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Théodore FLOURNOY

Développement ultérieur du cycle martien

Des Indes à la planète Mars (Chapitre V- §II)

Date de mise en ligne : mercredi 31 mai 2006

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Théodore Flournoy, Des Indes à la planète Mars. Étude sur un cas de somnambulisme avec glossolalie, Éditions Alcan et Eggimann, Paris et Genève, 1900.

CHAPITRE CINQ
Le cycle martien

II. DÉVELOPPEMENT ULTÉRIEUR DU CYCLE MARTIEN

Ce développement ne s’est pas effectué d’une manière régulière, mais plutôt par saccades ou poussées que séparent des arrêts plus ou moins prolongés. À peine inauguré dans la séance du 25 novembre 1894, ii subit une première éclipse de près de quinze mois, attribuable à des préoccupations nouvelles qui l’ont comme refoulé et se sont installées au premier plan pendant toute l’année 1895.

De ce changement subit dans le cours des rêves subliminaux de Mlle Smith, je fus probablement la cause involontaire. C’est, en effet, à cette époque que M. Lemaître lui demanda la permission de m’inviter aux séances qu’elle donnait chez lui. Elle y consentit, non sans quelques combats, paraît-il, entre la crainte de s’exposer au coup d’oeil critique et peut-être malveillant d’un professeur universitaire qui passait pour imbu d’une déplorable incrédulité à l’endroit des facultés médianimiques, et, d’autre part, le secret espoir, qui finit par l’emporter, d’arriver à convaincre ce sceptique récalcitrant, ce qui ne serait point un triomphe à dédaigner pour la cause spirite. On conçoit ainsi qu’avant même de faire connaissance personnelle de Mlle Smith, j’aie pu jouer dans ses préoccupations conscientes ou subconscientes un rôle qui s’est encore accentué ensuite, comme cela me paraît ressortir de divers indices : d’abord, des rétrocognitions concernant ma famille, qui forment la partie principale des visions d’Hélène aux premières séances auxquelles j’assistai ; puis de la prompte transformation de ses automatismes partiels en somnambulisme complet sous l’influence de ma présence (voir p. 30) ; des nombreux conseils pleins de sollicitude que me prodigua Léopold ; enfin, et surtout, de l’éclosion et du rapide développement du roman hindou où j’occupe la place d’honneur comme on le verra. - Quoi qu’il en soit, mon admission aux séances d’Hélène, dès la réunion (9 décembre 1894) qui suivit la première apparition du roman martien, marqua le début d’une longue suspension de ce roman, dont la seconde explosion n’eut lieu qu’en février 1896.

Il se peut toutefois qu’une autre cause ait contribué à cette éclipse, et qu’il faille y voir non seulement l’effet d’une diversion étrangère, mais, en même temps, une période d’incubation latente nécessaire au perfectionnement du rêve martien et à la préparation de la langue nouvelle qui allait s’y révéler. Je n’ai connaissance d’aucun incident extérieur qui ait poussé Mlle Smith à faire parler aux gens de là-haut un idiome original ; mais il peut s’en être produit, et d’ailleurs une idée aussi naturelle a bien pu aborder d’elle-même la pensée subconsciente d’Hélène et devenir l’autosuggestion initiale de la langue martienne. On a vu qu’en novembre 1894, Alexis Mirbel, bien que se trouvant sur Mars avec Raspail, conversait en français avec sa mère par l’intermédiaire d’une table dans le salon de M. Lemaître. Il y avait là un amusant défaut de cohérence et de logique qui eût été sans importance dans un rêve ordinaire, mais qui détonait dans une vision spirite et appelait des explications ou corrections ultérieures. C’est à quoi l’imagination subliminale d’Hélène devait s’appliquer en silence, tout en produisant au-dehors le cycle hindou et tant d’autres choses. Elle a certainement profité de ce répit de plus d’un an pour mûrir le roman martien et y faire quelques remaniements.

Comparée à la séance de novembre 1894, celle de février 1896 (dont le résumé suit) offre en effet d’intéressantes innovations. Raspail n’y figure pas, et il ne reparaîtra plus dorénavant, sans doute par suite du peu de cas que Mme Mirbel avait fait de lui et de ses recettes. Le fils Mirbel, au contraire, unique objet des regrets et des désirs de sa pauvre mère, y occupe le premier plan et sert de centre à tous les détails de la vision. Il y parle martien maintenant et ne sait plus le français (bien que, chose étrange, il paraisse encore le comprendre), ce qui est tout à fait dans l’ordre, mais complique un peu la conversation ; en outre, ne pouvant guère de là-haut faire danser les tables de notre globe, c’est par l’intermédiaire du médium, en s’incarnant momentanément en Mlle Smith, qu’il communique désormais avec sa mère.

Ces deux derniers points soulèvent à leur tour des difficultés qui, agissant comme un ferment ou une suggestion, feront faire plus tard un nouveau pas au roman : Alexis Mirbel ne pouvant pas revenir s’incarner en un médium terrestre s’il est encore enfermé dans son existence martienne, il faut qu’il ait déjà terminé celle-ci et flotte de nouveau dans les espaces interplanétaires ; cet état fluidique ou d’erraticité lui permettra du même coup de nous donner la traduction française du martien, puisque d’après le spiritisme on recouvre temporairement, pendant les phases de désincarnation, le souvenir complet des existences antérieures et, par conséquent, de leurs différents langages. Ces quelques indications anticipées aideront le lecteur à suivre plus facilement le fil du roman somnambulique dans le résumé de ses principales étapes.

2 février 1896. Je résume, en les numérotant, les principales phases somnambuliques de cette séance, qui a duré plus de deux heures et demie, et à laquelle assistait Mme Mirbel.

1. Hémisomnambulisme croissant, avec perte graduelle de la conscience du milieu réel. - Dès le début, la table s’incline plusieurs fois vers Mme Mirbel, annonçant ainsi que la scène qui se prépare lui est destinée. Après une série d’hallucinations visuelles élémentaires (arc-en-ciel, couleurs, etc.) se rapportant à Mme Mirbel qu’elle finit par ne plus voir du tout, Hélène se lève, quitte la table, et soutient une longue conversation avec une femme imaginaire qui veut la faire entrer dans un bizarre petit char sans roues ni cheval. Elle s’impatiente contre cette femme qui, après lui avoir adressé la parole en français, s’obstine maintenant à lui parler un langage inintelligible, comme du chinois. Léopold nous révèle par le petit doigt et en diverses fois que c’est la langue de la planète Mars, que cette femme est la mère actuelle d’Alexis Mirbel réincarné sur cette planète, et qu’Hélène parlera elle-même martien. Bientôt en effet Mlle Smith, après avoir prié son interlocutrice de causer plus lentement afin de pouvoir répéter ses paroles, commence à débiter avec une volubilité croissante un jargon incompréhensible, dont voici le début tel que M. Lemaître l’a noté aussi exactement que possible : mitchma nitchrnou minimi tchouanimen mimatchineg masichinof mézavi patelki abrésinad navette naven navette mitchichénid naken chinoutoufiche... À partir d’ici, la rapidité empêche de recueillir autre chose que des bribes telles que téké... kaiéchivist... méguetch ou méketch... kéti... chiméké. Au bout de quelques minutes, Hélène s’interrompt en s’écriant : « Oh ! j’en ai assez, vous m’en dites tellement, je ne saurais jamais redire cela... » Puis, après quelque résistance, elle consent à suivre son interlocutrice dans le char qui doit l’emporter sur Mars.

2. La trance est maintenant complète. Hélène, debout, mime le voyage à Mars en trois phases dont le sens, d’ailleurs transparent, est indiqué par Léopold : balancement régulier du haut du corps (traversée de l’atmosphère terrestre), immobilité et rigidité absolue (vide interplanétaire), de nouveau oscillations des épaules et du buste (atmosphère de Mars). - Arrivée sur Mars, elle descend du char et se livre à une pantomime compliquée exprimant des manières de politesse martienne : gestes baroques des mains et des doigts ; chiquenaudes d’une main sur l’autre, tapes ou applications de tels et tels doigts sur le nez, les lèvres, le menton, etc. ; révérences contournées, glissades et rotation des pieds sur le plancher, etc. C’est, paraît-il, la façon de s’aborder et de saluer des gens de là-haut.

3. Cette sorte de danse ayant donné à l’un des assistants l’idée de jouer du piano, Hélène se trouve rapidement retombée sur la terre dans un état hypnotique banal qui n’a plus aucun caractère martien. À la cessation de la musique, elle entre dans un état mixte où se mêlent le souvenir des visions martiennes de tout à l’heure, et un certain sentiment de son existence terrestre. Elle se parle à elle-même : « Ils sont drôles, ces rêves, tout de même... il faut que je raconte ça à M. Lemaître... Quand il (le Martien Alexis Mirbel) m’a dit bonjour, il s’est tapé sur le nez... il m’a parlé une drôle de langue, mais j’ai bien compris quand même... etc. » Assise à terre contre un meuble, elle continue, dans un soliloque français à mi-voix, à repasser son rêve en y entremêlant des réflexions étonnées. Elle trouve, par exemple, que le jeune Martien (Alexis) était singulièrement grand garçon pour n’avoir que cinq à six ans comme il le lui a prétendu, et la femme semblait bien jeune pour être sa mère...

4. Après une phase transitoire de soupirs, hoquets, puis sommeil profond avec résolution musculaire, elle rentre en somnambulisme martien et murmure des mots confus : késin ouitidjé..., etc. Je lui intime l’ordre de me parler français ; elle semble me comprendre et me réplique en martien d’un ton irrité et impérieux ; je lui demande son nom, elle répond basimini météche. Dans l’idée qu’elle incarne peut-être le jeune Alexis dont elle a tant parlé dans la phase précédente, je presse Mme Mirbel de s’approcher d’elle, et aussitôt commence en effet la scène d’incarnation la plus émouvante qu’on puisse imaginer : Mme Mirbel est agenouillée, sanglotant bruyamment, auprès de ce fils retrouvé, qui lui prodigue les marques de la plus profonde affection et lui caresse les mains « exactement comme il avait coutume de le faire pendant sa dernière maladie », tout en lui tenant un discours martien (tin is toutch...) que la pauvre mère ne peut comprendre, mais auquel un accent d’une extrême douceur et de touchantes intonations donnent le sens évident de paroles de consolation et de filiale tendresse. Ce duo pathétique dure près de dix minutes, et prend fin par un retour de sommeil léthargique, dont Hélène se réveille au bout d’un quart d’heure en prononçant une courte parole martienne, après laquelle elle recouvre instantanément l’usage du français et son état de veille normal.

5. Questionnée sur ce qui s’est passé, Hélène, tout en prenant le thé, raconte le rêve qu’elle a fait. Elle a une mémoire assez nette de sa traversée et de ce qu’elle a vu sur Mars, à l’exception du jeune homme dont elle n’a conservé aucun souvenir non plus que de la scène d’incarnation. Mais, soudain, au milieu de la conversation, elle se reprend à parler martien sans avoir l’air de s’en apercevoir et en continuant à causer avec nous de la façon la plus naturelle ; elle paraît comprendre toutes nos paroles et y répond dans son idiome étranger du ton le plus normal, semblant fort étonnée quand nous lui disons que nous n’entendons rien à son langage ; elle croit évidemment parler français [1]. Nous en profitons pour la questionner sur une visite qu’elle a faite il y a peu de jours chez M. C., et en lui demandant le nombre et les noms des personnes qui s’y trouvaient, nous arrivons à identifier les quatre mots martiens suivants, grâce au fait qu’elle prononce les noms propres tels quels : méliche S. : « Monsieur S. » ; médache C. : « Madame C. » ; métaganiche Smith : « Mademoiselle Smith » ; kin’t’che : « quatre ». - Après quoi elle reprend définitivement le français. Interrogée sur l’incident qui vient de se produire, elle en est stupéfaite, n’a qu’un souvenir hésitant et confus qu’on ait parlé ce soir de sa visite chez M. C., et ne reconnaît ni ne comprend les quatre mots martiens ci-dessus lorsqu’on les lui répète.

À plusieurs reprises, pendant cette séance, j’avais fait à Hélène la suggestion qu’à un certain signal, après son réveil, elle retrouverait la mémoire des paroles martiennes prononcées et de leur sens. Mais Léopold, qui ne cessa presque pas d’être présent et de répondre par l’un ou l’autre des doigts, déclara que cet ordre ne s’accomplirait pas et qu’on ne pourrait pas avoir de traduction ce soir. Le signal même répété resta, en effet, sans résultat, à moins qu’il ne faille voir une ébauche de réalisation retardée dans le retour posthypnique du rêve martien pendant le thé.

Il m’a paru nécessaire de résumer avec quelque détail cette séance où la langue martienne a fait sa première apparition, afin d’en mettre sous les yeux du lecteur tous les fragments que nous en avons pu récolter, sans garantie d’exactitude absolue, cela va de soi, car chacun sait combien il est difficile de noter les sons de paroles inconnues.

On constate une curieuse différence entre les échantillons recueillis tant bien que mal au cours de la séance et les quatre mots dont le sens et la prononciation, plusieurs fois répétés par Hélène, ont pu être déterminés avec une entière certitude dans le retour posthypnique du rêve somnambulique. Jugée sur ces derniers, la langue martienne n’est évidemment qu’une puérile contrefaçon du français, dont elle conserve en chaque mot le nombre des syllabes et certaines lettres marquantes. Dans les autres phrases, au contraire, même en s’aidant des textes postérieurs traduits qu’on trouvera plus loin, on n’arrive pas à deviner quoi que ce soit. On serait porté à croire que ces premières explosions du martien, caractérisées par une abondance et une volubilité que nous avons rarement revues depuis lors, n’étaient qu’un pseudo-martien, une suite de sons quelconques proférés au hasard et sans signification réelle, analogue au baragouinage par lequel les enfants se donnent parfois dans leurs jeux l’illusion qu’ils parlent chinois, indien ou « sauvage ». Et le vrai martien n’aurait pris naissance, par une maladroite déformation du français, que dans l’accès posthypnique d’hémisomnambulisme, pour répondre au désir manifeste des assistants d’obtenir l’équivalence précise de quelques mots martiens isolés.

L’impossibilité déclarée par Léopold d’avoir ce même soir la traduction du prétendu martien débité pendant la séance, et le fait qu’on n’a pas davantage réussi à l’obtenir dans la suite, donne quelque appui à la supposition précédente. La circonstance qu’Hélène, en se remémorant son rêve dans la phase n° 3, avait le sentiment d’avoir bien compris ce jargon inconnu, n’est pas une objection, car les enfants qui s’amusent à simuler un idiome exotique, pour en revenir à cet exemple, n’en gardent pas moins la conscience des idées que leur charabia est censé exprimer. Il semble, enfin, que si cette nouvelle langue était déjà réellement constituée à cette époque dans la conscience subliminale d’Hélène au point d’alimenter couramment des discours de plusieurs minutes de durée, quelques phrases tout au moins n’eussent pas manqué de jaillir parfois, spontanément, au cours de la vie ordinaire et d’y déclencher des visions de gens ou de paysages martiens ; or il a fallu attendre plus de sept mois encore avant que ce phénomène, si fréquent dans la suite, commençât à se produire. Ne doit-on pas voir dans cette demi-année un temps d’incubation, employé à la fabrication subliminale d’une langue proprement dite - c’est-à-dire formée de mots précis et à signification définie, à l’imitation des quatre termes de tout à l’heure - pour remplacer le galimatias désordonné du début ?

Quoi qu’il en soit, et pour en revenir à notre histoire, on se représente l’intérêt qu’excita cette apparition soudaine et inattendue d’un parler mystérieux, que l’autorité de Léopold ne permettait pas de prendre pour autre chose que la langue de Mars. La curiosité naturelle, tant chez Hélène elle-même que dans son entourage, d’en savoir davantage sur nos voisins de là-haut et leur façon de s’exprimer devait pousser au développement du rêve subliminal. La séance suivante, malheureusement, ne tint pas les promesses par lesquelles elle débuta

16 février 1896. Dès le début de cette séance, Hélène a la vision d’Alexis Mirbel qui annonce par la table qu’il n’a point oublié le français et qu’il donnera la traduction de ses paroles martiennes de l’autre jour. Mais cette prédiction ne se réalise pas. Soit qu’Hélène ne se sente pas bien aujourd’hui, soit que l’arrivée d’une personne qui lui est antipathique ait troublé la production des phénomènes, le somnambulisme martien qui semblait sur le point d’éclater n’y réussit pas. Hélène reste dans un état crépusculaire où le sentiment de la réalité présente et les idées martiennes à fleur de conscience interfèrent et s’obscurcissent mutuellement. Elle cause en français avec les assistants, mais en y mêlant par-ci par-là un mot étranger (tel que mèche, chinit, chéque, qui, d’après le contexte, semblent signifier « crayon », « bague », « papier »), et elle parait plus ou moins dépaysée dans son entourage actuel. Elle s’étonne, en particulier, à la vue de M. R. occupé à prendre des notes pour le procès-verbal, et semble trouver étrange et absurde cette façon d’écrire avec une plume ou un crayon, mais sans arriver à expliquer clairement comment elle voudrait qu’on s’y prît. L’importance de cette scène est qu’on y voit poindre l’idée (qui ne devait atteindre sa réalisation qu’un an et demi plus tard) d’un mode d’écriture particulier à la planète Mars.

Cette séance à peu près complètement manquée fut la dernière de cette époque. La santé d’Hélène, de plus en plus compromise par de trop longues stations debout et un excès de travail à son magasin, l’obligea au repos complet dont il a été question p. 55. J’ai relevé le fait que, pendant ces six mois sans séances proprement dites, elle fut sujette à une surabondance de visions et somnambulismes spontanés ; mais ces automatismes se rapportaient surtout au cycle hindou ou à d’autres choses, et je ne crois pas qu’elle y ait eu de phénomènes relevant nettement du roman martien. En revanche, sitôt rétablie et rentrée dans sa vie normale, on voit ce dernier reparaître avec d’autant plus d’intensité, à dater de la vision nocturne suivante.

5 septembre 1896. Hélène raconte que, s’étant levée à 3 h 1/4 du matin pour rentrer des fleurs placées sur sa fenêtre et menacées par le vent, au lieu de se recoucher ensuite, elle s’est assise sur son lit qu’elle a pris pour un banc, et a vu devant elle un paysage et des gens exotiques. Elle était au bord d’un beau lac bleu rosé, avec un pont dont les bords étaient transparents et formés de tubes jaunes, analogues à nos tuyaux d’orgue, dont une partie semblait plonger dans l’eau et l’aspirer (voir fig. 9). La terre était couleur pêche ; les arbres avaient les uns des troncs s’élargissant vers le haut, les autres des troncs tordus. Plus tard, toute une foule s’approche du pont ; dans cette foule, une femme se détache plus particulièrement. Les femmes portaient des chapeaux plats comme des assiettes. Hélène ne sait qui sont ces gens, mais a le sentiment de s’être entretenue avec eux. Sur le pont, il y avait un homme au teint foncé [Astané], portant dans les deux mains des instruments ayant un peu la forme d’une lanterne de voiture (fig. 10) et qui, lorsqu’on les pressait, émettaient des flammes plus ou moins intenses, en même temps qu’ils permettaient de voler dans les airs. Au moyen de cet instrument, l’homme quittait le pont, rasait la surface de l’eau, revenait sur le pont, etc. - Ce tableau dura vingt-cinq minutes, car, lorsque Hélène revint à elle, sa bougie étant restée allumée, elle constata qu’il était 3 h 40. Elle est convaincue qu’elle ne dormait pas et était bien éveillée pendant toute cette vision.

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FIGURE 9
Paysage martien. - Pont rose, avec barrières jaunes plongeant dans un lac aux teintes d’un bleu et d’un rose pâles. Rivages et collines rougeâtres. Aucune verdure : tous les arbres sont dans les tons rouge brique, pourpres, et violets. - [Collection de M. Lemaitre.]
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FIGURE 10
Machine à voler tenue par Astané, lançant des flammes jaunes et rouges. [Collection de M. Lemaître.]

Dès lors, les visions martiennes spontanées se répètent et se multiplient. Mlle Smith les a ordinairement le matin à son réveil, avant de se lever ; quelquefois le soir ou exceptionnellement à d’autres moments de la journée. C’est au cours de ces hallucinations visuelles que la langue martienne fait une nouvelle apparition, sous forme auditive.

22 septembre 1896. Ces derniers jours, Hélène a revu en diverses occasions l’homme martien avec ou sans son instrument à voler ; par exemple, pendant qu’elle prenait un bain, il lui est apparu au pied de sa baignoire (fig. 11). Elle a également eu plusieurs fois la vision d’une maison étrange, dont l’image l’a poursuivie avec tant d’insistance qu’elle a fini par la peindre (fig. 12). En même temps, elle a entendu à trois reprises une phrase dont elle ignore le sens, mais qu’elle a pu noter au crayon : dodé né ci haudan té méche métiche astané ké dé mé véche. (Comme on l’apprit six semaines après, par la traduction donnée dans la séance du 2 novembre, cette phrase indique que la maison exotique est celle de l’homme martien, lequel se nomme Astané.)

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FIGURE 11
Astané. - Teint jaune, cheveux bruns ; sandales brunes ; rouleau blanc à la main. Costume panaché or, rouge et bleu ; ceinture et bordure rouge brique.
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FIGURE 12
La maison d’Astané. Ciel verdâtre ; terrain, montagnes et murs rougeâtres. Les deux plantes à tronc flexueux ont des feuilles pourpres ; les autres ont les longues feuilles inférieures vertes, et les petites feuilles supérieures pourpres. Encadrements des fenêtres, portes et ornements en forme de trompes, brun-rouge. Vitres (?) blanches, et rideaux ou stores d’un beau bleu turquoise. Barrières (grillages) du toit jaunes avec extrémités bleues.

Cette phrase était sans doute du martien, mais que voulait-elle dire ? Après avoir espéré en vain pendant près d’un mois que la signification s’en révélerait d’une manière ou d’une autre, je me décidai à essayer d’une suggestion déguisée. J’écrivis à Léopold lui-même une lettre où, au milieu de considérations sur la haute importance scientifique des phénomènes présentés par Mlle Smith, je faisais appel à sa toute-science en même temps qu’à sa bonté pour qu’il voulût bien m’accorder quelques éclaircissements sur l’étrange langue qui piquait notre curiosité et, en particulier, sur le sens de la phrase qu’Hélène avait entendue. Je lui demandais de me répondre par écrit, au moyen de la main d’Hélène, à qui je remis cette lettre avec prière de la lire et de bien vouloir servir de secrétaire à Léopold, le cas échéant, en s’abandonnant sans résistance à l’écriture automatique si elle s’y sentait poussée à un instant quelconque.

La réponse ne se fit pas attendre. Hélène reçut ma lettre le 20 octobre et, le 22 au soir, prise du vague besoin d’écrire, elle saisit un crayon qui se plaça de lui-même dans la position classique, le manche entre le pouce et l’index (tandis qu’elle tient toujours sa plume entre le médius et l’index), et traça rapidement, de l’écriture caractéristique de Léopold et avec sa signature, une belle épître de dix-huit alexandrins à mon adresse, dont voici les dix derniers qui ont trait à ma demande de me révéler les secrets du martien

« Ne crois pas qu’en t’aimant comme un bien tendre frère
Je te diroi des cieux tout le profond mystère ;
Je t’aideroi beaucoup, je t’ouvriroi la voie,
Mais à toi de saisir et chercher avec joie !
Et quand tu la verras d’ici-bas détachée,
Quand son âme mobile aura pris la volée
Et planera sur Mars aux superbes couleurs ;
Si tu veux obtenir d’elle quelques lueurs,
Pose, bien doucement, ta main sur son front pâle
Et prononce bien bas le doux nom d’Esenale ! »

J’ai toujours été très sensible aux témoignages de fraternelle affection que m’accorde Léopold, mais cette fois, je fus tout particulièrement ému et, bien que le nom peu commun d’Esenale ne me dît absolument rien, je n’eus garde d’oublier la singulière recette qui m’était indiquée. Dès la séance suivante, l’occasion de l’employer se présenta, et Léopold poussa l’obligeance jusqu’à diriger lui-même l’application de son procédé en nous donnant ses instructions, tantôt par un doigt, tantôt par un autre, pendant la trance martienne d’Hélène.

Lundi 2 novembre 1896. Après divers symptômes caractéristiques du départ pour Mars (vertige, mal de coeur, etc.), Hélène s’endort profondément. Je me dispose à recourir à la méthode prescrite, mais, par les doigts de la main droite, Léopold manifeste que ce n’est pas encore le moment et dicte : Quand l’âme aura repris possession d’elle-même, tu exécuteras mon ordre ; elle vous dira alors, toujours endormie, ce qu’elle aura vu sur Mars. Peu après il ajoute : Faites-la asseoir dans un fauteuil [au lieu de la chaise peu confortable qu’elle avait prise selon son habitude]. Puis, tandis qu’elle continue son paisible sommeil, il nous apprend encore qu’elle est en route pour Mars ; qu’une fois là-haut elle comprend le martien en l’entendant parler autour d’elle, bien qu’elle ne l’ait jamais appris ; que ce n’est pas lui, Léopold, qui nous traduira le martien, non qu’il ne le veuille pas, mais parce qu’il ne le peut pas ; que cette traduction est le fait d’Esenale, lequel est actuellement désincarné dans l’espace, mais a récemment vécu sur Mars, et auparavant sur la Terre, ce qui lui permet de servir d’interprète, etc.

Après une demi-heure d’attente, le sommeil calme d’Hélène fait place à de l’agitation et passe à une autre forme de somnambulisme : soupirs, mouvements rythmiques de la tête et des mains, puis gestes martiens bizarres, sourires, et paroles françaises murmurées doucement à l’adresse de Léopold qui paraît l’accompagner sur Mars, et à qui elle fait part de ses impressions sur ce qu’elle aperçoit. Au milieu de ce soliloque, un mouvement vertical du bras, propre à Léopold, indique que c’est l’instant d’exécuter ses prescriptions. Je place ma main sur le front d’Hélène et prononce le nom d’Esenale, auquel Hélène répond d’une voix faible, douce, un peu mélancolique :

Il est parti, Esenale... il m’a laissée seule... mais il reviendra... il reviendra bientôt... Il m’a prise par la main et m’a fait entrer dans la maison [celle dont elle a eu la vision et fait le dessin il y a un mois ; voir fig. 12]... Je ne savais pas où Esenale me menait, mais il m’a dit dodé né ci haudan té méche métiche astané ké dé mé véche, mais je ne comprenais pas... dodé : « ceci » ;  : « est » ; ci : « la » ; houdan : « maison » ;  : « du » ; méche : « grand » ; métiche : « homme«  ; astané : « Astané«  ;  : « que«  ;  : « tu » ;  : « as » ; véche : « vu »... « Ceci est la maison du grand homme Astané que tu as vu »... Esenale a dit cela... Il est parti Esenale... Il reviendra... bientôt il reviendra... il m’apprendra à parler... et Astané m’apprendra à écrire.

J’ai résumé en l’abrégeant beaucoup ce long monologue, constamment interrompu par des silences, et dont je n’obtenais la continuation qu’en recourant sans cesse au nom d’Esenale, comme à un mot magique seul capable d’arracher chaque fois quelques mots au cerveau engourdi d’Hélène. Après la dernière phrase, où l’on voit une prédiction catégorique de l’écriture martienne, sa voix faible et lente se tait définitivement, et Léopold ordonne par le médius gauche de lui lâcher le front. Suivent les alternances habituelles de sommeil léthargique, soupirs, catalepsie, retours momentanés de somnambulisme, réveils sans durée, etc. ; puis elle rouvre pour tout de bon les yeux, fort étonnée de se trouver dans le fauteuil. Elle a d’abord la tête embarrassée : « il me semble que j’ai quantité de choses dans l’esprit, mais je ne peux rien fixer ». Peu à peu, la claire conscience lui revient, mais de toute cette séance, qui a duré une heure et demie, il ne lui reste que quelques fragments de visions martiennes, et aucun souvenir de la scène d’Esenale et de la traduction.

Le procédé de traduction dont on vient de voir la première application est dès lors resté classique [2]. Depuis plus de deux ans et demi, l’imposition de la main sur le front d’Hélène et le nom d’Esenale prononcé au bon moment pendant la trance, constituent le « Sésame ouvre-toi » du dictionnaire martien-français enfoui dans ses couches subliminales. Le sens de ce cérémonial est évidemment de réveiller par suggestion - dans une certaine phase somnambulique favorable, que Léopold connaît et annonce lui-même d’un geste du bras - la sous-personnalité qui s’est amusée à composer les phrases de cette langue extra-terrestre. En termes spirites, cela revient à invoquer le désincarné Esenale, autrement dit Alexis Mirbel, qui ayant vécu sur les deux planètes veut bien se prêter aux fonctions de drogman. Toute la différence que cette scène de traduction présente d’une séance à l’autre ne porte que sur l’aisance, la rapidité, avec laquelle elle s’exécute. Esenale semble parfois bien endormi, et difficile à réveiller ; on a beau répéter son nom sur tous les tons, Hélène s’obstine à répondre par le refrain stéréotypé et sans cesse recommençant de sa voix mélancolique et douce : « Il est parti, Esenale... il reviendra bientôt... il est parti... bientôt il reviendra... » Il faut alors quelques passes ou frictions plus énergiques sur le front, au lieu de la simple pression de la main, pour rompre cette ritournelle mécanique qui menace de s’éterniser et obtenir, enfin, la répétition et la traduction mot à mot des textes martiens. La voix reste d’ailleurs identique à celle du refrain, douce et faible, et l’on n’a jamais pu savoir si c’est Esenale lui-même qui se sert de l’appareil phonateur d’Hélène sans le modifier, ou si c’est elle qui répète dans son sommeil ce qu’elle entend dire à Esenale ; la netteté catégorique et l’absence de toute hésitation ou bavure dans la prononciation du martien sont en faveur de la première supposition, qui est aussi corroborée par le fait que c’est de même voix encore qu’Alexis Mirbel (Esenale) parle à sa mère dans les scènes d’incarnation.

Il serait fastidieux de raconter par le menu toutes les manifestations ultérieures du cycle martien, tant dans les nombreuses séances dont il a contribué à faire les frais que sous la forme de visions spontanées au cours de la vie quotidienne de Mlle Smith. Le lecteur pourra s’en faire une idée par les remarques d’ensemble du paragraphe suivant, consacré au contenu de ce roman, ainsi que par les résumés explicatifs joints aux textes martiens qui seront rassemblés dans le prochain chapitre. Il ne me reste ici qu’à dire un mot sur la manière dont ont été faites les peintures d’Hélène relatives à Mars et reproduites en autotypie dans les figures 9 à 20.

Aucune de ces peintures n’a été exécutée en somnambulisme complet et n’a, par conséquent, comme les dessins de certains médiums, l’intérêt d’un produit graphique absolument automatique, engendré au-dehors et à l’insu de la conscience ordinaire. Mais elles ne sont pas non plus de simples compositions quelconques de la personnalité normale de Mile Smith. Elles représentent un type d’activité intermédiaire, et correspondent à un état d’hémisomnambulisme. On a vu plus haut (p. 40) que dans son enfance déjà Hélène paraît avoir exécuté divers travaux d’une façon semi-automatique. Le même fait s’est reproduit à plusieurs reprises à l’occasion de ses visions martiennes, qui parfois la poursuivent avec insistance jusqu’à ce qu’elle se décide à les réaliser par le crayon et le pinceau ; travail qui l’effraye souvent à l’avance par sa difficulté, mais qui, le moment venu, s’accomplit à son grand étonnement avec une aisance et une perfection presque mécaniques. Ne m’étant jamais trouvé là lors de l’apparition de ce phénomène, je ne le connais que par les descriptions, d’ailleurs très précises, de Mlle Smith. En voici un exemple.

Un mardi soir, étant déjà couchée, Hélène vit sur son lit de magnifiques fleurs très différentes des nôtres, mais sans parfum et qu’elle ne toucha pas, car, pendant ces visions, elle n’a pas l’idée de bouger et elle reste inerte et passive. Le lendemain après-midi, à son bureau, elle eut un éblouissement et se vit enveloppée d’une clarté rouge en même temps qu’elle ressentait un mal de coeur indéfinissable mais violent [aura du voyage à Mars] :

... la lueur rouge persista autour de moi, et je me suis trouvée entourée de fleurs extraordinaires dans le genre de celles que j’avais vues sur mon li t ; mais toutes n’avaient aucun parfum. Je vous en ferai quelques croquis dimanche en tâchant d’y mettre les couleurs telles que je les ai vues.

Elle me les envoya, en effet, le lundi avec le billet suivant :

Je suis très contente de mes plantes, elles sont la reproduction exacte de celles que j’avais tant de plaisir à regarder. Le numéro 3 [celle de la fig. 16, qu’à l’avance Hélène désespérait précisément le plus de pouvoir bien rendre] est celle qui m’est apparue en tout dernier lieu, et je regrette vivement que vous n’ayez pas été près de moi hier à trois heures pour m’en voir exécuter le dessin : le crayon glissait si vite que je n’avais pas le temps de remarquer quels contours se formaient. Je puis dire sans aucune exagération que ce n’est pas ma main seule qui a exécuté ce dessin, mais bien une force invisible qui dirigeait le crayon malgré moi. Les nuances m’apparaissaient sur le papier et mon pinceau se dirigeait malgré moi vers la couleur que je devais employer. Cela paraît invraisemblable, mais c’est pourtant l’exacte vérité. Le tout a été si vite fait que je n’ai été nullement fatiguée de ce petit travail.

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FIGURE 13
Paysage martien. Ciel jaune verdâtre. Un homme au teint jaune, vêtu de blanc, dans un bateau aux tons bruns, jaunes, rouges et noirs, sur un lac vert-bleu. Rochers roses, tachetés de blanc et de jaune, avec végétation vert foncé. Edifices aux tons bruns, rouges et rose lilas, avec des vitres blanches et des rideaux bleu vif.
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FIGURE 14
Paysage martien. Ciel jaunâtre ; lac verdâtre ; rivages grisâtres bordés d’une barrière brune. Campaniles du rivage dans des tons brun-jaune, avec angles et sommets ornés de boules roses et bleues. Colline de rochers roses, avec végétation d’un vert plus ou moins foncé piqué de taches (fleurs) roses, pourpres et blanches. Édifices à base formée d’un treillis rouge brique ; arêtes, et angles terminés en trompes, rouge-brun ; vastes vitrages blancs avec rideaux bleu turquoise. Toits garnis de clochetons jaune-brun, de créneaux rouge brique, ou de plantes vertes et rouges (comme celles de la maison d’Astané, fig. 12). Personnages coiffés de larges bérets blancs, et à robes rouges ou brunes.
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FIGURES 15, 16 et 17
Plantes et fleurs martiennes. - Pas trace de vert. FIGURE 15 : tronc et feuilles brun-jaune clair ; fleurs bilobées rouge vif, d’où sortent des espèces d’étamines jaunes à filets noirs. - FIGURE 16 : grandes feuilles brun-jaune clair ; fleurs à pétales pourpres, avec étamines noires, et tiges noires garnies de petites feuilles pourpres comme les pétales. - FIGURE 17 : gros fruit violet avec taches noires, surmonté d’un panache jaune et violet ; tronc brun veiné de noir, avec dix rameaux de même, mais terminés par un crochet jaune ; sol rouge brique.

La maison d’Astané (fig. 12, p. 152) et les grands paysages des fig. 13 et 14 sont également le produit d’une activité quasi automatique (en état de veille complète quant au reste) qui donne toujours une pleine satisfaction à Mlle Smith. C’est en quelque sorte son Moi subliminal qui tient lui-même le pinceau et exécute à sa convenance ses propres tableaux, lesquels ont ainsi la valeur de véritables originaux. D’autres dessins, au contraire (par exemple, le portrait d’Astané, fig. 11, p. 148), qui ont coûté à Hélène beaucoup plus de peine sans arriver à la contenter entièrement, doivent être regardés comme de simples copies de mémoire, par la personnalité ordinaire, des visions passées dont le souvenir s’est gravé dans l’esprit d’une façon assez persistante pour servir encore de modèle plusieurs jours après. Dans les deux cas, mais surtout dans le premier, les peintures d’Hélène peuvent être tenues pour une fidèle reproduction des tableaux qui se déroulent au-dedans d’elle, et nous donnent par conséquent, mieux que beaucoup de descriptions verbales, une idée du caractère général de ses visions martiennes.

Voyons maintenant le genre de renseignements que les messages et somnambulismes d’Hélène nous fournissent sur la brillante planète, dont les circuits embrouillés révélèrent jadis au génie d’un Kepler les secrets fondamentaux de l’astronomie moderne.

P.-S.

Texte établi par PSYCHANALYSE-PARIS.COM à partir de l’ouvrage de Théodore Flournoy, Des Indes à la planète Mars. Étude sur un cas de somnambulisme avec glossolalie, Éditions Alcan et Eggimann, Paris et Genève, 1900.

Notes

[1Comparer le cas de Mlle Anna O. comprenant son entourage allemand, mais ne parlant qu’anglais sans s’en douter : Breuer et Freud, Studien über Hysterie, op. cit., p. 19.

[2Le « mot-à-mot » n’est pas toujours d’emblée aussi strict que dans la séance résumée ci-dessus. Esenale interprète souvent plusieurs mots à la fois : par exemple (texte 24) : Saïné ézé chiré : « Saïné mon fils » ; iée ézé pavi : « toute ma joie » ; ché vinna : « ton retour » ; etc. Mais, en cas d’hésitation sur la correspondance des termes martiens et français, on lui fait répéter séparément les mots douteux, en sorte qu’au bout du compte on possède bien le mot-à-mot exact.

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