athéna et la lumière d’Apollon ne concernent pas le conscient comme tous les gens soi disant sérieux mais aveugles à l’inconscient, veulent nous le faire croire bêtement. Au contraire, Athéna, Apollon et Oreste ne déploient leur valeurs que dans la seule et réelle dimension de l’inconscient. Ce contre sens évité nous pourrons accéder avec des profits psychanalytiques de plus en plus enrichissants à la mythologie.

Mais revenons à notre crime. Quel avantage y a t il à perpétrer le meurtre de notre mère ? Est-ce par là qu’on pourrait devenir, d’une certaine manière, supérieur à Superman ? Rien n’est impossible dans l’inconscient. Tout le monde sait que lorsque Superman sent diminuer sa puissance c’est toujours dû à la présence d’un morceau de sa planète d’origine, la planète krypton, c’est-à-dire sa planète mère ! Même Superman est donc affaibli par sa mère ! Dans la vie c’est encore pire…

La vie, on le sait, a besoin de la mort pour se perpétuer et se déployer. Pas de vie sans tuerie. Freud pour l’illustrer prend l’exemple de manger. On détruit mais c’est pour vivre. La mort est ici au service de la vie.

Alors à quel surmoi devrions-nous nous soumettre ? Devant quelle valeur suprême devrions-nous nous incliner ? À quel désir de quel grand Autre devrions-nous céder ? Y a-t-il en toute rigueur des idées pour lesquelles nous devrions nous sacrifier ?

La question mérite d’être posée car ce que nous appelons « culture » est, à bien y regarder, le règne de la mort sur la vie, c’est-à-dire la forme sous laquelle la pulsion de mort assurerait une existence positive. Que demande la culture ? Elle dit, sous la forme du discours universitaire : sacrifie ton désir à l’ordre établi.

Ainsi, ce qu’il y a de plus pénétrant dans le complexe d’Œdipe, ou dans l’interdit de l’inceste, ou dans la castration du langage, ou dans le Nom-du-père, c’est que le statut de l’homme en tant qu’être-de-langage, en tant que « parlêtre », comme dit Lacan, ne peut se déterminer que dans une situation de sacrifice de son propre désir.

Cette situation de sacrifice semble constitutive à l’existence de chacun. On doit céder devant la réalité, on doit céder devant le grand Autre.

Nous remarquons que Lacan ne réfute pas directement le platonisme en dénonçant, comme le font certains, la nature essentiellement illusoire des idées, mais ce que Lacan dénonce c’est la fixation du sujet à quelque idée élevée à la dignité d’invariant éternel, qui lui servirait de refuge, autrement dit de grand Autre statique et supposé savoir. Lacan condamne donc ici l’être au profit du devenir.

Or si l’on voit les choses du côté statique du conscient, il s’agit d’un choix forcé, d’une situation limite : le sujet-supposé-choisir-librement n’existe pas avant son choix. C’est le choix qui le constitue dans le conscient. C’est un choix paradoxal où il ne garde sa liberté de choix que s’il fait le bon choix. Car s’il choisit « l’autre », son désir, il perd sa liberté, c’est-à-dire la possibilité même de choisir.

Alors, qu’est-ce qui est sacrifié dans cet acte de choix ? De quoi relève ce choix ? Freud, qui ne confond pas le conscient avec l’inconscient, est très clair là-dessus. Ce qui est sacrifié c’est, dans l’inconscient, l’objet de l’inceste. Objet de l’inceste figuré par la mère incarnant la jouissance impossible.

Lacan formulait dans les dernières années de son enseignement que le choix fondamental dans l’inconscient ne s’opérait pas entre le Bien et le Mal, car tout le monde préfère le Bien, mais entre le père et le pire. Le choix forcé à l’autorité surmoïque est « mauvais », névrotique, puisqu’en le choisissant le sujet « cède sur son désir ». Or, l’éthique de l’inconscient a pour impératif : « as-tu agis en conformité avec ton désir ? » (L’Éthique, p. 359). Pas d’autre voie pour la sérénité.

Obéir à l’Autre c’est, d’une certaine manière, se sentir coupable d’avoir cédé sur son désir. Et, plus on obéira plus on se sentira coupable. L’acte authentiquement éthique, dit Lacan, est incarné par le « Non » suicidaire d’Antigone à Créon. Un tel acte où l’on refuse le choix forcé de l’ordre social est le seul moment où le sujet est vraiment libre. Antigone est libre au moment où elle s’exclue de la société de Thèbes en ne cédant pas sur son désir d’honorer Polynice qui a malheureusement combattu contre Thèbes. Mais, encore une fois il faut bien saisir que ce n’est que dans le système inconscient que cela est recevable. De plus remarquons, qu’Antigone n’oppose pas à la loi sociale de Créon une autre loi, divine celle-là, concernant les morts de la famille, comme l’affirme, à tort, Hegel. Car l’affaire Antigone se réduirait alors à chercher quelque jurisprudence pour justifier le point de vue de son désir. Non, Antigone se contente de dire : « Mon frère est mon frère » ! « C’est ainsi parce que c’est ainsi ». Ce qui ne repose sur rien, comme toute identité dans l’inconscient. Ce qu’il faut entendre par là, c’est justement la formule de Lacan : « Le réel revient toujours à la même place ». C’est le ça qui parle. C’est la psychose. Mais la psychose en tant que choix, c’est-à-dire, exactement, un autre non de la liberté.

Pour Lacan le grand Autre n’existe pas dans l’inconscient, ce n’est qu’une présupposition du moi, la présupposition d’un ordre immatériel, idéal, ou encore d’un Autre lieu où, prétendument, la signification ultime, la consistance et la valeur du moi serait enfin éternellement protégée. Mais le moi, en bon borderline, n’en est jamais convaincu. Heureusement. Il y a donc du bon à ne pas être normal, à provoquer les normes. Pourquoi l’analyste, en séance, demeure-t-il silencieux ? C’est pour mieux forcer l’analysant à se confronter à son propre acte de parole qui met en péril son grand Autre jusqu’à l’extermination ultime, c’est-à-dire jusqu’au meurtre de sa mère.

Les difficultés et les souffrances ne sont provoquées dans l’inconscient que par la figuration dans l’imaginaire du meurtre de la mère. À l’instant où cette figuration est réduite, comme un rébus, au langage inconscient, au langage du ça, le souffle vital de l’inconscient retrouve sa liberté : ? cause.

La psychanalyse s’est formée dans la dimension du langage comme acte de la parole inconsciente. Ainsi la réalité du symptôme peut-elle être transformée simplement par des rébus et autres contrepétries. Certes pour le conscient il est scandaleux de voir l’homme et tout l’univers se réduire à un jeu de mots. Mais dans l’inconscient c’est ainsi. C’est le règne du performatif : dire est plus acte que les actes. Assez d’actes, pourrait-on s’écrier, des mots ! Dans la réalité consciente évidemment les mots n’ont pas la force des actes. Dire ne fait pas apparaître les choses comme par magie. Nous devons cependant comprendre ici le sens de « la cure par la parole ». Il ne s’agit pas de la parole dans le conscient, même si l’on peut en tirer quelque profit. La cure par la parole désigne la cure par la parole de l’inconscient. Faute de quoi on réduirait étourdiment la psychanalyse à du bavardage. Ce n’est que dans l’inconscient que l’acte d’énonciation fait que le sujet ne dit rien d’autre que ce qu’il est. Et c’est pourquoi « la cure par la parole » reste la plus essentielle des réalités thérapeutiques, pour peu que l’on sache écouter.

Ce ne sera que dans la mesure où nous distinguerons l’inconscient du conscient que nous pourrons véritablement apprécier, par exemple, l’apport du Surréalisme à la libération de l’homme par extinction du grand Autre, à savoir de la mère.

Ainsi, dans le second manifeste du surréalisme Breton écrit : « Tout porte à croire qu’il existe un certain point de l’esprit d’où la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l’incommunicable, le haut et le bas, cessent d’être perçus contradictoirement. Et c’est en vain qu’on chercherait à l’activité surréaliste un autre mobile que l’espoir de détermination de ce point ».

Eh bien, ce point, j’ai le plaisir de vous l’annoncer, c’est le nœud premier, le nœud de trèfle, le nœud qui justement représente le point topologique — et non plus géométrique — (la géométrie est morte, la mère est morte), donc le point qui se transforme en nœud borroméen, ce nœud qu’a introduit Lacan en psychanalyse le 9 février 1972 (voir dessin).

Car ce n’est — encore une fois — que dans la mesure où nous distinguons l’inconscient du conscient que nous pouvons apprécier, sans confusion de borderline, la pensée extrême orientale. Par exemple, « L’Unique Trait de Pinceau » du moine Shitao, ne risque-t-il pas d’être confondu avec du borderline, si l’on confond conscient et inconscient ? Il en va de même pour le Nirvana, le Zen, le Tao, « Le Vrai Classique du Vide Parfait » etc. Comment pourrions-nous, sans distinguer l’inconscient du conscient, comprendre des phrases telles que : « Traverser la mer à l’insu du ciel » ? (et je ne vous fait pas de jeux de mots) ou « Rien n’est plus caché que le plus apparent » (cela ne rappelle-t-il pas « la lettre volée ») ? ou encore « Créer de l’être à partir de rien » (n’est-ce pas l’objet petit a ?) ; « Laisser filer l’adversaire pour mieux le capturer » (n’est-ce pas « l’association libre ? »), etc.

L’Autre, le grand Autre, le grand A est ce dont nous devons nous débarrasser dans l’inconscient. La lettre A a pour étymologie « vache » ou « taureau ». Le grand A est donc, d’une certaine manière, la grande vache ou le taureau à abattre. C’est une sorte de matrice, de mère, qui nous englobe telle une coquille d’œuf : résistances à briser. Mais cette coquille est dure comme celle d’un œuf d’autruche dont on sait qu’on ne peut la casser qu’à coup de marteau.

Vous connaissez l’histoire des femelles autruches poursuivies par des mâles en rut. Elles fuient jusqu’à l’extrémité d’une falaise d’où il n’y a plus aucun chemin pour continuer leur course. Alors, comme le font toutes les autruches, elles enfouissent leur tête dans le sable. Et quand les mâles arrivent, ils s’étonnent tous, conformément à leur code, conformément à leur grand A, en s’interrogeant stupidement : « Mais où sont-elles passées, où sont-elles donc passées ? »

Tel est le grand Autre dans l’inconscient, on le fait exister en se sacrifiant, en cédant sur son désir au nom de quelque code plus ou moins comique et illusoire. C’est, dit Lacan à propos de l’angoisse : « le sujet autruchifié dans sa structure de fiction ». Il dit aussi : « je t’autrifie ou je t’autruche » (Problèmes cruciaux de la psychanalyse).

Lacan enseigne que « le refus de la castration… est d’abord le refus de la castration de l’Autre (à savoir, de la mère, premièrement), précise-t-il. (Écrits, p. 632).

Ainsi, par exemple, « Die Frau ohne schatten », devrait être traduit par les signifiants « la femme sans chatte » : ohne shatten, et non selon la signification « la femme sans ombre ». En écoutant cette musique de Richard Strauss vous mesurerez à quel point le signifiant sonne juste, hors de sa signification.

Pour accéder à une compréhension juste du meurtre de la mère il nous faut bien voir les différences entre les structures inconscientes borderline, psychotique et névrotique, telles qu’on peut les ligner sur le borroméen. Comme l’a vu Freud il serait erroné de supposer, par exemple, que les psychoses ne sont que des névroses à un degré plus élevé. Psychose, névrose, et borderline sont des structures distinctes mais nouées topologiquement entre elles.

Dans la structure névrotique l’agent qui contrôle l’organisation est le Surmoi (voir dessin). Dans la structure psychotique c’est le ça et dans la structure borderline c’est le Moi. On dit généralement « Idéal du moi ». Mais, comme on l’a vu, le moi est toujours sur le mode idéal. Le mot anglais borderline est très commode pour la topologie lacanienne où c’est le trou qui précède ses bords. Le borroméen compte sept trous. Et tout nœud n’est fait que de lignes qui ne sont faites que de points lesquels se réduisent à quelque niveau d’observation que ce soit à un nœud premier. Le français « état limite » me semble inapproprié, même s’il évoque la « situation limite » de la philosophie, le « ou bien ou bien », le « tout ou rien » du borderline. Qu’on se représente un rond. Le vide intérieur et le vide extérieur sont un, même s’ils n’ont pas la nature du même. Ils peuvent donc être représentés par un autre rond. C’est le rond du borderline virant de la psychose à la névrose et inversement.

En différenciant grâce au borroméen ces trois structures qui décrivent le système inconscient nous distinguons du même coup les trois types de conflits, les trois formes d’angoisse, les trois systèmes de défense et les trois sortes de relations d’objet caractérisant chacune de ces structures.

Nous aurons l’occasion de revoir tout ça en détail. Nous ne l’abordons aujourd’hui que pour montrer que le meurtre de la mère relève spécifiquement de la structure psychotique. Cependant, il s’agit ici d’une approche de la psychose particulière. Nous l’avons vu, Lacan ne cesse d’affirmer que la psychose doit être « située dans le registre de l’éthique ». La psychose est, dit-il, un mode du « ne pas céder sur son désir ».

C’est la preuve même du refus d’échanger le désir, la liberté, la jouissance contre le Nom-du-père. De ne pas céder au nom du père. La mythologie nous apprend que les Erinyes ont tourmenté Oreste jusqu’à la folie. Et nous connaissons tous le « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » de Racine. Oreste ne fut totalement purifié de sa démence qu’en allant chercher la fameuse statue d’Artémis qui porte sur sa tête une représentation de son temple parce que temenos, temple, a pour étymologie « couper ». Artémis porte aussi sur la poitrine un sautoir fait de testicules de taureau, allégorie de la castration, de la coupure créatrice, de la parole purificatrice. Ne pas céder sur son désir est donc la loi vitale de l’inconscient. On ne peut réellement la comprendre qu’avec la castration, c’est-à-dire dans la mesure où l’on arrive, encore une fois, à distinguer l’inconscient du conscient, le devenir et l’être en tant qu’arrêt provisoire.

Dans l’inconscient, l’homme n’est pas fait pour et par la sagesse. Ce n’est pas sa substance. Il est fait pour et par la folie. Comme le justement dit Foucault : Nietzsche a choisi la folie ! En Extrême-Orient, on raconte qu’autrefois les fous étaient assimilés aux sages.

Dans sa conférence au Yale University en 1975 Lacan explique aux américains que : « la psychose est un essai de rigueur. En ce sens je dirais, affirme-t-il, que je suis psychotique. Je suis psychotique pour la seule raison que j’ai toujours essayé d’être rigoureux. » « Pour cette frontière à traverser — à traverser pour arriver dans le réel, je voyais l’Achéron (l’Achéron est le fleuve de la mort que l’on doit traverser pour parvenir à l’empire du vide, du Chaos) : comme quoi, poursuit Lacan, quand on pense au réel, l’idée de la mort vient tout de suite. Mais, explique-t-il, cette frontière traversée, la transformation subie se dit alors “métempsychose” » (réincarnation).

Ce qui peut se dire en un seul mot ou en trois :
- « met en psychose ».

Autrement dit, le changement irréversible de catégorie est une « mise en psychose ». Voilà ce que soutient Lacan.

Comment donc perpétuer le meurtre de sa mère ? Par la mise en psychose…

Cela signifie qu’il nous faut sauter dans l’abîme de la psychose du langage pour nous élever à la métempsychose.

Le sens de la découverte analytique, nous dit Lacan dans Les Psychoses (S. III) c’est d’être allé jusqu’au signifiant, à l’autonomie du signifiant qui a ses lois propres même si elles sont difficiles à isoler. (p. 223).

« La définition du signifiant est de ne rien signifier« par quoi il est capable de donner à tout moment des significations diverses ». « Le signifiant comme tel ne signifie rien » (p. 213).

Le meurtre de la mère consiste à déchirer, à supprimer, à tuer, à faire disparaître toutes les significations du signifiant. Le meurtre de la mère c’est le signifiant en tant qu’il ne reste que 0, autrement dit O-reste.

La mythologie nous rapporte qu’Oreste épousa la belle Hermione, la fille d’Hélène et de Ménélas, les héros de la guerre de Troie. Oreste régnera sur Mycènes et sur Sparte, succédant ainsi à la fois à son père, Agamemnon, et à son beau-père Egisthe. Oreste rendra toujours fidèlement un culte à Artémis et Apollon, et mourra à quatre-vingt- dix ans après un très long et très riche règne.

Ce qui manque au psychotique clinique, c’est-à-dire à celui qui n’a pas choisi, comme Oreste, la psychose, ce qui lui manque c’est justement d’accéder au signifiant qui ne signifie rien. Il ne manque pas de quelque chose, il manque du rien qui fait mouvoir les choses. Et c’est ce manque du manque qui l’angoisse. Ce dont il a peur c’est du trou, du manque qu’est le signifiant. Pour le psychotique : « Il n’y a rien de plus dangereux que l’approche d’un vide » (Écrits, p. 227).

Pourtant en sautant dans le vide de l’inconscient, dans le vide de la psychose de la langue inconsciente, nous ne tombons pas comme lors d’une chute dans la réalité, nous sommes au contraire projeté vers des hauteurs d’où se dévoile la splendeur des choses.

Reste que cela peut faire peur. C’est pourquoi il arrive souvent que l’on préfère la culpabilité, la souffrance au vide. La culpabilité est, entre autre, comme la souffrance ce dans quoi on peut trouver un refuge contre le vide. C’est en ce sens paradoxal que nous interpréterons le fameux rêve freudien du père qui ne sait pas qu’il est mort. Car une des expériences les plus rudes pour un fils est le moment où il est forcé de reconnaître le fait que son père est mort, ou pire, de reconnaître que ce n’est qu’un imposteur, un impuissant dont le masque d’autorité ne dissimule qu’une faiblesse absolue. C’est pour tenter de conserver intacte l’image du père représentant la loi que le fils apeuré se réfugie dans la culpabilité et la souffrance mais aussi avec l’espoir d’y trouver quelque reconnaissance. Autrement dit, le désir parricide lui-même se dévoile être un leurre destiné à dissimuler l’impuissance du père au profit de quelque bénéfice illusoire. C’est comme si il fallait à tout prix, et pour s’en donner l’importance, empêcher que le père apprenne qu’il est mort et qu’il est impuissant. Plutôt souffrir l’enfer que de faire savoir à ce père, réel, imaginaire ou symbolique, l’horrible vérité, le savoir dévastateur de son inconsistance, de son impuissance, de son inexistence. Le masque du non-dupe errait sur le néant.

Autrement dit, l’Autre en tant que père n’a jamais existé. Il n’y avait donc que la mère en tant qu’Autre qui nous entravait vraiment. C’est elle le A, le grand A, le véritable grand Autre dont il convient de se débarrasser en faveur du Chaos créateur, du Chaos originel. Choisir la psychose c’est tuer sa mère, c’est se libérer véritablement des mots et des lettres.

Qu’est-ce qu’a à voir Lacan avec Oreste ?

Lacan est né le 13 avril 1901. Il est mort le 9 septembre 1981.

Voici pour le situer un rapide schéma de son œuvre illustré de quelques unes de ses pensées qui évoquent le surréalisme, les koans du zen ou des poèmes taoïstes. Ce ne sont pas pourtant des jeux de mots ordinaires mais des « choses forts précises » et fécondes même si elles ne sont recevables que dans la dimension de l’inconscient.

L’œuvre de Lacan commence en 1936 lorsqu’il introduit en psychanalyse le stade du miroir. Le stade du miroir c’est le phénomène de reconnaissance. C’est le stade de la constitution du moi unifié à partir d’une image spéculaire qui se révélera, en fait, n’être qu’une identification aliénante et le siège de la méconnaissance.

En 1938, Lacan expose « les conflits familiaux » avec le complexe de sevrage et d’intrusion.

En 1950, il affirme que « l’inconscient est structuré comme un langage ». L’inconscient c’est le réel. Il invente le schéma R qui situe le réel entre et ailleurs que l’imaginaire et le symbolique. Puis le schéma L pour montrer la relation du moi au « petit autre », relation du pareil au même entièrement faite d’illusions. Le sujet est alors déplacé du conscient à l’inconscient. C’est là la révolution qu’apporte la psychanalyse.

En 1951, c’est « le nom du père », expression qui montre que le père est une fonction symbolique, au-delà de la personne, c’est-à-dire un mot.

En 1960, il introduit le graphe du désir et l’objet petit a, qu’il considère comme sa meilleure invention. L’objet petit a est la cause du désir et le support des fantasmes pour le pire comme pour le meilleur.

En 1962, les noms du père sont pluralisés puisque aucun signifiant unique ne saurait assumer cette fonction, le signifiant différant continuellement de lui-même. Ce qui deviendra en 1974 « les non dupes errent », séminaire XXI. Les non-dupes sont ceux qui croient à quelque invariant objectif et c’est pourquoi ils errent.

En 1964, ce sont « Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse » (séminaire XI). L’inconscient y est défini comme pulsation temporelle.

En 1966, Lacan affirme qu’« il n’y a pas de rapport sexuel ». Séminaire XIII. C’est « La logique du fantasme ». C’est aussi l’année de la « poubellication » c’est-à-dire la publication des « Écrits ». C’est à la parution de ce livre fondamental que Lacan connut la consécration.

En 1967, séminaire XV : « L’acte psychanalytique ». C’est le savoir qui ne sait pas qu’il sait.

En 1968, séminaire XVI : « D’un Autre à l’autre ». L’Autre n’existe pas.

En 1969, séminaire XVII : « L’envers de la psychanalyse ». Ce sont les quatre discours. Trois discours comme les trois mousquetaires, plus un discours, le discours du psychanalyste, qui prend le rôle de d’Artagnan.

En 1970, séminaire XVIII : « D’un discours qui ne serait pas du semblant ». Le discours inconscient et le seul discours qui ne fait pas semblant puisqu’il brise tous les autres discours.

En 1971-72, séminaire XIX : « … Ou pire (c’est le savoir du psychanalyste) ». Le choix fondamental n’est pas entre Bien et Mal mais entre le sens et le danger, entre le père et le pire.

C’est le 9 février 1972 que Lacan introduit le nœud borroméen en psychanalyse qui condense avec l’objet a tout son enseignement.

1973, séminaire XX : « Encore », où l’on trouve p. 122 le fameux nœud du fantasme : « La femme n’existe pas », « La femme n’est pas toute », « Pour les femmes il n’existe pas de limite à la jouissance ».

1974, séminaire XXI : « Les non-dupes errent ».

1975, séminaire XXII : « RSI », le réel, l’imaginaire et le symbolique.

1976, séminaire XXIII : « Le sinthome », ancienne écriture du symptôme qui résonne comme Saint homme. Nos symptômes doivent être respectueusement saluer comme Saints-Hommes.

1977, séminaire XXIV : « L’insu que sait de l’une bévue s’aile a mourre ». La mourre est un des plus anciens jeux de hasard. C’est la réhabilitation du hasard. « Jamais un coup de dé n’abolira le hasard ».

1978, séminaire XXV : « Le moment de conclure » et 1979, dernier séminaire : « La topologie et le temps ». La topologie du temps. C’est à partir de cette période que Lacan devint de plus en plus silencieux.

Mais, concernant Oreste, ce qui doit le plus nous intéresser ce sera la dissolution inattendue de son école.

C’est le 21 juin 1964 que Lacan fonda son école de psychanalyse. « L’École française de psychanalyse ». Elle eut immédiatement un immense succès. « Jamais aucune société freudienne ne connut une telle expansion », témoigne l’historienne E. Roudinesco.

Mais, là, il nous faut raconter une mise en scène qui est loin d’être sans importance : Pour mettre en évidence que c’est bien la parole qui devance tout, la voix de Lacan avait été enregistrée sur un magnétophone. Et c’est d’abord « une voix » qui annonça dans la salle la fondation de l’École, juste avant que le fondateur ne fasse son entrée en personne.

Voici ce qu’entendirent les personnes présentes — je vous cite donc les mots de cette parole fondatrice :

« Je fonde — aussi seul que je l’ai toujours été dans ma relation à la cause psychanalytique — l’École française de psychanalyse, dont j’assurerai, pour les quatre ans à venir, dont rien dans le présent ne m’interdit de répondre, personnellement la direction. Ce titre, dans mon intention, représente l’organisme où doit s’accomplir un
travail — qui dans le champ que Freud a ouvert, restaure le choc tranchant de sa vérité — qui ramène la praxis originale qu’il a instituée sous le nom de psychanalyse dans le devoir qui lui revient en notre monde — qui, par une pratique assidue, y dénonce les déviations et les compromissions qui amortissent son progrès en dégradant son emploi. Cet objectif de travail est indissoluble d’une formation à dispenser dans ce mouvement de reconquête. C’est dire qu’y sont habilités de plein droit ceux que moi-même j’ai formés, qu’y sont conviés tous ceux qui peuvent contribuer à mettre de cette formation le bien-fondé à l’épreuve ».

Et c’est au moment où la voix du magnétophone se tut, que Lacan fit son entrée incarnant alors la parole que les personnes présentes venaient d’entendre, plus étonnées les unes que les autres : « je fonde — aussi seul que je l’ai toujours été dans ma relation à la cause psychanalytique — l’École française de psychanalyse ».

Vingt six ans plus tard, à la stupéfaction de tous, le 5 janvier 1980, juste un an avant sa mort, Lacan annonce la dissolution de cette même école.

« Mieux vaut qu’elle passe avant que d’aller droit dans la caste », fait-il entendre. « Je suis dans le travail de l’inconscient. Et ce qu’il me démontre c’est qu’il n’y a pas de vérité, à répondre du malaise, que particulière à chacun, de ceux que j’appelle parlêtre ». « L’Autre manque, ça me fait drôle, à moi aussi »…

Que donne à penser cette dissolution ? Que faisons-nous de cette dissolution ? Comment devons-nous l’interpréter ? Comment pouvons-nous l’interpréter ?

« Je suis dans le travail de l’inconscient », nous a dit Lacan. La dissolution de l’École française de Psychanalyse c’est le meurtre de la mère dont la mythologie — comme le travail de l’inconscient — a noué par la tragédie d’Oreste la structure de libération dont Athéna et Apollon se sont portés garants.

Si Lacan n’avait pas dissout son École elle se serait sclérosée et aurait perdu la moelle vivifiante de son enseignement.

Cette dissolution a donné lieu à une prolifération de sociétés lacaniennes qui ne rivalisent les unes les autres que pour mieux défendre la parole de l’inconscient. Bien qu’elles se fondent sur les mêmes concepts et les mêmes valeurs, elles ne les hiérarchisent pas de la même manière. C’est ce qui les différencie et assure leur expansion.

Le meurtre de la mère ne signifie donc pas le meurtre de la mère mais signifie l’indépendance conquise à l’égard des mots et des lettres.

Jusqu’au bout Lacan aura été selon sa formule « dans le travail de l’inconscient ».

Mais nous n’avons pas à fonder et à dissoudre des écoles pour se débarrasser de notre mère. Puisque « la mère » c’est le signifiant libéré de toutes significations, « le meurtre de la mère » s’opère aussi par des néologismes, plus cyniques les uns que les autres, comme Lacan nous en donne la preuve dans toute son œuvre.

Ainsi Lacan tue la « mère signification » quand il traduit Unbewusstte par « une bévue », quand il appelle le symptôme « le sinthome », quand il nomme la cause l’acause « avec l’apostrophe et l’a aplati » ; l’amourir, pour faire l’amour « nous demandons à faire l’amour, si vous voulez, à faire l’amourir, c’est à mourir, c’est à mourir de rire » ; Le nœud borroméen est, dit-il, un appensée « appensée, au masculin comme un musée, un lycée » ; « l’autrucher » : « si je dis je t’autrifie ou je t’autruche » ; « C’est l’autrucherie même qui en est l’artisan ». « La déconnaissance » : La connaissance c’est la déconnaissance : « nous avons ici à mettre en relief la fonction de déconnaissance… de rappeler qu’il déconnait ». « Le dire-vent » : « le dire-vent analytique » ; « L’hystorique », pour l’historique, « l’hystorisation » pour l’historisme. « Lalangue », en un seul mot : « Il y a une personne, la mère, qui est exactement la même chose que lalangue ». « Lituraterre » : « faire de la rature latine et la quasi-anagramme de littérature » ; « miraginaire », « telle est la thématique paternelle » ou « le caractère miraginaire de l’espace » (c’est-à-dire d’Ouranos), la « mythogénie » ; « l’Œdipisme », « la signification sociale de l’Œdipisme » ; « La père-version », « c’est l’imagination d’être le rédempteur » ; « plaisirer », « il s’agit de plaisirer » ; « la psychiatrerie », « la psycholophie », la « folisophie », « la désupposition », « les Undeuxeuropéens » (ils ne savent pas compter jusqu’à trois) ; « Le troumatisme » pour traumatisme. « La trivision » borroméenne, bien sûr…

Lacan a « dit sept cent quatre-vingt neuf » néologismes, ont pu répertorier un groupe éminent de psychanalystes. Voilà la révolution. C’est-à-dire 789 meurtres de mères, ainsi va la révolution dans le meurtre perpétuel de la mère.

Qu’est-ce qu’une mère ? Une mère est une femme qui a mis un enfant au monde. Qu’est-ce qu’un enfant ? Un enfant est un infans ce qui signifie strictement celui « qui ne parle pas ». L’enfant n’a pas la parole. Dès qu’il parle, c’est-à-dire dès qu’il parle de manière autonome et non pas en répétant ce qu’on lui a apprit, la mère est morte. D’où la haine et l’insatisfaction maternelle que l’on peut voir dans la mythologie avec le modèle de toutes les mères, la mère originelle Gaïa qui sort directement de l’abîme.

Comme nous le disent les physiciens modernes : « la matière sort du vide ». Gaîa, sans l’aide de personne engendra d’abord un être capable de la couvrir toute entière, c’est Ouranos, le ciel, l’espace, le « miraginaire de l’espace ». Donc, le premier couple est un couple incestueux mère-fils. Mais bientôt Gaîa en a marre de ce fils, elle le fait castrer par un autre de ses enfants, Chronos, qui prend le pouvoir. Vous croyez la mère satisfaite ? Pas du tout. Elle va élever son petit fils, Zeus, hors d’atteinte de Chronos qui mangeait ses enfants. Zeus détrônera Chronos après une longue guerre comme appelle la Titanomachie. Dans cette guerre Gaïa se placera du côté de son petit fils. Zeus vaincra Chronos et prendra le pouvoir. Vous croyez que la mère Gaïa va être satisfaite avec la victoire de son petit fils ? Pas du tout elle va déclencher aussitôt une nouvelle guerre contre Zeus appelée la « Gigantomachie ». Zeus arrivera à vaincre tous les géants que la Terre lui envoie. Du coup Gaïa lui déchaîne un des monstres dont elle a donné naissance en secret en s’accouplant avec le Tartare : Typhon. Qui est ce Typhon envoyé par Gaïa ? « Typhon est un monstre plus grand que toute les montagnes et dont la tête se heurte aux étoiles ». On raconte que lorsqu’il étend les bras, l’un de ses mains touche l’Orient et l’autre l’Occident. Les doigts de ses mains se terminent par cent têtes de dragons. À partir de la ceinture il est couvert de vipères. Il a des ailes immenses et ses yeux sont les ancêtres des lance-flammes. Il est l’agrégat fantasmatique de toutes les violences de toutes les phases de la nature. Il réussira à immobiliser Zeus et à l’énerver, au sens propre, c’est-à-dire à lui retirer tous ses nerfs. Hermès qui grâce à son invisibilité put retrouver les nerfs de Zeus caché dans une grotte gardée par un dragon, réussit à les replacer dans le corps du maître de l’Olympe. Et le combat reprit. Finalement Zeus envoya sur la tête de Typhon le mont Etna, ce qui réussit à l’immobiliser à jamais. On raconte que les flammes qui sortent encore du volcan sont celles que vomit toujours Typhon, l’horrible fils que la Terre Gaïa envoya contre son petit fils.

Zeus croit avoir triomphé de tout. Il a pour épouse Métis qui est enceinte. Il pense que désormais la guerre entre les fils et les pères est éteinte. Erreur un oracle de Gaïa, la mère originelle, annonce encore que si Zeus à un enfant de Métis, cet enfant s’opposera à lui. Zeus sera finalement obligé de manger Métis pour mettre fin à la prophétie…

Voilà ce que sont les harcèlements d’une mère. Il serait bon que vous commenciez à vous souvenir de ce que vous avez vécu…

Un mot de génétique. L’ADN mitochondrial que seule les femmes transmettent, n’est pas une spirale mais un cercle, un rond, un nœud trivial en quelque sorte. D’où notre intérêt pour la topologie du temps… le dernier séminaire de Lacan où il commence à parler de moins en moins. Dans la mesure même où le langage est notre mère « la tuer », c’est-à-dire se rendre indépendant au regard des mots et des lettres ne serait-ce pas, en fin de compte, s’arrêter de parler ? Freud et Lacan, à la fin de leur vie, devinrent aphasiques. Certes on peut interpréter les faits à partir du corps et de ses maladies ou à partir de l’esprit (de famille, des débiles, des supposés savoir et des circonstances sociales) mais on peut aussi interpréter les choses à partir de l’inconscient pour quelqu’un qui dit : « je suis dans le travail de l’inconscient ». Si Lacan à la fin de sa vie se montre aussi mutique que les grands Maîtres Zen cela ne manque pas de cohérence. On dit que « les gens l’entendait parler dans son silence ». On raconte que lors de ses dernière séances Lacan ne disait pas un mot et se contentait de montrer des nœuds dessinés ou avec ses ficelles :

« À la veille de sa mort, nous rapporte Élisabeth Roudinesco, le fondateur muet avec rejoint les signifiants fondamentaux de son histoire et de sa doctrine sans donner de réponses à ceux qui l’interrogeaient. Tel un sphinx il s’ajournait dans les montagnes de la planète Borromée, sortant parfois de son silence pour énoncer la vérité sous formes d’énigmes » (p. 524).

P.-S.

Prochaine et dernière conférence : le jeudi 28 juin 2007.

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