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Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582)

De l’amour spirituel

Le Chemin de la perfection - Chapitre VI

Date de mise en ligne : samedi 15 octobre 2005

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De l’amour spirituel que l’on doit avoir pour Dieu, et pour ceux qui peuvent contribuer à notre salut.

Quoi que j’aie fait une grande digression : ce que j’ai dit est si important que ceux qui en comprendront bien la conséquence ne m’en blâmeront pas je m’assure.

Je reviens maintenant à cet amour qu’il ne nous est pas seulement permis d’avoir, mais qu’il est utile que nous ayons. Je dis qu’il est purement spirituel ; et en le nommant ainsi je ne sais si je sais bien ce que je dis : il me semble qu’il n’est pas nécessaire d’en parler beaucoup, dans la crainte que j’ai que peu d’entre vous le possèdent, et s’il y en a quelqu’une que notre seigneur favorise d’une telle grâce, elle l’en doit beaucoup louer, parce qu’un si grand don sera sans doute accompagné d’une très grande perfection. Je veux néanmoins vous en dire quelque chose qui pourra peut-être servir ; à cause que ceux qui désirent d’acquérir la vertu s’y affectionnent lorsqu’on l’expose devant leurs yeux. J’avoue que je ne sais comment je m’engage à parler de ce sujet dans la créance que j’ai de ne discerner pas bien ni ce qui est spirituel, ni quand la sensualité s’y mêle.

Dieu veuille s’il lui plaît me le faire connaître, et me rendre capable de l’expliquer. Je ressemble à ces personnes qui entendent parler de loin sans savoir ce que l’on dit : car quelquefois je n’entends pas moi-même ce que je dis ; et Dieu fait pourtant qu’il est bien dit. D’autres fois ce que je dis est impertinent : et c’est ce qui m’est le plus ordinaire. Il me semble que lorsque Dieu fait connaître clairement à une personne ce que c’est que ce monde : qu’il y a un autre monde : la différence qui se trouve entre eux : que l’un passe comme un songe, et que l’autre est éternel : ce que c’est que le créateur, ce que c’est que la créature : quel bonheur c’est d’aimer l’un, et quel malheur c’est que d’aimer l’autre. Il me semble, dis-je, que lors que cette personne connaît toutes ces vérités et plusieurs autres que Dieu enseigne avec certitude à ceux qui se laissent conduire par lui dans l’oraison, et qu’elle le connaît par expérience et par un vrai sentiment du cœur, ce qui est bien différent de le croire seulement et de le penser, cette personne l’aime sans doute d’une manière toute autre que nous qui ne sommes pas encore arrivées à cet état.

Il vous paraîtra peut-être, mes sœurs, que c’est inutilement que je vous parle de la sorte, et que je ne dis rien que vous ne sachiez. Je prie Dieu de tout mon cœur que cela se trouve véritable, et que le sachant aussi-bien que je le souhaite vous le graviez profondément dans votre cœur. Que si vous le savez en effet, vous savez donc que je ne mens pas lorsque je dis que ceux à qui Dieu fait cette grâce, et à qui il donne cet amour sont des âmes généreuses et toutes royales. Ainsi quelques belles que soient les créatures : de quelques grâces qu’elles soient ornées : quoi qu’elles plaisent à nos yeux ; et nous donnent sujet de louer celui qui en les créant les a rendues si agréables, ces personnes favorisées de Dieu ne s’y arrêtent pas de telle sorte que cela passe jusqu’à y attacher leur affection ; parce qu’il leur semble que ce serait aimer une chose de néant et comme embrasser une ombre : ce qui leur donnerait une si grande confusion, qu’elles ne pourraient sans rougir de honte dire après cela à Dieu qu’elles l’aiment.

Vous me direz peut-être que ces personnes ne savent ce que c’est que d’aimer et de répondre à l’amitié qu’on leur porte. Je réponds qu’au moins se soucient-elles peu d’être aimées : et quoi que d’abord la nature les fasse quelquefois se réjouir de voir qu’on les aime, elles ne rentrent pas plutôt en elles-mêmes qu’elles connaissent que ce n’est qu’une folie, excepté au regard de ceux qui peuvent contribuer à leur salut par leurs prières ou par leur doctrine. Toutes les autres affections les lassent et les ennuient, parce qu’elles savent qu’elles ne leur peuvent profiter de rien, et qu’elles seraient capables de leur nuire. Elles ne laissent pas d’en savoir gré, et de payer cet amour en recommandant à Dieu ceux qui les aiment. Car elles considèrent l’affection de ces personnes comme une dette dont notre seigneur est chargé : parce que ne voyant rien en elles-mêmes qui mérite d’être aimé, elles croient qu’on ne les aime qu’à cause que Dieu les aime. Ainsi elles lui laissent le soin de payer cet amour qu’on a pour elles, et en l’en priant de tout leur cœur elles s’en croient déchargées, et demeurent aussi tranquilles que si cette affection ne les touchait point.

Ces considérations me font penser quelquefois qu’il y a beaucoup d’aveuglement dans ce désir d’être aimé, si ce n’est comme je l’ai dit, de ceux qui nous peuvent aider à acquérir les biens éternels. Sur quoi il faut remarquer qu’au lieu que dans l’amour du monde nous n’aimons jamais sans qu’il y entre quelque intérêt d’utilité ou de plaisir : au contraire ces personnes si parfaites foulent aux pieds tout le bien qu’on leur pourrait faire et toute la satisfaction qu’on leur pourrait donner dans le monde, leur âme étant disposée de telle sorte, que quand pour parler ainsi, elles le voudraient, elles n’en sauraient trouver qu’en Dieu et dans les entretiens dont lui seul est tout le sujet. Comme elles ne comprennent point quel avantage elles pourraient tirer d’être aimées, elles se soucient peu de l’être ; et sont si persuadées de cette vérité, qu’elles se rient en elles-mêmes de la peine où elles étaient autrefois de savoir si l’on récompensait leur affection par une égale affection. Ce n’est pas qu’il ne soit fort naturel, même dans l’amour honnête et permis, de
vouloir quand nous aimons qu’on nous aime. Mais lorsqu’on nous a payées en cette monnaie qui nous paraissait si précieuse, nous découvrons qu’on ne nous a donné que des pailles que le vent emporte. Car quoique l’on nous aime beaucoup, qu’est-ce qu’à la fin il nous en reste ? C’est ce qui me fait dire que ces grandes âmes ne se soucient non plus de n’être pas aimées que de l’être, si ce n’est de ceux qui peuvent contribuer à leur salut ; dont encore elles ne sont bien-aises d’être aimées qu’à cause qu’elles savent que le naturel de l’homme est de se lasser bientôt de tout s’il n’est soutenu par l’amour. Que s’il vous semble que ces personnes n’aiment donc rien sinon Dieu, je vous réponds qu’elles aiment aussi leur prochain, et d’un amour plus véritable, plus utile, et même plus grand que ne font les autres, parce qu’elles aiment toujours beaucoup mieux, même à l’égard de Dieu, donner que de recevoir. C’est à cet amour qu’il est juste de donner le nom d’amour ; et non pas à ces basses affections de la terre qui l’usurpent si injustement.

Que si vous me demandez : à quoi ces personnes peuvent-elles donc s’affectionner si elles n’aiment pas ce qu’elles voient ? Je réponds qu’elles aiment ce qu’elles voient, et s’affectionnent à ce qu’elles entendent. Mais les choses qu’elles voient et qu’elles entendent sont permanentes et non passagères. Ainsi sans s’arrêter au corps elles attachent leurs yeux sur les âmes pour connaître s’il y a quelque chose en elles qui mérite d’être aimé. Et quand elles n’y remarqueraient que quelque disposition au bien, qui leur donne sujet de croire que pourvu qu’elles approfondissent cette mine elles y trouveront de l’or, elles s’y affectionnent, et il n’y a ni peines, ni difficultés qui les empêchent de travailler de tout leur pouvoir à procurer leur bonheur, parce qu’elles désirent de continuer à les aimer ce qui leur serait impossible si elles n’avaient de la vertu et n’aimaient beaucoup Dieu. Je dis impossible : car encore que ces personnes aient un ardent amour pour elles ; qu’elles les comblent de bienfaits ; qu’elles leur rendent tous les offices imaginables, et que même elles soient ornées de toutes les grâces de la nature ; ces âmes saintes ne sauraient se résoudre par ces seules considérations à les aimer d’un amour ferme et durable. Elles connaissent trop le peu de valeur de toutes les choses d’ici bas pour pouvoir y être trompées. Elles savent que ces personnes ont des sentiments différends des leurs, et qu’ainsi cette amitié ne saurait durer, parce que n’étant pas également fondée sur l’amour de Dieu et de ses commandements, il faut de nécessité qu’elle se termine avec la vie ; et qu’en se séparant par la mort l’un aille d’un coté et l’autre de l’autre.

Ainsi l’âme à qui Dieu a donné une véritable sagesse, au lieu de trop estimer cette amitié qui finit avec la vie, l’estime moins qu’elle ne mérite. Elle ne peut être désirée que par ceux qui étant enchantés des plaisirs, des honneurs et des richesses passagères, sont bien aises de trouver des personnes riches qui les satisfassent dans leurs malheureux divertissements.

Si donc ces âmes parfaites ont quelque amitié pour une personne, ce n’est que pour la porter à aimer Dieu, afin de pouvoir ensuite l’aimer ; sachant, comme je l’ai dit, que si elles les aimaient d’une autre sorte cette amitié ne durerait pas et leur serait préjudiciable. C’est pourquoi elles n’oublient rien pour tacher à leur être utiles ; et elles donneraient mille vies pour leur procurer un peu de vertu. O amour sans prix que vous imitez heureusement l’amour de Jésus, qui est tout ensemble notre bien et l’exemple du parfait amour.

P.-S.

Texte établi par Abréactions Associations d’après la traduction de M. Arnauld d’Andilly.

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