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Lacan, l’Inconscient & les Mathématiques

De Peau d’Âne à la copule

En lisant le séminaire de J. Lacan « La logique du fantasme » année 1966-67 (ii)

Date de mise en ligne : samedi 26 juin 2004

Auteur : Agnès SOFIYANA

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Pour introduire mon prochain propos :

Une femme, un peu plus de 45 ans, appelons-là C., est costumière, elle fabrique des robes dans le style 17-18ème siècle. Un jour, elle me disait sa difficulté à affronter le monde extérieur : elle disait qu’elle se mettait en danger à chaque fois qu’elle rencontrait l’autre, qu’elle risquait d’être "blessée dans sa chair" parce qu’elle n’avait "pas de peau". Elle exprimait ce conflit psychique en disant que "dans son corps", il y avait "une guerre, un serpent à l’intérieur et l’autre à l’extérieur", et qu’elle devait "faire vomir l’intérieur". Elle décrivait son rapport au monde extérieur à l’aide de métaphores filées sur la guerre : fusil, pare-balle, ... le pare-balle comme signifiant qui est là pour quelque chose d’autre, à savoir l’enveloppe corporelle, la peau. Enfin, elle terminait en affirmant qu’il ne fallait pas trop "user" les plaisirs vrais parce que "user" c’était "banaliser les choses" et donc "banaliser" les plaisirs. Ses plaisirs, quels sont-ils ? "coudre" et "sculpter", mettre "les mains dans la terre".

Absence de l’organe peau

C. n’a pas lu de livre portant sur la psychanalyse et encore moins ce qui concerne le Moi-peau de Didier Anzieu [1]. Pourtant, lorsqu’elle dit qu’elle n’a pas de peau et que cette déficience ou ce manque la met dans une situation de danger imminent à chaque rencontre avec le monde extérieur, elle utilise une métaphore qui frôle le ‘déjà entendu’.
Que dit-elle exactement ? Elle dit qu’il lui manque cette enveloppe corporelle, la peau, dont les fonctions physiologiques sont de protéger l’intérieur du corps contre les agents mécaniques, chimiques, thermiques et micro biologiques venant de l’extérieur du corps, mais aussi d’absorber et d’évacuer, comme liaison continue entre cet intérieur et son extérieur. Ne pas avoir de peau expose la chair à toute sorte d’agressions externes et c’est bien ce danger, réactivé à chaque rencontre avec l’autre, que C. exprime par cette métaphore.

Dans cette représentation, l’extérieur à soi, l’autre, est source incontestable de violences, d’attaques, d’intrusions ou de rivalités potentielles, dont le vecteur est principalement le mot, le verbe, le geste, la lettre, enfin le symbolique.

Toujours dans cette représentation, le symbolique émanant de l’autre, extérieur à soi, est susceptible de déstabiliser, de troubler, d’ébranler l’équilibre fragile de l’échafaudage conçu pour maintenir la structure psychique dans un état de sérénité précaire. Or, il semblerait qu’il existe, dans l’imaginaire de C., une parade originelle susceptible de protéger et de préserver cette sérénité, en la présence de la peau, qui est une défense naturelle que le corps crée pour protéger et préserver la chair, les organes et toute l’harmonie de l’édifice organique humain.
Mais, l’histoire de C. a imprimé dans son monde psychique les traces d’évènements traumatiques qui ont en quelque sorte fragilisé la résistance de cette défense naturelle et du même coup permis des infiltrations de l’extérieur vers l’intérieur, tout en modifiant l’échafaudage et en rendant l’équilibre interne d’autant plus instable. C’est cet équilibre que C. appréhende de voir bousculé une fois de plus et c’est pour se préserver du symbolique, émanant de l’autre et potentiel meurtrier de son corps imaginaire, qu’elle se prépare à une guerre chaque fois qu’elle envisage une rencontre avec l’autre.

Et puisque l’inconscient n’est pas embarrassé par les contradictions, c’est en continuité avec ce qui précède que C. introduit les dangers qui émanent de ses pulsions internes - du Ça, dirions nous avec Freud - puisqu’elle dit qu’il faut faire vomir ce qui est à l’intérieur. Donc, il faut aussi laisser une possibilité aux pulsions - négatives, on ne vomit que ce qui ne se digère pas, ce qui ne peut être incorporé - de s’échapper hors de ce corps, en même temps que de ce monde psychique interne, dont l’enveloppe, la frontière est metaphorisée par une peau, manquante à sa place originelle.

La peau est ainsi imaginée comme une surface frontière entre l’externe et l’interne, entre le potentiel agresseur symbolique représenté par l’autre, susceptible de troubler l’ordre précaire établi au fil des ans et le volcan en sommeil des pulsions pernicieuses, dangereuses pour la santé et nuisible à la sérénité désirée. Une surface d’épaisseur nulle, puisque inexistante, mais une surface tout de même - puisqu’une surface mathématique est par définition de dimension strictement 2, n’ayant donc pas d’épaisseur.

Laisser les pulsions s’exprimer, c’est aussi se faire plaisir, mais pas n’importe comment, car il est important aussi de ne pas user, ou abîmer, détériorer, altérer par un usage trop abondant ces plaisirs au risque de les banaliser, c’est à dire de leur ôter toute originalité, tout signe distinctif, au risque de les confondre avec l’insignifiance ou l’indifférence.

Ces plaisirs, quels sont-ils ? Coudre et sculpter : un métier et un passe-temps. Le choix du métier qu’exerce C. a une origine tout à fait explicite dans son histoire : La passion pour la couture, et pour les robes couleur soleil, a pour déclencheur le film de Jacques Demy, inspiré du conte de Charles Perrault, ‘Peau d’Âne’.

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Peau d’Âne

Dans ce conte, souvenez-vous, le roi et la reine vivent dans une union parfaite, d’où est née une fille ‘douée de tant de grâce et de charmes’ . Ils sont beaux, aimés du peuple et gardent précieusement dans une place préférentielle de l’étable un âne dont l’originalité est de chier de l’or tous les matins. Hélas, la reine meurt d’une maladie, mais avant de quitter le monde des vivants, elle fait promettre à son époux de ne céder à l’empressement de son peuple (de donner naissance à un successeur) que lorsqu’il aura trouvé "une princesse plus belle, mieux faite et plus sage" qu’elle. Le Roi en fait la promesse et après avoir pleuré sa reine, il se met en quête de trouver sa prochaine épouse, reine et mère du futur souverain, tout en respectant la promesse faite à sa défunte et bien aimée épouse. Le roi cherche et ne trouve pas. Alors qu’il perd tout espoir, il aperçoit dans la cour du royaume une gracieuse et charmante personne à la voix douce comme du miel et décide presque sur le champ, émerveillé par tant de beauté, d’épouser l’éblouissante Infante [2].

Il trouva même un Casuiste

Qui jugea que le cas se pouvait proposer.

C’est alors que tous les psychanalystes du royaume font entendre leurs ronflements ... de lassitude. Ce bon vieil inceste père-fille qui remontre le bout de son nez. Oui, dans les contes de Perrault aussi, la preuve. Et il n’était nul besoin d’attendre Freud pour appeler un chat, un chat, puisque la fille en question déplore déjà cette union :

(Mais) la jeune Princesse triste

D’ouïr parler d’un tel amour,

Se lamentait et pleurait nuit et jour

Elle va donc chez sa marraine, la fée, demander ses bons conseils. Sa marraine... Du latin matrina, de mater, qui signifie ‘mère’, la marraine est la mère substitutive, puisque la propre mère de l’Infante est réellement morte. De plus, marraine peut s’entendre Ma Reine en deux mots, ce qui revient encore au même, puisque, logiquement, la marraine est devenue la mère de la fille du Roi, à peu de choses près, la reine ...

L’infante va donc retrouver sa mère (substitutive), pour lui demander quoi ? Comment puis-je faire pour éviter de me marier avec papa ?
La fée Lilas lui dit :

Votre Père, il est vrai, voudrait vous épouser ;

Ecouter sa folle demande

Serait une faute bien grande,

Mais sans le contredire on le peut refuser.

L’Infante peut s’identifier à sa marraine, à sa reine, et elle devient alors le pion d’un stratagème [3] imaginé par la fée : imposer au roi un vel qui le conduira logiquement vers l’abandon de ce dessein incestueux. Après avoir demandé des robes aux couleurs impossibles (couleur du temps, de la Lune, et du Soleil) qui n’ont pas eu les conséquences espérées, l’une suggère à l’autre :

Demandez-lui la peau de ce rare Animal.

Comme il est toute sa ressource,

Vous ne l’obtiendrez pas, ou je raisonne mal.

Là, il n’y a plus de doute, la fée n’est pas logicienne. Le Roi en effet, et contre toute attente, sacrifie le cher (et la chair de l’) animal et fait porter la peau de son cadavre dans les appartements de sa fille. La princesse, en voyant la peau de l’animal mort, la chair à vif, décide de s’enfuir, seule parade à la ‘conjugale Loi’, unique solution logique permettant d’éviter enfin et une fois pour toutes l’inceste interdit.

La dépouille de l’âne est un masque admirable.

Cachez-vous bien dans cette peau,

On ne croira jamais, tant elle est effroyable,

Qu’elle renferme rien de beau.

La princesse, ainsi vêtue de la peau puante de l’âne mort, s’exile du royaume et part se réfugier quelque part, dans un royaume voisin. L’histoire continue, mais je m’arrête ici dans le conte, car le matériel nécessaire est là : les robes et peau de l’âne ont été réclamés au Roi afin d’échapper à l’inceste.

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paRade à l’InceSte

On peut voir dans les robes, aux couleurs impossibles, l’image du désir, dont la réalisation est vouée à l’insatisfaction, de revêtir la peau de la reine que la princesse ne peut devenir, sauf à réaliser l’interdit. Ainsi, les robes sont signifiantes du désir refoulé de l’inceste : la princesse peut s’identifier à cette reine qu’elle ne sera jamais, à travers son image spéculaire enrobée (les robes majestueuses étant les signes représentants de la reine), et elle réalise ainsi l’inceste dans l’imaginaire ; en même temps les robes sont là pour créer une parade à l’inceste dans le réel.

Mais la parade ne peut dure plus longtemps. Il est alors demandé au père de donner ce qu’il a de plus cher, à savoir la vie de son âne, source de sa richesse : on lui demande de choisir entre la bourse ( ou ses bourses ?) ou la vie (celle de son âne ou de son âme ?). Et lorsqu’il accepte de se séparer irrévocablement de « toute sa ressource », il pousse le bouchon un peu trop loin ! Il sacrifie donc la bourse et la vie, dans un même mouvement atroce qui ne laisse de trace que la peau d’un animal mort. Ayant tout donné, le père ne peut pas se voir refuser ce qu’il désire et la princesse ne peut que fuir, réellement. Elle se pare enfin de la peau de l’âne mort, comme le torero le fait des oreilles et de la queue du taureau, elle fuit, recouverte des attributs paternels, de la ‘peau de couilles’, réalisant en dernière instance une métonymie de l’inceste.

Coudre des robes belles et chatoyantes, les porter et se sentir dans la peau d’une princesse, voilà bien l’acte de C. qui renouvelle à chaque création la réalisation d’un désir interdit et une parade à cet interdit, dans l’imaginaire. La peau de l’âne, en tant que signifiants des attributs paternels, est également vecteur de la réalisation de l’inceste de manière métonymique, avec cette plus-value qu’est le soulagement lié à la fuite, rendant cet interdit irréalisable dans le réel. Enfin, quelque chose se produit à certains endroits du système RSI et simultanément quelque chose est exclu de ce même système [4].

Alors, le désir de C. serait de revêtir la peau de l’âne, celle qui offre la meilleure parade à l’inceste en même temps qu’elle le réalise métonymiquement. La peau de l’âne représente donc la meilleure des protections contre la plus belle histoire d’amour. Lorsqu’elle affirme ne pas avoir de peau, c’est de cette peau là dont elle parle : elle n’a pas la peau de l’âne, elle ne peut que s’évertuer à confectionner les robes, peaux substitutives à répétition, sans cesse renouvelées, recrées, reportées, comme une seconde peau, pour remplacer celle qui manque à sa place originelle.

Par ailleurs, son autre activité de plaisir, les cours de sculpture, porte principalement sur le création de trous dans un bloc de terre, afin d’en extraire l’enveloppe contenant le plein, une femme ou un homme. Après l’extraction grossière, divers instruments permettent de polir (de peaufiner ?) la forme finale, afin de lui rendre une surface moins chaotique. Sculpter, élaguer puis ciseler, peaufiner peuvent donc satisfaire le désir de se faire une peau, d’autant plus que celle-ci paraît plus dure et résistante puisqu’elle est en terre, ce qui fait un pare-excitation convenable, mais aussi fragile puisque la terre peut se briser au moindre choc (extérieur ou intérieur pendant la cuisson).

Alors, C. qui est fragilisée par l’impression d’absence de peau, avoue une certaine jouissance à se fabriquer cette peau qui ne cesse de manquer, quand bien même elle aurait cousu des robes couleur inconscient. [5]

Et puis ? [6]

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Moi topologique

Alors, en lisant Freud, interrogeons les rapports entre le Moi freudien, la topologie et le fantasme.

Dans l’article de 1923 de S. Freud, « Das Ich und Das Es » [7], on peut lire :

« La conscience forme la surface de l’appareil psychique » où il faut comprendre que la conscience est ‘en surface’ par rapport à l’inconscient qui serait plus en profondeur ; on peut aussi dire que l’ICS est plus lourd que le CS, donc l’ICS coule tandis que le CS flotte.

Freud construit ensuite son système superficiel Perception-Conscience dans lequel les perceptions sont exogènes (acoustiques et visuelles) et endogènes (représentations associées, verbales ou imagées) ce qui lui permet de définir le MOI comme l’instance bilatérale qui circonscrit d’une part le système Perception-Conscience et d’autre part le Ça, lieu des pulsions strictement internes et inconscientes.

Il ajoute ensuite, et là on peut y entendre un peu plus :

« Le propre corps de l’individu et, avant tout, sa surface constituent une source d’où peuvent émaner à la fois des perceptions externes et des perceptions internes. » [8]

Sincèrement, on ne peut pas ne pas y voir la marque de la peau, comme surface bilatère recouvrant l’exhaustivité du corps de l’individu, et sujet à des excitations externes et/ou internes (pour exemple, le frisson ou chair de poule, déclenchée par la perception d’une hausse de la différence de température entre l’intérieur et l’extérieur du corps, différence premièrement perçue par la peau, qui, afin de rééquilibrer cette différence au mieux, provoque dans un réflexe l’érection presque tétaniques des muscles horripilateurs, qui transmettent de l’énergie et réchauffent ainsi la surface jusqu’à rééquilibre de la différence de température. Cette réaction est aussi déclenchée par la peur, qui n’a rien à voir avec un réflexe thermorégulateur, à moins que la peur n’entraîne une hausse de la température interne... ?)

Freud insiste plus loin : « Le Moi étant avant tout une entité corporelle, non seulement une entité toute en surface, mais une entité correspondant à la projection d’une surface. » Là, le doute n’est plus permis : le Moi en tant qu’instance psychique se projette sur le corps en tant que surface. On est là en présence d’une transposition topologique de ce que Freud semble avoir perçu des propriétés du Moi. A cet égard, rappelons nous que les hystériques du début du 20ème siècle disaient leur souffrance en l’incarnant proprement, c’est à dire en se faisant le corps ou la surface de cette souffrance, tel un décalcomanie [9]..

Freud conclut cet article en écrivant :

« Nous avons là une nouvelle démonstration de ce que nous avons dit plus haut au sujet de Moi conscient, à savoir qu’il ne représente que notre corps. »

En faisant la synthèse de ce que l’on vient d’entendre, on pourrait dire que le Moi est topologiquement une surface, qui comme toute surface, est de dimension 2 exactement et n’a donc pas d’épaisseur. La partie consciente du Moi, comme synonyme du corps et réciproquement, est le recto d’un verso inconscient, synonyme de l’Autre, antinomie du corps intime du ‘je’. Ce qui résonne bien avec « Je est un Autre », puisque Je et Autre ne sont que les deux faces d’une même surface continue.

On peut dire aussi que cette surface, comme surface d’inscription, se modifie au grés des perturbations extérieures et intérieures, à l’instar de la surface séparant un liquide et l’air dans un verre. Que cette surface borde même les aspérités et les formes qu’elle embrasse et définit.

Enfin, étant donné que

" Cette aire [10] n’est pas contestée car on ne lui demande rien d’autre sinon d’exister en tant que lieu de repos pour l’individu engagé dans cette tâche interminable qui consiste à maintenir à la fois séparées et reliées l’une à l’autre réalité intérieure et réalité extérieure " (Winnicott)

on est finalement tenté, après tous ces indices, de comparer ce Moi à un ruban de Möbius, dont la surface unilatère peut embrasser le plus profond et le plus élevé dans un même mouvement, tout comme le dessus et le dessous, l’envers et l’endroit, le dedans et le dehors, l’extérieur et l’intérieur, tout en ne cessant de se modifier, de se transformer au grès des excitations qui l’assaillent. Cependant, sa fonction est bel et bien l’équilibre ou la médiation entre les deux instances psychiques, tensions et rétentions, souplesse et raison, afin de ne pas laisser la surface se déchirer.

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Identification au phallus - Parade à la castration maternelle

Poursuivre le chemin jusqu’à l’acte sexuel, tel qu’il est présenté dans le séminaire de Lacan, Logique du fantasme, il nous faut considérer la construction du Moi, par les identifications successives. A ce sujet, je renvoie aux textes de Christophe Bormans sur les identifications et sur le complexe de castration et je cite Guy Massat : « C’est que le moi n’est que la somme de ses identifications successives, ce qui implique qu’il est toujours un autre pour lui-même. Au fond il n’est qu’imaginaire et éphémère comme une fleur. » [11]

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L’acte sexuel et la copule

Le 22.02.67, Lacan s’intéresse à l’acte sexuel, en tant qu’acte évidemment : « l’acte sexuel a toutes les caractéristiques de l’acte » (LdF, 22.02.67)

En tant qu’acte défini précédemment, l’acte sexuel est signifiant de la répétition.

Lacan : « l’acte sexuel se présente bien comme un signifiant qui répète quelque chose [...] la scène oedipienne » (LdF, 22.02.67)

et

«  Dès les trois essais sur la sexualité, nous voyons surgir comme impossible le principe de la retrouvaille. » (LdF, 15.02.67)

L’acte sexuel répète la scène oedipienne, où le rapport s’effectue avec l’autre parent du sexe opposé, rapport avec la jouissance en même temps qu’impossible par l’interdit de l’inceste.

Gérard Pommier l’expose ainsi dans « Le dénouement d’une analyse » [12] :
Concernant la relation du sujet à la jouissance dans le fantasme, sa « règle d’implication est celle du ternaire oedipien :

- 1)ou bien jouir de la mère, réaliser l’inceste
- 2) ou bien s’affronter à ce qui interdit cette jouissance
- 3) ou bien jouir selon une troisième voie, qui est de s’identifier à la copule qui unit les deux précédents termes. »

Il ajoute que la réalisation de chacune des séquences exclut celle des deux autres, il s’agit d’un vel exclusif, pas comme dans la théorie des ensembles, où le vel est inclusif ( A U B signifie soit A, soit B soit les deux). En effet, les deux premières séquences sont contradictoires, puisqu’elles suggèrent soit la jouissance de l’inceste soit le meurtre de l’interdit : s’il y a inceste, c’est qu’il y avait antérieurement interdiction de cette jouissance et s’il n’y a plus d’interdit, la jouissance n’est plus coupable donc non incestueuse.

Le troisième point du fantasme fait tenir ensemble ces deux séquences contradictoires et disjointes, comme dans le nœud borroméen. Ce troisième point est introduit par l’identification de l’enfant au phallus absent chez la mère, négligeant ainsi l’interdit de la jouissance tout en réalisant l’inceste.

Gérard Pommier ajoute plus loin, [13] :

« L’identification au phallus a une fonction de copule et elle forme le point central du fantasme nécrotique. Elle donne sa consistance à un fantasme dont l’objectif est l’existence du rapport sexuel. »

et
« Cette identification obture la coupure, et rend incompréhensible le lien qui unit les deux faces du fantasme. » [14]

Ainsi, la castration maternelle appelle la possibilité d’un élément complémentaire à ce vide abandonné, un phallus subsidiaire, substitutif, un tampon qui viendrait boucher le trou du truc tronqué. Selon cette équation, le rapport sexuel est alors une mise en scène du fantasme de la copule, qui est pour ainsi dire un retour ou une régression à la castration maternelle, mais un retour camouflé ou métamorphosé en castration symbolique (être le phallus s’est transformé en avoir le phallus).

La copule est, selon la grammaire, ce qui lie le sujet à l’attribut, c’est à dire un terme du même emploi que le verbe être. Donc l’identification au phallus est exactement l’être phallus.

On continue à se demander en quoi l’acte sexuel répèterai la scène oedipienne. Comme on vient de le voir, il y a trois séquences qui permettent de concevoir le fantasme de la scène oedipienne. Or, il semble qu’il soit question de la troisième, de la copule, dans ce que Lacan va exposer avec la division harmonique dans le rapport sexuel qui mène à la divine proportion, au nombre d’or.

Effectivement, l’acte sexuel, dans sa compulsion de répétition, manque à chaque fois la retrouvaille de l’objet perdu, objet manquant à sa place ou objet impossible à incorporer. Cette retrouvaille rappelle celle du nombre réel parmi les entiers, toujours impossible comme il l’a été démontré plus haut.

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Pour finir ... sans lien

La dernière fois, Guy Massat nous avait montré comment découper une feuille A4 pour en faire un trou aussi grand que l’on veut, si l’on considère que les coupures n’ont pas d’épaisseur, comme c’est le cas d’une droite ou d’une ligne de dimension 1.

Cette expérience donnait une représentation topologique de la coupure comme métaphore de l’analyse. On a d’ailleurs bien compris qu’il n’était pas si aisé de couper au bon endroit et suivant une longueur bien précise, pour que les différentes coupures puissent donner naissance à l’immense trou, dont la circonférence est aussi une surface, puisque la feuille de papier est un plan. Effectivement, il n’est pas aisé d’interpréter ou de couper une parole au bon endroit et d’y dévoiler un réel selon un discours de la plus pure convergence ou résonance.

Les calculs ne sont pas nécessaires, comme c’est le cas lorsque l’on coupe avec une paire de ciseaux, mais il est parfois suffisant d’avoir eu le temps d’y penser, inconsciemment.

La cure courte existe, en tout cas je veux bien le croire en écoutant certains psychanalystes rapporter de tels cas. Et si l’on peut faire un trou dans la feuille A4 en deux coups de ciseaux, il est peut-être possible de dévoiler le réel dans un électrochoc, aux risques et périls de l’analyste et de son analysant, en deux interprétations :

Notes

[1Didier Anzieu, le Moi-peau, Dunod, 1985

[2le réalisateur J. Demy inclut cette scène absente du conte de Perrault, dans son film

[3tel un Œdipe manipulé comme une marionnette par les ficelles tenues par les dieux, la princesse est dirigée par la fée, elle-même instrument du jeu dont les ficelles sont tenues par Charles Perrault, dieu de ce conte

[4il y aurait ici à faire un lien avec ce qu’a exposé Paul Papahagi concernant l’écriture possible d’une clinique sur le nœud borroméen

[5Ca rappellerait presque le silence des agneaux

[6en travaillant sur ce texte, j’ai eu un rêve singulier : ma mère me présentait un homme comme étant mon « père génétique ». N’étant pas surprise par cette révélation, je regardais l’homme en question et le trouvais plutôt séduisant, me disant en moi-même que maman avait du goût pour choisir cet amant. Simultanément, mon papa (le vrai dans la vie) était là, à mes côtés, et je pensais que ce nouveau père ne pourrait nullement remplacer celui qui m’avait élevée. Voilà donc dans mon rêve une belle parade à l’inceste, je trouve mon père géniteur (et non pas génétique) séduisant tout en parant à l’inceste avec mon vrai papa : mon désir refoulé s’écrit avec cet autre père que je ne saurais confondre avec mon papa. C’est lui et ce n’est pas lui...

[7Le Moi et le Ça, Essais de psychanalyse, trad. A. Hesnard, Payot, réed. 1976

[8p. 193

[9voir l’article Freud et Charcot, ici-même

[10« l’aire transitionnelle d’expérience à laquelle contribuent simultanément la réalité intérieure et la vie extérieure »

[11Guy Massat dans Narcisse et Arsenics, ici

[12Champs Flammarion, 1996, p. 108

[13ibid. p.112

[14ibid. p.113

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