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Zen et Psychanalyse

Kât… Comme un aboiement, mon petit ami

Conférence du mercredi 4 mai 2011

Date de mise en ligne : jeudi 1er septembre 2011

Auteur : Guy MASSAT

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Guy Massat, « Kât… Comme un aboiement, mon petit ami », Conférence Zen et Psychanalyse du mercredi 4 mai 2011.

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« Kât…
Comme un aboiement, mon petit ami.
C’est ce qu’il y a de mieux quand on veut sortir de cette affaire infernale,
comme disait Freud. »
(Lacan, Encore).

Le philosophe Alain Badiou l’a bien compris : « Le “il y a de l’un” de Lacan est une subversion radicale de la thèse philosophique “l’Un est”. » Vous trouverez ça dans Il n’y a pas de rapport sexuel, de Barbara Cassin et Alain Badiou, Fayard, (p. 126). De même que : « La philosophie refuse que le trois soit irréductiblement originaire » (id., p. 124). C’est que le trois en psychanalyse, en tout cas dans l’inconscient, est originaire. La philosophie, en revanche, c’est la pensée de l’être en tant que pensée unique, quelle que soit les apparences phénoménales. La pensée du non-être antérieur, ou pensée de l’impermanence ou de « l’adurée », ou de la béance, ou du vide, ou plus précisément de l’inconscient, de l’inconscient pulsatile, l’Unbewusst de Lacan, implique le trinôme du temps figuré par le nouage borroméen des trois cercles lacaniens RSI. Le mot trinôme est composé de trois, tri, et de nomos qui vient du verbe némo qui veut dire opérer une division, une dit-vision, un partage donc une interdépendance, telle le nouage borroméen. Pour illustrer ça nous pouvons écouter avec profit le maître de Tchan Lin tsi (IXe s.).

Lin tsi explique le « trois en un » de la psychanalyse, qu’il appelle : « les trois portes mystérieuses » (Entretiens, p. 46) :

« Lorsque l’un apparaît, dit Lin tsi dans ses Entretiens (§ 14 d, Entretiens de Lin tsi p. 80) les trois apparaissent en même temps [ce qui est exactement la définition du tore lacanien à trois trous], l’un c’est les trois et les trois sont un (c’est-à-dire le nouage borroméen) ».

C’est bien là le « il y a de l’un » de Lacan, le un du non-être, le un du vide, le un du devenir, le un de l’Unbewusst, rejeté par la pernicieuse idéologie de la philosophie. On raconte que lorsqu’on a ouvert le tombeau de Bodhidharma on a trouvé qu’une seule sandale. La sandale figure le mouvement de l’impermanence « trois en un », subversion absolue de « l’un est » de la philosophie, comme la bien repéré Alain Badiou, anti-psychanalyste aussi sûrement qu’anti-Tchan. Reste que le Tchan nous introduit à la pensée de Lacan beaucoup plus efficacement que des bataillons d’universitaires rompus et corrompus par la pensée ontologique.

Lin tsi poursuit (id.) : « C’est seulement lorsque l’on sait interpréter ainsi [l’un en trois] que l’on est bon à lire l’Enseignement. » Bien sûr Lin tsi fait ici allusion à l’enseignement bouddhiste. Mais c’est aussi valable pour l’enseignement de la psychanalyse Lacanienne. Ainsi, la psychanalyse lacanienne se trouve-t-elle exposée au IXe siècle chinois dans ces Entretiens de Lin tsi, traduit par le Pr Paul Demiéville qui fut aussi le professeur de chinois de Lacan — qui disait, je vous le rappelle : « je ne suis lacanien que parce que j’ai fait du chinois autrefois » (Séminaire XVIII, p. 36).

« Le chien a-t-il la nature de Bouddha ? » Réponse : « Wu », comme nous l’avons vu la dernière fois. Wu, c’est le kât du Tchan, explique Lacan dans Encore (Séminaire XX) . « Ce qu’il y a de mieux dans le bouddhisme, c’est le zen, et le zen ça consiste à ça, à te répondre par un aboiement, mon petit ami. C’est ce qu’il y a de mieux quand on veut naturellement sortir de cette affaire infernale, comme disait Freud » (p. 104). Qu’est-ce que le khât ? Le « khât » est cri, genre cri qui tue des arts martiaux. C’est une onomatopée puissante mais sans signification, elle fait « seulement des vagues » comme les jeux de phonèmes en psychanalyse. On peut assimiler le khât au signifiant qui ne signifie rien de Lacan. « Le signifiant (comme le khât) ne représente le sujet que pour un autre signifiant ». Voici donc les quatre khâts de Lin tsi (Entretiens, p. 195, § 61) qui sont en rapport direct avec les quatre discours de Lacan (voir L’Envers de la psychanalyse, p. 43) : « Le maître demanda à moine : Parfois un khât est comme l’épée précieuse du roi-diamant. (Allusion au sutra du Diamant coupeur. Ce khât correspond au discours psychanalytique, des quatre discours) ; parfois un khât est comme un lion aux poils d’or tapi sur le sol (ce khât correspond au discours du maître) ; parfois un khât est comme un perche à explorer, munie d’herbes qui font ombre (ce khât correspond au discours universitaire) ; parfois un khât ne fait pas office de khât (ce khât correspond au discours hystérique). Comment comprenez-vous cela ? demanda Lin tsi. Le moine hésita. Le maître le bâtit. »

Vous comprenez maintenant pourquoi Lacan ouvre son séminaire Les Écrits Techniques de Freud par ce commentaire du Tchan : « Le maître interrompt le silence (c’est-à-dire l’hésitation) par n’importe quoi, un sarcasme, un coup de pied… » ou encore une torsion du nez comme le faisait Mat tsu. Faute de comprendre ces premières lignes du séminaire de Lacan, vous ne pourrez pas suivre facilement la psychanalyse lacanienne. Vous risquez d’inverser, comme tant d’autres, ce que dit Lacan en son contraire. Mais ce qui peut parfois être une avancée.

Qu’est-ce que l’Unbewusst ? « À peine ouvriez-vous la bouche que vous seriez en dehors de la question », explique Lin tsi dans ses Entretiens (p. 28). C’est pourquoi Lacan répond l’Unbewusst c’est « Une bévue » une erreur qui dit la vérité plus directement et plus efficacement que la que toute autre vérité. Ou encore, comme je vous l’ai raconté la dernière fois, Qu’est-ce que l’inconscient ? « C’est Baltimore à l’aube ! »

Selon le Tchan, depuis le commencement sans commencement, sur le Pic des Vautours (qui n’existe pas), Bouddha enseigne, sans paroles, ni savantes ni ordinaires, que ce qui se montre à chaque fois n’est jamais que quelque chose qui ne fait qu’apparaître. Si vous comprenez ça, vous avez fini votre analyse. Vous avez retrouvé ce que vous saviez d’une manière ou d’une autre depuis le commencement : L’impermanence est au commencement. Depuis huit siècles av. J.-C., Hésiode le chantait : « Tout d’abord, le vide puis Terre aux larges flancs ». Le trou précède ses bords. La coupure, la faille anticipe les formes. La béance, l’inconscient est originaire. Si nous étions des astrophysiciens, c’est-à-dire des savants, nous dirions « l’énergie noire » précède la gravitation. Mais nous avons la chance d’être ignorant. Comme Houei neng. Vous vous souvenez. Il y a le Tchan de Chen siou, le zen de l’être et le zen de Hoeui neng, le zen du non-être. Et faute de savoir les distinguer on s’enferme soi-même, en refoulant l’inconscient, dans une surface de möbius sans face ni dos.

L’Unbewusst est salvateur. Lacan, en le traduisant par « Une bévue », retrouve d’un coup le subitisme du Tchan : « Tout est erreur ». La vue du vide (baie vue) la vue du vide est un vide de vue. C’est-à-dire la vue juste, comme dit Lin tsi (id § 20, p. 117) : « Adeptes, voulez-vous voir les choses conformément au réel ? Gardez-vus seulement de vous laisser égarer par des gens (grand Autre, comme on dit en psychanalyse). Tous ceux que vous rencontrez au dehors et en dedans de vous-mêmes, tuez les. Si vous rencontrez un Bouddha, tuez le Bouddha ! Si vous rencontrez un patriarche, tuez le patriarche ! Si vous rencontrez un Arhat, tuez l’Arhat ! Si vous rencontrez vos pères et mères, tuez vos pères et mères ! Si vous rencontrez vos proches (vos « petits autres ») tuez vos proches ! C’est le moyen de vous délivrer et d’échapper à l’esclavage des choses (c’est-à-dire retrouver une bonne relation d’objet, séminaire 4 ). C’est l’évasion, c’est là l’indépendance ».

Le Tchan du non-être fait comme la psychanalyse de l’Unbewusst : privilégier l’inconscient pour, selon la formule de Lin-tsi : « traiter la maladie et dénouer les liens » (p.118).

Les Entretiens de Lin tsi commencent par le Kât. On raconte que le gouverneur Wang, pour ses fonctionnaires, avait invité Lin tsi à parler du Tchan. « Pour prôner notre grande affaire, commença Lin tsi, si je m’en tenais à la tradition [de Bodhidharma et de Houei neng], je n’ouvrirais simplement pas la bouche et vous n’auriez où mettre le pied. Mais prenant en considération la demande du gouverneur je demande s’il y a parmi nous quelqu’un pour poser une question. Quelqu’un veut-il témoigner devant l’assemblée ? Alors un moine demanda : “quelle est la grande affaire du bouddhisme ?” Lin tsi fit khât. Le moine salua respectueusement. Lin tsi conclut : en voilà un qui se montre capable de soutenir le discours. »

La grande affaire du Tchan est la même que la grande affaire de la psychanalyse : c’est l’inconscient qu’on peut représenter par le trou ou la béance d’un rond. Comme nous le disions la dernière fois : la psychanalyse est le tchan ont en commun le zéro. Le zéro est l’élément absorbant de la multiplication comme de toutes opérations. Et le mot Tchan signifie « absorption », dissolution. La Dissolution étant le dernier séminaire de Lacan (séminaire 27, 1979,80)…

P.-S.

Prochaine conférence le mercredi 25 mai 2011 à l’Espace 62 :
- 62, rue Saint Honoré — 75001 Paris.

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