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D. G. M. SCHREBER

Importance de la gymnastique médicale en général

Gymnastique de chambre : Préface et Introduction

Date de mise en ligne : mercredi 1er février 2006

D. G. M. Schreber, Gymnastique de chambre médicale et hygiénique, Cinquième édition (Traduite sur la 15e Édition allemande), Éd. G. Masson, Paris, 1867.
- Préface et Introduction.

GYMNASTIQUE DE CHAMBRE
MÉDICALE ET HYGIÉNIQUE
ou
Représentation et description
de mouvements gymnastiques
n’exigeant aucun appareil, ni aide
Et pouvant s’exécuter en tout temps et en tout lieu
à l’usage
des deux sexes et pour tous les âges
suivie
D’APPLICATIONS À DIVERSES AFFECTIONS
par
D. G. M. SCHREBER
Docteur en médecine et chirurgie, directeur de l’Institut orthopédique et médico-gymnastique, à Leipzig.
Cinquième édition
Traduite sur la 15e Édition allemande, Éd. G. Masson, Paris, 1867.

GYMNASTIQUE DE CHAMBRE
MÉDICALE ET HYGIÉNIQUE
Il y a pour l’homme plus de sécurité
et en même temps plus de dignité
à développer ou à acquérir la santé par son activité personnelle
qu’à l’attendre, quand il l’a perdue, des ressources seules de la nature
ou des remèdes des pharmaciens.
PRÉFACE
DE LA TREIZIÈME ÉDITION ALLEMANDE

Négliger ou dédaigner, comme étant de peu de valeur, ce qui est simple, naturel, ou se trouve à notre portée : telle est la tendance particulière à laquelle nous nous laissons aller maintes fois durant le cours de la vie : nous sommes généralement persuadés que nous ne pouvons trouver notre bonheur que dans ce qui est bien loin en dehors des limites qu’il nous est possible d’atteindre. Nous n’agissons pas autrement lorsque notre santé est en jeu. La Providence a déposé d’avance dans notre organisme les germes de forces et de facultés innombrables. Les développer conformément aux lois naturelles, en mettant en oeuvre nos efforts personnels pour favoriser ce développement et pour les utiliser, c’est remplir la clause fondamentale du but qui a été assigné à notre existence ; de sa réalisation, dépend la possibilité d’atteindre ce but le plus tranquillement possible, tandis que sa non-réalisation peut au contraire miner notre santé, le bonheur de notre vie, nos aptitudes et l’essor de notre esprit.

Les efforts qui ont été faits pour arriver à l’harmonie des forces inhérentes à l’organisme, tant entre elles que dans leurs rapports avec le monde extérieur, en les utilisant elles-mêmes d’après une méthode fondée sur des calculs bien précis et en restreignant le plus possible l’intervention des substances hétérogènes dites médicales, et qui se résument en une tendance vers ce qui est positif, simple et naturel, constituent le progrès le plus important, le triomphe de la thérapeutique de nos jours. Cette dernière s’est débarrassée du chaos de scories que la connaissance imparfaite de la nature et l’empirisme grossier des siècles antérieurs avaient amoncelé à sa surface.

Les forces motrices existant dans notre corps, qui n’ont exclusivement besoin que de notre volonté pour se manifester, peuvent, lorsqu’elles se développent et sont utilisées régulièrement, contribuer à préserver notre existence de mille perturbations aussi bien qu’à en éloigner un grand nombre, même lorsque nous en sommes déjà atteints. Pour faire profiter notre existence des effets réparateurs de ces actions thérapeutiques qui sont continuellement à la disposition de tous les hommes, il ne s’agit que de faire connaître d’une manière plus claire comment l’application doit en être faite et où elle doit l’être. Les indications que la solution de ces questions nécessite, sont du ressort du médecin et constituent le sujet de ce livre.

En exposant ce moyen dans lequel on ne doit chercher aucune action spécifique et mystérieuse, nous ne présentons pas à nos lecteurs un système créé artificiellement ; mais nous suivons seulement avec fidélité la voie de la nature qui ramène à la santé le corps devenu malade en y appliquant des procédés et des moyens identiques à ceux qu’elle utilise pour réaliser le développement du corps lorsqu’il est en bonne santé et le maintenir à cet état. Ce sont des formes de mouvement tout uniment naturels tels qu’ils se trouvent établis dans le mécanisme du corps humain, tels qu’ils sont clairement désignés d’avance par la conformation des articulations. Ces procédés de thérapeutique méritent donc en général d’être employés et recommandés, aussi bien pour arriver au développement normal du corps humain et pour le conserver en bonne santé que pour le guérir de certaines maladies. Ils sont en outre les plus rationnels et les plus praticables de tous, puisque chacun les porte toujours avec soi.

L’importance d’un système de mouvements corporels, répartis convenablement entre la généralité des organes du corps, bien pondérés, exempts de dangers sous tous les rapports, toujours faciles à exécuter et convenables pour toutes les circonstances, est assurément bien reconnue en thèse générale, bien qu’elle ne doive être appréciée probablement à son entière valeur que par les générations à venir. Un pareil système constitue la voie la plus conforme aux lois de la nature par laquelle la vie civilisée, dans ces progrès toujours de plus en plus élevés et conformes du reste à sa destination, peut être mise et maintenue d’accord avec les lois corporelles fondamentales de l’organisme humain, par laquelle l’entier développement de notre corps peut être perfectionné, amélioré et préservé des imperfections et des infirmités innombrables qui peuvent l’atteindre, et par laquelle le développement de notre esprit peut être établi sur les bases qui lui sont indispensables.

Ces formes de mouvement embrassent l’ensemble de la musculature de tout le corps et sont réunies dans ce livre de manière à présenter un système de cette gymnastique simple, franchement active, que l’on désigne, d’après son origine, sous le nom de gymnastique allemande, pour la distinguer de la gymnastique suédoise qui présente seulement une demi-activité et qui consiste, dans la plupart des cas, en mouvements de résistance compliqués sans utilité et exécutés seulement avec l’assistance d’autres personnes, on d’attitudes dénuées de mouvements.

Le lecteur nous excusera de l’étendue que nous avons donnée en quelques points à notre exposition. Cette étendue a sa raison d’être dans la tendance franchement pratique de notre écrit, en face de laquelle une clarté complète, même pour ceux qui n’ont aucune expérience du sujet, doit primer toute autre considération Puisse cet écrit produire du bien et remplir ainsi le voeu sincère de l’auteur !

INTRODUCTION
Importance de la gymnastique médicale en général
Pour que la vie de l’esprit soit en pleine prospérité, le corps doit conserver la force.

L’homme est un être double formé de l’union intime, merveilleuse, d’une nature spirituelle et d’une nature corporelle. Il est destiné à se maintenir à l’état d’activité dans deux sens, s’il veut faire un complet usage de ses forces spirituelles et de ses forces corporelles. La paresse de l’esprit et l’inaction du corps aspirent vainement à l’entière jouissance du bien-être spirituel et corporel. Une vie douce est uniquement la récompense de l’activité. L’absence de cette dernière détermine la diminution de force dans les organes, le dérangement dans les fonctions, les maladies, et enfin une mort prématurée. De même que toutes nos forces, utilisées dans une certaine mesure, s’élèvent et se maintiennent à un certain degré d’intensité, de même, par le manque d’exercice, elles dépérissent et
disparaissent entièrement avant l’heure fixée par les lois de la nature.

Ces vérités sont reconnues par tout le monde, et néanmoins nous nous mettons, dans un nombre excessivement grand de cas, en contradiction avec elles. Beaucoup de gens, ne remplissant qu’un seul coté de leur tâche, concentrent toute leur force sur le développement de l’activité de leur esprit et oublient les exigences de la portion de leur tâche qui regarde le corps : cette faute se relie indubitablement aux progrès de la civilisation et au raffinement des rapports sociaux, sans cependant en être une conséquence indispensable. D’autres veulent jouir sans chercher à mériter en aucune manière cette jouissance par le bon emploi des forces qui leur ont été données. Notre nature ne se laisse jamais dominer, et, quand on se met en contradiction avec elle, elle nous punit, quelquefois même très-durement. C’est surtout la nature matérielle qui se montre sévère dans ses jugements contre les infractions à ses lois.

Développer le corps et, lorsque ce dernier est développé, mettre en oeuvre les forces qui y existent, est une loi qui peut seule maintenir dans un état salutaire d’activité la transformation et le renouvellement de la matière organique, conditions fondamentales de l’acte vital et dont les infractions ont attiré et attirent encore continuellement mille infirmités sur le monde. Pleins de cette vérité, les médecins de tous les temps ont posé en principe que des mouvements corporels bien ordonnés devaient être considérés comme une condition indispensable de la conservation, et même, sous certains rapports, du rétablissement de la santé. On conseille à ceux que la nature de leur profession astreint à l’inaction, d’exécuter, tantôt une nature de mouvement, tantôt une autre : marche, promenade à pied, équitation, escrime, travaux de jardin, ou tous autres travaux corporels exigeant une grande dépense de force. Ces mouvements, en tant qu’on a l’occasion de s’y adonner, méritent bien en général d’être recommandés ; mais, ou bien ils se bornent trop à un seul point, ou bien, ce qui est le point principal, ils ne sont presque accessibles qu’à un petit nombre de personnes, et encore momentanément, et ne peuvent pas être considérés comme un moyen suffisant de compensation. Il faut donc presque toujours forcément se borner à la marche méthodique comme au seul expédient applicable en tous lieux et d’une manière durable. On sent bien que cet exercice, lorsque seul il doit satisfaire aux besoins lu corps, surtout dans toute la période où nous sommes encore dans la force de l’âge, est beaucoup trop borné à un seul point et doit être insuffisant [1]. Cette compensation de la marche, si insuffisante pour répondre aux besoins de mouvement de nos organes, ne serait-elle pas toujours de moins en moins facile à exécuter ? En effet, par suite des progrès réguliers de notre état de civilisation, les exigences de développement et d’activité de notre esprit augmentent de plus en plus et réclament du temps, de l’attention et la totalité de nos efforts. Aussi, pour le plus grand nombre, non seulement la pensée, mais même le temps manquent-ils pour entreprendre en plus des occupations de leur tâche journalière une marche de plusieurs heures qui serait en outre sans but. L’absence de proportion entre les exigences de la vie de l’esprit et de la position d’une part et les nécessités de la vie corporelle d’autre part, ressort pour un grand nombre de personnes d’une manière toujours de plus en plus évidente et présente des conséquences de plus en plus sérieuses.

On a donc cherché, pour établir l’équilibre, un procédé artificiel, méthodique, d’une pondération convenable. L’élévation graduelle du niveau de la culture de l’esprit réclame néanmoins aussi, comme condition fondamentale du bon succès de ses progrès ultérieurs, un degré de culture du corps qui soit plus élevé et qui soit mis en harmonie avec le degré de la culture de l’esprit : en effet, pour que les fleurs et les fruits de l’arbre de vie de l’esprit puissent prendre de la force et devenir meilleurs, il faut que les racines soient dans un état convenable. De même que l’homme, arrivé à un degré élevé de civilisation, par comparaison avec l’homme à l’état primitif, ne peut plus se borner à recevoir directement et positivement le boire et le manger des mains de la nature et s’en fier à cette même nature pour satisfaire à ces besoins, de même il ne lui importe pas non plus seulement de s’en remettre au cours de la vie de la satisfaction des autres besoins physiques, mais il doit en poursuivre la nature essentielle jusque dans ses fondements, se les approprier et se les accommoder par ses méditations personnelles et son travail individuel d’une manière plus conforme aux lois de la nature, par conséquent transformer le naturel inconscient et grossier en naturel conscient et perfectionné. Plus la vie s’élève au-dessus de l’état brut et inconscient de la nature, plus aussi l’esprit humain, qui, suivant sa destination, se développe toujours à un degré de plus en plus élevé et avec plus de liberté, choisit et doit choisir les conditions fondamentales de son existence sous l’oeil de la science et de la méthode, plus les besoins physiques indispensables d’une harmonisation consciente devront être subordonnés aux lois naturelles toutes-puissantes et aux problèmes les plus élevés de l’existence. C’est seulement ainsi que l’homme peut se conformer aux lois de la nature d’une exécution si variable selon le cours du développement de la vie et les exigences de l’époque où on se trouve, et se préserver de la violation de ces lois et de ses conséquences qui nous apportent tant de maux. Telle est l’origine de la gymnastique actuelle, exercice musculaire basé sur le développement du corps et la conservation de la santé. Elle constitue donc un moyen d’arriver à un degré plus élevé de culture physique, qui a sa raison d’être dans le cours du développement de la vie et qui est tout à fait conforme aux lois de la nature : pour obtenir un pareil résultat, le mode ordinaire de mise en activité des muscles, la gymnastique inconsciente et occasionnelle, est trop essentiellement incomplet et est en outre mesuré trop parcimonieusement à l’homme dans la plupart des cas par rapport à ces fonctions.

Nous n’avons à nous occuper de la gymnastique qu’en tant que procédé heureux d’arriver à des résultats médicaux, soit qu’elle permette de remédier à certaines maladies et à certains états défectueux et imparfaits de l’organisme et constitue la gymnastique thérapeutique, soit qu’elle aide à s’en préserver et devienne alors la gymnastique hygiénique.

Ces deux branches de la gymnastique embrassées dans leur ensemble forment la gymnastique médicale.

GYMNASTIQUE THÉRAPEUTIQUE. - Dans le principe, la gymnastique thérapeutique n’était utilisée que dans certaines affections chroniques apyrétiques dont l’origine pouvait se déduire logiquement d’un manque de mouvement corporel suffisant. Mais on a reconnu bientôt que sa sphère d’action s’étend encore plus loin et qu’elle peut être appliquée aussi à quelques autres états morbides qui ne se rattachent pas directement au genre d’affections que nous venons de citer. Il ne faut pourtant pas se fourvoyer en allant aussi loin que certains partisans trop enthousiastes de la gymnastique thérapeutique qui l’élèvent au rang d’une panacée universelle tenant du miracle et émettent l’opinion qu’il n’y aurait plus, auprès d’elle, aucun mode de médication qui pût être bon. Avec un organisme d’une nature aussi profondément compliquée que l’organisme humain, avec ses relations vitales et avec la variété infinie d’états morbides qui en résulte, il n’y a pas et il ne peut pas y avoir de panacée universelle, ni de mode universel de médication. Mais, si la gymnastique thérapeutique est maintenue franchement dans ses limites spéciales et est considérée comme venant, dans son ensemble et dans ses applications, s’associer étroitement à la thérapeutique, toute personne exempte de préjugés se sentira forcée d’y reconnaître un moyen auxiliaire de médication qui, dans maintes occasions, est vraiment impossible à remplacer, et une acquisition importante qui est venue enrichir la thérapeutique.

Pour donner les vraies bases au jugement à émettre sur l’essence de la gymnastique thérapeutique en général, pour pouvoir apprécier exactement le mouvement corporel comme moyen thérapeutique, nous devons nous représenter au moins dans ses traits les plus généraux l’importance physiologique des organes du mouvement, du système musculaire, le rôle que ce système joue dans l’économie de l’ensemble de l’organisme.

La coordination de notre organisme est basée sur l’entière activité de toutes ses parties et de tous ses organes. Pour que l’homme puisse donc se développer conformément à la destination de sa nature et puisse se maintenir à l’état normal, c’est-à-dire à l’état de santé, une activité corporelle et spirituelle qui corresponde à la mesure de ses forces individuelles est absolument nécessaire. Mais l’entière activité du corps (mouvements, actions musculaires) est encore bien plus indispensable que l’activité de l’esprit, comme on le reconnaîtra avec encore plus d’exactitude dans ce qui suit.

L’ensemble de la vie organique repose sur un renouvellement incessant de la matière, sur une élimination de ce qui a vieilli, de ce que l’acte vital a rendu impropre à être utilisé et sur l’assimilation d’une nouvelle quantité de matière organique sous une forme convenable dont le corps puise les éléments dans le sang et dans l’air inspiré. Au foyer des transformations de la matière s’allume continuellement la flamme de la vie depuis la première pulsation jusqu’à la dernière. Par suite, plus ce renouvellement de la matière, cette transformation des matières vieilles en matières plus fraîches est activée, surtout dans l’étendue de ses limites particulières, différentes dans tous les cas pour chaque individu, plus la vie devra gagner en fraîcheur, en force et en durée. Aussi, pour que notre corps se porte bien, ii est nécessaire que ses molécules constituantes se renouvellent, se rajeunissent continuellement. Tout dérangement dans cet ordre de phénomènes, s’il ne se trouve pas rapidement compensé, produit la souffrance, la maladie, la mort. Une consommation insuffisante de matière et une élimination insuffisante des molécules de matière qui, ayant servi, ne sont plus bonnes à rien et ne doivent pas, comme cela se produirait alors, séjourner trop longtemps dans le corps, qui se résument en une absence d’équilibre entre l’assimilation de substance et la consommation de substance, constituent une des causes premières les plus générales des anomalies que l’on observe dans le développement et la prolongation de l’acte vital, et l’affaiblissement persistant de la force de rajeunissement des organes, qui peut être causé aussi bien par une consommation insuffisante que par une consommation excessive, et par suite épuisante, de force et de matière, est la cause première de la vieillesse prématurée. Mais la stimulation du renouvellement de la matière et du rajeunissement des organes est déterminée en général par l’activité des organes du corps aussi longtemps qu’elle reste dans un rapport convenablement réglé avec le temps de repos.

Le système musculaire est assurément à beaucoup près le plus volumineux de tous les systèmes du corps humain, et la substance musculaire, la chair, est du nombre de ces tissus organiques qui, par leur activité bien appliquée, celle des mouvements corporels, produite par la contraction des fibres musculaires, possèdent au plus haut degré la faculté de transformer, de renouveler leur substance. Aussi, par cette double raison, le système musculaire, plutôt que tout autre système d’organes corporels, doit-il être apte, lorsqu’il est en pleine activité, à favoriser la transformation de la matière de la manière la plus rapide, la plus puissante et la plus complète, par conséquent à donner à l’acte vital en général une impulsion favorable, conforme aux lois de la nature, à déterminer une régénération et un rajeunissement de la masse du sang et des liquides du corps, et par suite un accroissement de l’énergie de l’ensemble du phénomène vital. En effet, comme le sang est la source commune à laquelle toutes les parties du corps puisent leur nourriture, l’afflux du sang en abondance, l’ensemble de la circulation du sang qui agit aussi mécaniquement par l’action du refoulement des liquides en circulation combiné avec la contraction des muscles, la sanguification, le mélange du sang, par suite aussi l’ensemble des actions digestives, l’acte de la respiration, tous les procédés d’élimination, en un mot, tout ce qui, dans l’organisme, est en mouvement, doit, en même temps que l’activité musculaire, recevoir par effet rétroactif un haut degré d’impulsion. De là doivent résulter la multiplication et l’augmentation de force des battements du coeur, des mouvements respiratoires, inspiration et expiration, du développement de la chaleur, et, pour une activité musculaire persistante, l’appétence considérablement plus forte du boire et du manger, l’augmentation de l’élimination de la sueur et de l’urine, l’obtention d’un sommeil plus profond, plus réparateur comme conséquence, et enfin l’avantage persistant d’une plus grande tendance à se sentir capable et d’une meilleure aptitude à supporter les atteintes rigoureuses de toute nature, du chaud, du froid, de la faim, de la soif, de la privation de sommeil et des autres influences perturbatrices de notre organisme, ainsi que d’une plus grande force de résistance à l’invasion des maladies dominantes de toute espèce. Il a été démontré par des déterminations et des investigations physiologiques qu’un homme chez lequel les muscles sont continuellement en activité, voit la masse pondérale de son corps se renouveler complètement en quatre ou cinq semaines environ, tandis que, pour un homme dont le corps est inactif, un espace de temps de dix à douze semaines au moins est nécessaire, bien que toutes les autres conditions se trouvent du reste pareilles dans les deux cas. La substance constitutive des muscles devient du reste, par un puissant exercice, plus pleine, plus compacte, plus rapide, tandis que les couches inutiles de graisse et de tissu cellulaire empreint de flaccidité disparaissent.

S’il est donc prouvé que l’activité musculaire est, d’après les lois de la nature, l’agent le plus convenable de l’élimination rapide des principes du sang devenus vieux, impropres à l’entretien du corps, susceptibles de dégénérer en matières morbides, de s’accumuler sous cette forme et de rester déposés dans le corps, et de leur remplacement par des principes nouveaux pleins de vie, il se comprend de soi-même que l’activité musculaire, en nous préservant de cette accumulation et de ce séjour prolongé, aussi bien qu’en y mettant fin lorsqu’ils existent déjà, peut amener la guérison des maladies qui en dérivent. Il ne faut assurément pas oublier ici que, pour atteindre complètement le but hygiénique, il est absolument besoin d’appeler à son aide la régularisation complète de toute la manière de vivre, de tout le régime, et, très fréquemment aussi, les ressources de la médecine ; mais il n’en est pas moins vrai qu’une activité musculaire bien proportionnée à l’individu est, pour la thérapeutique, un des leviers les plus essentiels et les plus conformes aux lois de la nature. On peut citer notamment, parmi les maladies auxquelles les observations précédentes s’appliquent, les maladies chroniques du bas-ventre, si ordinaires dans un âge avancé, avec tout le cortège des infirmités si variées qui en sont 1a conséquence, les digestions difficiles, la constipation, les engorgements du foie, de la rate, de la veine porte, la céphalalgie qui en résulte, l’hypochondrie dite matérielle, la mélancolie, etc., etc., ainsi que les affections du jeune âge qui proviennent d’une sanguification imparfaite ou vicieuse, comme la pauvreté du sang (anémie), les maladies scrofuleuses, etc., etc., etc. - Le traitement gymnastique de ce groupe de maladies peut encore être favorisé par une action thérapeutique directe du mécanisme des membres qui se rattache à la gymnastique spéciale des muscles du bas-ventre et sur laquelle nous reviendrons bientôt. Nous devons encore citer ici, comme appartenant au même ordre d’idées, une autre action mécanique que tout mouvement général des articulations exerce sur l’animation de l’ensemble de l’activité de la peau, si importante pour la santé, et que nous devons considérer comme n’étant pas de peu de valeur. Nous voulons parler de cette friction légère, si salutaire à la santé, que les vêtements, même lorsqu’ils sont un peu larges, opèrent sur la peau des différentes parties du corps lorsqu’elles sont en mouvement.

À un autre point de vue physiologique, l’activité musculaire peut encore exercer une action salutaire importante par la relation intime et l’action réciproque qui relie le système musculaire au système nerveux, c’est-à-dire les nerfs des muscles (nerfs moteurs) aux nerfs de la sensibilité. C’est sur l’état absolument normal de notre système nerveux dans toutes ses parties que repose évidemment en premier ressort notre entier bien-être physique et moral. Il paraît importer tout particulièrement que l’état d’irritabilité et l’état d’activité de ces deux parties du système nerveux se contre-balancent. L’une des parties ne peut dépasser le point d’équilibre qu’en se développant aux dépens de l’autre, et c’est seulement à ses dépens à elle-même que l’équilibre peut être rétabli. C’est sur cette relation de ces deux parties du système nerveux que s’appuie cette réaction d’une activité musculaire bien proportionnée à l’individu qui fortifie en excitant l’irritabilité et qui, dans la surexcitation du système nerveux, exerce une influence dérivative si bienfaisante, allège cette surexcitation, compense la tension morbide des nerfs et par suite rassérène l’esprit. Cette activité musculaire sera donc entre les mains du médecin un moyen souverain ou au moins un moyen auxiliaire indispensable pour la cure des paralysies musculaires, de l’affaiblissement ou du défaut d’irritabilité du système nerveux, de l’hypochondrie et de l’hystérie nerveuse, des pollutions morbides débilitantes, des maladies mentales, de certaines maladies chroniques spasmodiques, notamment de la chorée, de l’épilepsie, etc., etc.

Un avantage accessoire qui, pour l’esprit, n’est pas d’une médiocre importance et dont on doit tenir compte, c’est que, en appliquant régulièrement toute sa volonté à l’exécution des manifestations effectives de l’activité corporelle, en surmontant avec persévérance le manque d’énergie et la paresse corporels, on arrive comme conséquence forcée, psychologiquement parlant, à la domination normale de la partie spirituelle de notre individu sur la totalité de la partie corporelle, à une augmentation de la force de volonté et de la force d’action en général, à la fermeté du caractère, à la force de supporter les adversités de la vie, à la persévérance ; ainsi se trouve vaincu cet ennemi moral si dangereux contre lequel vient échouer, dans beaucoup de maladies chroniques, le traitement corporel même le mieux choisi.

Enfin, l’influence que l’activité musculaire peut exercer sur l’augmentation de la solidité des os et des ligaments articulaires, et même, en général, sur les relations de forme de certaines parties du corps, peut être utilisée par la thérapeutique et produire des effets auxquels aucun autre moyen ne pourrait suppléer. La construction du squelette et la disposition des muscles dans le corps humain, surtout dans le tronc, sont telles que l’attitude, la forme du corps et les relations de convexité dépendent essentiellement du degré de développement et de tension des divers faisceaux de muscles. Cet ordre d’idées s’applique surtout à la partie supérieure du tronc, à la partie thoracique. Un grand nombre d’affections pathologiques proviennent essentiellement de l’absence de proportion dans la capacité des cavités thoracique et abdominale et de l’influence si grande que ce manque de proportion exerce sur les organes, si importants pour la vie et la santé, qui sont disposés dans ces deux cavités. Ce fait s’explique facilement : il ressort clairement de ce que, pour toute une grande classe d’individus, les muscles moteurs des bras, qui sont les plus puissants et qui, placés tout autour de la poitrine, influent, par suite, essentiellement sur sa forme et sa capacité, ne sont presque jamais portés à l’état de pleine activité (voir plus loin). Si l’on veut procurer alors aux organes comprimés, gênés ou lésés par une action mécanique quelconque, la possibilité de revenir à leur liberté normale d’allure et de fonctionnement, ou si, dans le cas où cet heureux résultat est impossible à obtenir, on veut ménager à l’organe un allégement partiel de l’incommodité qui pèse sur lui, la première et la plus essentielle des conditions à remplir, pour arriver au but, est naturellement l’amélioration de l’absence de proportion dans la capacité et dans la forme de l’organe. La pratique d’une gymnastique bien adaptée à chaque individu se présente comme étant la seule voie qui puisse nous permettre d’arriver à un bon résultat. Pour affermir la cage osseuse de l’organe dans de meilleures conditions de forme et de capacité, nous cherchons, dans ce cas, à utiliser l’action des muscles, l’extension mécanique qu’ils déterminent, ou la compression qu’ils exercent, tantôt sur quelques points particuliers, tantôt sur l’ensemble du tronc, surtout dans la partie thoracique, de manière à opérer une dilatation ou un aplatissement. À ceux qui pourraient encore douter de la possibilité d’arriver en général par ce moyen à une modification des conditions de forme et de capacité de ta cage osseuse du thorax, je ferai remarquer que, par des mensurations que j’ai faites moi-même, je suis arrivé fréquemment à trouver, après un exercice de quelques mois seulement, même chez l’homme adulte, une augmentation de la périphérie du thorax de 4 à 5 centimètres, déduction faite de l’augmentation de la quantité de chair musculaire. L’augmentation considérable dans le cubage de la cavité thoracique elle-même qui en résulte peut être facilement déterminée par le calcul.

GYMNASTIQUE HYGIÉNIQUE. - La gymnastique n’a été jusqu’ici l’objet de notre examen qu’en tant qu’elle opère les effets thérapeutiques proprement dits. Mais la nécessité d’une propagation plus générale de la gymnastique hygiénique, c’est-à-dire de la gymnastique qui préside au maintien de la santé, de la gymnastique préventive, par conséquent, de celle qui ne vise plus à nous guérir d’affections déjà existantes, mais à nous en préserver, saute tout à fait clairement aux yeux, lorsqu’on jette un regard scrutateur sur la vie corporelle ordinaire de ces hommes que l’on peut dire privés de mouvements (sédentaires) et qui, presque tous, appartiennent aux positions élevées.

Si nous comparons, en effet, la somme de mouvements qu’ils exécutent avec la proportion moyenne d’un mouvement corporel ordinaire quelconque, que l’on doit admettre comme véritablement convenable à la santé [2], nous reconnaîtrons de prime abord non seulement que la somme et l’intensité de leur quantité ordinaire de mouvement restent bien au-dessous de la moyenne normale, mais aussi que la nature des mouvements est excessivement bornée et tout à fait insuffisante. Lorsque la marche est presque le seul mouvement corporel dont il soit possible de tenir compte, il se trouve quatre groupes de muscles qui exercent une grande influence sur l’ensemble de l’acte vital dont le développement est négligé et dont nous laissons le dépérissement se produire ; ce sont : 1° les muscles des épaules ; 2° les muscles du thorax, ces deux groupes, à cause du manque d’activité des bras ; 3° les muscles de l’abdomen ; 4° les muscles du dos, ces deux derniers groupes de muscles à cause du manque de mouvement du tronc.

1 et 2. Importance de l’activité des muscles des épaules et du thorax. - Les muscles qui sont disposés autour des épaules et du thorax ont pour destination aussi bien de présider à l’exécution des mouvements des bras que d’opérer l’extension et la contraction rythmique des parois du thorax, qui constitue le mécanisme de l’acte de la respiration. Or, du bon état de la respiration dépend la circulation du sang dans les poumons ; par conséquent, cette transformation du sang en un sang plus riche, qui est d’une nécessité indispensable pour l’entretien de la vie, cette revivification chimique du sang, qui consiste en un échange de matière entre le sang et l’air atmosphérique. Sans respirer, l’homme ne peut pas exister une minute, mais il peut vivre plusieurs jours sans manger ni boire. L’énergie de l’ensemble de l’acte vital est en proportion directe de la puissance de l’acte respiratoire. Par le manque de mouvement en général, et surtout par le manque de mouvement des bras, la respiration devient plus faible et incomplète. La charpente osseuse élastique de la paroi du thorax ou bien n’arrive plus alors à son entier développement et à sa largeur normale, ou bien la poitrine se rétracte peu à peu. On voit, avec le temps, se produire les germes de maladies des poumons (phtisie, etc., etc.) et du coeur, qui mettent la vie en danger, et un grand nombre de perturbations de l’ensemble de la nutrition qui sont toutes des conséquences d’une inspiration insuffisante d’oxygène ; nous citerons les affections qui proviennent d’une stagnation du sang et des humeurs, la goutte, la production des calculs (lithiasie, etc., etc.). Il n’est donc pas suffisant de nous inquiéter de l’état de pureté de l’air inspiré ; mais nous devons avant tout avoir bien soin que l’air pur puisse pénétrer en quantité convenable dans nos poumons. Nous ne pouvons atteindre à ce résultat qu’en incitant dans leur pleine puissance d’activité ceux de nos muscles qui président à la respiration. Un individu d’une respiration puissante pourra, bien plus longtemps qu’un individu d’une respiration faible, se maintenir à l’abri des inconvénients de vivre dans un air moins pur, parce que, dans l’ensemble de l’air inspiré, bien que pauvre en oxygène, le premier trouvera toujours, plus longtemps que le dernier, la quantité de gaz oxygène dont il a besoin. Cela est très important, par la raison que nous ne pouvons pas toujours accomplir l’acte de la respiration dans un air absolument pur, dans un air riche en oxygène [3].

3. Importance de l’activité des muscles de l’abdomen. - Les muscles de l’abdomen constituent presque périphériquement cette paroi molle de l’abdomen qui se trouve entre les côtes et l’os iliaque. Cet appareil musculaire, en partie charnu, en partie tendineux, peut, par ses contractions dont la mise en oeuvre est abandonnée au libre arbitre de la volonté, seconder et ranimer les fonctions des organes du bas-ventre (digestion, circulation des liquides, élimination des excrétions, accouchement, etc., etc.), aussi bien que maintenir la position normale respective des organes du bas-ventre et préserver ces mêmes organes dans les mouvements violents du corps, dans les manifestations de la force corporelle et dans les efforts de résistance. Les muscles de l’abdomen ont en outre leur part d’activité dans l’expiration, par conséquent dans la production de la parole, du chant, du cri, du rire, de la toux, et dans les différents mouvements du tronc. Il est donc facile de voir quelles nombreuses conséquences nuisibles peuvent avoir, à beaucoup de points de vue, le défaut de développement et le relâchement des muscles de l’abdomen, et comment le peu d’énergie et la cessation de toutes les fonctions du bas-ventre, la production de hernies et, chez le sexe féminin, la difficulté des accouchements et de leur suite, peuvent se rattacher par un lien direct aux mêmes causes.

La digestion et la respiration sont les deux actes les plus importants de la vie animale. La première procède à la préparation du sang au milieu des aliments ; la seconde l’améliore, le perfectionne jusqu’à ce qu’il soit arrivé à un degré de vitalité tel qu’il puisse entretenir le rajeunissement organique, la transformation normale de la substance du corps humain, condition fondamentale de la vie et de la santé. Ces deux fonctions doivent, tant isolément l’une par rapport à l’autre, que toutes deux ensemble lorsqu’elles se trouvent en face des besoins de l’ensemble de l’organisme, être maintenues dans une bonne harmonie relative. Le maintien de cette harmonie constitue dans sa plus grande généralité le but que tous les efforts de la médecine doivent tendre à résoudre. Nous devons seulement observer que la haute importance de l’acte respiratoire pour la santé et par conséquent la nécessité de développer et de maintenir en bon état les muscles respiratoires n’a pas encore été jusqu’ici toujours assez généralement reconnue.

4. Importance de l’activité des muscles du dos. - Les muscles du dos servent à l’extension, au redressement et au maintien de la rigidité ainsi qu’à l’exécution des flexions latérales de la colonne vertébrale, et par conséquent de tout le tronc, et concourent aussi à l’inspiration et à l’expiration. Leur bon état et leur puissance d’action exercent donc sous plusieurs rapports une sérieuse influence sur l’ensemble de l’acte vital. La faculté de se maintenir avec persistance debout dans la situation verticale, faculté que possède le tronc et qui dépend de l’intensité d’action des muscles du dos, est très importante pour le libre accomplissement des fonctions des organes de la poitrine et du bas-ventre qui, lorsque le tronc est maintenu longtemps courbé et baissé, souffrent toujours essentiellement, aussi bien que, tout spécialement dans le jeune âge, pour le maintien d’une forme du dos et de tout le corps qui soit exempte d’imperfections. Les défectuosités dans l’état et dans l’activité de ses muscles sont les causes d’où dérivent la plupart des déviations de la colonne vertébrale. Mais sous d’autres rapports encore, l’état de la force et de l’activité des muscles du dos exerce une influence générale d’une grande importance, notamment : 1° parce que la colonne vertébrale forme, dans la ligne médiane du corps, le point d’appui et le point de départ des autres mouvements du corps dont l’intensité de puissance dépend plus ou moins de la tension dès muscles du dos ; 2° parce qu’une puissante mise en activité des muscles du dos est, suivant toute probabilité, la voie la plus directe, par suite du rapprochement organique des nerfs et des vaisseaux sanguins, pour fortifier la moelle épinière, et par conséquent aussi pour donner de la force aux actions réflexes normales et pour prévenir les actions réflexes anormales, ainsi que les tensions et les excitations morbides du système nerveux ; elle a aussi pour conséquence une plus grande aptitude à supporter facilement les influences extérieures et en outre celles qui peuvent engendrer des maladies : elle leur oppose une force générale de réaction plus intense. Une moelle épinière puissante, pleine d’une vigueur toujours nouvelle, constitue un des moyens les plus essentiels de se garantir contre l’affaiblissement et l’irritabilité générale, contre ces nombreux ennemis de notre existence qui affectent des formes si variées, l’hypochondrie, l’hystérie, etc., etc.

Un coup d’oeil attentif sur les conditions ordinaires de santé des individus sédentaires confirme la vérité de ce que nous venons de dire, et établit un lien facile à expliquer entre le plus grand nombre des phénomènes morbides auxquels ils sont sujets.

Ou bien, le manque de mouvement, ainsi que cela arrive si fréquemment, exerce déjà son influence dans la jeunesse, et le corps n’arrive pas à son complet développement normal. Il reste défectueux et imparfait, soit en ce qui concerne st forme, soit en ce qui concerne ses fonctions vitales. Il n’arrive pas à cet épanouissement puissant qui se produit sans être aucunement troublé dans sa marche ascendante. Un appauvrissement général du sang ou bien un mélange vicieux de liquides de qualités différentes entourent la vie du jeune âge d’une chaîne de maladies innombrables : les influences du monde extérieur affaissent facilement la jeune plante ; des maladies sérieuses, qui attaquent surtout les organes de la poitrine, menacent la vie à l’époque de sa floraison.

Ou bien, le manque de mouvement vient s’associer seulement dans certaines circonstances à la vie de l’homme adulte. La plénitude de la force de la vie dans sa fleur triomphe bien souvent pendant quelque temps des inconvénients que cela présente et empêche que l’absence de satisfaction de ce besoin naturel ne ressorte d’une manière nettement appréciable à nos sens. Mais il n’en est généralement ainsi que jusqu’au milieu de la vie. Sinon plus tôt, du moins à partir de ce moment, on voit se produire, sans que, dans la plupart des cas, on sache d’où ils proviennent, ces phénomènes morbides d’un ordre ou d’un autre, inconnus jusque-là, et surtout ces maladies dites de la période moyenne de la vie [4] : le ban et l’arrière-ban des affections chroniques du bas-ventre, les accidents hémorroïdaux, les congestions sanguines, les signes précurseurs de la goutte, les importunités de l’asthme, l’hypochondrie, l’hystérie, la mélancolie, les phénomènes de la paralysie, les attaques d’apoplexie, etc., etc. Heureux celui qui comprend les premiers avertissements de la nature réclamant ses droits et qui en tient compte ! En effet, prévenir est plus facile que guérir. Lorsque nous voulons attendre pour penser à notre corps qu’il nous ait rappelé son existence par les atteintes de la douleur et de la maladie, il est souvent trop laid. Notre corps est un bien confié à notre garde et à nos soins prévoyants. Souvent aussi les effets les mieux combinés de la thérapeutique se heurtent contre les limites au delà desquelles il ne reste que la résignation.

Tel est en traits rapides le panorama dont la vie nous présente un nombre infini de reproductions de formes variées. Nous ne nous trompons assurément pas en accusant l’absence de mouvement d’être, non la seule cause originaire, mais l’une des causes originaires les plus essentielles d’où dérivent tous les ennemis de notre existence compris dans l’ensemble de ce panorama [5]. Nous y reconnaissons facilement le besoin indiscutable d’une gymnastique hygiénique pour tous ceux chez qui les relations de la vie ne permettent d’ailleurs presque aucune autre activité musculaire que le simple exercice de la marche. Si parfois quelques individus restent exempts du lourd fardeau des maux occasionnés par l’absence de mouvement, les inconvénients de cette absence se font sentir, dans tous les cas, par une vieillesse prématurée et un affaiblissement prématuré des forces, par la tendance du corps à se courber et à s’affaisser, par la propension des articulations à s’ankyloser, par l’absence générale de force, etc., etc. Lorsque le genre de vie est tant soit peu normal, l’âge de 60 à 70 ans n’entraîne aucune décrépitude. Chez les individus qui ont maintenu leurs muscles dans une activité convenable et qui ont du reste vécu en se conformant aux lois de la nature, une pleine vigueur à un âge de 70 à 80 ans ne doit pas être considérée comme une rareté digne d’étonnement. Que la modération, la régularité et le contentement de soi-même président à notre vie, ce sont en trois mots les avertissements que nous crie la philosophie de l’hygiène (de la santé), et dont la mise en pratique nous promet une heureuse vieillesse. Ils s’accordent de la manière la plus complète avec le précepte de la philosophie éthique de la vie :

« Arrive par la lutte à un complet empire sur toi-même, sur tes faiblesses et tes défauts corporels et intellectuels. Entreprends avec courage cette lutte (sapere aude !) [6], en te persuadant bien que, quel que soit le degré de l’échelle de la vie auquel tu puisses te trouver, il n’est jamais trop tard, et reste infatigable dans les efforts que tu fais pour atteindre celte vraie liberté (interne), cette amélioration de toi-même. C’est ainsi que, dans les limites qui ont été imposées à la vie terrestre par la main puissante qui préside à tes destinées, tu arriveras de triomphe en triomphe jusqu’au dernier terme de la vie, avec la conscience satisfaite d’avoir rempli dignement la tâche de ta vie. »

En effet, dans la pratique sincère de ces deux préceptes, le précepte hygiénique et le précepte éthique, réside tout le secret du plus difficile, mais aussi du plus noble et du plus important de tous les arts, l’art de la vie, c’est-à-dire l’art de vivre normalement.

P.-S.

Texte établi par PSYCHANALYSE-PARIS.COM à partir de l’ouvrage de D. G. M. Schreber, Gymnastique de chambre médicale et hygiénique, Cinquième édition (Traduite sur la 15e Édition allemande), Éd. G. Masson, Paris, 1867.

Notes

[1Pour s’assurer jusqu’à l’entière évidence combien la marche ordinaire est insuffisante en quantité comme moyen hygiénique pour les personnes qui, du reste, sont sédentaires, il suffit de la comparer avec la somme des mouvements journaliers que des personnes même peu fortes exécutent avec facilité pendant plusieurs semaines, en faisant dans les montagnes des courses peu longues de quatre à six heures de montée et de descente par jour, ou avec l’ensemble des mouvements exécutés journellement par un jardinier qui ne travaille que modérément ; cependant ces mouvements, comme les résultats le prouvent continuellement, ne sont que suffisants, sont sous tous les rapports salutaires à la santé, et ne peuvent pas être considérés comme exagérés. Et cependant quelle différence considérable ! - Celui, du reste, qui, comme le font des milliers de personnes, applique seulement ses forces musculaires à la marche, doit être comparé à un cultivateur qui possède cinq champs dont il ne cultive qu’un seul, mais en laisse quatre en friche et les abandonne à l’action dévorante des mauvaises herbes. Chez lui, la mise en oeuvre des muscles des bras, du thorax, de l’abdomen et du dos, qui présente une importance si grande pour les principales fonctions organiques, fait précisément défaut. Nous donnerons plus loin une démonstration plus détaillée de ce fait.

[2Pour nous faire ici une idée encore un peu plus exacte que nous ne l’avons fait précédemment (p. 7) [cf. supra, (Psychanalyse-paris.com)] de ce que peut être une telle moyenne, nous en évaluerons la quantité à la somme de travail d’un individu qui s’occupe de travaux variés de jardin, plus ou moins durs suivant les circonstances, répartis dans la journée de manière à ne prendre en totalité qu’environ quatre heures. Combien. d’hommes sont privés de la possibilité de se procurer par voie ordinaire une activité corporelle analogue ! Quelles sommes de force musculaire se produisent incessamment au dedans de nous et restent sans emploi chez les hommes sédentaires ! Tout naturellement, la production à nouveau de cette force doit finalement cesser et, avec elle, d’autres fonctions vitales qui en dépendent et qui sont encore plus importantes. La nouvelle eau qui sort d’une source devient stagnante, se corrompt, lorsque l’écoulement n’est pas en rapport avec le débit, lorsque la quantité d’eau que l’on tire du puits ou bien est nulle, ou bien est trop peu considérable, ou bien lorsque l’on y puise de l’eau trop rarement.

[3Lorsque nous voulons nous assurer de la plus ou moins grande puissance de la respiration, nous en avons une mesure certaine dans la fréquence relative des mouvements respiratoires, c’est-à-dire dans la comparaison de ces mouvements avec les battements du pouls. En effet, plus le mouvement respiratoire est étendu, et plus, par suite, à chaque mouvement respiratoire composé d’une inspiration et d’une expiration, les poumons sont complètement pénétrés en tous sens par l’air atmosphérique, moins le nombre des mouvements respiratoires doit être considérable. Lorsque l’appareil respirateur est puissant, la proportion normale moyenne est par minute, dans l’état de santé, de calme et de vacuité de l’estomac :
- Pour un âge compris entre 7 et 10 ans, 15 mouvements respiratoires pour 86 pulsations
- Pour un âge compris entre 12 et 16 ans, 14 mouvements respiratoires pour 80 pulsations
- Pour l’homme adulte, 10 mouvements respiratoires pour 70 pulsations
- Pour la femme adulte, 13 mouvements respiratoires pour 74 pulsations
- Pour les vieillard, 9 mouvements respiratoires pour 60 pulsations

Le nombre des pulsations ne descend donc à peu près qu’à 6 ou 7 pulsations pour un mouvement respiratoire, tandis que, chez un très grand nombre d’individus dont le souffle respiratoire est faible, le besoin d’un mouvement respiratoire pour 4 et même 3 pulsations se fait déjà sentir, bien que toutes les autres circonstances soient d’ailleurs les mêmes.

[4La prétendue faculté d’être inépuisable dont est douée la force de la jeunesse est déjà loin. Pour que l’acte vital, semblable en cela à une pendule astronomique, puisse osciller encore longtemps au point culminant de son parcours, sans prendre la voie descendante, il faut d’abord que, pendant la période ascendante de la vie, la proportion individuelle d’énergie vitale ait été mise en usage avec économie, c’est-à-dire qu’on n’ait pas laissé dépérir cette énergie vitale par manque d’activité, ni épuiser cette même énergie par une mise en oeuvre excessive, impossible à compenser, mais que le capital en ait été augmenté le plus possible par un usage bien pondéré, par conséquent par le développement de la plénitude des forces des organes, et que la vie, maintenant qu’elle est arrivée au point culminant et ne possède plus le même excès de force susceptible de compenser toutes les pertes, soit ranimée et maintenue au même point par des habitudes de sobriété et de régularité, c’est-à-dire par une galvanisation qui doit avoir tout uniment ses bases dans l’ordre de la nature, et qui doit être déterminée à l’aide d’une observation impartiale de soi-même : l’activité des muscles occupe la première place parmi les moyens de galvanisation dont il est ici question. La condition la plus générale et la plus essentielle est à ce moment une observation plus attentive du maintien de l’équilibre entre la recette (l’absorption de la matière) et la dépense (l’emploi de la force) de l’organisme pris dans son ensemble, ou, pour s’exprimer avec plus d’exactitude, de l’équilibre entre l’activité des organes de recette (organes de la digestion) et l’activité des organes de dépense (cerveau et muscles) l’une par rapport à l’autre. Dans la seconde moitié de sa vie, l’homme physique vit des revenus du capital de force vitale accumulé dans la première moitié. Heureux s’il n’a dépensé dans sa jeunesse aucune portion du capital ; mais si, au contraire, il a, par une bonne gestion des revenus, augmenté le capital. Les revenus sont les sommes de force qui s’accumulent continuellement dans l’organisme (les sommes des principes organiques susceptibles de développer des forces) ; le capital est la faculté de produire toujours de nouvelles forces supplémentaires, source première interne de la force vitale. La période d’augmentation du capital est déjà loin. L’emploi des revenus ne peut être productif d’une manière durable que par une bonne gestion de ces revenus, par un emploi convenable de la force accumulée dans l’organisme. C’est seulement ainsi que l’homme peut conserver son capital de force vitale sans qu’il s’affaiblisse, et maintenir son organisme en son point culminant, aussi longtemps que possible, c’est-à-dire jusqu’à l’heure où la dépense du capital, qui est le signe du déclin de la vie (de la vieillesse), est stipulée par les lois de la nature.

[5Les plus influentes des autres causes sont : 1° la tendance générale à omettre de tenir compte de l’importance de l’acte de la respiration et l’absence de sollicitude d’y employer le plus possible de l’air pur ; 2° cette influence d’une consommation régulière des boissons alcooliques, du café, du thé, influence qui est bien masquée par l’habitude, mais qui, même lorsque la consommation en est faite avec toute la sobriété possible, finit par exercer indubitablement une action fâcheuse sur l’organisme ; dans certaines circonstances, ces boissons peuvent bien être utilisées de temps à autre comme d’excellents médicaments par des individus chez lesquels, toutefois, leur action n’est pas affaiblie par un usage journalier, et les aider à supporter les grandes fatigues, les grands froids ou les grandes chaleurs, les voyages sur mer, etc., etc., sans inconvénient sérieux pour la santé ; mais jamais leur consommation journalière, transformée en une habitude, ne peut être considérée comme favorable à la santé ; 3° les excès sexuels ; 4° l’absence d’énergie corporelle et spirituelle, la torpeur et la sursaturation des sens, le manque de proportion entre la force d’exécution et les exigences physiques de cette exécution, l’absence d’harmonie entre la vigueur physique et la vigueur morale dont on doit accuser le mode d’éducation de la jeunesse.

[6Ose savoir ! (Psychanalyse-paris.com).

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