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Conférences du Cercle psychanalytique de Paris

Vraie et fausse psychanalyse

Conférences 2011-2012 : argumentaire 1

Date de mise en ligne : mercredi 7 septembre 2011

Auteur : Guy MASSAT

Mots-clés : , ,

Guy Massat, « Vraie et fausse psychanalyse », Conférences 2011-2012 (argumentaire 1), Jeudi 29 septembre 2011, Espace 62 : 62, rue Saint Honoré - 75001 Paris.

Conférences du Cercle psychanalytique de Paris
Vraie et fausse psychanalyse
Argumentaire 1

98 % des psychanalystes exercent aujourd’hui dans le monde une fausse psychanalyse. D’où vient ce paradoxe ? Quelle est la différence entre la vraie et la fausse psychanalyse [1] ? Comment la psychanalyse peut-elle s’écarter du champ qui la motive et la définie : l’inconscient ?

C’est que le préfixe « in » est un préfixe négatif qui fait que le mot inconscient a l’inconvénient d’être et paraître négatif. En philosophie, c’est-à-dire en toute raison, la négation ne vient qu’après quelque chose, on est donc spontanément enclin à considérer, que l’inconscient est relatif au conscient, que l’inconscient est l’inconscience, un défaut de conscience, une étourderie, une bévue fatale pour qui ne se définit, en toute raison, que par conscience d’être. Etre c’est d’abord avoir conscience que l’on est. L’inconscient par nature ne peut donc être inféré, comme tout autre concept, qu’à l’ontologie. Or, durant toute leur vie, comme durant toute leur œuvre, Freud et Lacan n’ont cessé de marteler que l’inconscient selon la psychanalyse avait un sens inversé, diamétralement opposé au sens que lui donnent la philosophie et la psychologie générale. Certes, au premier abord cela paraît impossible, un leurre, aussi insoutenable que le Traité du non-être de Gorgias, dont Barbara Cassin, spécialiste des sophistes [2] nous explique que ce « non-être » devient pourtant aujourd’hui, d’une certaine manière, envisageable, ne faisant « rien de moins que de changer le principe de tous les principes », aussi paradoxal et insoutenable encore que l’insubstantialité de la matière selon la physique moderne (alors même que nous en faisons un usage quotidien avec nos appareils électroniques, sans que cela nous étonne, sinon vaguement). En tout cas, pour Freud et Lacan l’inconscient est pré-ontologique. On ne peut, sans mentir à soi-même, inférer l’inconscient à l’ontologie.

Lacan insiste : « C’est de la parole que nous tenons cette folie qu’il y a de l’être » [3]. La parole précède l’être. Il n’y a pas besoin d’être pour que la parole parle. Ce n’est que sur ce renversement, sur cette logique paradoxale de l’être parlant que se justifie la révolution psychanalytique, le retour à Freud, qui, comme toute révolution, énonce le retour à son point de départ l’inconscient, l’inconscient pré-ontologique. Tout débat sérieux pour ou contre la psychanalyse ne saurait occulter ce clivage. Mais qu’est-ce que la fausse psychanalyse ? À quoi la reconnaît-on ?

La fausse psychanalyse ne fait pas de différence entre le système conscient et le système inconscient. Elle soutient, contre Freud et Lacan, sournoisement ou étourdiment que l’inconscient est relatif au conscient. La confusion de ces deux ordres aboutit à des amalgames spécieux et ridicules entre la logique de la raison, celle du conscient où règne le principe d’identité, et celle de l’inconscient ou règne le principe de non contradiction. Les concepts de résistance, refoulement, transfert, répétition etc. ont des fonctions inversées dans le système conscient et le système inconscient. En toute rigueur ils ne peuvent rien dire l’un sur l’autre. Mais ceux que Lacan appelle « les débiles et les canailles » abusent du contraire. Ils ne séparent pas les deux systèmes ou font semblant de le faire et jouent sur les deux tableaux. Lacan conclut : « l’analyse doit se refuser aux canailles, car les canailles en deviennent bêtes, ce qui est certes une amélioration mais sans espoir » (Télévision, p. 67).

L’illisibilité provoquée par la non dissociation des deux systèmes, engendre des discours d’idiot, « qui, comme dit Lacan, de ne pouvoir que mentir au partenaire s’inscrivent de névrose, de perversion ou de psychose » (Télévision, p.21). Qu’on se représente le système inconscient par un cercle et par un autre cercle le système conscient. Se dévoile alors dans un surgissement imprévu un troisième cercle qui leur était antérieur : la béance irréductible du Réel, l’inconscient. Cette béance sépare et engendre à la fois, comme l’entend le latin separare, séparer, homophone de se parere, se montrer s’engendrer. La béance de ce troisième cercle est d’autant plus effrayante qu’elle est en expansion. C’est un trou en expansion qui crée ses propres limites, ses propres résistances, son propre refoulement et qu’il retourne en expansion en augmentant sa puissance, dans une pulsation continuelle, allant toujours par delà.

L’inconscient est ce non-être pulsatif. L’inconscient parle, puisqu’il est pulsatif, mais c’est d’une voix qui n’est la voix de personne. C’est si traumatisant qu’on préfère souvent se réfugier dans l’angoisse, la dépression ou la peur afin de s’accrocher à quelque chose. Comme le remarquait Cioran : « On se penche sur le vide, puis on se recule effrayé pour écrire un livre ».

Le philosophe Alain Badiou, dans son dialogue avec Barbara Cassin, intitulé Il n’y a pas de rapport sexuel, deux leçon sur l’étourdit de Lacan, l’a bien compris : « La philosophie refuse que le trois (cette béance qu’est le troisième cercle) soit directement originaire » (p. 124). Il poursuit : « La querelle sur le trois et le deux est en définitive une querelle sur le un » et conclut très justement : « Le il y a de l’un (de Lacan) est une subversion radicale de la thèse spéculative ou philosophique, l’Un est » (p. 126). Au moins Badiou sait lire Lacan, même s’il n’est pas d’accord. Il est d’une autre trempe que les canailles ordinaires.

Chez Lacan, et pour la vraie psychanalyse, le « un » ce n’est pas le un du comptage, le un du calcul, le un de la pierre, c’est le trou, « la voie de la béance spécifique » (Écrits, p. 53). Non pas un trou dans quelque chose, mais « ce trou étrange qui précède ses bords ». Ici il ne peut y avoir de science autre que la topologie des nœuds, alternance d’envers et endroits qui se dénient les uns les autres, comme l’envers et l’endroit de la parole pulsative.

Dans L’envers de la psychanalyse (séminaire XVII, p. 81), Lacan illustre cela par la dénégation : « N’avez vous pas remarqué que quand on dit que quelqu’un est un con, cela veut plutôt dire qu’il est un “pas-si-con” ? Ce qui déprime c’est qu’on ne sait pas très bien en quoi il a affaire à la jouissance. Et c’est pour cette raison qu’on l’appelle comme ça ». Dédale sortit de son labyrinthe par le haut, O, désignant le trou originaire de l’inconscient. En bref, pour distinguer la vraie de la fausse psychanalyse il importe de savoir compter jusqu’à trois, anagramme de « sorti » (on raconte que Saussure, pensait que l’anagramme était le véritable sens des mots). Cette logique du trois est une sorte de « tiers inclus », par opposition au « tiers exclus » de la logique formelle. De cette béance paradoxale et libératrice on ne fait l’expérience heureuse que par sa propre psychanalyse sur le divan.

P.-S.

INVITATION

Le cercle psychanalytique de Paris a l’honneur de vous inviter au séminaire de Guy Massat, psychanalyste, sur le thème :

« Vraie et fausse psychanalyse, selon Jacques Lacan ».
Jeudi 29 septembre 2011
20h15 à l’Espace 62
62, rue Saint Honoré - 75001 Paris

- Périodicité : le séminaire a lieu chaque mois
- Lieu : Espace 62 : 62, rue Saint Honoré - 75001 Paris
- Participation au frais : 10 euros
- Thèmes : Signification du style de Jacques Lacan. — Télévision : cette interview de Lacan par son exécuteur testamentaire met en évidence ce la vraie et la fausse psychanalyse. — La topologie des nœuds comme écriture du système inconscient et « la pierre philosophale » du système inconscient et du système conscient : le nœud Borroméen. — Nous aborderons parallèlement le séminaire XI : Les Quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse.

Notes

[1Jacques Lacan, « La psychanalyse vraie et la fausse », Congrès de Barcelone, septembre 1958 in Autres Écrits, p. 165

[2Lacan, « Colloque de Bonneval », l’inconscient, 1960, p.160 : « … À cette date, dans le monde, les psychanalystes ne s’appliquent qu’à rentrer dans le rang de la psychologie. L’effet d’aversion que rencontre dans leur communauté tout ce qui vient de Freud est avoué en clair, notamment dans une fraction des psychanalystes présents. » Pour Henri Ey, organisateur du colloque, l’inconscient résulte de l’ontologie (p. 15) alors que pour Lacan l’inconscient est pré-ontologique (Les Quatre concepts, p. 31). Cf. également : Barabara Cassin, L’effet sophistique, Éd. Gallimard. Avec Alain Badiou, Il n’y a pas de rapport sexuel, deux leçon sur l’étourdit de Lacan, Éd. Fayard.

[3Il n’y a pas de rapport sexuel, p. 45.

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