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Psychanalyse & Alchimie

Alchimie, psychanalyse et fabrication de l’Or

Visita Interiore Terrae Rectificando Ivenies Occultum Lapidem

Date de mise en ligne : samedi 13 novembre 2004

Auteur : Mireille MARTINI

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Introduction

Le but de cet article est de présenter quelques notions de base relatives à l’alchimie et de donner quelques pistes sur ce qui dans l’alchimie peut intéresser l’analyste.

Le petit Larousse définit l’alchimie comme “Science occulte centrée sur la recherche d’un remède universel, capable d’opérer une transmutation de l’être.” Uni-vers-Sel pourrait-on dire. Cette définition pourrait aussi s’appliquer à la psychanalyse. L’analyse est occulte en ce qu’elle opère dans le secret du cabinet et elle cherche bien un remède universel, au sens où il peut être employé avec tous, de guérison de la souffrance, qui effectuera aussi une transformation de l’essence de l’être. L’origine du mot est l’arabe al-kimia, peut-être lié au grec khymeia, mélange de sucs. Chemeia est l’action de fondre du minerai et l’alchimie comme Al Qaeda la science des mélanges explosifs.

Nous nous sommes basés sur un petit ouvrage de Julius Evola, “La Tradition Hermétique”, publié en italien en 1931 et en français aux Editions Traditionnelles en 1999. Evola présente d’abord les symboles utilisés par l’alchimie, puis les opérations de l’art hermétique.

L’alchimie a d’abord été développée dans la Grèce antique, et l’un des ouvrages de référence est le “Collection des Alchimistes Grecs” publié par Berthelot en 1887. Certains auteurs latins comme Agrippa, Plotin, Philalète ont aussi écrit sur l’alchimie, qui a connu une période obscure au moyen âge avant d’être réintroduite en Europe par les arabes. L’alchimie a connu une nouvelle gloire du XIIIème au XVIème siècle avec des auteurs comme Roger Bacon (1220-1292), Nicolas Flamel (1330-1418) dont l’un des grands ouvrages s’intitule « Le désir désiré », Jacob Boehme [1575-1624] (De Signatura, Mysterium Magnum), Pernety, Basile Valentin.

Si l’alchimie a été occultée par l’avènement du christianisme, c’est parce que l’alchimie est un art de développement de l’homme sans Dieu, comme l’analyse. À la manière grecque l’homme est perçu comme un dieu mortel, Dieu comme un homme immortel, s’il y a du divin dans l’alchimie Dieu est immanent et pas transcendant.

L’alchimie fascine encore de nos jours, citons deux romans à succès relativement récents, “L’œuvre au noir” de Marguerite Yourcenar, et “L’alchimiste”, de Paolo Coelho, bien que ce dernier ne traite presque pas d’alchimie. Enfin il y a un alchimiste que tout le monde connaît, c’est Isaac Newton (1642-1727).

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Isaac Newton

Dans la théorie alchimique, les grands principes ou forces vitales qui animent le monde sont contenues tant dans les métaux que dans les planètes. Le Soleil gouverne l’or, Mars le Fer, Mercure le Mercure, la Lune l’argent, Saturne le plomb, Jupiter l’acier. Newton cherchait à transmuer le plomb en or. À cette fin il a observé les planètes et en a tiré la découverte de la gravité, cette force non pas vitale mais physique dont la découverte a sonné le glas de l’ère symbolique et ouvert le Siècle des Lumières. L’évolution des sciences a été fulgurante après Newton.

I. - LES SYMBOLES

Il est donc très important de resituer l’alchimie dans le cadre pré-scientifique dans lequel elle s’est développée. Les alchimistes à l’origine ne travaillaient pas sur des métaux mais sur des principes universels qu’ils reconnaissaient dans tout, le corps humain, la matière, le cosmos. « Les éléments ne sont pas apparents à la vue, mais sont connus par leurs effets ; nos éléments ne sont pas ceux du vulgaire ». « La philosophie alchimique est celle qui apprend à rechercher la forme cachée des choses » ; « Les véritables éléments sont comme l’âme des mélanges, les autres n’en sont que le corps » ; bref, l’alchimie travaille sur les signifiants.

C’est une dégradation mercantile de l’alchimie qui a poussé à la recherche de la transmutation physique des métaux, afin d’obtenir de l’or, et de ces expériences est née l’isolation des éléments et de là la chimie moderne (classification de Mendeleiev, 1869). C’est comme si l’alchimie s’était scindée en deux : la partie mercantile de l’alchimie, celle qui s’est laissée attirer par la fabrication de l’or métal, est devenue la chimie, et de la partie “principe” est née la découverte de l’inconscient freudien.

Alchimie est synonyme d’hermétisme. L’adjectif hermétique apparaît en 1615 dérivé d’Hermès. Les alchimistes grecs avaient pour patron Hermès Trismégiste, le dieu égyptien “trois fois grand”. Hermès, fils de Zeus et de la Pléiade Maia, est l’inventeur de la lyre, de la flûte, habile, malin, ingénieux, il est le dieu des voleurs (il vole son troupeau à son demi-frère Apollon alors qu’il est encore dans son berceau, mais est assez agile pour se libérer de ses bandelettes), des joueurs et des commerçants. Zeus en fit son héraut, il porte la parole suprême. Il obtint d’Apollon, en échange de la lyre, le caducée, verge d’or qui devint le symbole de ses fonctions de héraut divin. Il est aussi le Dieu du commerce et son effigie siégeait aux carrefours dans la Grèce antique sur un socle phallique pour guider les voyageurs. Le Mercure, nom latin d’Hermès, est le métal sacré des alchimistes. L’adjectif hermétique a dérivé vers les sens de obscur, fermé à la compréhension, comme l’alchimie qui est hautement ésotérique, et de là hermétiquement clos, c’est-à-dire qu’il est impossible à un gaz ou à un liquide d’y rentrer.

Le chaos O

L’hermétisme recherche l’unité, l’un qui contient tout, eu to pan, la fin de la distinction moi / non-moi, dont l’idéogramme est le cercle O. C’est aussi le symbole du Grand Œuvre et celui du chaos. La Pierre Philosophale contient en elle-même les quatre éléments et les domine “La Nature jouit dans la Nature, triomphe de la Nature, domine la Nature”. “Rien n’est si commun dans le monde que cette chose mystérieuse : cette Pierre vous parle et vous ne l’entendez pas ; elle vous appelle et vous ne l’entendez pas ; personne ne peut vivre sans elle : toutes les créatures s’en servent, mais peu la perçoivent.” La Pierre philosophale, l’« un dans tout » que recherchent les hermétistes, c’est l’inconscient.

« Le cosmos est notre plomb noir, notre voie intérieure », notre ça pourrait-on dire. Cette voie intérieure est renfermée dans le sigle Vitriol, le solvant magique qu’utilisent les alchimistes pour arriver à l’essence des métaux, traduire des principes : Visita Interiore Terrae Rectificando Ivenies Occultum Lapidem : c’est en visitant l’intérieur de ta propre terre que tu trouveras la Pierre Philosophale, ou encore c’est au moyen d’une introspection analytique que tu établiras le lien avec ton inconscient.

Le chaos d’où tout tire son origine est alchimiquement le Mercure, d’où encore le nom d’hermétisme. Dans Hyppolyte et dans Boehme, il est assimilé au Logos de Jean, celui au moyen duquel toutes les choses son faites, le son, la parole, manifestation de l’abîme éternel et intérieur. Le mercure hermétique peut se comparer au prana hindou, il peut agir comme la mort et a la force dissolvante de la foudre. Le Dieu assyrien Médorack a des foudres dans les deux mains lorsqu’il combat Tiamat, la mère originaire, le monstre du chaos. La foudre du langage nous permet de combattre le vide originaire et de tuer notre mère inconsciente.

L’Eau et le feu

Du tout, la Nature, O, on distingue les deux phases : la Nature jouit d’elle-même, et la Nature se domine elle-même. Le premier principe, c’est l’indéterminé, le chaotique, ce qui s’adapte, la lune, le féminin, symbole :

Et la Nature se domine elle-même, c’est le principe viril d’auto-dépassement, symbole de la puissance solaire :

La lune, c’est aussi le principe eau, ce qui se dirige vers le bas, symbole du yoni féminin -. C’est le discours analytique : je n’existe pas, je suis nul, pur néant. C’est Gaia qui est en bas et qui sera couverte par Ouranos qui est en haut. La région lunaire est la région qui intéresse l’alchimiste et l’analyste car c’est la région du devenir, opposée à la région de l’être solaire. La lune est la lumière et l’argent, le soleil est l’or de l’espace mais pas l’or du temps.

L’alchimie voit aussi dans le principe lunaire celui de la volatilité, de l’insaisissable, des transformations du psychisme, de là être bien ou mal luné. C’est l’eau coulante, alors que le principe masculin, c’est l’eau fixée, l’eau glacée dans le Moi. Le soleil représente un Moi figé dans da pulsion d’auto-conservation, un moi qui a perdu la fluidité du devenir. C’est pourquoi je pense Héraclite désigne le logos comme un feu froid, qui a froideur de la lune et de l’eau du devenir.

L’alchimie symbolise le corps humain par la pierre, car le corps est fixe en comparaison de la volatilité de l’esprit. La pierre morte du corps est opposée à la pierre philosophale qui elle est vivante. Pour nous c’est le nom du Père évidemment qui fige le corps dans sa rigidité, le stigmatise.

D’un à quatre

Un texte alchimique dit : « Un devient deux, deux devient trois, et au moyen du troisième, le quatrième réalise l’unité, ainsi les deux ne forment plus qu’un ». Il s’agit du un contradictoire, et non du un quantitatif qui dénombre, ou du un qualitatif qui englobe.

- Le schéma est le suivant : O, un ; ou , deux.

Sceau de Salomon : trois (les deux précédents imbriqués).

Croix : Quatre (+).

À l’intersection du féminin et du masculin se trouve le point G.

On arrive comme cela aux symboles des quatre éléments, le mélange des quatre donnant le sceau de Salomon et la croix :

On peut faire une analogie avec les quatre discours :

La vision alchimique de l’homme

La nature, la matière, le corps, tout est considéré comme la manifestation des mêmes principes métaphysiques. Dans l’homme existe aussi le principe terrestre qui s’incarne dans la planète Saturne (Cronos, le temps) et dans le métal plomb, la modalité pesante se manifestant dans les os et les tissus carnés cartilages tendons etc. Le plomb fixe mais dévore la caducité, la nature libre et volatile. Le principe aqueux (Mercure-eau) c’est le prana, la force de vie, il se manifeste dans le système nerveux et glandulaire et dans le psychisme et l’imagination. Le principe de l’air se manifeste dans le sang, et le principe du feu dans l’ego, la fonction moi.

Gitchel, disciple de Boehme, parle d’un feu qui en séparant de la lumière devient convoitise, qui par son ardeur dévore la lumière et il se produit un précipité noir, celui de Saturne. Le corps lumineux céleste devient le corps terrestre, siège d’un appétit insatiable de désir, de maladie et de mort. L’âme ainsi meurt intérieurement et le feu devient l’enfer où agit la corruption éternelle. Alors apparaissent les sept formes de ce monde qui empêchent les non-régénérés d’apercevoir le feu divin.

Cette vision se transpose à la vision de l’inconscient : le désir est refoulé, il se forme un surmoi (Saturne) et un moi inconscient (le précipité noir). L’objet a est refoulé, le désir insatisfait, l’inconscient le théâtre d’un combat infernal ça-surmoi. Le moi inconscient (les sept formes de ce monde) bloque l’accès au ça (le feu divin, versus le feu infernal le désir refoulé).

Comme dans la cosmologie hindoue, les sept énergies des sept planètes sont incarnées en nous par des centres de vie qui agissent comme des portes, dans les deux sens, du non humain vers l’humain et de l’humain vers le non humain. La corporéité physique renferme le double pouvoir de clore et d’ouvrir. Ce sont les fameux chakras ou lotus, chakra veut dire roue, pas-role. Planetes en grec signifie celui qui erre, l’énergie des planètes c’est l’énergie de la parole libre, dont la muse est Uranie.

L’or de l’art

L’art hermétique ne vise pas à découvrir l’or, mais à le fabriquer, “en tuant le vivant et en vivifiant le mort”. Ce n’est pas l’or vulgaire que l’on cherche à fabriquer mais un homme dont l’or intérieur rayonne comme un feu. Tuer le vivant, ses fantasmes et ses refoulements, c’est permettre l’accès au ça, vivifier le mort, c’est faire parler ce qui a été refoulé.

Pour l’alchimie, le corps est un vêtement trompeur : “ton corps à travers ce qu’il aime te hait, à travers ce qu’il hait exerce sur toi sa méchanceté” : l’inconscient découpe le corps. “Il s’agit d’éclaircir les ténèbres et d’arriver à voir cette Lumière de la Nature” car “pour nos yeux, le corps est l’ombre de la Nature”. C’est-à-dire qu’il s’agit de voir, sous l’imaginaire, le réel.

La cendre est souvent considérée comme la source de l’or, de même que les lapsus et les actes manqués sont la source de l’accès à l’inconscient. “La Terre qui se trouve au fond du vase est la vraie minière d’or des Philosophes, du Feu de la Nature”. “Le Paradis est encore de ce monde dit Boehme, mais l’homme en est loin, aussi longtemps qu’il ne se régénère pas”, c’est ce que dit aussi la psychanalyse, et voilà l’or caché dans le plomb. “Les superfluités de la Terre se convertissent en une véritable essence”, le refoulé est la clé de l’objet petit a.

Inceste philosophale, Œdipe et Narcisse

Sur ces bases, le sens général de l’œuvre hermétique est de faire passer la conscience d’un état individué, conditionné par le corps, à un état non individué (fusion, dissolution dans l’eau, le Mercure, etc.). Cette dissolution est aussi vue par les hermétistes comme une disparition dans le ventre de la Mère qui dévore le Fils. D’Espagnet, Turba Philosophorum : “La Mère engendre le Fils et le Fils engendré la tue”. Flamel : “Une fois que l’enfant (créé par l’Art) est devenu fort et robuste, il mettra dans son ventre la mère qui l’avait mis au monde”. C’est l’image de la Nature qui jouit d’elle-même.

Mais l’individuation par amour de l’individuation est un piège. Si les eaux pénètrent avec une humidité superflue dans le principe solaire, celui-ci devient l’image de lui-même qui éveille son propre désir ce qui le conduit à la mort, une mort que les hommes ordinaires appellent vie. L’alchimie reprend à son compte le mythe de Narcisse : “L’homme primordial, en percevant dans l’eau le reflet de sa forme, fut pris d’amour pour elle et voulut la posséder. L’acte suivit le désir et la forme irrationnelle fut conçue. La nature s’empara de son amant, l’enlaçant étroitement, et ils s’unirent d’un mutuel amour, de là la chute génératrice du sommeil, le sortilège de l’imaginaire.” “L’homme, dit Bohme, mourut dans son essence divine céleste, parce que le désir intérieur surgi du centre du feu se tourna vers la forme extérieure. Ainsi la corporéité devint la mort”.

L’alchimie établit une correspondance entre le plomb, Saturne et l’or. Après l’émasculation qu’il subit, Saturne va se cacher dans le Latium, c’est-à-dire devient latent : le plomb est un or qui se cache. Il est le père de la pierre des philosophes, comme Cronos est le père de Zeus. Boehme explique que le plomb et l’or sont produits en Saturne par une même force, comme on pourrait dire que le nom du père produit dans la psyché à la fois le refoulement, le plomb, et le plus de jouir, l’or.

Des pouvoirs inépuisables de Saturne, on dit : “Laisse descendre et tout s’accomplira” (eu cato genisetai), une devise qui pourrait être celle de l’analyse si on ajoute descendre dans la parole exprimée. Le résidu de la séparation qui reste au fond du vase, le vil métal saturnien est le diadème du Roi c’est-à-dire ce qu’il y a de plus précieux.

La condition de l’être humain est symbolisée par l’idéogramme


- Tête - État de conscience ordinaire : I
- Croix - Processus de transmission à la tête : S
- Bélier - Saturne, feu, sexe, sacrum, racine des âmes : R

D’où encore le sens de Visita Interiore Terrae Rectificando : descends avec l’analyse voir ce qui se passe dans tes intérieurs.

L’alchimie connaît aussi la notion grecque de iose d’un métal : la virulence qui se développe dans certains métaux et les pousse à s’oxyder. Si la rouille est couleur rouge, donc virile et solaire, c’est parce que le Fer (Mars, Dieu de la guerre, symbole phallique), est purifié au moyen de la séparation, c’est en se détachant des amalgames corporels contenus dans le métal qu’il retrouve sa force. On peut faire un parallèle avec la castration symbolique. En s’oxydant, les métaux étaient dits se couvrir de fleurs, alors que ce sens a complètement disparu et que pour nous la rouille est devenue le symbole de la décrépitude. La virulence, vir, virya, est alors le principe de séparation lui-même, le principe castrateur, et non pas la virilité (qui dans le sens commun est le contraire de la castration). “Moi le Fer, moi le fort, broyant, broyé, tout vient de moi, et la lumière, secret des secrets, est engendrée par moi”. Le Fer doit être lavé et broyé subtilement pour retrouver tout son éclat. Le Fer, c’est le faire dans l’inconscient, où règne l’homophonie.

II. - L’ART ROYAL HERMÉTIQUE : LES OPÉRATIONS

L’art hermétique est une palingénésie, retour à la vie. L’alchimie vise à des transformations bien concrètes, elle ne vit pas dans le monde des symboles. Par l’initiation, l’homme peut reconquérir sa nature divine. Ceci est la raison pour laquelle l’alchimie a dû se dissimuler de la religion chrétienne, et c’est pour cela peut être qu’elle a adopté un langage ésotérique. L’alchimie comme la psychanalyse ne requiert ni ne rejette aucune foi, et a pour but de renouveler l’individu en le réconciliant à ses capacités. L’hermétisme met l’individu en face de son corps et vise à transformer le rapport entre l’individu et sa corporéité. Nicolas Flamel, dans “Le désir désiré” : “Notre œuvre est la conversion et le changement d’un être en un autre, de la faiblesse en force”. Hermès Trismégiste : “Convertis et change les natures, et tu trouveras ce que tu cherches.”

La séparation

La première opération, c’est la castration. “Le soufre se trouve dans une geôle très ténébreuse [l’Ics], dont Mercure [la parole] détient les clés”. Mercure est sous la garde de Saturne : on ne peut pas parler avant d’être passé par la castration symbolique. On trouve que Saturne tranche les pieds de Mercure : Cronos en castrant Ouranos, délivre les paroles refoulées, les six Titans et Titanes, enfants d’Ouranos que celui-ci refoulait dans le sein de leur mère la Terre.

Au sens hermétique, séparer veut dire extraire le Mercure du corps. “Le Mercure [la parole] est la seule clé capable d’ouvrir le palais du Roi [l’Ics], qui est fermé [par le refoulement]”, ou “de rompre les barrières de l’or”. Grâce à la séparation, le Mercure devient libre. Séparer = se parare, dit Lacan, parare au sens d’accoucher.

“Le Corps est le principe de fixité et enlève aux deux autres principes [Esprit et Ame] la volatilité. Le Mercure [la parole] livre l’entrée en ouvrant le corps.”

“Tout le secret de l’art hermétique consiste dans l’obtention du Mercure pur, c’est-à-dire dans l’état où il se trouvait avant d’être mélangé à un métal quelconque. Le Feu intérieur est assoupi s’il n’est pas activé par le Mercure”. Par la parole, on peut accéder à l’objet petit a ou a petit, c’est-à-dire appétit.

La mort et l’œuvre au noir (Nigredo)

Avant d’en arriver au Mercure principe, il faut faire taire la conscience extérieure et donc apparaît la noirceur, la putréfaction. Le secret de l’hermétisme est que la conscience reste éveillée pour accompagner toutes les phases de cette dissolution, comme en analyse, on s’exerce à faire le vide dans l’inconscient sans le faire dans la réalité consciente. Boehme a écrit : « La mort est le seul moyen par lequel l’esprit peut changer de forme », mort au sens de castration symbolique.

L’épreuve du vide

La séparation est un travail d’Hercule, tant les liens entre les éléments du composé humain sont forts. Les auteurs exhortent à la patience, à la persévérance - comme en psychanalyse -, “toute précipitation vient du diable” et il ne faut pas se décourager. Ce qui est difficile, c’est de vaincre la clôture de la personnalité, ce qu’on appelle la barrière d’or au sens du principe solaire, du Moi inconscient. Les Maîtres conseillent de procéder patiemment en équilibrant les doses de passivité et d’activité : “En limant peu à peu le fer, afin d’éviter les réactions extrêmes de la conscience”. Limer peu à peu le fer c’est vaincre progressivement les résistances, afin de préparer la perte progressive de l’appui solide, le détachement et l’accès au vide.

La pulsion de conservation du Moi est désignée en alchimie, elle s’appelle le Lion Rouge. Les Maîtres conseillent de l’épuiser jusqu’à l’extrême faiblesse. On voit aussi apparaître en alchimie des “oiseaux ailés qui transportent des oiseaux sans ailes qui font tout pour ne pas perdre pied”, les analysants qui n’ont pas encore atteint la castration symbolique.

Le vol du Dragon : l’œuvre au Blanc (Albedo)

Mais la libération peut être très destructrice. “Cette Fontaine a un pouvoir redoutable... Si son eau nous échappait, nous serions perdus”. “Il faut tuer en même temps que se faire tuer”. “Il faut éveiller la force et ne pas se laisser désarçonner par elle”, comme Mithra qui saisit le Taureau par les cornes jusqu’à ce que le Taureau épuisé cède et se laisse reconduire à la caverne, la caverne de Mercure, l’inconscient qui est la parole. La course du Taureau est aussi appelée le Vol du Dragon dans l’alchimie. Le fait de tuer et d’être tué c’est l’union réciproque du Soufre et du Mercure qui va donner l’androgyne d’Hermès, les deux serpents enlacés autour du caducée. Alors la lumière surgit du chaos, l’eau de mort (l’eau sale - inceste) prend la forme de l’eau de résurrection (eau claire - jouissance). C’est l’œuvre au blanc, l’albedo.

Voie du Souffle et Voie du Sang (pneuma-psyche)

Le souffle, la respiration, est le moyen d’atteindre la parole. Le Mercure s’appuie sur l’air contenu dans les poumons et ainsi le souffle, pneuma-psyche, lie le corps et l’âme, et le feu va agir pour transformer cette union (corps imaginaire, âme symbolique et feu réel vont se lier borroméennement). Il s’agit de délier les corps qui sont joints, et comme ils sont aussi liés par le sang, il faut séparer le sang du corps. Le sang c’est le symptôme, c’est ce qui coule quand on souffre. Il faut traverser la Mer Rouge, traverser le sang de la corruption, de Chronos : “Dans le sang se trouve l’épée serpentée de flamme, faite pour barrer l’accès à l’arbre de vie.”

Voie humide et voie sèche

Une ascèse est nécessaire pour préparer la séparation. De même qu’Hercule tue les Harpies, il faut tuer les esprits rebelles que l’on rencontre dans le monde magique (les résistances que l’on découvre en approchant l’inconscient). Il y a pour cela deux voies, la voie humide, dans laquelle on tue toutes les substances autour du moi, puis où on mélange le moi à l’eau mercurielle, et la voie sèche, où on réduit toutes les facultés à un concentré que l’on essaie de transformer en Mercure. Voie humide et vois sèche sont une seule et même voie comme la voie qui monte et celle qui descend. Elles ne diffèrent que par le désir de l’interprète.

Les trois feux hermétiques et les trois phases de l’œuvre

Pour réussir l’œuvre l’alchimiste devra activer successivement trois feux : le feu naturel ou sympathique, le feu des cendres et le feu contre-nature. Le feu naturel, c’est le feu philosophique, celui avec lequel les philosophes (de l’époque, c’est-à-dire les médecins ou les “chimistes”) purifient le mercure ; c’est le feu de l’imaginaire, du corps.

Le feu des cendres c’est le feu qui bout à l’intérieur du sujet, et sur lequel on dépose l’athanor le chaudron des alchimistes dans lequel on mélange et fait bouillir tous les métaux : c’est le feu symbolique. Le Feu contre-nature, c’est l’eau de la Fontaine, c’est le Réel.

« Ne forcez pas le Feu a début de l’œuvre sur le Mercure, parce que celui-ci se volatiliserait ». En effet, trop de résistance coupe l’accès à la parole. Mais quand la fixation (castration) a eu lieu, le Mercure résiste au feu (la parole résiste au refoulement) ; et il lui résiste d’autant mieux qu’il a été combiné avec le soufre (qui dissout le moi inconscient).

« Il faut employer non le feu extérieur rouge et impur, mais le feu profond qui est à enfermé dans le corps et qui est à la fois or et soleil (objet a), qui ne se réveille pas avant que le corps (le processus de refoulement) ne soit dissous. »

L’albedo, œuvre au blanc, restitue le souvenir. Il est transparent (biofis). “Au moyen de l’eau divine, les aveugles, voient, les sourds entendent, les morts ressuscitent et les vivants meurent.” C’est le Logos de l’évangile de saint Jean (dixit Evola). Saint Jean écrivit son évangile à Ephèse, patrie du logos d’Héraclite.

L’union au blanc

L’albedo est une extase active, l’union avec l’inconscient. L’hermétisme utilise pour la désigner le symbole selon lequel l’eau divine (le ça) est représentée comme une Vierge, mère d’un nouveau né (la parole) sorti d’elle comme une immaculée conception, et en même temps l’épouse de son propre fils qui la possède et la féconde. C’est le symbole de la Prostituée de Babylone transformée en Vierge, ou l’exégèse du mythe d’Hercule qui triomphe du fleuve Achelous, fils de Terre et d’Océan ; les eaux du ça tendant à emporter la terre du moi inconscient. L’homme qui peut accéder à cette extase est désigné par Basile Valentin comme “Filia Pneumatikon”, ami du souffle (en tant que psyché, la parole vitale).

La veille éternelle

Les Maîtres Hermétiques reconnaissent que la séparation dont ils parlent s’accomplit chaque nuit de manière naturelle avec le sommeil ; il s’agit de tenter de l’accompagner avec la conscience. Le Corpus Hermeticum contient cette phrase : “Le sommeil du corps contient la lucidité de l’âme : les yeux fermés voient la vérité. Puisses-tu sortir de toi-même (de ton moi conscient) sans dormir, comme ceux, qui en rêvant, dorment sans dormir”. On peut rapprocher cette phrase du Fragment 21 d’Héraclite : “La mort, c’est ce que nous voyons éveillé et ce que nous voyons en dormant, sommeil.” On peut citer aussi ce passage de la Kabale (Zohar) : “Quand l’homme va au lit, sa conscience l’abandonne et s’élève. L’Ame parcourt de nombreuses régions, montant un escalier après l’autre, et dans son parcours elle se trouve en contact avec les puissances impures qui entourent les régions sacrées.” Baghavad Gita (II, 69) : “Ce qui est la nuit pour toutes les créatures, est le temps de veille pour l’homme qui se maîtrise, et le temps de veille pour tous les êtres, est la nuit pour le Sage qui voit”. Bouddha signifie “l’éveillé”.

Le corps de Lumière

« On travaille sur les dépôts obscurs laissés au fond du vase : La Pierre Blanche s’en délie et s’élève. » Philalète appelle sa Diane ce nouveau corps tiré de l’ancien et écrit : “Heureux les Actéons qui arrivent à voir leur Diane toute nue”, c’est-à-dire heureux ceux qui savent débarrasser leur inconscient du poids des signifiants qui les encombrent et les empêchent de saisir les opportunités de la vie. La transmutation comme l’analyse n’est pas une altération mais perfection, intégration, achèvement de ce qui était imparfait, vivification. Il n’y a pas d’être dans le monde du devenir. Zosime parle ainsi : “J’ai accompli l’acte de descendre les quinze degrés en allant vers l’obscurité, et de les remonter en allant vers la lumière... Je suis celui qui est un (l’impersonnel), le prêtre du temple, dans la forme rayonnante du Dieu Agathodaimon (le bon démon, le bon double)”. C’est toujours l’un contradictoire, qui est et n’est pas.

Dans l’alchimie grecque, on explique que l’esprit jaillit de la pierre (du nom du père) comme un nuage (le souffle, la psyché), qu’il se projette sur le corps des esprits sublimés et qu’il s’unit à la nature intérieure ou âme (psyché ou ça) en des corps spiritualisés (soma pneumatikon). Sublimer au sens chimique signifie faire passer directement de l’état solide à l’état gazeux (et nous savons que le gaz étymologiquement signifie le chaos). C’est la séparation ou castration symbolique qui permetle jaillissement du nuage c’est-à-dire d’accéder à la parole.

L’immortalité

La régénération permet de s’extraire de la temporalité et c’est le sens symbolique de l’immortalité, comme si les alchimistes avaient eu l’intuition qu’il n’y a pas de temps dans l’inconscient. La doctrine hermétique explique qu’il faut s’élever au-dessus des contraires : “La matière de la Pierre Bénite s’appelle Rebis, la chose double, parce que ce sont deux choses qui ne sont pas deux” (cf. Héraclite, Fragment 49 : Dans les mêmes fleuves nous entrons et nous n’entrons pas, nous sommes et nous ne sommes pas [l’inconscient est contradictoire, il est en n’étant pas].).

Evola écrit que l’alchimie est le déchiffrage d’une langue inconnue, la langue des principes dans la réalité - mais nous y voyons la langue des signifiants et voyons en l’alchimie l’ancêtre de la psychanalyse.

L’œuvre au rouge

L’œuvre au rouge suit l’œuvre au blanc, elle est la troisième étape du processus alchimique après l’œuvre au noir et l’œuvre au blanc, comme l’ultime étape de dissolution du moi inconscient. Elle consiste en la réanimation du Feu (anasopirosis) et la résurrection des morts. On pourrait dire que l’œuvre au blanc, l’union avec l’eau, c’est retrouver la jouissance, mais l’œuvre au rouge, c’est l’union avec le ça. Le Corpus Hermeticum la décrit comme l’éveil du feu primordial, qui a son siège dans la telluricité du corps, dans le sacrum, dans le muladhara, le chakra du bas celui de l’anus. La Terre Noire, la profondeur la plus obscure des enfers, l’Hadès, produit des pierres précieuses, comme chacun sait.

“Le Dragon philosophal, dit Crollius, tel la foudre, pénètre en un instant les métaux imparfaits et les détruit”, comme le ça brise les résistances. Les métaux imparfaits sont caractérisés par les alchimistes comme souffrant de “faiblesse, d’insuffisance, de l’incurable maladie de la privation”.

Les couleurs alchimiques

Il y a donc trois épreuves :
- L’œuvre au noir ou épreuve du vide, dont le symbole est le corbeau, elle s’inscrit dans le corps, dans l’imaginaire.
- L’épreuve de l’eau ou œuvre au blanc, dont le symbole est la colombe, elle s’inscrit dans le symbolique.
- L’épreuve du feu ou œuvre au rouge qui elle s’inscrit dans le réel.

On peut faire un parallèle avec les trois nœuds ou granthis, siège des forces cachées du corps dans l’ésotérisme hindou : le nœud du sacrum, celui du cœur et celui de la gorge et c’est pour cela qu’on a la gorge en feu.

Rendre les corps immortels, c’est les faire accéder à la nature olympienne des Dieux, celle du devenir. C’est dans le devenir qu’on ne change plus, c’est dans l’être qu’on s’altère.

Le cycle planétaire

Dans la tradition hellénique, la hiérarchie planétaire est figurée par une spirale, c’est la spirale du vide ou du devenir. Chaque région du macrocosme (planète) est associée à une région du microcosme (le corps). Le mouvement se lit dans les deux sens, vers le centre et vers l’extérieur (partir du Dieu mâle Saturne pour remonter au Soleil, ou au contraire aller du Soleil du moi au Dieu Saturne). La spirale symbolise les sublimations et précipitations successives qui ont lieu dans l’athanor, le chaudron alchimique, dans les enfers et dans l’olympe.

Mouvement centrifuge :
- Saturne l’esprit obscurci se dissout dans la Lune la conscience réfléchie qui rejoint Jupiter, l’agir, le faire, l’homme ordinaire, qui se dissout dans la parole Mercure qui de là rejoint son désir Mars (objet a) pour atteindre la beauté et la richesse Venus et enfin l’éveil solaire au sens bouddhique. La découpe de la spirale donne le rond, le zéro, l’invention du Bouddha par lequel on désigne le nirvana.

Mouvement centripète :
- Le soleil du moi se projetant sur la beauté Venus la transforme en Mars le désir qui fixe la parole le Mercure et en tire Jupiter l’action puis la jouissance la Lune force des eaux d’où l’on peut atteindre le feu de Saturne la maîtrise absolue.

La connaissance prophétique

Corpus Hermeticum : L’œuvre est à son terme quand la matière est parfaitement unie à son souvenir mortel. Le philosophe hermétique (le psychanalyste) est autonome, supérieur au destin, sans roi. “Je suis un et plusieurs sont en moi”, écrit Basile Valentin, toujours le règne du un contradictoire.

La séparation castration symbolique, déliant les liens du corps, libère les facultés d’action et de connaissance, libère des contraintes liées au temps et à l’espace physique. Les énergies, sans obstacle, peuvent librement percevoir les choses futures aussi bien que passées. Plotin, Ennéades : “La connaissance que l’homme supérieur a de l’avenir ne ressemble pas du tout à celle des devins, mais ressemble à celle des acteurs qui ont la certitude de ce qui sera, et c’est le cas de ceux qui sont entièrement des dominateurs. Pour eux rien n’est incertain, leur décision est telle qu’elle était au premier moment. Il persiste à vouloir ce qu’il doit faire, et en persistant il ne fera que ce qu’il veut. Quand un seul domine, de qui dépendrait-il ? Un tel agent n’a besoin ni de raisonnement ni de mémoire”. C’est le surhomme de Nietzsche, surhomme dans l’inconscient qu’on ne confondra plus avec le surhomme de la volonté de puissance consciente, qui est une maladie.

Ainsi la race des philosophes dépasse le destin. Zosime : elle opère sans subir l’action. Agrippa parle d’une vertu magique agissant “sans limites et sans recours extérieur” : c’est le ça.

La tradition hermétique

C’est par une dégénérescence de l’alchimie, la recherche du métal or, que la chimie est advenue. L’exploration de l’inconscient poursuit, à sa manière, le travail des alchimistes. Zosime, cité dans la Collection des Alchimistes Grecs de Marcellin Berthelot, cite les principes de base suivants de l’alchimie, qui s’appliquent bien à l’analyse : “Change la nature du corps sur lequel tu travailles, rends manifeste l’occulte et occulte le manifeste. Tu n’as besoin que de la nature déliée et subtile du corps dissous, que tu obtiendras au moyen de notre eau”. Rendre manifeste l’occulte, c’est l’œuvre au noir, amener le refoulé à la conscience. Faire naître le blanc du noir, c’est l’œuvre au blanc, la castration symbolique qui permet de passer à la parole. Enfin le pouvoir de passer du blanc au rouge, de faire naître un feu nouveau c’est la fin de l’analyse et l’analyse sans fin de la créativité. Les démons que l’on rencontre au cours du processus étaient déjà considérés par les alchimistes comme des dramatisations visionnaires des obstacles et des résistances existant dans “les couches profondes” de l’être humain.

Se pose aussi la question du temps nécessaire pour l’accomplissement de l’œuvre, ou pour l’analyse. L’opinion des maîtres hermétiques sur ce sujet est divisée. Roger Bacon : “La transmutation est l’affaire d’un jour, d’une heure, d’un moment”. Tous déconseillent la précipitation et Zosime déclare : “Si tu ne réussis pas, n’en accuse pas le Cuivre, mais toi-même : cela veut dire que tu n’as pas bien opéré.”

L’alchimie comme l’analyse ne se transmet que par voie directe : comme l’écrit Agrippa, “Spiritui per spiritum infuditur”, c’est par l’esprit que se transmet l’esprit.

Le secret dont s’est entourée l’alchimie était lié à la répression de l’Eglise (bien qu’elle se soit aussi développée largement au sein de l’Eglise). Mais c’est aussi parce que, dixit Evola “l’alchimiste ne parle pas, ne s’exhibe pas en tant qu’individu, plus il avance, plus il recule dans le domaine supra individuel et supra personnel des grandes forces de la nature.” Introductio Alla Magia : “Derrière les coulisses de la conscience des hommes, il peut y avoir quelqu’un”. Homère écrit que les divinités parcourent le monde sous l’apparence d’étrangers et de voyageurs, et renversent la cité des hommes. Boehme a écrit : “Vous n’êtes pas ici pour lutter contre des hommes, mais contre des Dieux”.

“Pour comprendre l’alchimie, nous dit Evola, qui était pourtant lui-même très opposé à une certaine psychanalyse, il faut créer en soi l’aptitude à une vision pour laquelle ce qui est derrière sa conscience et sa pensée devienne clair et distinct, comme l’est pour l’œil la vision des choses extérieures. Cela signifie déjà s’engager dans l’aventure et devenir l’un des anneaux de la chaîne royale, dorée et occulte de la Tradition des Fils d’Hermès”. Bienvenue !

Conclusion : comment faire de l’or ?

Pour montrer que tout ce que nous venons d’exposer n’est pas une succession de mots sans parole, voici comment Lao Tseu faisait (pratiquement) de l’or et comment on peut (pratiquement) en faire aujourd’hui plus facilement. Tant que l’on n’accède pas à la parole de l’inconscient, on est comme les chercheurs d’or d’Héraclite “qui remuent beaucoup de terre et trouvent peu”, alors que lorsqu’on a accès à son logos, l’or du temps se trouve beaucoup plus facilement.

Avec l’inconscient et son langage trans-sémantique (anagrammes, lapsus, contre pétries, homophonies) nous sommes entrés en même temps dans la dimension alchimique des mutations génétiques (ADN) et des transmutations nucléaires par fission (déplacement) ou par fusion (condensation). Il est clair que les usines de fusion atomique qui existent actuellement en Angleterre savent fabriquer des métaux précieux.

Qu’est-ce que l’homme ? On peut dire que c’est celui qui n’a pas de clitoris. C’est pourquoi il recherche la pierre philosophale qui serait la compensation à ce manque absolu. C’est cette privation originelle qui fait de lui un organisateur, un bricoleur, un conquérant, un guerrier, un chercheur d’or. Le manque de clitoris est dans l’inconscient le manque absolu de l’homme, ce manque organise son désir, dé-sir, comme l’indique le mot français désir : dé, la séparation du SIR (du Symbolique, de l’Imaginaire et du Réel). Lâchez le corps, lâchez l’esprit, lâchez la conscience du corps et de l’esprit en faveur de l’inconscient, allez par-delà l’argent et par-delà les nombres et vous connaîtrez le secret de l’or. Le réel ou inconscient est transmutatoire. Les transmutations ne sont pas linéaires mais toriques. Les éléments atomiques du tableau de Mendeleïev ne sont faits que de signifiants. Nous pouvons les représenter selon une spirale centripète du plus léger au plus lourd. Alors, en suivant le nombre d’or, l’extrême et moyenne raison, pouvons-nous transmuer l’or du temps en or élémentaire ?

Voici les “Five Points Exploding Heart Technic” ou “Transmuting Gold Technic” correspondant à l’objet petit a de la psychanalyse :

O16 + K39 + Na 23 + Fe 56 + Cu 63 = Au 197 (l’or).

Ce sont des éléments ordinaires O, l’oxygène, K, le potassium, Na, le sodium, Fe, le fer, et Cu le cuivre (voir dessin).

Pentagramme :

En soumettant ces éléments ordinaires à un arc électrique on obtient Au 197. Certes dans un arc électrique on trouve toutes les transmutations imaginables sans qu’on sache les arrêter à ce qu’on voudrait. Mais, en y présentant les éléments choisis en quantité suffisante et dont l’addition des nombres atomiques est équivalente à l’or nous aboutissons au but recherché.

D’ailleurs dans l’Antiquité chinoise on raconte que Lao tseu faisait de l’or. Voici comme il s’y prenait : Prendre deux métaux représentant le Yin et le Yang comme le Cuivre, Cu 63, et le Fer, Fe 56, (Yin, Cu, représente la métonymie, le déplacement, le désir [cul] et Yang, Fe, le fer, le faire homophoniquement, qui est le symptôme, représente la métaphore, la condensation), puis ajouter à ces deux éléments le cœur de la terre soit le potassium (étymologiquement la cendre), K39, puis ajouter encore le cœur de la mer, le sel, Na 23, puis ajouter enfin le cœur de l’air, l’oxygène O16, et nous obtiendrons de l’or, Au 197, en les soumettant au cœur du feu, la foudre. Il suffit donc de rassembler ces éléments dans un trou duquel sortira une tige de fer capable d’attirer la foudre pour obtenir par transmutation nucléaire l’objet désiré.

Enfin, il y a une méthode de transmutation biologique à partir de trois bactéries (voir dessin). Les transmutations biologiques ont été observées par Pierre Baranger, professeur de chimie organique à l’école Polytechnique (Les Plantes opèrent-elles des transmutations ?, édité par Gatheron, inspecteur général de l’Agriculture). Elles ont été observées aussi par Husatoki Komaki, professeur de microbiologie appliquée à Mukogawa (Japon). Et par le Pr Kervran (Les transmutations biologiques, Éd. Vrin). C’est le professeur A.R. Prévot de l’Institut Pasteur (auteur du Manuel de classification et de détermination des bactéries anaérobies, Institut Pasteur) qui a observé que sur toutes les mines d’or on trouvait trois bactéries anaérobies : Le clostridium limosum, le clostridium regulare, et le clostridium irregulare. Lorsque ces bactéries sont sur un sol comprenant des éléments dont l’addition des masses atomiques ont pour résultat celle de l’or, elles ne peuvent qu’en produire.

“L’alchimie, écrit Malcolm S.Forbes, président de l’une des plus riches fondations américaines, n’est pas une fiction. Avec l’attitude et l’action appropriées, on peut transformer en or n’importe qui et n’importe quoi.”

En 1944, les accords de Bretton Woods ont instauré l’or comme étalon du système monétaire international. En 1973, la fixité des changes a été abandonnée, le cours de l’or étant autorisé à flotter librement. L’abandon de l’étalon or a donné naissance aux salles de marché des banques où s’échangent les masses de devises dont le cours s’ajuste désormais en fonction des mouvements de capitaux. Ce phénomène nouveau s’est accompagné de l’apparition des golden boys, les traders fortunés que produisent les salles de marchés. L’or ne vaut donc aujourd’hui, en principe, plus rien que sa valeur marchande, comme n’importe quelle matière première : c’est pourquoi nous nous permettons d’en donner la formule. “Dieu est mort”, écrit Nietzsche, “l’homme est mort”, écrit Foucault, l’or est mort, pourrait-on dire.

On a ainsi découvert, en finance comme en physique et en psychanalyse, que le mouvement, c’est le vide : aujourd’hui, ce n’est plus le silence, mais la parole, qui est d’or.

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