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Psychanalyse, Psychologie & Psychiatrie

De Anna O. à Bertha Pappenheim

Les professions de soin : de la réparation à la sublimation

Date de mise en ligne : samedi 18 janvier 2003

Auteur : Chantal BERNARD

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Introduction - L’Hystérie, expression de la révolte des femmes

Durant la deuxième moitié du 19ème siècle, le mal-être masculin s’exprime et se trahit par une peur exacerbée de la femme. Toute celle qui montre un autre visage que celui de mère, ne peut être qu’une Eve tentatrice, à la sexualité dévoratrice. Elle est immédiatement associée à la figure de " la vérole ", ce mal dévastateur, qui envahit la rue, le roman et l’iconographie.

Cette maladie ne découle-t-elle pas en droite ligne du mal originel, de La Faute, source de malédiction de la Genèse, ce premier mal terrestre connu ? La syphilis est transmise par les femmes, immorales pécheresses, dont l’homme est la victime. Au plaisir des sens est associé la notion de sacrilège. Et " l’homme abandonne à la femme la mise en scène d’une douleur dont il s’efforce en lui-même d’occulter les signe " [1].

Le Mal des femmes, ou la fonction sociale de l’hystérie

Des symptômes spécifiques d’une souffrance féminine apparaissent effectivement. Des " maladies de femmes ", qui dévorent le temps des médecins de la bourgeoisie. On a ainsi pu retrouver dans les livres de comptes de nombreuses familles bourgeoises, les traces d’un " abonnement " réglé au médecin de famille, pour leurs déplacements réguliers [2]. Parmi ces maladies de femmes, la chlorose, ou " folie pubertaire ", s’en prend aux nerfs.

Une des explications donnée en 1860 serait qu’il s’agit d’« un dysfonctionnement du cycle menstruel et de la manifestation involontaire du désir qui s’éveille ». Le traitement consiste donc à prescrire une stricte hygiène morale, à interdire tout ce qui favorise la passion... et à marier la fille au plus vite. La figure de la femme hystérique s’impose. Mais ce qu’on qualifie alors facilement d’hystérie, n’était-ce pas alors simplement, l’expression de la révolte des femmes ?

Cela pourrait expliquer que de si nombreux cas d’hystérie collective soient alors recensés. Face à ces mouvements de masse, ne pourrait-on parler de conduites pathologiques (en tout cas socialement perçues comme telles), plutôt que de maladie ?

Ainsi, de 1857 à 1873, toutes les femmes de Morzine se déchaînent. Elles sont dit-on trop " contenues " par le clergé qui interdit toute activité festive. Au printemps 1857, deux jeunes filles préparant leur communion inaugurent les troubles. Elles hurlent, se contorsionnent, blasphèment et injurient les adultes. Personne ne parvient à les calmer.

Puis le mal gagne et s’étend à des scènes de délire collectif : des filles injurient leur père et n’acceptent plus d’obéir à des ordres qu’elles n’entendent plus. Des épouses se mettent à battre leur mari, refusent d’accomplir les travaux domestiques, boivent des liqueurs réservées aux hommes, jouent aux cartes.

En 1848, une épidémie identique se déclenche dans un atelier parisien où travaillent 400 ouvrières. En 1860, ce sont les élèves de l’Ecole Normale de Strasbourg qui sont atteintes par ce mal, puis en 1861, des communiantes de la paroisse de Montmartre et, en 1880, les pensionnaires d’une école de Bordeaux. En 1883 les ouvrières d’une usine atelier internat où des jeunes filles travaillent la soie sont atteintes du même mal [3].

Toutes ces femmes expriment, avec force démonstrations, leur refus de continuer à se soumettre en silence, aux exigences de leurs père et de leurs mari.

Perception médicale de l’hystérie au 19ème siècle

C’est dans ce contexte, qu’entre 1863 et 1893 les femmes viennent exhiber leur malaise dans le théâtre de CHARCOT, à la Salpétrière.

Elles montrent enfin de façon éclatante leur rapport défectueux au désir. Se mettant en scène, elles offrent aux regards des hommes attentifs, une image pathologique de la séduction féminine, extase et attitudes passionnelles. Ce qui ne peut être entendu, exprimé par une parole socialement inacceptable, s’inscrit alors pathologiquement sur le corps.

Un public masculin d’écrivains, d’artistes, de photographes, d’hommes politiques se presse fasciné, pour " voir " ce qu’elles ont " à dire ". Mais pourront-ils enfin entendre ce message trop longtemps contenu, qui leur est maintenant adressé avec force démonstrations ?

Les grandes représentations hystériques, ne furent-elles pas à cette époque, la mise en scène d’un malaise social, une tentative de communication avec les représentants de l’autre sexe, une entreprise pour sortir d’une situation bloquée ?

Mais il y a encore à cette époque des femmes " exemplaires ", respectueuses, discrètes, qui savent rester à leur place.

En 1898, Melle BOTTARD, est surveillante dans le service de CHARCOT. Elle sera alors décorée de la Légion d’Honneur, car cette " sainte laïque ", en quarante-huit ans de service, auprès du grand homme, n’a pas pris un seul jour de congé ! [4]. Elle est :

" l’abnégation faite femme, l’ange du dévouement, la démonstration vivante de cette vérité que la charité est œuvre de femme et non œuvre de robe " consacrant aux malades " toute sa vie, restant parfois trois années consécutives sans franchir les portes de l’hospice, s’oubliant toute entière pour ne songer qu’à son devoir d’affectueux dévouement " [5].

Une femme " modèle ", une infirmière, que l’Assistance Publique peut citer en exemple à toutes ces femmes malades qui viennent se faire soigner par elle à la Salpétrière. Ne leur dit-elle pas, en quelque sorte : voyez ce qu’il convient d’être et de faire pour obtenir Honneur, Respect et Reconnaissance, oubliez la femme sexuée, oubliez vos désirs, consacrez-vous aux autres.

Mais qu’entendent alors les médecins par hystérie ? Dans le Dictionnaire Encyclopédique des Sciences Médicales, 4ème série, T.15, paru en 1889, le Dr. GRASSET cite " la grande attaque complète et régulière, ou attaque de la Salpétrière " [6]. Il distingue alors, l’hystérie vulgaire, banale, qui peut toucher le commun des mortels, et la maladie, l’hystéro épilepsie, la grande attaque, celle qui fascine les médecins, et que semblent se transmettre les malades de CHARCOT. Dans son article, à la page 331, il souligne cependant, " que la plupart des traits de caractère des hystériques ne sont que l’exagération du caractère de la femme " et, écrit-il, " peut-on imaginer quelqu’un de plus malheureux que le mari d’une hystérique ? "

Dans l’auditoire de CHARCOT, un auditeur attentif, Sigmund FREUD, viendra observer l’expression de ces névroses " psycho-sexuelles ". Il constate que CHARCOT ne donne pas la parole à ses malades. Et ce que FREUD a " entendu " à la Salpétrière, ce n’est pas le discours du maître, mais ce qu’il pourrait bien en être d’un discours de l’hystérique, à qui il se propose d’offrir une scène, de parole.

Plus tard, quand l’intérêt des médecins pour les grandes crises diminue, les cas deviennent plus rares et se banalisent, jusqu’à devenir la plupart du temps considérées comme une banale " crise de nerf ".

I - J. BREUER, médecin de Bertha PAPPENHEIM

Un ami de FREUD, Joseph BREUER, médecin généraliste âgé de 38 ans, déjà très en vogue à Vienne, en 1880, sera appelé dans une famille juive, aisée, respectable et " tolérée ", par Mme PAPPENHEIM. Celle-ci lui demande de soigner " les terribles quintes de toux " de sa fille, Bertha.

Elle explique au médecin, tout en l’accompagnant au chevet de la jeune fille " qu’elle a été très affectée au sujet de son père " qui repose dans la chambre voisine, atteint de tuberculose. Depuis cinq mois Bertha tient à assurer le rôle d’infirmière, et veille son père toutes les nuits.

Bertha a 20 ans. Elle est la troisième d’une fratrie de quatre enfants :
- Henrietta, l’aînée, née en 1849 et décédée en 1867 de la tuberculose ;
- Flora née en 1853 et décédée en 1855 ;
- Bertha née en 1859 ;
- Wilhem, né en 1861.

Elle se présente d’emblée à Breuer comme une jeune fille très séduisante :

" Elle est remarquablement cultivée, intelligente, ingénieuse et intuitive et aurait pu et dû assimiler une riche nourriture intellectuelle qu’on ne lui donna pas au sortir de l’école " [7].

En plus de sa langue natale, l’Allemand, elle connaît le Français, l’Anglais, l’Italien et le Yiddish. Elle a une activité mentale débordante (rêveries quasi permanentes), compensant l’existence des plus monotone qu’elle mène dans cette famille puritaine.

La toux n’est que l’un des symptômes d’une maladie que BREUER va tenter d’appréhender.

Bertha a tout d’abord présenté des troubles de l’élocution, s’arrêtant de parler au milieu d’une phrase comme " absente " cependant que l’expression de son regard se modifiait. Cette première phase de la maladie fut lente, et coïncide avec le début de la maladie du père.

Puis, lors d’une deuxième phase de la maladie, que BREUER appellera la " période de psychose manifeste ", et qu’il date du 10 décembre 1880 à avril 1881, il assiste à une aggravation des symptômes.

Il décrit une paraphasie, un strabisme convergent, des troubles graves de la vue, une contracture parésique totale dans le membre supérieur droit et les deux membres inférieurs, et partielle dans le membre supérieur gauche, une parésie des muscles du cou.

Bertha ne peut plus quitter son lit : elle est quasiment paralysée.

Par période, elle est en proie à des hallucinations, à des manifestations de colère et d’agressivité et elle ne reconnaît plus personne.

À d’autres périodes, elle reconnaît son entourage, a un comportement adapté, mais elle est triste et anxieuse.

La mort du père le 5 avril 1881 inaugure la troisième phase de la maladie et une aggravation de son état : après une période d’agitation intense, Bertha reste deux jours dans un état de prostration profonde dont elle sortira très changée.

BREUER est la seule personne qu’elle reconnaisse toujours. Reconnaître les autres lui demande de se livrer à un épuisant travail qu’elle nomme " recognising work ".

Elle ne s’exprime plus qu’en anglais mais lit sans difficulté des livres français et italiens. Par contre, elle ne comprend absolument plus sa langue maternelle et refuse toute nourriture.

En juin 1881, l’affect d’angoisse domine le trouble psychique et " d’intenses compulsions au suicide apparurent " [8]. En décembre, elle va pouvoir de nouveau parler à BREUER. Mais ce n’est qu’à partir de 1888, après huit années de souffrance, qu’elle ira vraiment mieux.

- Après avoir longtemps veillé son père la nuit, Bertha reste insomniaque.
- Il souffre des poumons, elle a des quintes de toux.
- Il est immobile, elle sera paralysée.

L’identification devient totale, elle a incorporé son père en elle. Elle est partagée en deux, dissociée.

Quand son père meurt, la toux de Bertha cesse.

II - Bertha PAPPENHEIM, pionnière de la psychanalyse, pionnière du travail social

Un médecin venait ponctionner les poumons de son père, pour le soulager. Avec BREUER, Bertha va se soulager, en se " vidant " par la parole. Elle lui a clairement demandé " de la laisser parler librement et sans l’interrompre, de tout ce qui se présentait à son esprit " [9]. Elle lui parle en anglais, dans ce qu’elle a nommé la " talking cure ", mais lorsqu’elle change de personne, elle change de langue.

Ne peut-on considérer que la " talking cure " de Bertha a valeur de transgression, par la rupture avec sa langue natale, par son refus de plier sans rien dire, de se soumettre, comme l’a fait sa mère, comme devrait le faire toute jeune femme juive de bonne famille ? Par ailleurs, le choix de l’anglais n’est pas anodin, puisque cette langue représente à l’époque le courant anglo-saxon féministe. Etre femme, allemande et juive en cette fin de 19ème siècle ne laisse pas beaucoup de place pour vivre, et s’identifier à des féministes ne manque ni de courage ni de détermination.

L’expérience de ce douloureux accompagnement dans la maladie de Bertha se révèle extrêmement enrichissant pour BREUER, qui va revivre avec elle la blessure due à la mort d’une autre Bertha, Bertha SEMLER-BREUER, sa propre mère décédée lors de la naissance de son frère Adolph, lui-même décédé de la tuberculose en 1874.

Tout un pan de son histoire se trouve réanimé. Qui soigne qui dans cette relation duelle ? Qui fait le travail, le " work " comme l’a nommé Bertha ?

Travail de rêve, travail de deuil, travail de la femme qui accouche ...

Bertha a permis à BREUER de renouer sa relation avec sa propre mère. Elle lui fait éprouver ce qu’elle-même a vécu, en place de soignante au chevet de son père. Elle le confronte à l’inversion imaginaire des places [10].

En localisant dans son corps le lieu de passage de la parole, le larynx encrassé qu’elle nomme le " chimney sweeping " (le ramonage de la cheminée), ses " aveux " faits à BREUER ont un effet " nettoyeur " sur le noir de la suie, le noir des deuils des sœurs, du père dont " la toux ramonait les conduits auditifs de Bertha ".

Le travail de mise en mot est un premier travail d’élaboration en ce sens qu’il permet la transformation d’affects en phonèmes. Le mot communique à la fois l’affect et la représentation.

Bertha aurait-elle trop aimé son père pour en être tombée malade ? Mais cet amour pour le père ne la protégeait-il pas d’une relation trop vive, trop dense, trop dangereuse ou trop problématique avec sa mère ? N’avait-il pas une fonction de préservation ? Soigner son père, c’était peut-être se reposer d’une relation trop accaparante avec la mère ?

Durant la phase de la maladie ou Bertha ne s’exprime plus qu’en anglais, cette rupture avec la langue maternelle ne peut-elle être entendue comme une cassure symbolique d’avec la mère ? À cette même période d’ailleurs, elle refuse de se nourrir.

De la parole, Bertha ira vers l’action, en mettant en place les fondations de son futur travail social. Elle va passer successivement de la position de soignante auprès de son père, à celle de soignée, puis va suivre des cours pour devenir aide-soignante, infirmière, assistante sociale.

S’occuper des autres à cette époque, c’est surtout soigner des patients atteints de tuberculose, maladie qu’on appelle alors " la maladie de Vienne ", et dont sont mort sa sœur et son père.

Une nouvelle question peut être soulevée : " ne serait-ce pas la figure du père qui hante la relation d’aide ? […] Le champ social réactive le personnage paternel dans les jalons qu’il institue " [11].

Bertha va s’orienter vers l’assistance aux enfants, s’attachant à donner aux fillettes une éducation différente de celle qu’elle avait reçue. Lorsqu’elle devint directrice d’orphelinat, les enfants déformaient son nom de PAPENHEIM en PAPAHOME [12]. N’est-ce pas ce qu’elle souhaitait représenter pour eux, une mère et un père, en un tout. Ne se mettait-elle pas ainsi, à l’image de Dieu, en position de toute puissance ?

Après le décès de sa mère, elle va s’occuper des mères abandonnées, de l’assistance et de l’émancipation des femmes, devenant une " mère symbolique ". D’ailleurs, elle appelle les assistantes sociales qu’elle forme, " mes filles ". Son besoin de réparer est tel, que même lorsque les nazis prendront le pouvoir et qu’elle sera physiquement en danger, elle ne parviendra pas à quitter ses institutions pour émigrer.

En 1888, Bertha PAPPENHEIM se met à écrire des nouvelles qu’elle publie à compte d’auteur, sous le pseudonyme de Paul BERTHOLD jusqu’en 1904. Elle travaille alors à l’orphelinat, où elle est elle-même comme une fille abandonnée par son père. Elle écrit pour les enfants, dans un " travail de réparation, visant à l’intérieur de Bertha, la restauration d’une communication des objets disparus avec le sujet survivant " [13].

N’est-ce pas le père incorporé, qui s’exprime au travers de Paul BERTHOLD ? Peut-être ces écrits sont-ils dans le fantasme de Bertha, signés par son propre père ? Elle n’a pas pu l’accompagner au moment de sa mort, et souffre d’une séparation qu’on lui a volée.

" C’est elle la survivante, qui souffre pour deux d’une séparation qui ne se fera jamais plus, sauf à garder le mort vivant en elle, à tout moment disponible " [14].

Elle exprime également peut-être, en signant d’un prénom masculin, sa rancune d’être née fille, dans une société ne reconnaissant pas les femmes.

En 1936, Bertha PAPENHEIM décède.

III - Le regard de FREUD sur " le cas d’Anna O. "

J. BREUER insistait beaucoup sur l’extrême richesse de la personnalité de Bertha, sur ses grandes capacités, sa persévérance, son opiniâtreté et sur les obstacles auxquels a été confrontée son immense ambition.

Il précise, qu’ « elle ne se laisse détourner de son but que par égard pour autrui ». Il affirme qu’elle aime passionnément son père et repère que l’élément sexuel est chez elle " étonnamment peu marqué ". Elle n’a d’ailleurs jamais eu de relations amoureuses, et, jamais cet élément de sa vie psychique ne se manifeste dans ses multiples hallucinations [15].

BREUER qualifie le symptôme pour lequel il va être appelé au chevet de Bertha, de " toux nerveuse typique ". Or lorsque Bertha va évoquer ses souvenirs, BREUER note qu’ « une querelle dans laquelle elle fut obligée de ne pas répondre provoqua un spasme de la glotte, lequel se répéta à chaque occasion analogue » [16].

Il énonce : " j’étais autorisé à penser que tout scrupule de conscience provoquait chez cette jeune fille un spasme de la glotte " [17].

Cette toux avait fait son apparition, le jour où elle avait entendu, venant d’une maison voisine, les sons d’une musique de danse alors qu’elle veillait son père, et " qu’un désir d’être là-bas éveilla en elle des remords " [18].

Pendant sa maladie, toute musique de danse bien rythmée la fait tousser, provoquant « un spasme de la glotte ».

Plus tard, il constate chez elle " deux états alternants, tout à fait distincts ", l’un où elle est triste, anxieuse, mais normale, et l’autre où elle est en proie à des hallucinations (cheveux, lacets lui semblent être des serpents noirs) et se montre agressive. Bertha dit qu’elle a " deux moi " l’un étant le vrai, l’autre, celui qui la tourmente et la pousse à mal agir. Elle se plaint alors de devenir folle.

BREUER suggère qu’une rêverie diurne habituelle, comme celle que décrivait Bertha en parlant de son " théâtre privé ", pouvait favoriser l’établissement d’une dissociation de la personnalité. Ses rêveries avaient semble-t-il préparé le terrain sur lequel s’établit l’affect d’angoisse et d’attente anxieuse, " une fois que cet affect eût mué la rêvasserie habituelle en absence hallucinatoire " [19].

Pendant la première partie de la maladie de Bertha, elle réussit à lutter. Les contractures ne se produisaient que pendant ses " absences " et non lorsqu’elle canalisait toute son énergie dans les soins portés à son père. Cependant chaque affect pénible faisait resurgir les troubles, et au bout d’un moment, l’épuisement lié à l’angoisse perpétuelle l’emporta. Les phénomènes hystériques devinrent des symptômes permanents.

FREUD avait trouvé " étrange " la résistance de BREUER à se souvenir et à parler du cas d’Anna O. Ernest JONES, le biographe de FREUD résume " les circonstances particulières " de la fin de ce traitement, qualifiant la réaction de Breuer de " contre transfert marqué " :

BREUER était entièrement absorbé par sa relation avec Anna O. Elle occupait en permanence son esprit, il en parlait sans arrêt au point de rendre son épouse triste et jalouse. Il était si préoccupé par ses pensées, qu’il ne put s’en apercevoir. Lorsqu’enfin, au bout d’un temps très long, il en prit conscience, il eut une réaction violente, imputable " à un mélange d’amour et de remords " [20].

Il prit alors la décision brutale de mettre un terme au traitement d’Anna O. (qui allait beaucoup mieux) et le lui annonçât.

Le soir même, il fut appelé au chevet de sa malade et la trouva " plus mal que jamais ". Cette femme qu’il avait toujours considérée comme asexuée était " en proie aux douleurs d’un accouchement hystérique, fin logique d’une grossesse imaginaire passée inaperçue et qui s’était produite en réponse aux soins donnés par BREUER ". Bouleversé, il " la calma en l’hypnotisant, puis, pris de sueurs froides, s’enfuit de cette maison " [21]. BREUER refusant d’admettre la portée des sentiments manifestés par sa patiente, n’a pu concevoir d’autre issue, que de prendre la fuite.

L’accouchement d’Anna O. était le symbole de la mise au monde " d’un enfant imaginaire dont le père n’aurait été autre que son propre médecin ". Dès le lendemain, BREUER " partit pour Venise avec son épouse, qui elle-même accoucha, neuf mois plus tard, d’une fille " [22]. Il était alors quasi simultanément, en position de père imaginaire et de père réel et symbolique. Apparemment, il ne parvenait pas à dissocier et à assumer ces deux places.

BREUER ne parvenait pas à vaincre sa propre résistance, à accepter l’origine sexuelle des troubles hystériques, et encore moins à accepter l’idée d’un fondement érotique du transfert comme le proposait FREUD. Celui-ci définissait alors le transfert comme :

" une relation affective spéciale du patient au médecin, qui s’établit régulièrement au cours du traitement analytique et dépasse largement le niveau rationnel ; cette relation peut aller de l’abandon le plus tendre à l’hostilité la plus tenace et emprunter toutes ses particularités aux attitudes amoureuses antérieures du patient, devenues inconscientes " [23].

Dans cette relation, les courants affectifs inconscients qui s’établissent du médecin au patient constituent le contre-transfert.

Après la première expérience d’écoute de la parole instituée par Anna O., première femme de la psychanalyse, une seconde femme, Elisabeth von R., patiente de FREUD lui demande le 1er mai 1889 :

" ne bougez pas. Ne dites rien ! Ne me touchez pas ! " [24], et marque le début de l’abandon de l’intervention dans la cure, et la naissance de la méthode psychanalytique et de ses règles.

Puis, FREUD découvre l’importance de la résistance, qui envoie à la conscience une " formation substitutive ", le refoulé camouflé, le symptôme. C’est la mise en forme de la " théorie de la répression ". Il constate que les éléments qui provoquent ces réactions sont des impressions à caractère sexuel.

" Vérité sexuelle et vérité inconsciente sont coextensives. Il n’y a d’inconscient qu’articulé au sexe et il n’y a réciproquement, de sexualité humaine qu’articulée avec l’inconscient " [25].

Ces idées sont inconcevables à l’époque, inacceptables pour BREUER, et provoquent la rupture entre les deux hommes.

" Chez BREUER, le rejet n’est pas commandé par une attitude théorique, mais par une répugnance morale et religieuse " [26]. BREUER est le fils d’un rabbin et contrairement à FREUD, il est resté très attaché aux valeurs religieuses de la tradition juive.

Ce qui liait les deux hommes, c’était qu’ils avaient fait leurs études de médecine avec le même " maître ", BRÜCKE. BREUER, plus âgé que FREUD, l’avait aidé financièrement afin qu’il puisse poursuivre ces études [27]. FREUD avait donc contracté une dette envers BREUER.

Ce fut pour Freud l’occasion d’en finir et d’ouvrir une nouvelle page de la psychanalyse, en même temps que le renforcement d’une nouvelle amitié avec Wilhelm FLIESS [28].

N’y aurait-il pas quelque chose de l’ordre d’une transmission dans le fait que FREUD ait nommée sa dernière fille (née sous le signe du renoncement à la sexualité [29]), Anna ? Elle deviendra psychanalyste et, comme Anna O., soignera son père, jusqu’à sa mort. Ne peut-on y voir là, le règlement de la dette de FREUD envers son ami BREUER ? Cette enfant qui s’inscrivait à une place qui lui préexistait dans l’histoire de ses parents était porteuse d’un sens qui, bien que lui échappant, laissa en elle des traces profondes.

Anna O. a passé sa vie à courir après un fantasme d’amour universel. Face à la défaillance du " maître ", BREUER, elle a résolu la question en l’incarnant et en faisant mieux que lui, devenant une " Helfer der Menschenheit " aide de l’humanité, comme l’a nommée l’Office des Postes et Télécommunications allemand.

Conclusion - Les professions de soin : De la réparation à la sublimation

Qu’est-ce qui origine l’engagement des professionnelles du social, leur attitude réparatrice ? Est-ce que se questionner sur les autres ne pourrait pas souvent être un moyen d’éviter d’avoir à se questionner sur soi ? Est-ce que se retrancher derrière une identité professionnelle ne permettrait pas parfois, d’éviter de se confronter à son identité propre ?

Le travail du soignant consiste fréquemment à détendre ou à retisser des liens entre un individu en souffrance et sa famille. Les questions auxquelles il est confronté tournent presque toujours autour de l’attachement et de la séparation, dans des problématiques familiales conflictuelles présentant soit de trop forts attachements, soit d’intenses isolements.

L’infirmière est souvent mise par le patient en position de représenter " une entité familiale globale ou partielle " [30], maternelle, paternelle ou les deux à la fois. Le besoin d’aider, au travers d’un " faire " réparateur semble être une des premières composantes du choix professionnel et serait une façon de se rapprocher de sa propre histoire personnelle [31].

Statistiquement les A.S. sont issues de familles nombreuses où règne l’autorité. Elles ont eu auprès des plus jeunes enfants un rôle actif dans l’apprentissage ainsi qu’un rôle réparateur et consolateur. Elles sont une seconde mère, certes gratifiée, mais refoulent une certaine rancune, agressivité et tristesse inhérente à ce qu’elle n’ont pas bénéficié assez longtemps de l’amour exclusif des parents. Elles ont souvent développé une personnalité où la culpabilité se trouve facilement renforcée [32].

Elles passent du " faire " au sein d’une famille au " vouloir faire " dans le groupe social, dans un souci altruiste du prochain et de la bonne action. Mais elles restent " cramponnées " (en référence à l’unité duelle mère-enfant) à leurs protégés, dans une attitude hyper protectionniste, qui s’extériorise dans une hyperactivité altruiste. Elles tenteraient de réparer un manque archaïque, en perpétuant la relation défectueuse.

C’est souvent dans la prise en charge de son parent par l’enfant que s’inaugure le premier temps de la fonction d’assistance. L’amour qu’il aura obtenu dans le cadre de cette fonction en fera un comportement " fortement investi par lui et recherché pour le maintien de son équilibre personnel " [33], mettant de côté son besoin d’autonomie propre, au profit du besoin du parent.

Le deuil est un moment où de nombreux processus mentaux sont déclenchés ou ravivés.
Dans un premier temps, il y a intrication entre le sujet endeuillé et l’objet perdu.

" Le moi endeuillé garde captif l’objet perdu qui devient un hôte indispensable jusqu’à ce que puisse , enfin, se produire entre les deux une séparation que viendra ponctuer l’espace d’un souvenir " [34].

Ce processus de deuil est à la fois lent et indispensable. Il est aussi ce temps qui pointe le manque originel. Il renvoie au début de la vie, à l’attachement de l’enfant à sa mère et au dé-cramponnement originel, prototype de toute relation et donc de toute séparation ultérieure.

Toute séparation nous confronte à cette étape initiale constituée par la réparation de la mère en soi. L’attitude à soigner les autres plus que soi-même pourrait être un contournement du processus normal de deuil : au lieu de ressentir du chagrin, de se faire consoler par quelqu’un, l’endeuillé devient un consolateur pour d’autres individus.

Cette attitude compensatrice est indissociable d’une grande inquiétude relative au risque de séparation, renouvelant le traumatisme initial et ruinant le comportement réparateur destiné à l’exorciser [35]. La compulsion à soigner l’autre pourrait être d’abord une tentative immédiate pour se soigner soi-même sur le mode de la dénégation. S’il y a tant d’efforts fournis pour soigner l’autre, c’est peut-être qu’il y a un acteur survivant (sur le mode fantasmatique de l’incorporation), qui dynamise ce travail.

L’introjection est un processus symbolique portant sur les pulsions alors que l’incorporation est un fantasme portant sur l’objet lui-même. L’introjection, (possibilité d’une intériorisation de l’absence, observée dans le jeu du " fort-da ") qui vise à enrichir le moi, ayant échoué, c’est l’incorporation qui vient produire son " illusion ", réalisation hallucinatoire du désir. L’objet perdu ne peut être élaboré puisqu’il fait partie intégrante du sujet. L’opération symbolique ne peut avoir lieu et l’incorporation portant sur un désir et un interdit opposés de manière indépassable, conduit à la répétition.

Ainsi, nous dirons que Bertha PAPPENHEIM a incorporé son père, malade et mourant. C’est le dernier souvenir qu’elle en a, et elle n’aura de cesse que de le soigner.

" Alors que l’introjection est un processus par lequel le conflit entre le désir et l’interdit tend à se résoudre par la constitution d’un objet interne servant de pôle aux fantasmes du désir, l’incorporation au contraire porte sur un désir et un interdit opposés de manière indépassable et conduisant à la répétition (...)" et sera interdictrice de nouveaux désirs [36].

La problématique du deuil peut nous offrir un certain éclairage sur les mobiles pouvant parfois conduire des soignantes à adopter des conduites de réparation, sur un mode compulsif. Mais travailler dans le champ de la relation d’aide peut aussi être appréhendé comme une forme de sublimation.

On ne peut parler de sublimation, sans évoquer la notion de jugement de valeur. Ce n’est pas par hasard que le terme de sublimation est utilisé en référence au " sublime ". Dans les lettres adressées par FREUD à FLIESS en 1885, la sublimation exprime une double référence aux registres de l’éthique et de l’esthétique. Elle est conçue comme principe de purification des souvenirs dans l’élaboration des fantasmes, mais encore comme le " privilège " des " grands " hommes, capables seuls de conférer leurs lettres de noblesses aux ombres surgies du passé [37].

En 1923, dans Le Moi et le Ça, Freud décrit la sublimation comme l’œuvre du Moi soulageant le Ça de ses premiers investissements d’objets. La sublimation est le moyen de transformer et d’élever l’énergie des forces sexuelles en les convertissant en une force positive et créatrice. Mais à l’inverse, nous devons également la concevoir comme le moyen de tempérer et d’atténuer l’intensité excessive de ces forces [38].

Dans le cas d’Anna O, c’est l’amour excessif de Bertha pour son père qui est converti en force créatrice.

Dès le début de son œuvre, FREUD considère la sublimation comme l’une des défenses du Moi contre l’effraction violente du sexuel, expression positive la plus élaborée et socialisée de la pulsion. Vingt ans plus tard, il la considérera comme l’un des modes de défense opposés à la décharge directe et totale de la pulsion, tempérant les excès et les débordements de la vie pulsionnelle. Ainsi, dans Métapsychologie, il énonce avoir observé concernant le destin des pulsions sexuelles :
- le renversement dans le contraire,
- le retournement sur la personne propre, dans le fantasme,
- le refoulement et
- la sublimation [39].

La sublimation est donc l’un des quatre modes de défense employés par le Moi contre les excès de la pulsion dont la force est détournée de sa finalité première ( l’obtention d’une satisfaction sexuelle) pour se mettre au service d’une finalité sociale, artistique, intellectuelle ou morale [40]. Mais il faut préalablement que les idéaux sociaux aient pu être intériorisés, pour jouer le rôle de déclencheur du processus, par le ressenti d’une jouissance initiale, même si par la suite, la personne peut s’en détacher.

La sublimation consiste donc, dans une double substitution d’objet et de but, à remplacer l’objet et le but sexuel de la pulsion par un objet et un but non sexuels [41]. Elle est l’expression du passage d’une insatisfaction, à une satisfaction partielle et s’effectue en passant par des opérations intermédiaires :
- le Moi retire d’abord la libido de l’objet sexuel ,
- la retourne sur lui-même,
- lui assigne un nouveau but non sexuel.

Le but initial de la pulsion, obtenir une satisfaction sexuelle directe, a cédé la place à une satisfaction sublimée, grâce au plaisir intermédiaire de la gratification narcissique.

Ainsi nous dirons que Bertha a substitué à l’amour pour son père, l’investissement de toute son énergie dans l’aide apportée aux enfants puis aux femmes abandonnées, l’objet " père " étant remplacé par l’objet " enfants et femmes abandonnées ", et le but, " l’amour excessif et interdit pour le père ", remplacé par " l’aide socialement reconnue et admirée " apportée à des êtres en position de faiblesse et de besoin.

Elle va réussir à en tirer gratification et satisfaction, alors que l’amour qu’elle avait pour son père était culpabilisant et insatisfaisant, puisque impossible.

La république fédérale Allemande a publié un timbre poste à l’effigie de Bertha PAPENHEIM et la ville de Neu Isenburg a fêté les 70 ans de création de son Home et projette d’ouvrir un petit musée. Mais peut-on parler de sublimation réussie ? Cette femme ne restait-elle pas prisonnière de sa quête effrénée d’amour ?

P.-S.

Cet article est extrait de Chantal BERNARD, « L’iNFIRMIERE DANS LA RELATION D’AIDE : Une pratique en quête de sens », Mémoire de Maîtrise des Sciences et Techniques - Hygiène & Santé Mentale, UFR de médecine - DUER de psychopathologie de l’Université Paris XII - Val de Marne (sous la dir. de Jocelyne BERNARD, Psychanalyste et avec l’aimable collaboration de Mireille COHEN-HAJBLUM, Psychanalyste).

L’intégralité de ce mémoire peut être consulté et téléchargé à l’adresse internet suivante : http://perso.wanadoo.fr/kyo-online/memoire/index.htm

Notes

[1 Ariès P. et Duby G., Histoire de la vie privée, T.4, p.568.

[2Ariès P. et Duby G., Ibid, p.570.

[3Ariès P. et Duby G., Op. Cit., p.576.

[4Kniebiehler Y., Cornettes et blouses blanches, p.60.

[5Brochure éditée à l’occasion de la remise des Palmes Académiques à Melle Bottard, Paris, Montevrain, 1898, cité in Kniebiehler Y. ,Ibid., p.60.

[6Cité par Israël L., dans L’hystérique, le sexe et le médecin, Masson, Paris, 1985, p.20

[7S.FREUD, J. BREUER, Etudes sur l’hystérie, PUF, Paris, 1981, page 14.

[8S.FREUD, J. BREUER, Op. Cit., p. 20.

[9Y. TISSERON, Du deuil à la réparation, Editions des femmes, Paris 1986, page 69.

[10Y. TISSERON, Ibid., page 61.

[11Y. TISSERON, Ibid., p. 83-84.

[12L. FREEMAN, L’histoire d’Anna O, PUF, Paris, 1977, p.198.

[13Y. TISSERON, Op. Cit., page 98.

[14Y. TISSERON, Ibid., page 101.

[15S.FREUD, J. BREUER, Op. Cit., page 14.

[16 S.FREUD J. BREUER, Ibid., page 29.

[17S.FREUD, J. BREUER, Ibid., p. 32.

[18S.FREUD, J. BREUER, Ibid., p. 30.

[19S.FREUD, J. BREUER, Op. Cit., p. 31.

[20Bibliothèque LAFFONT des grands thèmes, Freud et la psychanalyse, Éditions Grammont, 1975, Lausanne, page 42.

[21Freud et la psychanalyse, Ibid., page 43.

[22CHEMAMA R., Les textes essentiels de la psychanalyse, éditions Larousse, 1993, Paris, page 20.

[23 Freud et la psychanalyse, Op. Cit., p. 44-45.

[24ROUDINESCO E.., La bataille de cent ans, éditions Ramsay - Éditions du Seuil, 1986, page 57.

[25 ISRAEL L., Op. Cit., p.72.

[26ROUDINESCO E., Op. Cit., page 32.

[27ROUDINESCO E., Ibid., page 30.

[28Freud et la psychanalyse, Op. Cit., page 47.

[29KRÜLL M., Sigmund, fils de Jacob, éditions Gallimard, Paris, 1983.

[30Y. TISSERON, Op. Cit., page 107.

[31N. COURTECUISSE et L. BRAMS, Les assistantes de service social, enquête publié par l’INSERM en 1970.

[32Y. TISSERON, Ibid., page 109.

[33Y. TISSERON, Op. Cit, page 113.

[34 Y. TISSERON, Ibid., page118.

[35Y. TISSERON, Ibid., page 123.

[36Y. TISSERON, Op. Cit., page 128.

[37Encyclopédie Universalis, 1974, volume 15, p. 468.

[38J.D. NASIO, Enseignement de 7 concepts cruciaux de la psychanalyse, Payot, 1992, Paris, page 112.

[39S. FREUD, Métapsychologie, Gallimard, Folio, Paris, 1968, p. 24.

[40NASIO, Op. Cit., page 118.

[41NASIO, Ibid., page 119.

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