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Théodore FLOURNOY

Les textes martiens

Des Indes à la planète Mars (Chapitre VI - §II)

Date de mise en ligne : mercredi 28 juin 2006

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Théodore Flournoy, Des Indes à la planète Mars. Étude sur un cas de somnambulisme avec glossolalie, Éditions Alcan et Eggimann, Paris et Genève, 1900.

CHAPITRE SIX
Le cycle martien (suite) : la langue martienne
 [1]

II. LES TEXTES MARTIENS [2]

Il n’est pas toujours aisé de représenter une langue et sa prononciation au moyen des caractères typographiques d’une autre. Par bonheur, le martien, en dépit de ses apparences étranges et des cinquante millions de lieues qui nous séparent bon an mal an de la rouge planète, est au fond si proche voisin du français que cette entreprise n’offre guère de difficulté dans son cas.

Pour les textes, au nombre de douze [3], que nous possédons par écrit, soit que Mlle Smith les ait copiés d’après une hallucination verbo-visuelle, soit que sa main les ait immédiatement tracés dans un accès d’automatisme graphomoteur, la transcription française s’impose d’elle-même, chaque lettre martienne ayant son équivalent exact dans notre alphabet [4]. Je me suis borné à mettre des accents sur les voyelles (elles n’en ont pas dans l’écriture martienne) conformément à la prononciation d’Esenale au moment de la traduction. Il n’y a donc qu’à lire à haute voix les textes suivants en les articulant comme si c’était du français pour avoir à peu près les paroles martiennes sorties de la bouche de Mll Smith ; je dis à peu près, parce qu’il reste, cela va sans dire, dans le parler d’Esenale comme dans celui de tout le monde, des façons particulières d’appuyer sur certaines syllabes et de glisser sur d’autres, une légère scansion des mots en brèves et en longues, bref de délicates nuances d’accentuation, que l’on ne peut représenter adéquatement et dont les auditeurs n’ont pas même essayé de prendre note aux séances.

Dans les textes auditifs ou vocaux qui n’ont pas été obtenus par écrit, j’ai adopté l’orthographe la plus probable d’après la prononciation d’Esenale, mais (à l’exception des mots connus d’autre part grâce aux textes écrits) je n’en puis naturellement garantir l’exactitude absolue. La façon dont Hélène recueille au crayon les phrases martiennes qui frappent son ouïe ne nous est pas d’un grand secours à cet égard, parce que, ainsi que je l’ai dit plus haut (p. 178), elle se trouve à l’endroit de ces hallucinations verbo-auditives dans la situation d’une personne qui entend des paroles inconnues, et les orthographie tant bien que mal, d’une manière assez arbitraire et souvent fautive. Elle écrit, par exemple, hézi darri né ciké taisse ce qui, d’après la, prononciation d’Esenale et d’autres textes graphiques, doit être corrigé en êzi darié sikè tès ; ou encore misse messe as si lè au lieu de mis mess assilé. On ne peut donc faire fond sur l’orthographe d’Hélène, mais je l’ai naturellement suivie partout où il n’y avait aucune raison meilleure de s’en écarter.

En disant que les textes suivants doivent être articulés à la française, il convient d’ajouter deux remarques. D’abord, la consonne finale, d’ailleurs très rare en martien, s’y fait toujours entendre ; le mot ten se prononce comme dans le français gluten ; essat comme fat ; amès comme aloès ; mis et mess comme lis (fleur) et mess (d’officiers), etc. En second lieu, pour les diverses valeurs de l’e, j’ai adopté la règle suivante : l’e ouvert est partout indiqué par un accent grave è ; l’e demi-ouvert, qui ne se présente qu’au commencement et dans l’intérieur des mots, est marqué par l’accent aigu é ; l’e fermé, par l’accent aigu à la fin des mots (ou avant un e muet final), et par un circonflexe au commencement ou dans l’intérieur ; l’e muet ou demi-muet reste sans accent. On prononcera donc, par exemple, les e des mots martiens mété, bénézée, comme ceux des mots français été, répétée ; êvé comme rêvé, tès comme dans Lutèce ; etc.

On trouvera en italiques, au-dessous des textes martiens, leur mot à mot français donné par Esenale de la façon rapportée plus haut (voir p. 151). J’ai aussi indiqué pour chaque texte son genre d’automatisme - auditif, visuel, vocal ou graphique - ainsi que la date de son apparition, et, entre parenthèses, celle de la séance souvent assez éloignée où il a été traduit ; j’y ai joint enfin les explications qui m’ont paru nécessaires.

(1) métiche C. médache C. métaganiche S. kin’t’che
Monsieur C. Madame C. Mademoiselle S. quatre.

Vocal. 2 février 1896. - Voir plus haut, p. 145.

(2) Modé né ci handan té mess métiche astané ké dé mé véche
Ceci est la maison du grand homme Astané que tu as vu.

Auditif. Vers le 20 septembre 1896 (trad. 2 novembre). - Entendu par Hélène en même temps qu’elle avait la vision de la maison de la fig. 12 (voir p. 149 et 150).

(3) mode iné cé di cévouitche ni êvé ché kiné liné
Mère adorée, je te reconnais et suis ton petit Linel.

Vocal. 8 novembre 1896 (trad. même séance). - Paroles adressées à Mme Mirbel par son fils Alexis (Esenale) dans une scène d’incarnation tout à fait analogue à celle décrite, p. 144.

(4) i modé mété modé modé iné palette is
O mère, tendre mère, mère bien-aimée, calme tout
ché péliché ché chiré né ci ten ti vi
ton souci, ton fils est près de toi.

Vocal. 29 novembre 1896 (trad. même séance). - Prononcé par Esenale à l’adresse de Mme Mirbel dans une scène d’incarnation analogue à la précédente. Au moment de la traduction, Esenale a très nettement répété les derniers mots de la façon suivante : né ci : « est près », ten ti vi « de toi ». C’est une erreur évidente, car il ressort de nombreux textes ultérieurs que « est près de toi » correspond à né ten ti vi ; reste le mot ci qu’il serait naturel de traduire par « là », « ici », ou « tout », si ces mots ne se trouvaient rendus différemment dans d’autres textes. (On peut aussi soupçonner une confusion entre l’adverbe « là » et l’article « la » traduit par ci dans le texte 2.)

(5) i kiché ten ti si ké di êvé dé étéche mêné izé bénézée
Oh ! pourquoi près de moi ne te tiens-tu toujours, amie enfin retrouvée !

Auditif 4 décembre 1896 (trad. 13 décembre). - Fragment d’un long discours d’Astané à Hélène pendant une apparition qu’elle eut de lui vers 9 heures du soir, au moment de se coucher. Cette phrase, qu’il prononça deux fois, est la seule qu’elle ait pu se rappeler assez nettement pour la noter aussitôt après la vision. Elle a le sentiment d’avoir compris tout le discours d’Astané pendant qu’il parlait, et pense qu’elle aurait pu le traduire à mesure en français, non point mot à mot, mais dans son sens général. Elle comptait l’écrire le lendemain, mais le matin à son réveil elle ne put retrouver ni les paroles d’Astané ni leur signification, pas même le sens de cette phrase écrite la veille au soir. - Entendu de nouveau, comme seconde partie du texte suivant, dans la séance du 13 décembre.

(6) ti iche cêné éspênié ni ti êzi atêv astané êzi
De notre belle « Espénié » et de mon être Astané, mon
érié vizé é vi... i kiché ten ti si ké di êvé
âme descend à toi... oh ! pourquoi près de moi ne te tiens
dé étéche mêné izé bénézée
tu toujours, amie enfin retrouvée !

Auditif 13 décembre 1896 (trad. même séance). - Entendu de la voix lointaine d’Astané tout en éprouvant une sensation pénible d’arrachement de la peau au visage, autour des yeux, dans le dos, sur les poignets et les mains. Dans la traduction, le mot Espénié reste tel que, comme un nom propre ; l’index gauche (Léopold) montre le ciel et dit qu’on pourrait le rendre par « terre », « planète », « demeure ».

(7) cé êvé plêva ti di bénèz éssat riz tès midée
Je suis chagrin de te retrouver vivant sur cette laide
durée cè ténassé riz iche éspênié vétéche ié ché atèv hêné
terre ; je voudrais sur notre Espénié voir tout ion être s’élever
ni pové ten ti si éni zée métiché oné gudé ni zée darié grêvé
et rester près de moi ; ici les hommes sont bons et les coeurs larges.

Auditif 15 décembre 1896 (trad. 17 janvier 1897). - Paroles d’Astané à Hélène dans une vision matinale. Le fragment suivant de la lettre dans laquelle elle m’envoyait ce texte mérite d’être cité comme exemple des cas assez fréquents où Mlle Smith, sans connaître la traduction exacte des paroles étrangères, en devine cependant la signification totale et les comprend par leur équivalent émotionnel :

Ce matin, à 5 h 3/4, j’ai entrevu Astané au pied de mon lit. Je vous envoie les paroles que j’ai entendues venant de lui... Le sens général de cette langue était à ce moment très présent à mon esprit, et je vous le donne comme je l’ai compris, c’est-à-dire d’une manière aussi claire que possible, l’ayant de suite noté : « Combien je regrette que tu ne sois pas née dans notre monde ; tu y serais bien plus heureuse, car tout est mieux chez nous, tout est meilleur, les gens comme les choses, et moi je serais si heureux de t’avoir de nouveau près de moi. »

Voilà à peu près ce qu’il m’a semblé comprendre ; peut-être un jour pourrons-nous nous en assurer. À rapprocher du texte 5, dont la nuit lui fit oublier le sens.

(8) amès mis tensée ladé si - amès ten tivé avé
Viens un instant vers moi, viens près d’un vieil
men - koumé ié ché pélésse - amès somé têsé
ami fondre tout ton chagrin ; viens admirer ces
misaïmé - ké dé surès pit châmi - izâ méta ii
fleurs, que tu crois sans parfum, mais pourtant si
borêsé ti finaïmé - izâ ii dé séïmiré
pleines de senteurs !... Mais si, tu comprendras !

Auditif et vocal. 31 janvier 1897 (trad. même séance). - Hélène en hémisomnambulisme voit Astané qui lui dit de répéter ses paroles ; elle lui répond : « Mais parlez bien... je veux bien répéter... mais je ne comprends pas très bien... », puis elle prononce lentement et très distinctement le texte ci-dessus, par groupes de quelques mots, séparés par des repos [marqués ici par des traits -]. On remarque que ces groupes, à l’exception du sixième, correspondent à des hémistiches de la traduction française, obtenue dans la même séance. Après le sixième groupe, Hélène s’interrompt plus longtemps et dit : « Je ne peux pas comprendre », puis prononce les quatre derniers mots qui sont la réplique d’Astané à son objection.

(9) ané éni ké éréduté cé ilassuné té imâ ni
C’est ici que, solitaire, je m’approche du ciel et
bétiné chée durée
regarde la terre.

Auditif. 24 février 1897 (trad. 14 mars). - Assoupie dans son fauteuil après le repas de midi, Hélène entend cette phrase en même temps qu’elle a la vision d’une maison, creusée dans une montagne martienne traversée par une sorte de puits, et représentant l’observatoire d’Astané.

(10) Simandini lé lâmi mêné kizé pavi kiz atimi
Simandini, me voici ! amie ! quelle joie, quel bonheur !

Auditif. 14 mars 1897 (trad. même séance). - Voir texte suivant.

(11) i modé duméïné modé kêvi cé mache povini
O mère, ancienne mère, quand je peux arriver
poénêzé mûné é vi sauné éziné mimâ nikaïné modé
quelques instants vers toi j’oublie mes parents Nikaïné, mère !
- i men
- ô ami !

Vocal. 14 mars 1897 (trad. même séance). - Dès le commencement de cette séance, Hélène se plaint de froid aux mains, puis d’une grande envie de pleurer, et de bourdonnements d’oreilles qui vont croissant et dans lesquels elle finit par entendre Astané lui adresser les paroles martiennes du texte 10. Aussitôt après, elle entre en plein somnambulisme ; la respiration, très superficielle et haletante, s’accélère jusqu’à trois par seconde, accompagnée de mouvements synchroniques de l’index gauche ; puis elle s’arrête soudain en expiration, bientôt suivie d’une profonde inspiration ; le buste se redresse alors, la figure prend une expression de souffrance, et l’index gauche annonce que c’est Esenale [Alexis Mirbel] qui s’incarne. Après une série de spasmes et de hoquets, Hélène se lève, va se placer derrière Mme Mirbel, lui prend le cou dans ses mains, incline sa tête sur la sienne, lui caresse tendrement la joue, et lui adresse les paroles du texte 11 (sauf les deux derniers mots). Puis elle relève la tête, et de nouveau avec sa respiration haletante (s’accélérant jusqu’à 30 inspirations en 16 secondes) se dirige vers M. Lemaître [dont Alexis Mirbel était élève à l’époque de sa mort]. Elle lui met les mains sur les épaules, puis lui prend affectueusement la main droite, et avec une émotion et des sanglots contenus lui adresse les deux mots i men ! Après quoi elle exécute la pantomime de tendre la main à Léopold et de se laisser conduire par lui à un canapé où l’on obtient par le procédé accoutumé, mais non sans peine, la traduction des textes 10, 11 et 9.

(12) lassuné ké nipuné ani tis dé machir mirivé
Approche, ne crains pas ; bientôt tu pourras tracer
iche manir sé dé évenir toué chi amiché zé forimé
notre écriture, et tu posséderas dans tes mains les marques
ti viche tarviné
de notre langage.

Auditif. 23 mai 1897 (trad. même séance). Peu après le début de la séance, Hélène encore éveillée a la vision d’Astané, qui lui adresse ces paroles qu’elle répète d’une voix lente et faible. Je donne le texte tel qu’il a été entendu et noté d’une manière uniforme par plusieurs assistants, tant à ce moment-là que lors de sa traduction subséquente. Il réclamerait toutefois diverses corrections pour être d’accord avec les textes écrits ultérieurs : ké nipuné ani, « et ne crains pas », devrait être modifié en kié nipuné ani, « ne crains pas » (voir texte 17) ; ou ne figure qu’ici pour « et », qui partout ailleurs se dit ni ; viche est une erreur pour iche (à moins qu’il n’y ait là un y euphonique dont il n’y a pas d’autre exemple), et tis pour tiche.

(13) adel ané sini (yestad) i astané cé fimès astané mirâ
C’est vous, ô Astané, je meurs ! Astané, adieu !

Vocal. Même séance que le texte précédent, après lequel Hélène entre en plein somnambulisme, se met à pleurer, devient haletante, tient la main sur son coeur, et prononce cette phrase en y mêlant deux mots, Adèl et yestad, qui ne sont pas martiens, mais se rattachent au cycle oriental ; aussi ne reparaissent-ils pas dans le texte tel qu’il a été répété au moment de la traduction. Cette intrusion de termes étrangers au rêve martien s’explique par l’imminence d’une scène hindoue toute prête à jaillir, qui a occupé la seconde moitié de la séance et où le domestique arabe Adèl joue un grand rôle. Le mélange des deux romans s’est beaucoup accentué quelques instants plus tard, dans un long discours, dénué d’r et très riche en chuintantes, d’une telle volubilité qu’il a été impossible d’en recueillir un seul mot. Au moment de la traduction, à la fin de la séance, cette tirade (ou, du moins, un gazouillement analogue) a été répétée d’un trait et avec la même rapidité empêchant toute notation ; d’après la traduction française qui a suivi, d’un seul jet également, il s’agissait de souvenirs de la vie de Simandini qu’Hélène rappelle à Astané et où il est beaucoup question dudit Adèl (voir plus loin au cycle oriental).

(14) eupié zé palir né amé arvâ nini pédriné évaï
Eupié, le temps est venu, Arva nous quitte ; sois
diviné lâmée ine vinâ té luné - pouzé men hantiné
heureux jusque au retour du jour. - Pouzé, ami fidèle,
êzi vraïni né touzé med vi ni ché chiré saïne - ké
mon désir est même pour toi et ton fils Sainé. - Que
zalisé téassé mianiné ni di daziné - eupié - pouzé
l’élément entier t’enveloppe et te garde ! - Eupié ! Pouzé !

Auditif. 18 juin 1897 (trad. 20 juin). - Pendant une visite que je fais à Mlle Smith, elle a la vision de deux personnages martiens se promenant au bord d’un lac, et elle répète ce fragment de conversation qu’elle entend entre eux. D’après un autre texte (20), Arva est le nom martien du Soleil.

(15) modé tatinée cé ké mache radziré zé tarvini va
Mère chérie, je ne puis prononcer le langage où
nini nini triménêni ii adzi cé zé seïmiré vétiche i
nous nous comprenions si bien ! Je le comprends cependant ; ô
modé inée kévi bérimir m hed kévi machiri cé di triné
mère adorée, quand reviendra-t-il ? Quand pourrai-je te parler
ti éstotiné ni bazée animina i modé cé méï adzi
de ma dernière et courte existence ? O mère, je t’ai bien
ilinée i modé inée cé ké lé nazère ani - mirâ
reconnue, ô mère adorée, je ne me trompe pas ! - Adieu
modé itatinée mirâ mirâ mirâ
mère chérie, adieu, adieu, adieu !

Auditif. 27 juin 1897 (trad. même séance). - Mme Mirbel étant présente, Hélène aperçoit Esenale qui se tient debout auprès de sa mère et lui adresse ces paroles. Les adieux de la fin ne sont pas de ce moment-là, mais ont été prononces par Esenale immédiatement à la suite et comme complément de la traduction ; c’est le seul cas (outre le texte 36) où il ne s’en soit pas tenu strictement aux textes déjà recueillis et se soit permis l’adjonction d’une nouvelle phrase, qui ne renferme, d’ailleurs, aucun mot inédit ; itatinée, « chérie », est évidemment un lapsus qui doit être corrigé soit en tatinée, « chérie », soit en i tatinée, « ô chérie ». - Le véritable équivalent français de triménêni est probablement « entretenions ». Le mot éstotiné pour « ma dernière » est suspect, « ma » se disant partout ailleurs êzé.

(16) astané ésanâle pouzé mêné simandini mirâ
(Astané. Esenale. Pouzé. Amie Simandini, adieu !)

Visuel. 22 août 1897. - Ce texte, qui n’a pas eu besoin de traduction, constitue la première apparition de l’écriture martienne (voir plus haut la fig. 21 et le résumé de cette séance, p. 181-183).

(17) taniré mis mèch med mirivé éziné brima€ ti tès
Prends un crayon pour tracer mes paroles de cet
tensée - azini dé améir mazi si somé iche nazina
instant. Alors tu viendras avec moi admirer notre nouveau
tranéï. - Simandini cé kié mache di pédriné tès luné ké cé
passage. Simandini, je ne puis le quitter ce jour. Que je
êvé diviné - patrinèz kié nipuné ani
suis heureux ! Alors ne crains pas !

Graphique. 12 septembre 1897 (trad. même séance). Voir p. 160 et 184 et fig. 23.

(18) modé tatinée lâmi mis mirâ ti ché bigâ kâ
Mère chérie, voici un adieu de ton enfant qui
ébrinié sanâ é vi idé zé rénir - zé mess métich kâ é
pense tant à toi. On te le portera, le grand homme qui a
zé valini iminé - niz[é] grani sidiné
le visage mince et le corps maigre

Auditif, puis graphique. 10 octobre 1897 (trad. même séance). - Hélène a la vision d’un paysage martien, où Esenale flotte désincarné autour des plantes et prononce ces paroles, qu’elle répète. (On comprit lors de la traduction que ce texte était destiné à Mme Mirbel, qui se trouvait alors à la campagne, mais à qui la personne très clairement indiquée par le signalement final devait, en effet, aller rendre visite et pourrait porter le message.) Je tends alors à Hélène un crayon dans l’espoir d’obtenir ce même texte par écrit ; après diverses tergiversations et simagrées relatives à l’éclairage, dénotant un état de somnambulisme croissant, elle se décide à prendre le crayon, entre l’index et le médius, parle à Esenale qu’elle continue à voir et qu’elle fait asseoir à côté d’elle, puis se met à écrire, complètement absente et fascinée par le papier. L’index gauche (Léopold) nous apprend que c’est Esenale lui-même qui écrit par le bras d’Hélène. Deux fois elle s’interrompt pour dire à Esenale : « Oh ! ne partez pas encore !... restez encore là ! » Elle paraît nerveuse et agitée, et s’arrête souvent d’écrire pour cribler son papier de petits coups de crayon ou y faire des ratures et gribouillages (voir fig. 25) ; dans le de la dernière ligne, elle oublie l’é (ce qui n’a pas empêché Esenale de prononcer correctement le mot au moment de la traduction). Une fois le texte achevé, elle se réveille à moitié, me reconnaît et me cause pendant quelques instants, puis glisse dans un autre somnambulisme.

(19) m[en] cé kié mache di triné sandiné téri
(Amie. je ne puis te parler longtemps comme
né êzi vraïni zou réch mirâ mué pin mirâ
est mon désir ; plus tard, adieu adieu.)
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FIGURE 25
Texte n° 18 (10 octobre 1897), écrit au crayon par Mlle Smith, incarnant Esenale. - Reproduction autotypique aux deux tiers de la grandeur naturelle.
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FIGURE 26
Texte n° 26 (21 août 1898), apparu en hallucination visuelle et copié au crayon par Mlle Smith. Reproduction autotypique ; grandeur naturelle.

Graphique puis auditif. 24 octobre 1897 (il n’y a jamais eu de traduction de ce texte, dont deux mots restent inconnus). - Hélène voit d’abord la table éclairée d’une lumière verte dans laquelle lui apparaissent des dessins qu’elle copie : cela donne ce texte, sauf les deux dernières lettres du premier mot, dont la place reste blanche. Aussitôt après, elle entend parler martien, et elle répète : c’est le même texte, où le premier mot est prononcé en entier. Puis elle a la vision d’Astané, d’Esenale, et d’une petite fille dont elle entend le nom Niké ; mais tout cela fait bientôt place à d’autres somnambulismes non martiens.

(20) Siké évaï diviné zé niké crizi capri né amé
Siké, sois heureux ! Le petit oiseau noir est venu
orié antéch é êzé carimi ni êzi érié é nié pavinée hed
frapper hier à ma fenêtre et mon âme a été joyeuse ; il
lé sadri dé zé véchir tiziné Matêmi misaïmé kâ lé
me chanta : tu le verras demain. - Matêmi, fleur qui me
umèz essaté Arvâ ti éziné udâni€ amès tès uri amès
fais vivre, soleil de mes songes, viens ce soir, viens
sandiné ten ti si évaï divinée Romé va né Siké
longtemps près de moi ; sois heureuse ! - Romé, où est Siké ?
atrizi ten té taméch épizi
Là-bas, près du « tamèche » rose.

Auditif, puis graphique. 28 novembre 1897 (trad. même séance). - Fragments de conversation entendus pendant la vision de la fête martienne décrite p. 169. Siké (jeune homme) et Matêmi (jeune fille) forment un premier couple qui passe et s’éloigne dans la direction d’un gros buisson de fleurs rouges (tamèche), tandis qu’un second couple échange les dernières paroles du texte en se disposant à rejoindre le précédent. - Après cette vision qu’elle a contemplée debout et décrite avec beaucoup d’animation, Hélène s’assied et se met à écrire les mêmes phrases martiennes ; on apprend par Léopold que c’est Astané qui se sert de sa main [en tenant le crayon entre le pouce et l’index, c’est-à-dire à la façon de Léopold, et non à la manière d’Hélène comme il l’avait fait pour le texte 17]. Mlle Smith paraît d’abord complètement absorbée et insensible pendant cette opération ; cependant, la conversation de quelques assistants semble la troubler un peu, et Léopold finit par donner trois violents coups de poing gauche sur la table pour faire faire silence, après quoi l’écriture s’exécute plus rapidement (en moyenne douze caractères par minute). L’écriture terminée, Léopold indique de faire asseoir Hélène sur le canapé pour la scène de traduction.

(21) véchêsi tésée polluni avè métiche é vi ti
Voyons cette question, vieux homme ; à toi de
bounié seïmiré ni triné
chercher, comprendre et parler.

Auditif. 15 janvier 1898 (trad. 13 février). - Fragment de conversation entre deux personnages martiens entrevus dans une vision éveillée.

(22) astané cé amès é vi chée brimi messé téri
Astané, je viens à toi ; ta sagesse grande comme
ché pocrimé lé...
ton savoir me...

Auditif. Vers le 25 janvier 1898 (trad. 13 février). - Vision à 6 heures du matin d’une jeune fille martienne [Matêmi ?] traversant un tunnel percé dans une montagne et arrivant à la maison d’Astané, à qui elle adresse cette parole, suivie de beaucoup d’autres qu’Hélène n’a pas saisies assez distinctement pour les noter.

(23) [A] paniné évaï kirimé zé miza ami grini
Paniné sois prudent, le « miza » va soulever ;
ké chée éméche rès pazé - [B] pouzé tès luné soumini
que la main se retire ! - Pouzé, ce jour riant...
arvâ ii cen zé primi ti ché chiré kiz pavi luné -
Arva si beau... le revoir de ton fils... quel heureux jour -
[C] saïné êzi chiré izê linéï kizé pavi êzi mané
Saïné, mon fils, enfin debout ! quelle joie !... Mon père
ni êzé modé tiziné êzi chiré êzi mané cé êvé adi
et ma mère... Demain, mon fils... Mon père, je suis bien
anâ
maintenant.

Auditif. 20 février 1898 (trad. même séance). - Vision martienne très compliquée. D’abord trois petites maisons roulantes, comme des pavillons ou kiosques chinois se déplaçant sur de petites boules ; dans l’une d’elles, deux personnages inconnus, dont l’un sort la main par une petite fenêtre ovale ; ce qui lui attire de la part de son compagnon l’observation de la première phrase [A] du texte ; à ce moment, en effet, ces pavillons roulants (miza) prennent un mouvement de balancement qui fait un bruit de tic tac, puis glissent comme un train sur des rails. Ils contournent une haute montagne rose et arrivent dans une sorte de superbe gorge ou entonnoir, aux pentes couvertes de plantes extraordinaires, où se trouvent des maisons blanches sur des grillages ressemblant à des pilotis. Les deux hommes sortent alors de leur miza en causant, mais Hélène n’accroche que quelques bribes [B] de leur conversation. À leur rencontre arrive un jeune homme de seize à dix-huit, ans, qui a la tête bandée, une sorte de bonnet de nuit et point de cheveux du côté gauche. Salutations martiennes : ils se frottent mutuellement la tête avec leurs mains, etc. Hélène se plaint d’entendre très confusément ce qu’ils disent et n’en peut répéter que des bouts de phrases [C] ; elle a mal au coeur, et Léopold me dicte par l’index gauche : Endors-la -, ce qui amène bientôt la scène habituelle de répétition mot à mot et de traduction du texte.

(24) saïné êzi chiré iée êzé pavi ché vinâ me ruzzi
Saïné mon fils, toute ma joie, ton retour au milieu
ti nini né mis mess assilé atimi... itèche...
de nous est un grand, immense bonheur... toujours
furumir... nori
aimera... jamais.

Auditif. 11 mars 1898 (trad. 21 août). - « Hier matin, au saut du lit, m’écrivait Hélène en m’envoyant ce texte, j’ai eu une vision de Mars, la même à peu de chose près que celle entrevue [à la séance du 20 février]. J’ai revu les pavillons roulants, les maisons sur grillages, plusieurs personnages, entre autres un jeune homme qui n’avait de cheveux que d’un côté de la tête, il faisait même examiner la chose aux messieurs qui étaient près de lui. J’ai pu noter quelques paroles ; j’avais de la peine à bien saisir, c’était très confus et les derniers mots ont été pris au vol par-ci par-là dans ce qui m’arrivait d’un peu net... »

(25) dé véchi ké ti éfi mervé éni
Tu vois que de choses superbes ici.

Auditif. 21 août 1898 (trad. même séance). - Vision éveillée d’une rivière entre deux montagnes roses, avec un pont (semblable à celui de la fig. 9) qui s’abaisse dans l’eau et disparaît pour laisser passer cinq ou six bateaux (comme celui de la fig. 13), puis reparaît. Comme Hélène décrit tout cela avec admiration, elle entend une voix lui dire les mots martiens ci-dessus.

(26) Astané né zé ten ti vi
Astané est là près de toi.

Visuel. 21 août 1898 (trad. même séance). - Suite de la scène précédente : Hélène aperçoit, « dans l’air » tout illuminé et rouge de sa vision martienne, des caractères inconnus d’elle qu’elle copie comme un dessin (voir fig. 26). Je lui demande en lui montrant le mot (qui partout ailleurs veut dire « le ») si elle ne s’est pas trompée ; elle vérifie, en comparant soigneusement ses traits au modèle imaginaire qu’elle regarde en face d’elle et un peu en haut, et affirme que c’est bien exact.

(27) siké kiz crizi hantiné hed é ébrinié rès amêré é
Siké, quel oiseau fidèle ! il a pensé se réunir à
nini éssaté ti iche atimi matêmi hantiné lied né
nous, vivre de notre bonheur ! - Matêmi fidèle, il est
hantiné êzi darié siké tès ousti ké zé badêni lassuné
fidèle mon coeur ! - Siké, ce bateau que le vent approche
mazi trimazi hed é ti zi mazêté é proviné é nini zé priâni
avec force ! il a de la peine à arriver à nous, le flot
é fouminé ivraïni idé é ti zi mazêté é vizêné zé
est puissant aujourd’hui ; on a de la peine à distinguer le
chodé
« chodé ».

Auditif. Vers le 4 septembre 1898 (trad. 16 octobre). - Hélène a entendu et noté cette phrase en même temps qu’elle avait la vision de deux jeunes gens martiens qui se promenaient au milieu d’une espèce de parterre en regardaient arriver un bateau dans le genre de celui de la fig. 13. - On n’a pas pu savoir ce que désigne le chodé.

(28) men mess Astané cé amès é vi itéch li tès
Ami grand Astané, je viens à toi toujours par cet
alizé néümi assilé kâ ianiné êzi atèv ni lé
élément mystérieux, immense, qui enveloppe mon être et me
tazié é vi med iée€ éziné rabri€ ni tibra€. men amès di
lance à toi pour toutes mes pensées et besoins. Ami, viens te
o radé ké Matêmi uzénir chée kida, ni ké chée brizi pi
souvenir que Matèmi attendra ta faveur, et que ta sagesse lui
dézanir. évaï diviné tès luné.
répondra. Sois heureux ce jour.
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FIGURE 27
Texte n° 28 (3 octobre 1898), écrit par Mlle Smith, copiant un texte de Matèmi aperçu en hallucination visuelle. (Les légers tremblements de quelques traits ne sont pas dans l’original, mais proviennent de ce que le texte, d’un crayon trop pâle, a été repassé à l’encre pour être reproduit.) Grandeur naturelle.

Visuel. 3 octobre 1898 (trad. 16 octobre). - À 8 h. 3/4 du soir, Mlle Smith désirant obtenir une communication de Léopold pour elle et sa mère, se met dans son fauteuil et se recueille. Bientôt elle entend la voix de Léopold lui dire qu’il ne peut se manifester ce soir, mais que quelque chose de beaucoup plus intéressant et important se prépare. La chambre lui paraît bientôt s’obscurcir complètement, sauf le bout de la table où elle se trouve, qui s’éclaire vivement d’une lumière dorée ; une jeune fille martienne, en robe jaune et à longue tresse de cheveux, vient alors s’asseoir à côté d’elle et se met à tracer, sans encre ni crayon, mais avec une pointe au bout de l’index, des traits noirs sur un cylindre blanc, d’abord placé sur la table, puis sur ses genoux, et qui se déroule à mesure qu’elle écrit. Hélène est assez près pour bien voir ces caractères et les copier à mesure au crayon sur une feuille de papier (voir fig. 27) ; après quoi la vision s’évanouit, et elle voit reparaître la chambre et sa mère. Hélène ignore la signification de ces caractères « qui ressemblent à des chiffres, à des 2 et des 7 », et elle dit que l’original sur le cylindre était plus petit et plus net que sa copie. Elle tenait son crayon selon son habitude entre l’index et le médius, et a l’impression d’avoir été tout le temps en parfait état de veille, quoique fascinée par la présence de cette jeune fille ; mais sa mère, qui assistait à cette scène d’écriture automatique, pense « qu’on lui faisait écrire, car elle avait un drôle d’air, donnait de petits coups de crayon, suivait la ligne avec son index gauche, etc. »

(29) sazêni kiché nipunêzé dodé né pit léziré bèz
Sazeni pourquoi craindre ? Ceci est sans souffrance ni
neura évaï dastrée firêzi zé bodri né dorimé zé
danger, sois paisible ; certainement le os est sain, le
pastri tubré né tuzé
sang seul est malade.

Auditif. 14 octobre 1898 (trad. 16 octobre). - Vision matinale d’un monsieur et d’une dame inconnus, cette dernière ayant son bras, taché de rouge, appliqué contre un instrument à trois tubes placé sur une tablette fixée au mur. Ces paroles sont du monsieur ; la dame n’a rien dit.

(30) modé ké hed oné chandêné têsé mûné ten ti
Mère, que ils sont délicieux ces moments près de
vi bigâ va bindié idé ti zâmé tensée zou rèche
toi ! - Enfant, où trouve on de meilleurs instants ? plus tard
med ché atèv kiz fouminé zati
pour ton être quel puissant souvenir.

Auditif. 22 octobre 1898 (trad. 18 décembre).

6 1/4 heures du matin ; vision d’une grève, terrain d’une teinte rougeâtre ; nappe d’eau immense, d’un beau vert légèrement bleuté. Deux femmes sont là, marchant près l’une de l’autre. C’est tout ce que j’ai pu saisir de leur conversation.

(31) Râmié bisti ti Espênié ché dimé ûni zi
Ramié habitant de Espénié, ton semblable par la
trimazi tié vadâz†di anizié bana mira€. Ramie di
force des « vadazas » te envoie trois adieux. Ramié te
trinir tié tourna ti bé animinâ ni tiche di uzir nâmi
parlera des charmes de sa existence et bientôt te dira beaucoup
ti Espênié. évaï divinée.
de Espénié. Sois heureuse !

Graphique. 27 octobre 1898 (trad. 18 décembre).

Midi 50 minutes. Point de vision, mais une forte crampe au bras droit, et un je ne sais quoi me poussant à prendre du papier et un crayon. J’écris sans comprendre quoi ni pourquoi.

[On voit par la traduction, donnée près de deux mois plus tard, qu’il s’agissait de la première manifestation de Ramié et de l’annonce de la vision ultramartienne qui allait venir peu de jours après]. Voir fig. 28. - Le terme vadazas, qui n’a jamais été expliqué, n’a pas l’air martien et paraît emprunté au cycle hindou. Sur Espénié, voir au texte 6.

(32) anâ évaï maniké é bétiné mis tié attanâ
Maintenant sois attentive à regarder un des mondes
kâ di médinié bétinié tès tapié ni bée atèv kavivé
qui te entourent. Regarde ce « tapié » et ses êtres étranges.
danda anâ
Silence maintenant !

Auditif 2 novembre 1898 (trad. 18 décembre). - Hélène a la vision matinale d’un martien [Ramié] qui lui entoure la taille de son bras et de l’autre main lui montre, en lui disant ces paroles, un tableau étrange (tapié) renfermant des êtres extraordinaires parlant la langue inconnue du texte suivant. Au moment où cette vision s’efface, Hélène écrit sans s’en apercevoir le texte 34. (Pour plus de détails, voir au chapitre suivant sur l’ultramartien.)

(33) BAK SANAK TOP ANOK SIK
sirima nêbé viniâ-ti-mis-métiche ivré toué
rameau vert nom de un homme sacré dans
ÉTIP VANE SANIM BATAM ISSEM TANAK
viniâ-ti-misé-bigâ azâni maprinié imizi kramâ ziné
nom de une enfant mal entré sous panier bleu
VANEM SÉBIM MAZAK TATAK SAKAM
viniâ-ti-mis-zaki datrinié tuzé vâmé gâmié
nom de un animal caché malade triste pleure.

Auditif pour le texte non martien (voir chapitre suivant), qu’Hélène a entendu prononcer le 2 novembre par les êtres étranges du tableau de la vision précédente. Vocal pour la traduction martienne de ce texte, laquelle a été donnée par Astané (incarné en Hélène, et parlant par sa bouche la langue inconnue, suivie pour chaque mot de son équivalent martien) dans la séance du 18 décembre 1898. Aussitôt après, Astané a cédé la place à Esenale qui, à son tour, a répété la phrase martienne en la traduisant mot à mot en français selon le procédé habituel.

(34) Ramié di pédrinié anâ né ériné diviné
Ramié te quitte maintenant, est satisfait, heureux
té mûné ten ti vi. hed dassinié mis abadâ ti ché
du moment près de toi. Il garde un peu de ton
atèv ni di parêzié banà mirâ€. - évaï divinée.
être et te laisse trois adieux. Sois heureuse !

Graphique. 2 novembre 1898 (trad. 28 décembre). - Hélène ne s’est aperçue qu’après coup que sa main, qu’elle sentait « fortement tenue », avait écrit ce texte pendant la fin de la vision précédente. Voir fig. 29.

(35) [A] Attanâ zabiné pi ten té iche tarvini mabûré
Monde arriéré, très près du nôtre, langage grossier,
nubé téri zée atêv [B] Astané êzi dabé fouminé ni
curieux comme les êtres ! Astané, mon maître puissant et
ié ti takâ tubré né bibé ti zé umêzé
tout de pouvoir, seul est capable de le faire.

Auditif. 5 décembre 1898 (trad. 18 décembre). - Travaillant à la lampe à 7 heures du matin, Hélène eut de nouveau la vision du Martien (Ramié) qui lui prit la taille en faisant de l’autre main le geste de lui montrer quelque chose (probablement le tableau de la vision précédente, mais Hélène ne le vit pas apparaître), et en lui disant la première phrase [A]. La seconde phrase [B] est la réplique de ce même Martien à une question mentale d’Hélène lui demandant de traduire le langage étrange de l’autre jour. [Il faut donc qu’elle ait compris le sens de la première phrase pour y avoir répondu par sa question mentale appropriée.]

(36) [A] aé aé aé aé lassunié lâmi rêzé aé aé aé
Aé, aé, aé, aé ! - Approche ; voici Rêzé... aé, aé, aé,
aé niké bulié va né ozâmié zitêni primêni - [B] ozâmié
aé, petit Bulié... où est Ozamié ? Zitêni, Primêni... Ozamié,
viniâ ti mis bigâ kêmâ zitêni viniâ ti misé bigâ kêmisi
nom de un enfant mâle ; Zitêni, nom de une enfant femelle ;
primêni viniâ ti misé bigâ kêmisi
Primêni, nom de une enfant femelle.
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FIGURE 28
Texte n° 31(27 octobre 1898), écrit par Mlle Smith incarnant Ramié. Grandeur naturelle.
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FIGURE 29
Texte n° 34 (2 novembre 1898), écrit par Mlle Smith incarnant Ramié. Grandeur naturelle.
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FIGURE 30
Texte n° 37 (24 mars 1899), écrit par Mlle Smith incarnant Astané. [Collection de M. Lemaître.] - Grandeur naturelle. Par un défaut du cliché, il manque un point sur la première lettre.

Auditif. 8 mars 1899 (trad. 4 juin). - Hélène a entendu la phrase [A] pendant la vision dont la description suit. À la traduction, comme les assistants ne comprennent pas tout de suite que les trois derniers mots sont aussi des noms propres, Esenale ajoute la phrase [B] avec sa signification française.

Je n’ai pu m’endormir hier au soir. À 11 1/2 heures, tout s’éclaira subitement autour de moi et cette lueur vive me permettait de distinguer les objets environnants. Je me lève ce matin avec le souvenir très exact de ce que je vis alors. Un tableau se forma dans cette lueur, et je n’eus plus devant les yeux que l’intérieur d’une maison martienne : une salle immense carrée, autour de laquelle étaient fixés des rayons, ou pour mieux dire de petites tables suspendues et fixées dans le mur. Ces tables avec rebord contenaient chacune un bébé, mais point du tout emmailloté : tous les mouvements de ces petits enfants étaient libres et un simple petit linge était posé sur leur corps. On aurait dit qu’ils reposaient sur une mousse jaunâtre ; je n’ai jamais pu me rendre compte de quoi étaient recouvertes ces tables. Des hommes avec des bêtes étranges circulaient dans cette salle ; ces bêtes avaient la tête large, plate, presque sans poils, et de grands yeux très doux pareils à ceux des phoques ; leurs corps légèrement poilus ressemblaient un peu aux biches de nos contrées, sauf leurs queues larges et plates ; elles avaient de fortes mamelles auxquelles les hommes présents adaptaient un instrument carré, auquel tenait un tuyau qui était présenté à chaque enfant, et on comprenait parfaitement qu’ils étaient allaités du lait de ces bêtes. J’entendais des cris, un grand brouhaha, et c’est à grandpeine que j’ai pu noter les quelques paroles [de ce texte] ; j’ai renoncé à écrire le reste tant cela me venait peu distinctement. Cette vision a duré environ un quart d’heure ; puis tout a disparu graduellement et il pouvait être minuit lorsque enfin je m’endormis profondément.

(37) Astané bounié zé buzi ti di triné nâmi ni
Astané cherche le moyen de te parler beaucoup et
ti di umêzé séïmiré bi tarvini.
de te faire comprendre son langage.

Graphique. 24 mars 1899 (trad. 4 juin).

6 1/2 heures du matin. Vision d’Astané ; je suis debout en train de mettre mes pantoufles. Il me parle, mais je ne puis le comprendre. Je prends cette feuille de papier et un crayon ; il ne me parle plus, mais s’empare de ma main droite qui tient le crayon. J’écris sous cette pression ; je n’ai rien compris, pour moi ceci est de l’hébreu. Ma main se détend, je relève la tête pour voir Astané, mais il a disparu. Voir fig. 30.

(38) fédié amès Ramié di uzénir tès luné amè zé
Fédié, viens ; Ramié te attendra ce jour ; viens, le
boua trinir
frère parlera.
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FIGURE 31
Texte n° 38 (30 mars 1899), écrit par Mlle Smith copiant un texte de Ramié qui lui apparaît en hallucination visuelle. [Collection de M. Lemaître.] - Reproduction aux deux tiers de la grandeur naturelle.
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FIGURE 32
Texte n° 39 (1er avril 1899), écrit par Mlle Smith incarnant Ramié. [Collection de M. Lemaître.] - Grandeur naturelle.

Visuel. 30 mars 1899 (trad. 4 juin). - Assise à sa table de toilette à 9 1/4 heures du soir, avant de se coucher, Hélène se trouve tout à coup enveloppée d’un brouillard rosé qui lui cache une partie des meubles, puis se dissipe en lui laissant voir dans le fond de sa chambre « une salle étrange éclairée de globes rosés fixés dans le mur ». Plus près d’elle apparaissent une table suspendue en l’air et un homme au costume martien, assis sur une pique, qui écrit avec une sorte de clou fixé à l’index droit.

Je me penche vers cet homme, je veux poser ma main gauche sur cette table imaginaire, mais ma main retombe dans le vide et j’ai infiniment de peine à la remettre en place : elle est comme raidie et conserve pendant quelques instants fort peu de force.

Il lui vient heureusement à l’idée de prendre le crayon et le papier à portée dans son tiroir et de copier

les caractères que vient de tracer l’homme martien que j’ai déjà vu plusieurs fois [Ramie] ; et à grandpeine - car ils étaient beaucoup plus petits que les miens - j’arrive à reproduire [le texte martien de la fig. 31]. Tout cela a duré un quart d’heure environ, je me suis mise au lit et n’ai plus rien vu ce soir-là, ni le lendemain.

(39) Ramié pondé acâmi andélir téri antéch
Ramié, savant astronome, apparaîtra comme hier
in é vi anâ. riz vi banâ miras ti Ramié ni
souvent à toi maintenant. Sur toi trois adieux de Ramié et
Astané. évaï divinée.
Astané. Sois heureuse !

Graphique. 1er avril 1899 (trad. 4 juin).

Encore en me mettant au lit, à 10 heures 5 minutes. Nouvelle vision du personnage vu avant-hier [Ramié] ; je crois qu’il va parler, mais aucun son ne sort de sa bouche. Je prends vite crayon et papier, je me sens le bras droit saisi par lui et je me mets à tracer l’écriture étrange ci-jointe [voir fig. 32]. Il est très affectueux ; dans son maintien, dans son regard, tout respire tant de bonté et en même temps d’étrangeté. Il me quitte en me laissant sous un vrai charme, beaucoup trop court.

(40) ramié ébanâ dizênâ zivênié ni bi vraïni
Ramié lentement, profondément, étudie, et son désir
assilé né ten ti rès kalâmé astané êzi dabé né zi
immense est près de se accomplir. Astané mon maître est là
med lé godané ni ankoné évaï banâ zizazi divinée
pour me aider et réjouir. Sois trois fois heureuse !

Auditif 4 juin 1899 (trad. même séance). - Hémisomnambulisme où Hélène, sans avoir de vision, entend une voix au timbre voilé lui adresser des paroles parmi lesquelles elle arrive avec quelque peine à saisir les phrases précédentes.

(41) À ces textes proprement dits, formant des phrases, il convient pour être complet d’ajouter quelques mots isolés, recueillis en diverses occasions et dont le sens résulte, avec une suffisante certitude, soit du contexte français où ils étaient encadrés, soit de la description par Hélène des objets qu’ils désignaient. Tels sont : chèke, « papier » ; chinit, « bague » ; asnète, « espèce de paravent » ; Anini Nikainé, nom propre d’une petite fille (voir p. 160), probablement la soeur martienne d’Esenale, qui flotte à ses côtés, invisible pour elle, et la surveille pendant une maladie à la façon des Esprits protecteurs ; Béniel, nom propre de notre Terre vue de Mars (laquelle s’appelle, d’autre part, Durée dans les textes 7 et 9).

P.-S.

Texte établi par PSYCHANALYSE-PARIS.COM à partir de l’ouvrage de Théodore Flournoy, Des Indes à la planète Mars. Étude sur un cas de somnambulisme avec glossolalie, Éditions Alcan et Eggimann, Paris et Genève, 1900.

Notes

[1Le contenu de ce chapitre a été communiqué à la Société de physique et d’histoire naturelle de Genève dans sa séance du 6 avril 1899 (Archives des sciences physiques et cuturelles, 1899, t. VIII, p. 90).

[2Le texte 14 et une liste d’une centaine de mots martien ont déjà été publiés par M. Lemaître dans sa « Réponse à M. Lefèbure » (Annales des sciences psychiques, t. VII, p. 181).

[3Ce sont les textes 16 à 20, 26, 28, 31, 34, 37 à 39. Ils sont indiqués plus loin par un astérisque.

[4Sauf le signe (muet) de certains pluriels, que j’imiterai par un €.

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