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Benjamin BALL

Nymphomanie et Satyriasis

La folie érotique, Librairie J.-B. Baillère et fils, Paris, 1888.

Date de mise en ligne : samedi 11 octobre 2003

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Benjamin BALL, La folie érotique, Librairie J.-B. Baillère et fils, Paris, 1888.
- Chapitre II : L’Excitation sexuelle (Section V & VI).

V. Nymphomanie

Nous avons décrit les trois principales variétés de l’excitation sexuelle. Nous allons aborder un autre sujet.

On emploie généralement les mots de nymphomanie chez la femme ou de satyriasis chez l’homme comme synonyme de fureur érotique.

C’est ainsi que Trélat classe parmi les nymphomanes le malade dont je vous ai rapporté l’histoire.

C’est une erreur profonde. On doit réserver le mot nymphomanie pour désigner une affection grave résultant d’une lésion des organes génitaux ou des centres nerveux ; on peut distinguer deux espèces :

La forme chronique, moins dangereuse, se manifeste surtout par une excitation sexuelle exagérée ;

La forme aiguë, souvent accompagnée de fièvre, est d’un pronostic bien autrement sérieux ; sa marche est rapide, elle se termine habituellement par la démence ou la mort.

Un caractère essentiel de la nymphomanie, comme du satyriasis, est l’impossibilité de satisfaire les désirs des malades. Il ne s’agit pas ici d’un orage physiologique, qui se calme après l’averse ; il s’agit d’une irritation permanente, qui résulte d’une lésion anatomique. Les désirs provoqués par l’empoisonnement cantharidien en seraient en quelque sorte le type.

Les agriculteurs et les vétérinaires connaissent sous le nom de vaches taurelières certaines génisses qui sont véritablement atteintes de nymphomanie. Elles recherchent ardemment le mâle, et lorsqu’elles entrent dans une étable où se trouve un taureau, elles causent un véritable tumulte par leurs mugissements furieux et leurs mouvements désordonnés. Il est un moyen aussi simple que radical de les apaiser et de les guérir ; c’est de leur enlever les ovaires. Ces organes sont visiblement rouges, tuméfiés, hypertrophiés. Il s’agit donc d’une vraie nymphomanie déterminée par une lésion des ovaires.

Chez la femme, cette maladie, souvent fébrile, est caractérisée par une grande accélération du pouls, qui peut aller jusqu’à 150 pulsations. La mort peut survenir assez rapidement.

Outre des lésions produites par la congestion des organes génitaux, on trouve à l’autopsie des thromboses des sinus et des lésions des méninges (surtout de la dure-mère).

Nous pouvons citer plusieurs observations qui sont absolument concluantes, tout en regrettant que les détails relatifs aux autopsies soient omis ou reproduits incomplètement par les auteurs auxquels nous empruntons ces faits.

Une femme d’un tempérament bilieux et sanguin, mère d’une fille déjà mariée, n’observa jamais un genre de vie régulier, et montra, pendant plusieurs années, une aversion extrême pour les approches maritales.

Plus tard elle fut prise d’accès d’asthme si violents qu’elle manqua périr. Helwich [1] soupçonna qu’ils marquaient en quelque sorte le principe d’une aliénation érotique.

« En effet, dit-il, je ne puis ignorer les bruits qui couraient la ville concernant ses appétits vénériens. Elle nous raconta elle-même franchement, mais sans grossièreté ni obscénité, avec quelle ardeur elle aspirait aux assauts amoureux que longtemps elle avait repoussés.

Elle nous décrivit également en termes honnêtes et sans geste indécents, mais avec la plus grande exactitude, le feu qui la tourmentait : Hiat vagina, quasi patratorem nervum cupidè admissura et amplexura : Kleitork œstuat, arigitur, intumescit.

Elle se plaignait en outre de pesanteur dans l’hypogastre et de prurit aux parties extérieures de la génération. Ses discours n’offraient presque aucune aberration.

Plus tard cette maladie s’aggrava et présenta tous les phénomènes, dit Helwich, d’une hystérie au plus haut degré.

Quelques temps après, la malade mourut.

En examinant la matrice, on trouva quatre excroissances de la forme d’un rein peu volumineux et dont deux avaient une cavité qui n’aboutissait pas dans l’utérus. Ces protubérances implantées à la base de cet organe par des filaments réunis en faisceaux étaient adossées contre les vertèbres. Du même côté on voyait des vésicules sur les ovaires et qui, incisées, firent jaillir près d’une demi once d’une matière noirâtre et gélatineuse ».

Dans les observations de nymphomanie que rapporte Louyer-Villermay [2] il en est une particulièrement remarquable.

Il s’agit d’une demoiselle qui fuyait avec un soin égal la société des hommes et celle de ses compagnes ; elle était triste et rêveuse.

À l’âge de trente ans elle devint plus sombre et sujette à des accidents hystériques, ne sortant que pour se rendre à l’église, dont le prêtre, avancé en âge et d’une bonne réputation, formait toute sa société.

Peu après, elle éprouva, sur tout le corps, un prurit, plus prononcé au visage, depuis longtemps couvert de pustules. Pour guérir cette couperose, elle fit usage de douce amère, de lait, de petit-lait et de bains tièdes.

Bientôt elle perd l’appétit et ressent une grande révolution au physique comme au moral : ses yeux sont plus brillants que de coutume. Jusqu’alors elle s’était exprimée sensément et en termes choisis ; mais, un jour de fête, elle se rend de grand matin chez le pasteur et se fait remarquer par des actes indécents, des propos honteux et lascifs. Celui-ci la reconduit chez ses parents, qui voulurent lui donner une garde ; mais elle la refusa, disant qu’elle avait toujours détesté les personnes de son sexe.

À midi, on la trouva la face contre terre, les cheveux hérissés.

Plus tard, elle était assise sur une chaise, le visage rouge, les yeux étincelants ; le pouls battait inégalement et avec fréquence ; l’hypogastre était légèrement gonflé et douloureux. Pour réponse aux questions qu’on lui adressait, elle jeta au visage des assistants une tasse pleine de limonade.

Une demi-heure après, elle pousse un grand cri, puis récite la troisième strophe de l’Ode à Priape.

En ma présence, dit le médecin, elle se précipita sur son gardien, l’engageant, dans les termes les plus expressifs, à satisfaire de suite l’ardeur qui la consumait, menaçant, en cas de refus, de lui arracher la vie.

Elle fut saignée largement, mais non sans peine et refusa les médicaments.

Sur ces entrefaites, le pasteur faisant tous ses efforts pour la calmer, elle s’élance hors du lit, nue comme une bacchante et le prie, avec une voix effrayante, d’assouvir ses sens, prétendant qu’elle avait toujours aimé par prédilection les prêtres.

Alors on lui lie les mains, et le curé se dispose à l’exorciser. Bientôt elle s’assoupit et les parties génitales sont arrosées d’un liquide infect. Ce calme fut attribué à l’exorcisme. Le pouls devint moins fréquent et l’hypogastre moins tendu ; la figure colorée se couvrit d’une sueur abondante. La malade paraissant insensible, on lui appliqua treize sangsues à la vulve, puis on la plongea, pendant deux heures, dans un bain presque froid.

Durant la nuit, elle fut assez tranquille, mais elle marmottait continuellement, le pouls était alors faible, la respiration difficile ; elle portait fréquemment la main vers le vagin ; le clitoris était en érection. Pendant cette intermission, on s’efforça, mais en vain de lui administrer le quinquina à hautes doses.

Le lendemain matin, il survint un désir effréné et furieux des plaisirs vénériens ; en même temps elle quitte son lit, jette sa chemise, descend les escaliers et se précipitant dans les bras d’un charpentier, elle l’appelle aux assauts amoureux, l’assurant que jamais il ne trouvera une aussi belle femme. On la lia de vive force et on la fit garder à vue par quatre servantes très vigoureuses. Le prêtre, de nouveau, s’efforça de chasser les démons par ses prières et ses cantiques, mais, pendant près de sept heures, elle ne cessa de proférer les propos les plus indécents.

Outre les symptômes de l’accès précédent, on remarqua que l’œsophage était fermé par une strangulation spasmodique.

Devant le pasteur, ses parents et ses médecins elle récita les deux premières strophes de l’Ode à Priape. Le paroxysme dura neuf heures. Une prostration absolue lui succéda bientôt, le pouls devint misérable, il s’y joignit de fréquents hoquets et le rire sardonique.

Au milieu d’une sueur froide générale, cette infortunée expira.

L’ouverture ne fut point accordée par les parents.

Il est fort regrettable que l’autopsie n’ait pas eu lieu, on aurait certainement trouvé des lésions des organes génitaux et fort probablement des lésions des centres nerveux.

Louyer Villermay cite plusieurs autres observations où les autopsies montrèrent que chez ces malades le clitoris, l’utérus ainsi que les ovaires étaient tuméfiés et avaient acquis une grosseur extraordinaire.

En 1871, le Dr Maresch publia un travail basé sur neuf observations [3].

Dans trois cas, la maladie se termina par la mort dans un délai de cinq à huit jours.

Dans les autres, l’exaltation nymphomaniaque suraiguë céda au bout de dix à quatorze jours, mais le délire conserva une prédominance de préoccupations sexuelles qui dura jusqu’à un maximum de trois mois, et qui ne finit par disparaître que pour faire place à la démence.

L’auteur, après avoir décrit la maladie, termine ainsi :

Dans les cas très aigus, les intervalles de repos étaient fort brefs. Dans les autres, les accès de violente agitation nymphonianiaque étaient plus courts et s’espaçaient davantage.

Les mouvements du cœur ont toujours été accélérés et violents ; ils ont atteint jusqu’à cent quarante ou cent cinquante pulsations à la minute et l’accélération du pouls a toujours été le signe le plus positif de la terminaison fatale.

Dans la plupart des cas, il s’est produit un œdème bien marqué du cuir chevelu, qui a disparu lorsque l’issue devait être favorable.

L’auteur ajoute quelques considérations anatomo-pathologiques d’après lesquelles il serait porté à localiser cette affection dans la partie postérieure de la face interne des hémisphères ; en outre, il a trouvé deux fois la thrombose et une fois la phlébite du sinus falciforme.

Sans entrer dans la discussion de ces observations, nous nous contenterons de faire remarquer qu’elles nous paraissent offrir exactement les caractères des accès de folie hystérique, à forme convulsive, avec un état général d’excitation qui, dans certains cas, peut être portée jusqu au délire aigu [4].

Comme vous le voyez, ces observations montrent combien on a tort de confondre la nymphomanie avec la folie érotique.

La nymphomanie est une maladie organique qui présente à l’autopsie soit des lésions des organes génitaux, soit des lésions des centres nerveux, comme on le voit dans les observations rapportées plus haut.

Elle diffère absolument des excitations génitales que nous venons de décrire, et qui en général ne se rapportent pas à des lésions anatomiques bien définies. Ce sont de véritables cas d’aliénation mentale, tandis que la nymphomanie, telle que nous venons de la décrire, n’est que l’un des symptômes d’une maladie organique.

VI. Satyriasis

Le satyriasis ne diffère de la nymphomanie que par sa gravité plus grande encore et par le caractère agressif des malades, qui se précipitent volontiers sur les personnes de sexe opposé pour satisfaire leurs désirs.

C’est sous ce nom de satyriasis que les anciens étudièrent la folie érotique en général.

Galien, Aétius d’Amède [5] et Rufus d’Ephèse [6] confondaient ensemble le satyriasis et le priapisme.

Paul d’Égine, le premier, établit la distinction entre un symptôme (le priapisme) et une maladie (le satyriasis) ; cependant il semble n’avoir pas eu de notions plus nettes que ses prédécesseurs.

Arétée est le premier qui ait étudié sérieusement cette affection. Il en savait le caractère grave et la marche aiguë. Il avait observé que les malades en meurent pour la plupart au bout de sept jours. Nem plerumque in septima die hominem consumit.

Cœlius Aurelianus [7] définit la maladie, en donne les causes et en indique les symptômes.

Il reconnaît que c’est une forme d’aliénation mentale, mentis alienatio. Ses observations sont précises, il a bien vu la maladie, quoique l’on puisse regretter qu’il ne l’ait pas distinguée des autres formes de la folie érotique.

Jean Hartmann [8] a observé que l’issue de la maladie, est fatale per virium exolutionem tetanum et mortem.

Wolfgang Wedel [9] le célèbre professeur de l’Université d’Iéna et beaucoup d’autres observateurs ont cité des observations toutes affirmatives sur la gravité do cette affection.

Le satyriasis est une maladie rare et surtout rare dans nos climats ; elle est bien moins fréquente que la nymphomanie. Le nombre des observations connues est très restreint.

Mais, comme la nymphomanie, le satyriasis peut résulter d’une lésion des centres nerveux.

On a même vu ce phénomène résulter d’un traumatisme direct.

Chauffart, d’Avignon [10], rapporte un fait très curieux de ce genre.

Un homme de cinquante ans, de mœurs douces et d’un caractère paisible, fait une chute dans sa chambre, et se frappe violemment la nuque contre un des angles du lit : il survient de l’empâtement à la région occipitale inférieure ; les habitudes de cet homme présentent une altération remarquable ; il est pris d’une salacité extraordinaire.

Jusqu’alors pieux et modeste, il tombe peu à peu dans le délire le plus érotique.

Cet état s’accroît pendant environ trois mois ; en même temps son intelligence et ses forces s’affaiblissent, lorsqu’à la suite d’une ardente colère que lui occasionnent les refus de sa femme, il tombe en convulsion, se plaint ensuite d’une vive douleur en avant du sommet de la tête, et ne ressent plus celle qu’il éprouvait à la partie postérieure et inférieure du crâne. Commencement de paralysie du côté gauche, cessation du satyriasis et du délire érotique ; délire religieux, marmottement continuel de prières, tels sont le phénomènes qui durent jusqu’à la mort, arrivée huit jours après cette transformation des phénomènes morbides.

L’autopsie du cadavre n’eut pas lieu. Il eût été curieux de constater l’état du cerveau et du cervelet, si tant est que celui-ci ait été primitivement, et spécialement affecté.

Il est évident qu’il s’agit ici, selon toute probabilité, d’une lésion du bulbe.

Vous le voyez, le satyriasis et la nymphomanie sont des maladies très graves (c’est sous le nom de folie génésique que Moreau de Tours les désigne) [11] associées le plus souvent à des maladies organiques, et qui diffèrent absolument de la folie érotique.

Je crois, par conséquent, qu’il faudrait désigner par le mot aphrodisie, les excitations sexuelles que nous venons de décrire et qui peuvent répondre, comme dans l’observation de Trélat, à une santé physique absolument parfaite.

Par nymphomanie ou satyriasis, il faudrait désigner au contraire un état morbide très grave, se terminant par la mort, et caractérisé par des lésions anatomiques.

Cette réforme du langage médical nous parait utile au point de vue de la clarté scientifique.

Il me reste à vous parler des perversions de l’instinct sexuel. Ce sera le sujet de notre prochaine conférence.

Notes

[1Helwich, Ephemerides naturæ curiosorum, Obs. 148, p. 308.

[2Louyer-Villermay, Dictionnaire des sciences médicales, article Nymphomanie.

[3Maresch. Psychiatriches Centralblatt. 1871.

[4Foville. Annales médico-psychologiques. 1874.

[5Aétius in Rufus, Œuvres, trad. par Daremberg et Ruelle, Paris, 1879, p. 119.

[6Rufus, Œuvres, trad. par Daremberg, Paris, 1879, p. 431.

[7Cœlius Aurelianus, De morbis acutis et chronicis, Amsterdam, 1709, p. 249.

[8Jean Hartmann, Officina sanitatis, Noribergne, 1677, p. 640.

[9Wolfgang Wedel, Physiologia medica, Iéna, 1580, Caput XVI, p. 572 et seq.

[10Chauffard, Journal universel des Sciences médicales, décembre 1825, et Archives générales de médecine, p. XIX, p. 263.

[11P. Moreau de Tours, Aberrations du sens génésique, Paris, 1884.

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