Psychanalyse-Paris.com Abréactions Associations : 8, rue de Florence - 75008 Paris | Tél. : 01 45 08 41 10
Accueil > Séminaires psychanalytiques > L’idiot international

Conférences du Cercle psychanalytique de Paris

L’idiot international

Conférences 2011-2012 : argumentaire 2

Date de mise en ligne : mercredi 14 septembre 2011

Auteur : Guy MASSAT

Mots-clés : ,

Guy Massat, « L’idiot international », Conférences 2011-2012 (argumentaire 2), Jeudi 29 septembre 2011, Espace 62 : 62, rue Saint Honoré - 75001 Paris.

Conférences du Cercle psychanalytique de Paris
L’idiot international
Argumentaire 2

L’idiot, selon Lacan, est ce particulier, cet individu, qui, d’une manière ou d’une autre, dénie l’inconscient. Il sait parfaitement utiliser le vocabulaire de la discipline mais il en déplace le sens au système conscient, sournoisement ou à son insu. Ainsi des formules qui ne sont valables que dans le système inconscient, il les rapporte au système conscient. Par exemple « la femme n’existe pas », « Il n’y a pas de rapport sexuel », « l’amour c’est donner ce qu’on n’a pas », etc. nous font mourir de rire quand on voit l’idiot essayer de justifier ces formules dans le système conscient. Mais l’idiot engendre pour la vraie et la fausse psychanalyse, le problème de leur transmission. Confondant le système conscient et le système inconscient, l’idiot est persuadé que ses diplômes universitaires, ses mérites et ses expériences dans d’autres domaines, fusent-elles exceptionnelles, font de lui un non-idiot c’est-à-dire un psychanalyste du système inconscient.

Les idiots sont des sortes de poisson soluble qui se reconstituent là où on les attend le moins. « Heureux les cas où passe fictive pour formation inachevée : ils laissent de l’espoir », soupire Lacan dans Télévision (p. 11).

Les idiots s’associent et se rassemblent dans une société internationale que Lacan appelle « la SAMCDA », Société d’Assistance Mutuelle Contre le Discours Analytique (Télévision, p.27). On sait, depuis les Atrides, que c’est dans la famille (ici la Samcda, ce troupeau d’esclaves soumis à la confusion des ordres) que l’on rencontre les assassins, les incestueux et les cannibales les plus redoutables.

L’émetteur recevant du récepteur son propre message sous une forme inversée (Écrits, p. 41), toute parole entraîne des conséquences imprévisibles. « La lettre volée », le séminaire qui ouvre les Écrits de Jacques Lacan (p. 11) en est le principe. L’histoire se termine, on s’en souvient, par la célèbre imprécation : « Un destin si funeste s’il n’est digne d’Atrée et digne de Thyeste ». Cela désigne nommément l’idiot international. Le message ce n’est pas l’être, il n’y en a pas, « Hihanappât » (Le savoir du psychanalyste), le message, c’est la lettre. On peut la voler, la détourner, la dissimuler, elle arrive toujours à destination. « Une lettre arrive toujours à sa destination » (Écrits, p. 41). Car, « il n’y a que la lettre qui fasse trou » (Il n’y a pas de rapport, p. 51). Il n’y a que la lettre qui tranche et qui troue. « Troue » est l’anagramme de « route ». La route troue, ou le trou fait route, comme on voudra.

Cette route est illustrée aujourd’hui par un événement extraordinaire et historique que relate Philosophie Magazine de février 2010 (n° 39). Il s’agit du débat pour ou contre la psychanalyse entre le philosophe Michel Onfray, auteur de Le Crépuscule d’une idole, l’affabulation freudienne, et l’exécuteur testamentaire et intellectuel de Jacques Lacan, Jacques-Alain Miller, normalien, agrégé de philosophie, fondateur de « l’Association de Psychanalyse Internationale » et tout dernièrement de « l’Université Populaire de Psychanalyse Jacques Lacan », soit un porteur de titres dont l’ensemble évoque ces impressionnantes ceintures dorées pour les quelles des champions de boxe sont prêts à tuer.

Combien de temps va pouvoir tenir le jeune pamphlétaire, se demandaient les spécialistes, devant tant d’autorité ? Or, contre toute attente et sans contestation possible, le gagnant du match fut Michel Onfray par K. O. debout, après avoir envoyé son adversaire plusieurs fois au tapis. Il aurait même pu gagner par K. O. mortel. Mais, un philosophe répugne à tuer. En Homme d’honneur, Onfray ne s’y est autorisé. Il faut relire ce n° de Philosophie Magazine pour constater que Michel Onfray, héros moderne, pulvérise la fausse psychanalyse, comme personne n’avait réussi à le faire depuis Lacan et son « retour à Freud ». L’exécuteur testamentaire de Lacan n’a pas sur dire au philosophe ce qu’était l’inconscient. Comble de la bouffonnerie, il n’a même pas su dire ni pourquoi ni comment, ni même où situer le débat : l’ontologie. Honte à lui. Il s’est disqualifié. Dans le système conscient il y a l’ontologie, la science de l’être. Dans le système inconscient il y a l’hontologie, « l’hontologie » avec un h comme l’écrit Lacan (L’Énvers de la psychanalyse, p. 209). Par sa confusion des registres notre exécuteur intellectuel, se révèle être : « l’idiot international idéal ». Ne lui reste-t-il plus qu’à faire comme le roi de Thèbes : se crever les yeux et aller mourir à Colone, ou, plus modernement, de quelque cancer du colon ?

Vous vous demandez « mais alors, pourquoi Lacan l’a-t-il amené là, Lacan, l’inconscient ? Et pourquoi Lacan l’a-t-il choisi comme exécuteur testamentaire ? Vous trouverez l’explication de cette énigme dans l’ouverture du tout premier séminaire de Lacan, Les écrits techniques de Freud, où il compare la psychanalyse et le Zen. Et la boucle du nœud se ferme. Pourquoi le Zen ? Parce que le zen sait séparer le système conscient du système inconscient. Exemple : quand l’empereur Lang qui croyait tout comprendre du Bouddhisme demanda à Bodhidharma, le fondateur du Zen : Mais qui êtes-vous ? Bodhidharma répondit, sans doute avec délectation : « Je ne sais pas », désignant par là le sujet de l’inconscient.

Comme sujet du conscient, Bodhidharma savait, bien sûr, qui il était. Cela fait écho à celui qui téléphonant à Lacan, demande : Allo, Jacques Lacan ? Réponse de Lacan : « Certainement pas ! » Le sujet de l’inconscient n’est pas celui du conscient. Le zen sait séparer les deux ordres. Ainsi, le célèbre maître Lin tsi ordonne aux adeptes du bouddhisme : « tuer le Bouddha ! » « Tuez vos parents ! » « Tuez vos proches ! » Le bouddhisme préconise l’Éveil.

Qu’est-ce que l’Eveil ? Lin tsi l’explique : « un pieu pour attacher les ânes ». De plus, le Zen est expert en transmission paradoxale. Quand l’illustre Maître [1] « approcha de sa transformation de transfert », comme on dit en chinois, c’est-à-dire fut proche de la mort, il nomma Shan-cheng comme successeur pour perpétuer son enseignement en prononçant ces mots contradictoires : « Qui l’eût su que mon enseignement s’éteindrait avec cet âne aveugle ! Ce qu’ayant dit, il se redressa bien droit ; et manifesta la quiétude (il mourut) ».

Dans le Zen c’est le plus idiot qui a charge de transmission, que ce soit l’idiot qui fait semblant d’avoir compris ou l’idiot qui, comme Houei neng, a tout compris mais parait idiot parce qu’il est illettré. Le non-diot tranchera. Le non-idiot ne s’autorise que de lui-même, non pas avec arrogance, mais dans la plus authentique modestie.

C’est que les paroles et les mots, nous dit Mallarmé, sont comme des pièces de monnaie qu’on se passe de mains en mains, jusqu’à un certain effacement de ce que montraient leur valeur. On ne voit plus le chiffre (le symbolique) ni la face (l’imaginaire). Et cependant la pièce garde sa face, son dos et surtout la tranche qui les tranche. Le tranchant de l’inconscient qui permet de ne pas confondre la face et le dos. Reste que pour distinguer la face du dos, Papa de Maman, ne pas les confondre et savoir les nommer il faut un héros, un archéologue de la pensée au courage exceptionnel. L’histoire retiendra donc l’exploit de Michel Onfray, ce courageux philosophe libertaire pour les services rendus à la pensée moderne en démasquant les imposteurs de la fausse psychanalyse et les idiots de Samcda, déguisés en psychanalystes.

P.-S.

INVITATION

Le cercle psychanalytique de Paris a l’honneur de vous inviter au séminaire de Guy Massat, psychanalyste, sur le thème :

« Vraie et fausse psychanalyse, selon Jacques Lacan ».
Jeudi 29 septembre 2011
20h15 à l’Espace 62
62, rue Saint Honoré - 75001 Paris

- Périodicité : le séminaire a lieu de chaque mois
- Lieu : Espace 62 : 62, rue Saint Honoré - 75001 Paris
- Participation au frais : 10 euros
- Thèmes : Signification du style de Jacques Lacan. — Télévision : cette interview de Lacan par son exécuteur testamentaire met en évidence ce la vraie et la fausse psychanalyse. — La topologie des nœuds comme écriture du système inconscient et « la pierre philosophale » du système inconscient et du système conscient : le nœud Borroméen. — Nous aborderons parallèlement le séminaire XI : Les Quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse.

Notes

[1Les entretiens de Lin tsi, Paul Demiéville, Éd. Fayard.

Partenaires référencement
Psychanalyste Paris | Psychanalyste Paris 10 | Psychanalyste Argenteuil 95
Annuaire Psychanalyste Paris | Psychanalystes Paris
Avocats en propriété intellectuelle | Avocats paris - Droits d'auteur, droit des marques, droit à l'image et vie privée
Avocats paris - Droit d'auteur, droit des marques et de la création d'entreprise