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Répondre au sujet  [ 9 messages ] 
 parce que le mot amour me fait toujours rêver! 
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Inscription: Sam Jan 13, 2007 4:22 pm
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Message parce que le mot amour me fait toujours rêver!
voici donc un extrait, que je trouve à mon gôut, sur l'identification amoureuse.

L'auteur en est une femme, Julia Kristeva, bulgare d'origine, professeur et psychanalyste.

L'ouvrage s'intitule Histoires d'amour, 1992.

Citation:

Einfühlung : une identification avec un "objet" métaphorique

(...)
Sur quel terrain, dans quelle matière, l'avoir vire-t-il à l'être?
C'est en cherchant la réponse à cette question que l'oralité incorporante et introjectrice nous apparaît dans sa fonction de substrat essentiel à ce qui constitue l'être de l'homme, à savoir le langage. Lorsque l'objet que j'incorpore est la parole de l'autre- un non-objet précisément, un scheme, un modele-, je me lie à lui dans une première fusion, communion, unification. Identification. Pour que je sois capable d'une telle opération, il aura fallu un frein à ma libido: ma soif de dévorer a dû être différée et déplacée à un niveau qu'on peut bien appeler "psychique", à condition d'ajouter que si refoulement il y a, il est très primaire précisément, et qu'il laisse perdurer la joie de la mastication, de l'ingurgitation, de la nutrition avec ... des mots. De pouvoir recevoir les mots de l'autre, de les assimiler, répéter, reproduire, je deviens comme lui: Un. Un sujet de l'énonciation. Par identification - osmose psychique. Par amour.
Freud a décrit cet Un avec lequel j'accomplis l'identification (cette "forme la plus primitive de l'attachement affectif à un objet") comme un Père. En spécifiant sa notion il est vrai peu développée, d'"identification primaire", il précise que ce père est un "père de la préhistoire individuelle".

(p37 et p38)

Je donne plus d'importance au signe qu'au sujet en lui-même. -)
Oli

_________________
Oli


Mar Nov 13, 2007 8:34 pm
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Message Re: parce que le mot amour me fait toujours rêver!
Oli a écrit:
voici donc un extrait, que je trouve à mon gôut, sur l'identification amoureuse. L'auteur en est une femme, Julia Kristeva, bulgare d'origine, professeur et psychanalyste. L'ouvrage s'intitule Histoires d'amour, 1992.


C'est à vous dégoûter de l'amour ce texte !

bien à toi Oli,
cb.


Mar Nov 13, 2007 10:20 pm
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Bonjour Oli,

Cet extrait sur l'identification amoureuse décrit bien des états de fusion qu'on peut ressentir lorsqu'on "tombe amoureux" je trouve.
Lorsque par exemple on a L'Autre constamment à la bouche, qu'on ramène tout à lui. En ce sens, ce texte me touche.

Toutefois, et c'est sans doute le sens des précédentes réactions que j'ai pu lire ici, cette fusion est rarement un bienfait dans le fond il me semble... en m'appuyant sur mes propres expériences je dirais que je m'y perds un peu, j'y perd en sentiment d'exister par moi-même, et au bout du compte j'en viens à oublier que j'ai moi-même un discours qui m'est propre.

Cela me fait imaginer qu'il y a sans doute des processus qui m'échappent et qui feraient que lorsque je tombe en amour, je disparais un moment pour faire de la place en moi pour l'autre et reapparaître nouvelle (une fois la digestion opérée), pas une, pas un, mais deux en un couple.


Mer Nov 14, 2007 2:07 pm
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Col chic, Miss,

Oui je trouve également que ça fait quand même très cannibale comme amour : certes la pulsion cannibalique est présente dans le baiser comme l'a souvent rappelé Freud, mais là, dans ce texte, on dévore des signifiants — psychanalytiques en l'occurrence (objet, identification, projection, etc.) — pour ne rien en faire : c'est du pur engloutissement ! J'ai eu l'occasion de croiser J. Kristeva à une conférence, il lui faut un demi heure de présentation avant de commencer à parler du thème qu'elle se proposait d'aborder : là elle vous donne la collection de tous les titres qu'elle a avaler au cours de sa longue existence. Pour ceux qui ont encore faim, voilà la carte des menus.

bien à vous,
cb.


Mer Nov 14, 2007 2:57 pm
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Miss a écrit:
Bonjour col chic,

Vous dites :

Lorsque par exemple on a L'Autre constamment à la bouche, qu'on ramène tout à lui.

ben non, hélas, c'est le contraire selon l'auteure.
C'est bien le problème : c'est que ça n'est pas de l'amour ça, mais de la dévoration façon Gilles de Rais :D

pas une, pas un, mais deux en un couple.

si j'ai bien compté, chez moi, ça fait quatre dans un couple.

Miss


J'interprète/comprends mal ce passage donc.

Citation:
De pouvoir recevoir les mots de l'autre, de les assimiler, répéter, reproduire, je deviens comme lui: Un. Un sujet de l'énonciation. Par identification - osmose psychique. Par amour.


Pour la fin de votre réponse... je pensais ici la notion de "système" (cf. G. Simondon), appliquée au couple, dans laquelle une relation transductive passant par l'ingestion de l'autre conduirait à l'émergeance du couple comme nouveau système.


Mer Nov 14, 2007 3:25 pm
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Le petit texte de J. Kristeva m'a inspiré un vers :

Tes mots sont le sang qui nourrit mon âme
Et quand je régurgite c'est l'amour qui spame

Bonne soirée

MFC


Mer Nov 14, 2007 6:57 pm
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mfc a écrit:
Le petit texte de J. Kristeva m'a inspiré un vers :

Tes mots sont le sang qui nourrit mon âme
Et quand je régurgite c'est l'amour qui spame

Bonne soirée

MFC


Ah ça oui, le spam est sa spécialité ! :wink:

Pour "col chic" : l'une des thèses principale du livre est que l'Amour ouvre tous les systèmes, pour sans cesse les redéfinir...

A part son style que l'on peut effectivement trouver un peu indigeste (ce n'est pas mon cas), il est tout de même indéniable que ce livre est un trésor : certains chapitres sont éblouissants (bien sûr la littérature prend souvent le pas sur la psychanalyse !)...

Morceaux choisis :

"Qu'est-ce qu'il entend de moi ? Qu'est-ce que j'entend de lui ? Tout ? -comme on a tendance à le croire aux moments de nos apothéoses fusionnelles, aussi complètes qu'indicibles ? Ou rien ? -comme je le pense, comme il peut le dire à la première blessure venue bousculer nos vulnérables palais de miroirs...
Vertige d'identité, vertige des mots : l'amour est, à l'échelle de l'individu, cette révolution subite, ce cataclysme irrémédiable, dont ne parle qu'après coup. Sous le coup, on ne parle pas de. On a simplement l'impression de parler enfin, pour la première fois, pour de vrai. Mais est-ce vraiment pour dire quelque chose ? Pas nécessairement. Sinon, quoi au juste ? Même la lettre d'amour, cette tentative innocemment perverse de calmer ou de relancer le jeu, est trop immergée dans le feu immédiat pour ne parler que de 'moi' et de 'toi', voire d'un 'nous' sorti de l'alchimie des identifications, mais non de ce qui se joue réellement entre l'un et l'autre. Pas de cet état de crise, d'effondrement, de folie qui peut emporter tous les barrages de la raison, comme il peut, telle la dynamique de l'organisme vivant en pleine croissance, transformer une erreur en renouvellement, remodeler, refaire, ressusciter un corps, une mentalité, une vie. Voire deux."
(Eloge de l'Amour, P.12)

"L'attente me rend douloureusement sensible à mon incomplétude que j'ignorais avant. Car maintenant, dans l'attente, "avant" et "après" se télescopent en un redoutable jamais. L'amour, l'aimé effacent le compte du temps... L'appel, son appel, me déborde d'un flux où se mêlent des bouleversements du corps (ce qu'on appelle des émotions) et une pensée en tourbillon, aussi vague, souple, prête à percer ou à épouser celle de l'autre, que vigilante, éveillée, lucide dans son élan... vers quoi ? Vers un destin, implacable et aveugle comme une programmation biologique, comme la voie de l'espèce... Corps soufflé, présent dans tous ses membres par une absence délicieuse -voix tremblante, gorge sèche, oeil flou de lueur, peau rosée ou moite, coeur palpitant... Les symptômes de l'amour seraient les symptômes de la peur ? Peur-envie de ne plus être limitée, retenue, mais de passer outre. Crainte de traverser non seulement des convenances, des interdits; mais aussi, mais surtout peur et désir de passer à travers les frontières du soi... La rencontre alors, mêlant plaisir et promesse ou espoirs, demeure dans une sorte de futur antérieur. Elle est le non-temps de l'amour qui, instant et éternité, passé et avenir, présent abréagi, me comble, m'abolit et cependant me laisse inassouvie... A demain, à toujours, comme toujours, fidèle, éternellement comme avant, comme quand ça a été, comme quand ça aura été, à toi... Permanence du désir ou de la déception ?
L'amour est en somme un mal, au même titre qu'il est un mot ou une lettre.
Nous l'inventons à chaque fois, avec chaque aimé forcément unique, à chaque moment, lieu, âge...
Ou une fois pour toutes."
(Eloge de l'Amour, P.14-15)

"Le psychisme est un système ouvert connecté à un autre, et, dans ces conditions seulement, il est renouvelable. S'il vit, votre psychisme est amoureux. S'il n'est pas amoureux, il est mort. "La mort vit une vie humaine", disait Hegel. C'est vrai quand nous ne sommes pas amoureux ou en analyse."
(Eloge de l'Amour, P.25)


Mer Nov 14, 2007 9:42 pm
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Inscription: Mer Nov 01, 2006 1:01 pm
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Ouais !… C'est ce que je craignais :lol:

bien à vous,
cb.


Mer Nov 14, 2007 10:06 pm
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Inscription: Ven Sep 21, 2007 8:08 pm
Messages: 672
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Ben flûte alors! ces long extraits m'ont coupé l'inspiration pour la suite de mes vers.
Elle collectionne les médailles en chocolat, la dame..
La médaille vermeil de la ville de Paris, ça existe?

:) mfc


Jeu Nov 15, 2007 8:37 pm
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