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Benjamin BALL

Influence de l’onanisme et des pertes séminales (Des folies génitales)

Leçons sur les maladie mentales : 36ème leçon (section I)

Date de mise en ligne : samedi 7 mai 2005

Mots-clés :

Sommaire :
- Corrélation entre le fonctionnement intellectuel et l’état des divers organes. Influence de la puberté. Hébéphrénie. Influence de l’onanisme et des pertes séminales. Phénomènes intellectuels chez les masturbateurs. Paresse. Torpeur cérébrale. État d’exaltation et de dépression. Exaltation morbide du moi. Démence.

Messieurs,

La doctrine des sympathies est aussi ancienne que la médecine. Les liens intimes qui relient entre eux des viscères souvent fort éloignés, et qui les rendent, pour ainsi dire, réciproquement solidaires, ont été connus et commentés depuis la plus haute antiquité ; et, de nos jours, la théorie des actions réflexes est venue donner une explication plausible de ce qui n’était jusqu’alors qu’un fait d’observation.

Le chapitre des sympathies est donc l’un des plus importants en pathologie, et les maladies mentales ne font point exception à cette règle. L’encéphale est, de tous les organes, celui que les liens les plus intimes unissent aux autres parties du corps. Aussi le travail de la pensée est-il constamment influencé par l’état de santé ou de maladie de nos viscères. L’influence du cerveau sur l’estomac, et réciproquement de l’estomac sur le cerveau, en offre un exemple familier, et l’immortel ouvrage de Cabanis n’est en réalité, qu’une longue paraphrase de cette donnée primitive ; car, en parlant des rapports du physique et du moral, il entendait évidemment signaler les corrélations entre le fonctionnement intellectuel et le mouvement organique de la vie. Ainsi donc, la doctrine des folies sympathiques n’offre, en principe, aucune nouveauté. Nous trouvons dans les anciens auteurs de nombreuses observations qui se rapportent à l’influence qu’exercent les diverses maladies de nos organes sur les dérangements de l’esprit. Mais c’est seulement vers la première moitié de notre siècle, à l’occasion des débats soulevés par l’école psychologique allemande, que l’importance des folies sympathiques a été vraiment mise en lumière. Fortement préoccupés de la nécessité d’opposer des arguments positifs aux idées des spiritualistes, qui refusaient au corps toute influence sur les maladies de l’esprit, les partisans de l’école somatique, et surtout Lobstein, Jacobi et Schroder van der Kolk ont cherché, dans les viscères, les lésions qui leur faisaient défaut dans l’encéphale, et c’est ainsi que de longues et patientes recherches ont créé un trésor de faits, qui ont été résumés dans l’excellente thèse de M. Ch. Loiseau.

Parmi les folies dites sympathiques, il en est qui, comme la folie cardiaque, paraissent influer principalement sur la circulation de l’encéphale. Il en est d’autres qui, comme la folie des phtisiques, peuvent être rapportées à l’influence d’une diathèse ; il en est d’autres, enfin, qui sont visiblement la conséquence d’une action réflexe ou d’un rapport mystérieux entre les organes lésés et le centre intellectuel. Obligés de nous circonscrire dans d’étroites limites, nous avons choisi, comme type des folies sympathiques, celle qui se rapporte aux maladies des organes génitaux. Nulle part, en effet, on ne voit se manifester plus fortement l’action de la sympathie ; nulle part, on n’observe des corrélations aussi palpables et des résultats aussi concluants. Il n’existe nulle part, dans l’économie, une sympathie plus intime que celle qui relie aux centres nerveux les organes de la reproduction, et tel est leur empire sur les manifestations de la vie intellectuelle, qu’on pourrait, sous ce rapport, partager l’existence humaine en trois grandes époques : avant, pendant et après la période des fonctions génitales.

Dès le moment où les premiers indices des attributs sexuels se laissent deviner, un changement profond s’opère dans l’individu tout entier. La physionomie se transforme, la voix prend un timbre différent, les forces se développent et l’intelligence elle-même est entraînée dans le mouvement. L’enfant n’est plus, l’adolescent commence, et les idées, les penchants et les goûts subissent une métamorphose complète sous l’influence d’une véritable invasion de sentiments et d’instincts nouveaux. L’individu s’affirme et la notion du moi paraît dans toute son ampleur. Mais cette transformation radicale, loin de s’opérer toujours en silence et dans le calme d’une évolution régulière, donne souvent lieu à des orages violents. Il est, en effet, deux types parmi les enfants qui arrivent à la puberté ; les uns sont paisibles, et, chez eux, le changement s’opère sans secousse ; les autres sont agités, ils ont des crises de tristesse qui se manifestent par des pleurs, par de la mélancolie, par le tædium vitæ ; enfin, par des impulsions au suicide. C’est parmi les individus de cette seconde espèce que se manifeste cette forme particulière de délire que les Allemands ont appelée hébéphrénie. Elle frappe surtout les prédisposés, et plus spécialement les héréditaires, ou, pour exprimer la même idée sous une forme différente, les prédispositions latentes choisissent volontiers ce moment pour se manifester. Sa forme habituelle est la dépression, la lypémanie, accompagnée d’excentricités singulières ; mais aussi l’on peut observer une forme différente, caractérisée par de l’excitation, par des idées vaniteuses, par le désir de plaire et surtout d’attirer l’attention ; enfin, par une loquacité intarissable.

Chez les jeunes filles, ce désordre moral se traduit par une coquetterie exagérée, par des rires et des pleurs sans motif ; enfin, par de l’hystérie.

Ces troubles intellectuels sont souvent transitoires ; mais ils peuvent aboutir à une folie confirmée et conduire à la démence. Aussi, il est difficile de séparer l’action de la puberté de deux autres grandes causes, l’une pathologique, l’autre physiologique, qui jouent en psychiatrie un rôle immense : ce sont la masturbation et la menstruation.

Influence de l’onanisme et des pertes séminales

L’influence de l’onanisme et des pertes séminales involontaires a été très exagérée autrefois par ’l’issot, par Lallemand et par Lisle. La masturbation est une pratique qui remonte aux temps préhistoriques et qui a régné sous la tente des patriarches comme au sein des sociétés modernes. Elle est d’une fréquence extrême chez les deux sexes ; mais elle parait exercer une influence moins fâcheuse chez la femme, qui supporte aussi plus facilement que l’homme les excès vénériens.

Sous ce rapport spécial, nous nous séparons nettement de l’opinion exprimée par Guislain.

Si la masturbation avait les conséquences fâcheuses qu’on lui attribue, l’espèce humaine serait depuis longtemps tombée en démence. La vérité, c’est que, semblable à l’abus des boissons alcooliques, cette pratique est très nuisible aux sujets qui ne peuvent pas la supporter. Il existe incontestablement nombre de gens qui pratiquent l’onanisme sans aucun inconvénient, du moins en apparence ; mais, comme les alcooliques impunis, ils émoussent probablement le tranchant de leur intelligence, qui eût été plus vive, et surtout plus droite, s’ils avaient su se préserver de ce vice, qui détermine presque toujours un amoindrissement plus ou moins évident de l’individu.

On s’est livré à de longues discussions sur la fréquence relative de ces habitudes, et Morel, frappé par les indications de Schroder van der Kolk, admet que l’onanisme est plus fréquent dans le Nord que dans le Midi. C’est là une étrange naïveté, et c’est bien le cas de dire : Statistique, que me veux-tu ? Il s’agit d’une pratique soigneusement dissimulée par ses adeptes et dont il est absolument impossible d’évaluer la fréquence. Il n’y a point d’impôt sur la masturbation comme sur le tabac et l’alcool, et, s’il en existait un, les contribuables ne seraient pas les premiers à se dénoncer.

Contentons-nous donc de dire que ce vice est extrêmement répandu, qu’il existe à tous les âges, et que, s’il se développe habituellement à l’époque de la puberté, il persiste quelquefois chez les hommes mariés et peut se prolonger jusqu’à la vieillesse. Nous pourrions en citer d’illustres exemples, et, entre autres, celui de J.J. Rousseau. Ce qui explique cette étrange perversité, c’est que très souvent l’onanisme se rattache à des causes purement physiques et qui n’ont aucun rapport avec la dépravation morale. Chez l’homme, ces actes sont souvent provoqués par la constipation, par les hémorroïdes et par l’irritabilité de la prostate, qui se développe de très benne heure chez certains sujets ; chez la femme, par les flueurs blanches, par les déplacements utérins et par le développement anormal du clitoris. Un chirurgien anglais, Baker Brown, avait pris l’habitude d’extirper cet organe chez toutes les clientes qui venaient le consulter, sous prétexte d’obvier à des pratiques immorales, ce qui lui fit perdre sa réputation et sa fortune. C’était le châtiment assez légitime d’une grave erreur de jugement.

En réalité, la cause la plus fréquente est l’influence de l’hérédité. Ce sont surtout les descendants de parents névropathiques ou prédisposés aux maladies mentales, qui offrent de bonne heure ce penchant morbide.

Reste à savoir si, quand une fois il s’est développé sous l’influence de l’onanisme, le délire prend une forme spéciale.

Je n’insisterai point sur les signes physiques, si bien connus et décrits, qui trahissent l’existence de cette habitude. Le teint plombé, la physionomie abattue, l’expression triste, le regard éteint, la mauvaise haleine, les maux d’estomac, l’amaigrissement rapide, l’affaissement musculaire, les troubles de la vue, sont les conséquences de ces abus longtemps continués et souvent exagérés. Mais ce sont les phénomènes intellectuels qui méritent de notre part une attention spéciale.

Le premier, par ordre de date, de tous les symptômes qui doivent éveiller notre sollicitude, c’est la paresse. Tous les masturbateurs se lèvent tard, et quand, chez un adolescent, sans aucune cause légitime, on voit se développer une tendance à rester au lit jusqu’à une heure avancée, on a le droit de concevoir des soupçons.

Vient ensuite une aversion profonde pour le travail et pour les exercices physiques, qui remplacent l’effort intellectuel chez 1e jeunes gens peu studieux, mais d’une santé irréprochable. Puis suivent un affaiblissement très marqué de la mémoire et surtout une tristesse sans motifs. Le malade, toujours sombre et concentré, recherche la solitude et garde le silence. Bientôt, il se plaint d’une sorte de difficulté dans le travail de la pensée, d’un état de torpeur cérébrale, d’obtusion intellectuelle ; enfin, d’une perte à peu près complète du sommeil ; peu à peu (car le délire n’éclate pas subitement) on voit se développer l’un des deux processus opposés : tantôt l’exaltation, tantôt la dépression viennent occuper la scène ; mais, dans l’un et l’autre cas, le délire offre invariablement un caractère mélancolique. Dans le cas d’exaltation, le sujet se croit doué de facultés supérieures, qui excitent la jalousie de son entourage. Il est un messie, il est un apôtre, il est un martyr ; il tombe, enfin, dans le délire des persécutions, mais en conservant toujours un type particulier. On voit tel de ces individus rechercher en mariage toutes les personnes qu’il rencontre sur son passage, mais en s’adressant toujours à celles dont la position sociale peut flatter sa vanité ; et, à chaque nouvel échec il invoque l’intervention incessante de ses persécuteurs. Tel autre se croit appelé à régénérer le monde, et s’indigne contre ceux qui ne s’inclinent pas devant lui. Très souvent les hallucinations de l’ouïe viennent compléter cet état et en aggraver le pronostic.

Tout autre est le masturbateur en état de dépression. À l’entendre, il est un misérable, il est indigne de vivre, il demande qu’on le tue ; il se croit perdu, il est damné, il s’abandonne au désespoir et peut finir par le suicide. C’est alors que certains d’entre eux se précipitent avec exagération dans des pratiques religieuses ; la dévotion excessive et peu raisonnable, les austérités insensées de certains sujets n’ont souvent point d’autre cause que la masturbation, tandis que le vulgaire leur attribue une origine bien différente.

Dans l’un et l’autre cas, qu’il s’agisse d’excitation ou de dépression, la base fondamentale du délire est une exaltation morbide du moi, une sorte d’hyperesthésie morale, dont l’égoïsme est l’élément principal.

Chez la femme, on observe surtout l’hystérie et l’hypocondrie, avec leur infinie variété de formes. Souvent, chez les deux sexes, l’épilepsie vient se joindre au tableau, et son influence a nécessairement pour effet l’aggravation des troubles psychologiques.

Enfin, le masturbateur finit par verser dans la démence, en conservant toujours ses habitudes vicieuses et cette attitude à la fois orgueilleuse et plaintive qui en fait, au point de vue moral, un être vraiment insupportable.

Je dois vous rappeler que l’onanisme est très fréquent chez les aliénés ; mais c’est là une conséquence de leur maladie, qui développe si souvent un certain degré d’exaltation génésiaque. Il faut bien se garder de commettre ici l’erreur si commune qui consiste à prendre un effet pour sa cause. L’étude approfondie des antécédents permettra presque toujours de distinguer les vrais masturbateurs de ceux qui n’ont contracté cette habitude que postérieurement à leur maladie.

P.-S.

Texte établi par Abréactions Associations, à partir de l’ouvrage de Benjamin BALL, Leçons sur les maladies mentales, Éd. Asselin et Houzeau, (2ème édition) Paris, 1890.

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