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Benjamin BALL

Excès vénériens, continence, menstruation, ménopause et maladies utérines (Des folies génitales)

Leçons sur les maladie mentales : 36ème leçon (section II)

Date de mise en ligne : dimanche 15 mai 2005

Sommaire
- Influence des excès vénériens. Influence de la continence longtemps prolongée. Influence des troubles de la menstruation. Folie périodique. Influence de la ménopause. Influence des maladies utérines.

À côté de la masturbation, il faut placer les excès vénériens, qui, portés à un degré excessif, produisent habituellement un certain degré de faiblesse intellectuelle et surtout une impossibilité absolue d’application au travail, dont le roi Louis XV et les sultans modernes nous ont offert des exemples historiques.

Mais, dans les cas malheureux, les excès vénériens conduisent à la paralysie générale. Aussi, cette affection se développe-t-elle quelquefois avec des hommes jeunes, ardents et nouvellement mariés, qui, dans l’excès d’une ardeur légitime, ont oublié que les lois de la nature ne sont pas absolument parallèles aux prescriptions du Code. J’ai eu, personnellement, l’occasion d’observer, dans ma clientèle, quelques cas de ce genre, et Maudsley attribue, avec raison, aux abus conjugaux, une large part dans la production de la paralysie générale.

Les excès vénériens, nous l’avons déjà dit, paraissent être infiniment moins graves chez la femme. Il ne faudrait pas cependant conclure l’impunité absolue pour le sexe féminin. On sait que les prostituées payent un large tribut à la paralysie générale.

Nous arrivons maintenant à la condition inverse. La continence absolue peut-elle engendrer l’aliénation mentale, comme on le croit généralement ? C’est là, en tout état de cause, un point de départ assez peu commun ; mais voyons d’abord quels sont les effets physiologiques de la continence longtemps prolongée. Ils ont été soigneusement décrits par Haller, qui les avait observés sur lui-même. On éprouve d’abord une sensation de plénitude et de congestion, qui se traduit assez souvent par des céphalalgies ; mais, après un assez court espace de temps, les désirs sexuels s’éteignent complètement, et le sujet éprouve un accroissement évident de la force musculaire et une augmentation très notable de la mémoire. Peut-être Haller se faisait-il illusion sur ce point, et prenait-il la mémoire extraordinaire dont la nature l’avait gratifié pour une Conséquence de sa manière de vivre ; mais il est certain que les hommes qui pratiquent vraiment la continence sont doués, en général, d’une plus grande énergie que les autres, et peuvent donner une somme beaucoup plus considérable de travail, soit physique, soit intellectuel. Chez les animaux, tels que les chevaux, les ânes et les mulets, dont la force musculaire est la principale qualité, ces règles s’appliquent avec une exactitude rigoureuse. Ce qui paraît évident, c’est que la continence indéfiniment pratiquée peut s’allier à l’équilibre le plus parfait des fonctions organiques et à la plus robuste santé. Cependant, chez des hommes d’un tempérament génital excessif, comme le curé cité par Buffon, elle peut déterminer des accès de manie à forme érotique, accompagnes d’hallucinations diverses. Mais il ne faut point oublier que les inconvénients de la continence sont infiniment moins considérables que ses avantages, surtout au point de vue intellectuel. C’est là une vérité trop souvent méconnue, et qu’il importe essentiellement de mettre en lumière.

Passons maintenant à un autre ordre de causes. Les troubles de la menstruation peuvent engendrer la folie, soit au début, soit à la fin, soit pendant le cours de cette grande fonction physiologique.

S’il s’agit des troubles cérébraux qui peuvent accompagner l’établissement des règles, nous serons en présence de l’hébéphrénie.

S’il s’agit., au contraire, de la menstruation une fois définitivement établie, nous trouverons une cause importante de l’aliénation mentale dans la suppression subite des règles, soit par l’action du froid, soit par l’effet de la frayeur ou d’un vive émotion. Dans ce cas, on voit brusquement éclater la polie. Hippocrate l’avait observée, et, parmi les modernes, Esquirol et Brierre de Boismont en ont rapporté de curieux exemples. L’aliénation mentale prend surtout alors la forme de la manie. Quelquefois aussi on observe la mélancolie, l’obtusion des facultés et la demi-stupeur.

Lé retour de règles peut souvent amener la guérison ; l’un des cas les plus remarquables en ce genre est celui que rapporte Esquirol, où le retour des fonctions menstruelles détermina une guérison immédiate après des accès bien caractérisés de folie.

Mais j’arrive à un fait plus curieux encore : il existe, chez certaines femmes, un folie périodique qui se reproduit à chaque époque menstruelle. Nous savons qu’à l’état physiologique il existe des troubles moraux dont la fréquence est tellement grande qu’ils attirent à peine l’attention. La plupart des femmes sont irritables et difficiles à vivre aux approches de l’époque menstruelle. Elles subissent plus facilement l’influence des moindres émotions ; elles sont, enfin, plus vulnérables qu’à l’état normal ; plusieurs d’entre elles éprouvent un malaise profond, des congestions et de la céphalalgie.

Franchissant enfin les limites extrêmes de l’état physiologique, certaines femmes deviennent absolument aliénées à l’époque des règles, pour reprendre leur raison immédiatement après. Nous en rapporterons, d’après Hitzig [1], un cas extrêmement remarquable. Une mère avait tué son enfant, en le jetant à l’eau ; elle fut arrêtée et mise en jugement, sous l’inculpation de meurtre. Pour se défendre, elle prétendit qu’à l’époque de ses règles, elle éprouvait toujours un malaise extrême de corps et d’esprit, et c’était sous l’influence de cet état pathologique qu’elle avait commis son crime. Comme elle paraissait absolument saine d’esprit, elle fut renvoyée en prison, pour y être soumise à une observation rigoureuse. On put alors constater qu’à chaque époque menstruelle, elle subissait, en effet, une crise d’aliénation mentale. En conséquence, elle obtint un verdict d’acquittement.

La forme la plus commune du délire, en pareil cas, est la manie aiguë ; mais on observe quelquefois la mélancolie accompagnée d’hallucinations. Chez certaines malades, les idées religieuses prédominent ; chez d’autres, c’est la démonomanie qui occupe la scène. Enfin, il est des femmes qui, à chaque apparition des règles, ont un accès de nymphomanie.

Malgré sa gravité incontestable, cette folie périodique peut guérir. La grossesse exerce, à cet égard, une heureuse influence. Enfin, on voit quelquefois les accès périodiques disparaître à l’âge critique.

Et cependant la ménopause est une des causes les plus importantes de la folie chez la femme. Non seulement on voit l’aliénation mentale se développer avec toutes ses formes diverses, à cette époque de la vie, mais encore il existe incontestablement, chez la plupart des femmes parvenues à cet âge, un caractère irascible, difficile et fantasque.

C’est là, très certainement, l’une des causes de la mauvaise réputation dont jouissent les belles mères ; car, de quarante-cinq à cinquante ans, beaucoup de femmes, sans être positivement aliénées, ont un caractère insupportable.

Les maladies utérines ont été, depuis longtemps, rangées parmi les causes habituelles de la folie. Pinel, Esquirol, Nasse, Jacobi, Guislain, et, parmi les contemporains, MM. Azam et Bazin, en ont rapporté de nombreux exemples. Toutefois, une polémique assez vive s’est engagée sur ce point.

Il n’est pas douteux que beaucoup de femmes aliénées ont des lésions utérines ou ovariennes. On constate chez elles des ulcérations et des granulations du col, de la leucorrhée, des déplacements ; enfin, le cancer. Reste à déterminer si la maladie utérine a précédé la folie ou s’est développée postérieurement aux troubles intellectuels. Il est universellement admis aujourd’hui que, dans certains cas, les affections utérines peuvent déterminer la rupture de l’équilibre intellectuel, et l’on a vu la guérison de l’affection locale faire disparaître les aberrations intellectuelles. On ne saurait donc aujourd’hui contester l’influence de cette cause ; il s’agit maintenant de ne point en exagérer la fréquence.

Chez l’homme, les maladies de la vessie, et, plus rarement, celles des organes génitaux, peuvent déterminer la folie, et l’on cite un cas de guérison de la folie obtenu par l’urétrotomie, chez un malade atteint d’un rétrécissement ancien. Mais il est incontestable que, dans le sexe masculin, les affections locales des organes génitaux ont une influence infiniment moins grande sur les troubles de l’esprit que chez la femme.

P.-S.

Texte établi par Abréactions Associations, à partir de l’ouvrage de Benjamin BALL, Leçons sur les maladies mentales, Éd. Asselin et Houzeau, (2ème édition) Paris, 1890.

Notes

[1Arch. fur Psychiatrie, de Westphal, t. VIII, p. 65, Consulter à ce sujet l’excellente thèse de M. Icard (Paris, 1889).

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