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Séminaire « L’acte analytique »

Du self à l’arete, il n’y a qu’un... acte

Séance du jeudi 3 Mars 2005

Date de mise en ligne : samedi 23 avril 2005

Auteur : Paul PAPAHAGI

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Aux trois « y a pas » dont je vous entretenais l’année dernière, où j’avais erré au gré de mes engouements de lecture, il faudrait en ajouter un quatrième qui me paraît concerner l’analyste en tant qu’il porte le manteau du sujet supposé savoir : Il n’y a pas d’acte de l’acte ; et comme il arrive en quatrième, on peut se demander avec Lacan s’il ne s’agit pas d’un sinthome qui est là pour faire tenir ensemble les trois autres « y a pas ».

Je cite Lacan dans le discours à l’EFP : « Je mets toujours des balises à ce qu’on s’y retrouve dans mon discours. Au liminaire de cette année, luit celle-ci qui s’homologue de ce qu’il n’y ait pas d’Autre de l’Autre (de fait), ni de vrai sur le vrai (de droit) : il n’y a pas non plus d’acte de l’acte, à vrai dire impensable. »

Comme vous pouvez le constater, il manque dans cette suite le transfert (y a pas de transfert sur le transfert) et on peut s’interroger sur la raison d’acte (c’est le cas de le dire) de cet acte symptomatique de Lacan au moment où à nouveau le transfert de ses élèves se révélait aussi assidu que celui d’un auditeur lui lançant à la figure cette belle fleurette : « Personne ne parle de la psychanalyse comme ça » - où pointe en même temps de l’admiration et du reproche ; comme quoi l’ambivalence a les dents longues dans les eaux troublées par une certaine violence.

Comme mon titre se pose comme une énigme, je vous propose de mettre face à face une énigme selon Joyce avec une énigme selon Freud (nettement plus amusante comme vous allez voir) : j’en profite pour vous recommander chaleureusement la lecture du livre de Catherine Muller : « L’énigme, une passion freudienne ; sous-titre : le transfert se devine », et vous allez découvrir qu’il se devine (erraten) du fait d’une trahison du sujet (verraten). Inutile de vous préciser que la lettre qui fait la différence a été rendue célèbre par l’analyse de l’Homme aux Loups où le transfert aura mis Freud a rude épreuve.

J’en viens aux énigmes annoncées qui se trouvent p. 46 du livre (comme par hasard, j’ai arrêté ma lecture à l’énigme et la butée transférentielle). Le rusé Stephen, Joyce lui-même, déchiffrant sa propre énigme (ce qui est à entendre par les amateurs du transfert selon Freud plus proche de l’oncle Otto-analyse que du continent noir de l’Autre) à ses élèves de Trinity College, au début d’Ulysse, je cite :

« Le coq chantait,
Le ciel était bleu,
La cloche du bon Dieu,
Sonnait onze heures,
Temps pour cette pauvre âme
De s’en aller aux cieux. »

La solution pas de sens : « Le renard enterrant sa grand-mère sous un buisson de houx », fait dire à Lacan - ce qui n’est pas sans éveiller en vous des réminiscences de mon dernier talk (pour utiliser la langue d’Anna O.) - :

« C’est que l’analyse, c’est ça. C’est une réponse à une énigme. Et une réponse, il faut bien le dire, par cet exemple, tout à fait spécialement conne. C’est bien pour cela qu’il faut garder la corde » ; ce qui n’est rien d’autre qu’une conséquence du premier y a pas (de fait), à savoir y a pas de rapport sexuel (à ne pas confondre avec l’acte qui nécessite une certaine poésie pour ne pas être répétitif - affaire de mots).

En face, du côté de chez Freud, nous trouvons cette énigme devinette dont la réponse, il faut le dire, esquive la connerie par une négociation rusée. Il s’agit pour Freud d’illustrer le comique du non-sens. « Qu’est ce qui est accroché au mur et avec lequel peut se sécher les mains ? ». À question conne réponse poétique : « le hareng ». Par deux fois insistera la connerie évitée de justesse par ce poète en herbe.

- « Tu sais bien qu’un hareng n’est pas au mur. » (L’arrêt au Mur est piquant)
- « Rien ne t’empêche de l’y accrocher. »
- « Mais qui aurait l’idée de s’essuyer les mains avec un hareng ? »
- « Mais personne ne t’y oblige ! »

De Joyce en passant par chez Freud (quelle utilité dirait Lacan), nous voilà avec Lacan, arrêtés par le self de Winnicott qui selon lui (Winnicott) serait la référence du contre-transfert. Et ne voilà-t-il pas que ce mot se met à acter au pays - pas d’Alice - mais du signifiant de l’Autre (Winnicott le cite dans « Jeu et réalité » à propos du stade du miroir).

Le mot self « naturally knows more than we do » (en sait naturellement plus que nous). Il « uses and commands us » : nous utilise et nous commande. Et Lacan, généreux, de nous rappeler sa dette symbolique de ce que le sien objet (a) qui jacte en self, a bouffé l’objet transitionnel de Winnicott.

Et comme vous parler de la berquinade - j’attire votre attention sur cette contrepétrie qui s’empare d’ade - de Fenichel, ne me paraît pas très alléchant, je vous propose un trip outre-Atlantique où l’on s’efforce de rendre l’Autre fou avec le succès de Bush que l’on connaît.

Harold Searles, pour ne pas le nommer, dans le livre qui s’étripe, ci-dessus, remarque : « ... malgré tout cela, il (l’analyste) n’a pas lieu d’être arrogant... car il est sans cesse confronté à l’énorme et subtile puissance du processus thérapeutique dans lequel le patient et lui sont tous les deux pris... ».

Il suffit de mettre transfert à la place du processus thérapeutique pour que, par la grâce de cette métaphore, ça fasse mouche. Searles semble nous dire qu’il n’y a pas de contre-transfert. Vous me direz : « jamais satisfait » ; mais Lacan affirme que le psychotique s’engage à pleine voiles dans l’intersubjectivité. Forcément, chez lui, il y a du métalangage, donc du rapport sexuel ; et même, n’ayons pas peur, du rapport textuel comme l’illustre Schreber et d’autres qui s’auto-guérissent du transfert de l’Autre.

Une patiente nommée Pauline par son analyste préféré, qui entend beaucoup de voix même dans une grande surface, fait le lapsus suivant :

« Faut que j’en parle à mon docteur et que je leur dise. » Docteur analyste qui nonobstant l’interdiction d’interpréter dans la psychose va la citer en acte, ce qui révèle le transfert qui s’y cache : « ...à mon docteur et que je lui dise de leur dire de s’en aller. »

C’est ce que le bon docteur fera plus tard par une brillante interprétation. Ça commence par des voix qui lui disent « devine ce qui va arriver avec toi et Bill ? » De nouveau le ton avait cette qualité de chaleur et d’intimité familière, je luis dis : « Pauline, vous savez ce que je pense ? - que si jamais vous arrivez à trouver quelqu’un qui partage votre vie aussi chaleureusement et intimement que les voix, vous n’aurez pas besoin de voix. »
- « Elle rit cordialement. »

Je vous invite pour ma part très cordialement à vous reporter à ces fragments d’analyse d’une patiente hallucinée que vous trouverez p. 192 du livre de Searles intitulé « Le contre-transfert », que j’ai trouvés pour ma part très poétiques, non que la patiente en question soit poète, plutôt que le transfert de son analyste qu’elle suscite comporte indéniablement des accents tout à fait spécialement poétiques.

Sans objectiver l’objectivation, ce qui pourrait susciter des objections, je vais vous citer une phrase de cette troisième leçon du séminaire de « L’Acte analytique », qui témoigne de l’attention flottante du scribe ; ce qui pour des analystes, se révèle tout à fait enseignant. Encore une bévue de transfert allez vous me dire mais écoutez plutôt :

« J’ai dit que, loin de cette question qui paraît s’imposer, qui paraît même comporter une certaine dimension de rigueur chez celui qui en avance en quelque sorte l’interrogation, la critique, elle, est justement superflue et vaine pour la simple raison que le transfert, sa manipulation, comme telle, la dimension du transfert, la première face strictement cohérente à ce que je suis en train d’essayer de produire cette année devant vous sous le nom d’acte psychanalytique. »

Je suppose que vous êtes comme moi, mais ce savoir est loin d’être assuré, et que vos oreilles analytiques ont repéré ce qui manque à cette phrase, assez alambiquée, il faut le reconnaître, et qui la rend flottante, à savoir le verbe. Moyennant quoi la proposition qui suit, qui est claire, éclaire ce qui précède, je cite :

« Hors de ce que j’ai appelé manipulation du transfert, il n’y a pas d’acte analytique. » 

À ce point je ne résiste pas à la tentation de vous citer ce merveilleux dire de Lacan qui figure au début de l’Etourdit que j’étais dans l’incapacité, pour cause d’oubli, de citer à Agnès à l’occasion d’un échange sur l’intersubjectivité. Je cite Lacan :

« Qu’on dise reste oublié derrière ce qui se dit dans ce qui s’entend. »

J’espère, Agnès, que tu peux entendre que l’oubli concerne aussi bien celui qui parle que celui qui écoute, démontrant de manière éclatante qu’il n’y a pas de contre-transfert. Ce qui n’était pas une difficulté pour toi ; mais ce que ça démontre, de surcroît, c’est qu’il n’y a pas d’intersubjectivité.

Pour ce qui est de la définition du signifiant qui participait de la même difficulté, je te rappelle le point de capiton qui se situe dans le graphe du désir où la chaîne des signifiés coupe la chaîne des signifiants à deux endroits, respectivement en A (lieu du code) et S(A) (lieu du message).

Le point A représente le sujet pour S(A) ; et que le sujet reçoit de l’autre son propre message en sens inversé est une autre manière de dire (je ne te le fais pas dire qui dit à la fois tu l’as dit et je ne te le fais pas dire par aucun Autre), qu’il n’y a pas d’intersubjectivité.

En d’autres termes, je ne vous fais pas dire que lorsque je ne suis pas dans mes propos, un long - trop long de l’aveu de Lacan lui-même - développement, il soit interdit de se reporter au texte. De même au risque de marteler comme l’Autre, je renouvelle mon invitation de relire (re- car vous êtes supposés l’avoir lu, je l’espère) « La direction de la cure », où un sujet obsessionnel en analyse avec Lacan (aux dernières nouvelles, il s’agirait d’un analyste), ira jusqu’à sacrifier son désir à l’Autre là où un sujet psychotique préférerait sacrifier son sexe réel. Si dans le cas de l’obsessionnel, il s’agit de castration, c’est-à-dire d’opération symbolique, dans le second cas, il s’agit de privation c’est-à-dire d’une opération réelle.

Je vous laisse admirer, à présent, un autre morceau alléchant de l’articulation lacanienne dans cette leçon du 29 Novembre. Je cite :

« Cette conséquence de l’acte analytique me diriez-vous, elle devrait être bien connue, elle devrait être bien connue par l’analyse didactique ; seulement moi je vous parle de l’acte du psychanalyste. Dans la psychanalyse didactique, le sujet qui, comme il s’exprime s’y soumet, l’acte psychanalytique, là, n’est pas de sa part. Ce n’est pas pour autant qu’il ne pourrait pas avoir soupçon de ce qui résulte pour l’analyste de ce qui se passe dans la psychanalyse didactique. »

Les instituts de psychanalyse ipéistes instaurent un véritable « black-out » concernant la fin de la psychanalyse didactique. De ce fait les psychanalystes formés, déformés serait plus justes, par cette façon de faire dite classique, seront comme Lacan lui-même mis en demeure pour leur tâche clinique de trouver une issue autre que la béatitude génitale à eux promise en fin de partie.

Cette méconnaissance forcenée opposée par le psychanalyste à son acte va pousser Lacan vers une solution passant par un savoir concernant les suites de la didactique.

Si dans « Le Banquet » de Platon Lacan avait été mis sur la voie de l’objet (a) par un certain agalma, ce qui arrête Lacan au Ménon, c’est l’enseignement de l’arêté qui se révèle être un arrêt au mur faute de maîtres et d’élèves. Cela intéresse d’autant plus cet enseignement de Socrate, qu’il passe par la réminiscence (anamnesis), qui par le truchement d’un Bentham était arrivé jusqu’à Freud. C’est aussi l’atopie de Socrate, qu’il va jusqu’à s’attribuer à lui-même dans le monde analytique et sa faculté à interpréter l’éloge d’Alcibiade (j’allais dire l’amour par un heureux lapsus) qui intéressent au plus haut point Lacan.

Au paradoxe de Ménon, Socrate répond par la réminiscence (anamnesis), qu’il démontrera en acte à l’aide d’un jeune esclave.

Mais avant de suivre avec Lacan ce qu’il appelle ironiquement des amusettes, je souhaite m’arrêter sur un oubli ou lapsus de Lacan, je ne sais comment l’épingler. Il situe son séminaire sur « L’Éthique de la psychanalyse » l’année qu’il avait consacrée au Désir et à son interprétation, témoignant par là qu’il n’y a pas de désir sans éthique et pas d’acte analytique sans transfert, comme cette fameuse phrase où manque un verbe le faisait entendre en acte sous tendu par le désir de l’analyste.

Se peut-il que la fameuse phrase de l’Étourdit que je citais plus haut puisse s’entendre comme une réminiscence de ce qui suit ? Ecoutons Lacan :

« Qu’on dise, qu’on exprime que l’âme - comme on s’exprime, c’est le langage dont on use en tous cas dans ce dialogue - ne fait rien quand elle est enseignée que de se re-souvenir, ceci comporte, mais dans ce texte comme dans le nôtre, l’idée d’une étendue sans fin ou plutôt d’une durée sans limites quant à ce qu’il en est de cette âme. »

Se re-souvenir est proche de la remémoration qui fait vibrer les cordes des archétypes jungiens chers à Christophe, et l’on entrevoit que la rencontre Freud Jung s’est faite sur le terrain du mythe même si pour le dernier la distinction de la morale masculine et féminine est admirablement escamotée, et son fameux mandala paraît fait en bois de mère. Peut-on dire que c’est d’avoir été mis par Freud en position de père maître de l’IPA qui a fait fuir Jung vers son destin de bâtisseur de système, préférant la psychologie à la métapsychologie n’en déplaise à notre ami Jan ?

À cet esclave parfaitement crétin, nous dit Lacan, car déclassé, Socrate va tout de même donner une leçon de géométrie qui l’amène à dire des choses plutôt sensées qui tout de même n’arrivent même pas à la racine de deux, l’esclave ayant préféré prendre la diagonale du transfert, mais j’anticipe.

Mais arrêtons-nous sur l’arêté (la vertu). Est-elle une science ? Même si les sophistes se targuent de l’enseigner sont-ils vertueux pour autant ? Et ceux qui seraient en mesure de l’enseigner (Périclès dont la vertu à Athènes n’est plus à démontrer) l’enseignent-ils à leurs enfants ? Force est de constater que les enfants d’hommes vertueux sont à la traîne. Faute de maîtres et de disciples, Socrate conclut que la vertu est plus près de l’opinion vraie et qu’elle nous vient du ciel par la théia moira (la faveur divine). Nous voilà dans le domaine de la divination qui, elle, nous arrive de Mésopotamie. Je me réserve à la fin de mon propos de vous dire quelque chose sur le lien entre la divination et le droit (mais sans doute Anne saurait-elle mieux le dire que moi).

De sorte que ce qui peut s’apprendre relève de l’universel et Lacan de nous dire :

« ... Tous les sujets là-dessus sont au même point de départ ; leur extension l’est d’une nature telle que cela leur suppose un passé infini, et donc probablement un avenir qui ne l’est pas moins... »

Depuis les siècles des siècles, l’âme a engrangé ce qui la rend capable non pas tant des connaissances que de savoir. L’idée de réminiscence vient de là, du savoir insu, et ça tire à conséquences.

Et l’opinion vraie qui est extraite par Socrate de cet être « pas marqué de concaténation », de quel ordre est-elle ? Socrate affirme, et Lacan le suit sur ce point, qu’elle est de l’ordre de la poésis (poésie).

Pour Lacan, dans toute question de savoir, il y a du sujet supposé savoir ; et c’est ce qui introduit la question du transfert. Il était là dans le Ménon et les autres dialogues socratiques, qui permettait à la divination de Socrate de susciter du savoir chez son interlocuteur par le seul pouvoir du logos. Il a été un précurseur de la psychanalyse et Lacan de se reconnaître dans son atopie.

Plus loin, il s’interroge si la conception mathématique de l’infini se trouvait quelque part comme sue depuis toujours ? Est-ce que l’inconscient de Freud répète l’inconscient de Jung ? Si Lacan revient avec insistance sur cette question, c’est que ce Socrate le tue avec son assurance en l’immortalité de l’âme alors que lui, Lacan, reste insatisfait par cette réponse qu’on peut aussi reformuler par rien de nouveau au soleil. Il dit :

« Il ne s’agit pas de savoir si l’âme existait avant de s’incarner, c’est simplement de savoir si cette dimension du sujet est quelque chose qui doit être en quelque sorte pré-établi en question sur le savoir. »

Il serait intéressant pour nous qu’Agnès nous dise quelque chose sur la différence entre postulat et axiome en mathématiques, même si tout un chacun pense en savoir quelque chose.

Avec l’enthousiasme qui le caractérise, Lacan se donne pour tâche d’extraire de l’expérience de Socrate avec l’esclave un savoir sur l’interprétation psychanalytique.

De la concordance point par point entre les questions de Socrate et les réponses de l’esclave, Lacan en fait un décryptage. Dans la dimension de l’analyse du transfert (qui pour Freud ne s’interprète pas mais se devine) ; l’interprétation fonctionne de ce qu’elle lie autrement une chaîne d’articulation signifiante. 

Mais elle peut aussi révéler un destin écrit à l’encre sympathique par l’incandescence de la trouvaille interprétative, par son caractère oraculaire.

Mais d’un éclair de lance, Lacan nous coupe nos ailes de papillon comme le comte Almaviva de ce fils Caron de malheur. C’est ni l’un ni l’autre, malgré les ailes des deux L que vous savez, qui au congrès de Bonneval avaient affirmé que c’est l’inconscient qui est la condition du langage, quand ne sévissait pas le versa de l’envers. Bien entendu c’est à l’envers comme dans ce fameux message de l’Autre (n’est ce pas Agnès ?).

C’est donc ni l’un ni l’autre, car ce foutu signifiant refuse à se fermer sur certains points où le sujet pourrait se poser comme sexué. Pour le malheur de Freud, l’interprétation par l’homosexualité se révèle ce qu’elle est : un fiasco ! Et heureusement que Freud n’a rencontré Schreber que dans un rapport textuel. Pourtant ce fameux complexe fraternel aura leurré le jeune Lacan du cas Aimée qui commence son analyse avec Loewenstein à l’occasion de cette rencontre avec cette fleur (Margueritte) qui l’aura marqué.

Bien que comme acting-out sans analyse le transfert soit là depuis toujours, le sujet qui entre en analyse fait référence au sujet supposé savoir mieux que les autres, même s’il ne l’identifie pas à son analyste comme d’aucuns le croient volontiers.

L’intervention de l’analyste se situe en suspens par rapport aux deux tentations, celle du décryptage par divination déductive et celle de révélation par divination inspirée, c’est-à-dire comme oracle. Sur ces deux types de divination, présents dans les textes mésopotamiens, je serai amené à en dire un peu plus par la suite.

Pour serrer de près sa pensée concernant la position de l’analyste, Lacan utilise la théorie du jeu car il s’agit à tout moment de la distribution des jetons sur les cases du jeu, les cases où il y a à parier comme il s’exprime.

Ce sujet supposé savoir, l’analyste va feindre que c’est tenable alors que dans son analyse, il aura fait l’expérience de son inconsistance, car ce n’est qu’à ce prix que quelque chose de la vérité du sujet sera touché.

L’acte psychanalytique consiste précisément en cette feinte par où cet acte se distingue d’un faire, pourquoi pas de la poésie puisque l’inventivité du sujet en analyse en sera stimulée. C’est donc du côté du psychanalyste que la déchéance du sujet supposé savoir sera consommée. Par sa feinte en acte, l’analyste se trouve dans un porte à faux vertigineux par rapport à ses présupposés : c’est dans l’au-delà de l’acte que le sujet retrouvera, renouvelée, la présence de l’analyste.

Quant à Winnicott, le self, objet privilégié par lui, l’amènera à cette psychose latente par laquelle c’est l’acte analytique qui sera désavoué. Car la position de l’analyste ne se détermine que d’un acte où il n’est pas sujet, acte qui n’est pas passage à l’acte, mais reste à la merci d’un acting-out. Dans la cure, l’acte de l’analyste porte fruit en termes de savoir.

Il revient à l’enseignement analytique de recueillir la somme de savoir déchaîné par cet acte qui gagne à ne pas être méconnu. Selon Lacan, c’est sa non-reconnaissance qui doit être tenue pour responsable des dérives dont témoigne la littérature psychanalytique.

Il y a une certaine analogie entre la position de l’analyste et celle du psychotique, en tant que tous deux constituent des pousse-au-transfert. Mais là où l’analyste incarne le sujet supposé savoir, le psychotique, lui, incarne un faire savoir ; et avec un sujet psychotique, le transfert consiste à être mis en position de témoin ou de secrétaire de l’aliéné.

Concernant la solution du passage à l’acte dans la psychose, il se peut qu’Anne veuille bien nous apporter l’éclairage du juriste et nous expliquer en quoi tuer la mère est un acte de parricide. Avant de terminer en citant quelqu’un qui était une référence pour Freud, propos que ne réfuterait Lacan (je rappelle que la réfutation socratique - elenchus - était un procédé qui consiste à montrer que la thèse avancée par l’interlocuteur le mettait en contradiction avec l’ensemble de ses croyances), je souhaite revenir sur la divination.

Selon Botero, cité par Catherine Muller, la lecture des traités de casuistique permet de distinguer deux sortes de divinations directement associées à des traités scientifiques, de médecine et de jurisprudence. La première, qualifiée d’inspirée et privilège des dieux, était synonyme de révélation surnaturelle ; la seconde, qui nous intéresse plus particulièrement, était celle sur laquelle s’appuyait le raisonnement humain... »

Nous pouvons faire le parallèle entre opinion et révélation d’une part, et savoir et divination déductive d’autre part. C’est toujours en termes de justice rendue que la divination déductive se formulait chez les mésopotamiens.

Selon Aulu-Gelle cité par le même auteur, il faut que le juge devine. « Dans certaines affaires où les juges ne peuvent s’appuyer ni sur des textes de loi ni sur des preuves tangibles, encore moins sur ce qu’ils ont appris, il faut deviner qui est le plus qualifié pour accuser. » En quelque sorte accusateur et accusé seraient nés ensemble solidaires et ne pourraient exister l’un sans l’autre.

Si l’on considère une cure analytique comme un procès, un même lien rattache l’analysant et l’analyste puisque dans le transfert l’analyste subit l’accusation de la parole analysante.

Dans « Introduction à la grammaire allemande » (Vorrede Zur Deutschen Grammatik), Jacob Grimm, cité par Catherine Muller, dit : « On méconnaît une magnifique disposition de la Nature, qui nous permet de sucer la parole avec le lait maternel et lui assure sa pleine vigueur sans que nous ayions à sortir de la maison paternelle. »

Voir en ligne : J. Lacan : Séminaire « L’acte psychanalytique ». Leçon du 29 novembre 1967 (gaogoa.free.fr)

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